(Beyrouth, 30 mars 2026) – Le gouvernement iranien a utilisé à plusieurs reprises des armes à sous-munitions, intrinsèquement indiscriminées, lors de tirs de missiles balistiques vers Israël depuis le 28 février, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Au moins quatre civils ont été tués lors de ces frappes, qui ont violé les lois de la guerre et pourraient constituer des crimes de guerre.
Human Rights Watch a confirmé trois attaques iraniennes distinctes à l’aide d’armes à sous-munitions qui ont touché des zones habitées en Israël, dont deux incidents distincts ayant provoqué la mort de civils près de Tel-Aviv : deux hommes à Yehud le 9 mars, ainsi qu’un homme et une femme âgés à Ramat Gan le 18 mars.
« L’utilisation par l’Iran d’armes à sous-munitions dans des zones peuplées d’Israël représente un danger prévisible et durable pour les civils », a déclaré Patrick Thompson, chercheur auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Les sous-munitions sont dispersées sur une vaste zone, ce qui rend leur usage illégalement indiscriminé, en violation des lois de la guerre. »
Les armes à sous-munitions sont tirées par des roquettes, des missiles ou d’autres projectiles, ou larguées depuis des aéronefs. Elles se dispersent généralement en vol, projetant des dizaines de sous-munitions explosives — ou « mini-bombes » — de manière indiscriminée sur une large surface. Nombre d’entre elles n’explosent pas lors de l’impact initial, laissant dans leur sillage des engins non explosés susceptibles de tuer et mutiler — à l’instar des mines terrestres — durant des années, voire des décennies, tant qu’elles n’ont pas été déminées et détruites.
Human Rights Watch a analysé 50 vidéos et cinq photographies publiées en ligne, témoignant d’une utilisation présumée d’armes à sous-munitions par l’Iran entre le 1er et le 20 mars, ainsi que six photographies de sous-munitions non explosées apparemment localisées en Israël et en Cisjordanie. Human Rights Watch s’est également entretenue avec des témoins d’attaques qui auraient été commises à l’aide d’armes à sous-munitions. L’organisation a adressé un courrier au gouvernement iranien le 25 mars concernant l’utilisation de ces armes. Aucune réponse n’avait été reçue au moment de la publication de ce communiqué.
Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur assaut contre l’Iran le 28 février, les forces iraniennes ont riposté par des attaques de drones et de missiles contre Israël, ainsi que contre d’autres pays de la région, notamment du Golfe. Selon des informations de médias et le gouvernement israélien, 16 civils ont été tués en Israël et quatre en Cisjordanie à la suite de tirs de missiles. Neuf des victimes en Israël ont péri lors d’une seule frappe de missile balistique sur la ville de Beit Shemesh, le 1er mars ; parmi elles figuraient trois enfants. Au 27 mars, le Croissant-Rouge iranien avait fait état de 1 900 décès en Iran depuis le début du conflit.
Bien que l’Iran n’ait pas adhéré à la Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions — qui prohibe totalement la production et l’utilisation de ces armes —, le droit international humanitaire proscrit les attaques indiscriminées. La surface étendue sur laquelle sont dispersées les sous-munitions dans des zones peuplées empêche de distinguer les civils des combattants, et ces attaques pourraient constituer à ce titre des crimes de guerre. Les sous-munitions non explosées continuent de faire peser un danger sur les civils bien après la fin des attaques.
Il est avéré que l’Iran possède des missiles balistiques capables de délivrer des sous-munitions. Le 28 février, sur le réseau social X, le porte-parole de l’armée israélienne a accusé l’Iran d’avoir utilisé des bombes à sous-munitions ; il s’agissait là de la première utilisation signalée de ces armes depuis le début des hostilités en cours. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette allégation ; toutefois, le 1er mars, de multiples sources ont commencé à diffuser sur les réseaux sociaux des vidéos et photographies montrant ce des armes à sous-munitions présumées, dispersées par un missile balistique iranien. Il n’est pas établi avec certitude si ces images proviennent d’une seule et même attaque ou correspondent à des attaques distinctes.
Human Rights Watch a examiné 30 vidéos similaires montrant des missiles balistiques en phase descendante, entourés de nombreuses sous-munitions présumées, chutant au sol. Ces images témoignent très probablement de huit incidents distincts survenus entre le 1er et le 20 mars. La plupart des vidéos montrent des missiles balistiques accompagnés de 21 à 25 objets chutant le long de leur trajectoire. Deux de ces vidéos montrent au moins 65 objets. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de corroborer les lieux exacts où ces vidéos ont été tournées, mais ses chercheurs n’ont trouvé aucune trace d’une mise en ligne antérieure au mois de mars. Aucune preuve visible dans les vidéos examinées ne suggère que ces missiles aient été interceptés. L’armée israélienne aurait déclaré qu’elle ne tente pas d’intercepter les armes à sous-munitions, afin d’économiser ses intercepteurs.
