Il y a une dizaine de jours, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang ; il s’agissait de sa première visite depuis 2019. Au cours de ce voyage, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et la ministre des Affaires étrangères Choe Son Hui ; les discussions ont reflété un engagement à renforcer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’une coordination approfondie de leurs actions.
Cette diplomatie visible et cordiale entre Pékin et Pyongyang était délibérée. Les liaisons de transport entre la Chine et la Corée du Nord ont repris, les visites de haut niveau s’accélèrent et les relations entre les deux gouvernements se renforcent activement.
Mais le long de la frontière sino-nord-coréenne, une réalité différente persiste – une réalité qui n’est pas définie par la visibilité, mais par un silence imposé.
Le contrôle des frontières est un élément essentiel du système de répression nord-coréen. Le gouvernement interdit à quiconque de quitter le pays sans autorisation, sous peine d’emprisonnement, de torture, de travaux forcés, de disparition forcée ou de mort. Pékin aide depuis longtemps la Corée du Nord à bloquer les voies d’évasion et à renvoyer de force vers leur pays les personnes qui tentent de fuir la Corée du Nord, contribuant ainsi à renforcer le contrôle de ce pays sur ses citoyens opprimés. Chaque renvoi forcé envoie un signal à ceux qui se trouvent en Corée du Nord ou qui se cachent en Chine : il n’y a pas de voie de fuite sûre.
Pour les Nord-Coréens qui tentent de fuir, les enjeux sont considérables. En mars, Kim Geum Sung, un jeune Nord-Coréen qui vit en tant que réfugié en Corée du Sud depuis 2019, a déclaré à Human Rights Watch que sa mère – qui avait participé à un mariage forcé en Chine afin de financer sa fuite – avait été détenue par les autorités chinoises il y a plus d’un an. Au début du mois d’avril, des législateurs sud-coréens ont adressé à Pékin une demande officielle visant à obtenir des informations sur le sort de la mère de Kim Geum Sung. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a envoyé un courrier similaire. Ni les législateurs ni le ministère n’ont reçu de réponse. Le sort de cette femme reste inconnu, sans confirmation de sa libération par les autorités chinoises, ou de son renvoi forcé vers la Corée du Nord.
Le gouvernement chinois devrait immédiatement divulguer le sort de toutes les personnes nord-coréennes détenues, et mettre fin à tous les retours forcés vers la Corée du Nord ; il devrait soit accorder l’asile à ces personnes, soit leur permettre de voyager en toute sécurité vers un pays tiers sûr.
Les gouvernements en relation avec Pékin, notamment dans la perspective du sommet États-Unis-Chine prévu en mai, devraient soulever des cas comme celui de la mère de Kim Geum Sung et faire pression sur les autorités chinoises pour qu’elles respectent leurs obligations en vertu du droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent d’être persécutées ou de subir d’autres préjudices.
Les dirigeants de ces pays devraient se rappeler que chaque poignée de main diplomatique avec des responsables chinois dissimule des personnes comme la mère de Kim Geum Sung : invisibles, portées disparues et en danger.
…………….