Human Rights Watch a estimé aujourd’hui que le gouvernement marocain devrait ouvrir une enquête sérieuse sur les déclarations d’un ancien agent des services spéciaux accusant les autorités d’avoir enlevé et torturé des opposants au régime.

Dans une lettre adressée au ministre marocain de la Justice, Omar Azzimane, Human Rights Watch a indiqué que la peine de réclusion d’un an et la lourde amende infligées à Ahmed Boukhari le 28 août pour délit financier semblent destinée à le réduire au silence.

La peine de prison semble également destinée à empêcher Ahmed Boukhari de déposer le 7 septembre prochain dans le cadre de l’enquête judiciaire française sur le rapt et la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka à Paris en 1965. M. Boukhari est actuellement incarcéré dans une prison de Casablanca et aucune suite n’a été donnée à sa demande de passeport.

“Le Maroc devrait ouvrir dans les meilleurs délais une enquête sur les accusations portées par Ahmed Boukhari et lui permettre de répondre à la convocation du juge français,” a souligné Hanny Megally, directeur exécutif de la division Moyen-Orient et Maghreb de Human Rights Watch. “Quel que soit le fondement des chefs d’accusation dont il fait l’objet, il pourrait se révéler un témoin capital d’une grave affaire de violation des droits de l’Homme. L’ةtat a le devoir de lui permettre de coopérer avec l’enquête française et ne doit pas y faire obstacle.”

Dans des révélations publiées fin juin dans les médias français et marocains, M. Boukhari a cité les noms de plusieurs agents de la sécurité marocaine qui, selon lui, auraient organisé l’enlèvement de Ben Barka à Paris, où ils l’auraient torturé à mort. Après quoi, ils auraient fait rapatrier son corps en avion au Maroc, puis l’aurait dissout dans une cuve d’acide. A ce jour, le mystère de la disparition de Ben Barka n’a jamais été élucidé.

“La façon dont le Maroc a jusqu’à présent traité Ahmed Boukhari semble totalement contredire les nombreuses déclarations louables du gouvernement sur le respect des droits de l’homme et la gestion honorable des délits passés,” a ajouté M. Megally. “Nous suivrons de très près le traitement qui lui sera réservé.”

Pièce jointe : Copie de la lettre adressée à M. Azzimane, ministre marocain de la Justice.