Le premier incident impliquant des armes à sous-munitions et confirmé par Human Rights Watch s’est produit dans la ville d’Or Yehuda, dans le centre d’Israël. Le 6 mars, Emanuel Fabian, le correspondant militaire du Times of Israel, a publié sur X des images de vidéosurveillance montrant une sous-munition clairement identifiable frappant une zone civile ; Human Rights Watch a géolocalisé cette scène dans une zone commerciale d’Or Yehuda. La vidéo, horodatée du 4 mars à 14 h 38, montre une sous-munition s’écrasant au milieu d’une large rue déserte, provoquant une explosion.
La seconde attaque a été perpétrée le 9 mars, tuant deux hommes et blessant au moins une autre personne. Human Rights Watch a confirmé des impacts quasi simultanés à Or Yehuda, Yehud, Bat Yam et Holon — toutes des villes voisines situées dans la grande agglomération de Tel-Aviv. Cette zone est la plus densément peuplée d’Israël, abritant jusqu’à 45 % de la population du pays. Les sous-munitions apparentes provenaient vraisemblablement d’un seul missile balistique, frappant des sites distants parfois de 13 kilomètres, ce qui démontre le caractère intrinsèquement indiscriminé de ces armes.
L’attaque survenue à Yehud a coûté la vie à deux ouvriers du bâtiment sur un chantier de construction. Une vidéo publiée sur Telegram le 9 mars, peu avant midi, et authentifiée par Human Rights Watch, montre deux corps gisant à plusieurs mètres l’un de l’autre — dont l’un dans une mare de sang — sur un chantier de construction. Un témoin de l’attaque a raconté : « Je travaille ici, sur le chantier où ces hommes ont été tués. J’étais en train d’engager [ma voiture] dans la rue pour me rendre au travail lorsque les sirènes ont retenti ; j’ai alors entendu l’explosion. » L’impact manifeste d’une sous-munition, survenu à environ cinq kilomètres de là, à Or Yehuda, a grièvement blessé un homme au même moment. Human Rights Watch a authentifié des images de vidéosurveillance diffusées sur Telegram et les a géolocalisées à Or Yehuda ; elles montrent ce qui semble être une sous-munition explosant sur une route, entre des complexes résidentiels de construction récente, ainsi qu’un piéton s’effondrant au sol, blessé, à quelques mètres de là.
Le 9 mars à 11 h 30, le Magen David Adom — le service national israélien d’urgence médicale — a indiqué sur Telegram qu’il intervenait sur plusieurs incidents dans le centre d’Israël ayant fait de graves victimes. Fabian, journaliste pour The Times of Israel, a affirmé que ces impacts ont été causés par des sous-munitions, citant à l’appui les équipes de premiers secours.
L’analyse menée par Human Rights Watch sur les détonations et les dégâts observés dans les zones résidentielles de Yehud, Or Yehuda, Bat Yam et Holon suggère également l’utilisation de sous-munitions. Celles-ci possèdent une charge explosive relativement faible et causent des dommages nettement inférieurs à ceux provoqués par des missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire, dont la charge explosive est nettement plus importante — plusieurs fois supérieure à celle d’une sous-munition isolée. Par ailleurs, les dégâts constatés ne correspondaient pas au type de dommages cinétiques généralement causés par la chute de débris.
Lors du troisième incident authentifié par Human Rights Watch, des sous-munitions présumées ont frappé plusieurs sites entre minuit et 1 h 00 du matin, le 18 mars. À 00 h 12, l’armée israélienne a annoncé avoir détecté des tirs de missiles balistiques en provenance d’Iran et, vers 00 h 20, les sirènes ont commencé à retentir dans tout le centre d’Israël. À partir de 00 h 22, de multiples sources ont commencé à poster sur Telegram des vidéos montrant ce qui semblait être des armes à sous-munitions, assorties de commentaires indiquant qu’elles s’abattaient sur le centre d’Israël. Les chercheurs n’ont pas été en mesure de déterminer les lieux exacts où ces vidéos avaient été tournées, celles-ci l’ayant été de nuit ; il semble toutefois qu’elles n’aient pas été mises en ligne avant le 18 mars.
Ces vidéos ont été suivies, sur les réseaux sociaux, de signalements d’impacts à Bnei Brak, Petah Tikva et Ramat Gan — toutes situées dans l’agglomération de Tel-Aviv.
