Cette declaration a été prononcée par Human Rights Watch à la 47e Session ordinaire du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant a Maseru, au Lesotho, le 17 avril 2026.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Comité,
Human Rights Watch félicite les membres nouvellement élus et réélus du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant. Votre mandat intervient à un moment critique pour les enfants de tout le continent, alors que les conflits armés, la violence politique et l’absence de responsabilité continuent d’exposer les enfants à de graves violations. Nous serons heureux de travailler avec vous pour renforcer des mesures de prévention, de protection et de reddition des comptes.
Zambie
Le 16 avril 2026, des organisations de la société civile et des habitants concernés ont déposé une plainte devant ce Comité concernant l’empoisonnement au plomb généralisé des enfants à Kabwe, en Zambie, l’une des villes les plus polluées au monde, où des décennies de contamination minière ont exposé les enfants à des poussières de plomb toxiques dans leurs foyers, leurs écoles et leurs aires de jeux.
La plainte demande au Comité d’intervenir d’urgence auprès de la Zambie et de demander des mesures provisoires, notamment la remise en état environnementale complète de l’ancienne mine et de ses déchets, des tests sanguins à grande échelle pour détecter le plomb et la mise en place de traitements, ainsi qu’un soutien éducatif pour les enfants touchés. Elle exhorte également le Comité à enquêter sur les violations des droits à la santé, au développement, à l’éducation et à un environnement sûr des enfants de Kabwe, et à exiger des mesures de reddition des comptes et de réparations à long terme.
Human Rights Watch exhorte le Comité à accorder la priorité à cette plainte, à demander des mesures provisoires urgentes et à engager le gouvernement zambien à garantir des dépistages immédiats, des traitements, un nettoyage environnemental et la reddition des comptes pour les responsables de l’exposition des enfants aux substances toxiques.
Projet de convention sur les crimes contre l’humanité
Human Rights Watch salue l’élaboration en cours de la Convention sur la prévention et la répression des crimes contre l’humanité. Ce processus offre une occasion rare de renforcer la reddition des comptes et la prévention des atrocités de masse touchant les enfants.
Ceux-ci sont fréquemment visés par des crimes contre l’humanité, mais les articles de la version actuelle ne font que très peu référence aux enfants. Le droit international a considérablement évolué depuis l’adoption du Statut de Rome, notamment grâce à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, qui leur offre des protections solides.
Nous encourageons les États membres à s’efforcer d’inclure les infractions commises contre les enfants dans le traité sur les crimes contre l’humanité, ainsi que des protections pour les enfants accusés de crimes et pour les enfants victimes et témoins, notamment en intégrant les principes de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant. Plus précisément, le traité devrait reconnaître explicitement la persécution due à l’âge et établir le recrutement et l’utilisation d’enfants en tant que crime contre l’humanité.
Nous exhortons en outre les États de s’assurer à ce que les enfants accusés de crimes soient traités dans le cadre de la justice pour mineurs, et à ce que les enfants victimes et témoins bénéficient de procédures adaptées aux enfants, de droits de participation et de réparations.
Protocole sur l’éducation gratuite
Nous saluons le rôle de premier plan joué par la Sierra Leone en tant que pays dont le représentant préside le Groupe de travail des Nations Unies visant à renforcer le droit à l’éducation gratuite par le biais d’un nouveau protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant. Nous saluons également le soutien exprimé en faveur du protocole par les États africains, notamment l’Afrique du Sud, le Botswana, le Burundi, la Gambie, le Ghana, le Malawi, le Soudan du Sud, le Togo et la Zambie, et encourageons tous les États africains à soutenir le protocole et à participer activement au prochain groupe de travail intergouvernemental qui se tiendra à Genève du 31 août au 3 septembre.
Mozambique
Dans la province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, un groupe armé connu localement sous le nom d’Al-Shabab, affilié à l’État islamique, a multiplié les enlèvements d’enfants. Human Rights Watch a signalé une recrudescence de ces enlèvements en 2025, avec plus de 120 enlèvements d’enfants en l’espace de quelques jours à Cabo Delgado. Les schémas d’enlèvement et d’exploitation correspondent aux vagues de violence précédentes, notamment les enlèvements généralisés de femmes et de filles documentés en 2021.