Peu après l’apparition de ces signalements de frappes, le Magen David Adom a fait savoir qu’un homme et une femme avaient succombé à de graves blessures causées par des éclats à Ramat Gan. Des vidéos et des photographies du site de l’impact, authentifiées par Human Rights Watch, révèlent des dégâts sur un immeuble résidentiel de trois étages. L’appartement situé au dernier étage, où le couple a trouvé la mort, a subi des dommages dans au moins une pièce intérieure ainsi qu’en façade ; le reste du bâtiment n’a subi que des dégâts structurels légers, notamment l’effondrement d’un auvent. Les dégâts observés dans l’appartement sont compatibles avec l’impact d’une sous-munition, car une ogive unitaire de grande taille, issue d’un missile balistique, aurait très probablement causé des destructions bien plus importantes.
Un témoin à Ramat Gan a fait le récit : « Nous étions blottis à l’intérieur de notre abri — ma mère, mon père, mon frère et moi — lorsque, soudain, après le déclenchement de l’alarme, nous avons entendu une explosion. Elle semblait toute proche. Nous avons ouvert la fenêtre, regardé dehors et constaté que l’appartement situé de l’autre côté de la rue avait été touché. Une [munition] a traversé le toit et a frappé deux personnes âgées — septuagénaires — avant même qu’elles n’aient eu le temps de s’abriter. »
Human Rights Watch a confirmé des impacts quasi simultanés à Petah Tikva le 18 mars, lesquels ont également été, selon toute vraisemblance, causés par des sous-munitions. Une photographie, dont la géolocalisation a été confirmée par l’organisation, montre un cratère d’impact jouxtant un véhicule renversé ; ce cratère présente une taille et une profondeur cohérentes avec celles des cratères visibles sur d’autres vidéos d’impacts de sous-munitions. Une vidéo authentifiée par Human Rights Watch, et horodatée au 18 mars à 00 h 21, montre une explosion compatible avec l’impact d’une sous-munition, survenue à environ 815 mètres au nord-est.
Le 19 mars, quatre Palestiniennes ont été tuées dans la ville de Beit Awa, en Cisjordanie. L’armée israélienne a affirmé qu’elles avaient été tuées par une sous-munition, tandis que le Croissant-Rouge palestinien a indiqué qu’elles avaient péri sous les éclats d’un missile retombant au sol. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le type de munition ayant causé leur mort. Les Palestiniens de Cisjordanie sont particulièrement vulnérables aux tirs de missiles ainsi qu’aux retombées de fragments issus d’interceptions, en raison de l’absence d’infrastructures de protection telles que des sirènes d’alerte ou des abris anti-bombes.
Human Rights Watch a également examiné six photographies montrant des sous-munitions non explosées, publiées en ligne entre le 1er et le 15 mars, qui auraient frappé Israël et la Cisjordanie. Human Rights Watch n’a pas pu déterminer l’emplacement exact de ces sous-munitions en raison du manque de détails géographiques sur les photographies, mais les chercheurs n’ont trouvé aucune trace de celles-ci en ligne avant le mois de mars. Ces sous-munitions correspondent aux munitions utilisées par l’Iran lors de la « Guerre des 12 jours » en juin 2025 ; leur utilisation n’a été documentée dans aucun autre conflit.
Les informations techniques accessibles au public concernant les armes exactes utilisées lors de ces frappes sont limitées. L’Iran a toutefois déjà publié des informations sur des missiles balistiques capables de disperser des sous-munitions. Les médias iraniens ont notamment diffusé des informations sur le missile balistique « Zelzal », capable de transporter jusqu’à 30 sous-munitions non guidées de 17 kilogrammes, lesquelles ressemblent à celles identifiées par Human Rights Watch. Le nombre de sous-munitions est également conforme à la plupart des vidéos faisant état d’une utilisation présumée de sous-munitions, vidéos qui ont été examinées par l’organisation.
À la suite d’un essai de missile qui aurait manifestement échoué en Iran en 2023, des sous-munitions ressemblant à celles identifiées par Human Rights Watch en Israël ont touché la ville de Gorgan, dans le nord-est de l’Iran. Elles sont équipées d’un bouclier thermique qui les protège lors de leur descente à travers l’atmosphère, provoquant une incandescence visible de leur trajectoire sur les vidéos. Par ailleurs, l’Iran est également connu pour posséder plusieurs autres missiles balistiques qui seraient capables de délivrer des sous-munitions, notamment des variantes des missiles « Ghadr », « Khorramshar » et « Fateh ».
« Le gouvernement iranien devrait immédiatement cesser de se servir d’armes à sous-munitions », a conclu Patrick Thompson. « Leur utilisation est non seulement intrinsèquement indiscriminée, mais les sous-munitions non explosées continuent de présenter un risque bien après, tant qu’elles n’ont pas été déminées ou détruites. »
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