Les enfants enlevés sont souvent utilisés pour transporter des biens pillés, sont soumis au travail forcé, à des mariages forcés et à l’exploitation sexuelle, et sont contraints de participer aux combats.
Bien que certains enfants enlevés plus tôt cette année aient été libérés, beaucoup sont toujours portés disparus, et ceux qui reviennent peines à se réintégrer. Ceux qui reviennent font souvent face à des traumatismes, à la stigmatisation et à un accès limité à l’aide, ce qui rend leur réinsertion extrêmement difficile. Human Rights Watch exhorte les autorités mozambicaines à prévenir de nouveaux enlèvements, à enquêter sur les abus, à poursuivre équitablement les responsables en justice et à veiller à ce que les enfants secourus reçoivent des soins médicaux, un soutien psychosocial et une réinsertion sécure.
République démocratique du Congo
Dans l’est de la République démocratique du Congo, les forces du M23, avec le soutien du Rwanda, ont rassemblé de force des milliers de civils en 2025, y compris des enfants âgés d’à peine 12 ans, et les ont envoyés dans des camps militaires à Tshanzu et Rumangabo.
Les enfants ont été soumis à un entraînement militaire, à du travail forcé et à des punitions brutales. Certains ont été contraints de frapper d’autres détenus, tandis que d’autres ont été détenus dans des conditions mettant leur vie en danger. Ces exactions soulignent le besoin urgent de mécanismes de reddition de comptes et de protection pour les enfants touchés par le conflit armé dans l’est de la RD Congo.
Soudan du Sud
La reprise des hostilités depuis l’effondrement de l’accord de paix au Soudan du Sud a eu des conséquences dévastatrices sur les droits des enfants. Les combats qui font rage depuis le début de l’année 2025 dans les États du Haut-Nil, de l’Équatoria et de Jonglei ont entraîné des exactions, notamment des meurtres, des déplacements, des violences sexuelles et le recrutement d’enfants.
Les forces gouvernementales ont mené des bombardements aériens indiscriminés dans des zones peuplées, utilisant dans certains cas des armes incendiaires, apparemment avec le soutien de l’Ouganda, tuant et blessant des civils, y compris des enfants. Des groupes armés, notamment des membres des Forces de défense populaires du Soudan du Sud (South Sudan People’s Defense Forces, SSPDF), de l’Armée populaire de libération du Soudan en opposition (Sudan People’s Liberation Army in Opposition, SPLA/IO) et du Front de salut national (National Salvation Front), ainsi que leurs alliés respectifs, ont commis des enlèvements, des actes d’esclavage sexuel, des viols et des recrutements forcés d’enfants. La police, l’armée et d’autres forces de sécurité du Soudan du Sud ont commis des exactions, notamment le recrutement forcé d’enfants âgés d’à peine 13 ans lors d’une opération de répression contre des gangs présumés à Juba.
La situation humanitaire est catastrophique. Depuis décembre 2025, au moins 280 000 personnes ont été déplacées de Jonglei, dont la moitié sont des enfants. L'UNICEF met en garde contre le fait que 2,3 millions d'enfants sont confrontés à une malnutrition aiguë et que près de 70 % des enfants ne sont pas scolarisés.
Human Rights Watch exhorte le Comité à appeler publiquement toutes les parties belligérantes à mettre fin aux exactions contre les civils, y compris les enfants, à libérer les enfants associés à des groupes armés, à garantir l'accès humanitaire et à soutenir la reddition des comptes. Le Comité devrait également engager le gouvernement du Soudan du Sud dans la ratification et la mise en œuvre de la Charte africaine et coordonner ses efforts avec les mécanismes régionaux et internationaux afin de renforcer la protection.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres,
En Zambie, au Mozambique, en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud, les enfants continuent de faire les frais des conflits et de l’impunité. Une direction forte du Comité est essentielle pour garantir la reddition des comptes, la prévention et la protection.
Human Rights Watch se tient prêt à soutenir le Comité dans la promotion de ces priorités.
Nous vous remercions.