(Johannesburg, 16 avril 2026) – Le gouvernement zambien devrait être tenu responsable de son manquement à son obligation d’assainir un site minier contaminé provoquant un empoisonnement au plomb dont continuent de souffrir des enfants, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; HRW soutient une demande d’intervention adressée à l’Union africaine, afin que l’UA exige que le gouvernement zambien et les autres parties concernées assainissent le site.
L’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique (Institute for Human Rights and Development in Africa, IHRDA), en collaboration avec des organisations non gouvernementales zambiennes et des familles touchées, a déposé une plainte auprès du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDB, ou ACERWC en anglais), qui fait partie de l’UA. Cette plainte vise la reddition de comptes et la mise en place de mesures correctives urgentes pour les violations des droits des enfants à la santé et à un environnement sain, causées par l’exploitation minière dans la ville de Kabwe dans le passé, ainsi que par les activités ultérieures de traitement des déchets et de nouvelles opérations minières.
« Les conséquences de l’application insuffisante par le gouvernement zambien des réglementations minières et environnementales ont été subies par des enfants, la population la plus vulnérable de Kabwe », a déclaré Allan Ngari, directeur du plaidoyer auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La plainte déposée par l’IHRDA, ses partenaires et les familles touchées constitue un effort nécessaire et urgent pour mettre fin à ce cycle de négligence, et exiger des comptes et une action immédiate de la part du gouvernement zambien. »
Des enfants vivant à Kabwe ont été exposés à des déchets toxiques contenant du plomb ainsi qu’à des résidus miniers contaminés provenant de l’exploitation, dans le passé, d’une mine datant de l’époque coloniale britannique. Le plomb est un métal hautement toxique, pouvant entraîner des troubles cognitifs et de nombreux autres effets irréversibles sur la santé, voire parfois une mort prématurée ; ses effets sont particulièrement nocifs pour les enfants.
La mine de Kabwe a été fermée en 1994, mais environ 6,4 millions de tonnes de déchets miniers et de résidus sont restés sur le site à ciel ouvert, et ont continué à contaminer les zones résidentielles environnantes. On estime que jusqu’à 200 000 personnes auraient été exposées à la poussière toxique soufflée depuis ces décharges, et les chercheurs en médecine estiment que plus de 95 % des enfants vivant près de l’ancienne mine ont du plomb dans le sang.
Depuis lors, le gouvernement zambien a délivré des licences pour l’exploitation minière et le traitement des déchets toxiques de plomb provenant de l’ancienne mine, exposant ainsi les habitants de Kabwe à des risques sanitaires supplémentaires. Le gouvernement n’a pas pris de mesures adéquates pour contenir la contamination et prévenir toute nouvelle exposition, ce qui soulève des inquiétudes quant à son respect de ses réglementations environnementales et minières, et des obligations de l’État zambien en matière de droits humains.
Vidéo de 2023 sur la pollution au plomb à Kabwe
Le gouvernement zambien a pris certaines mesures pour atténuer la pollution à Kabwe, mais n’a toujours pas assaini le site minier, qui est la source de la contamination. Le gouvernement a créé un comité technique présidentiel chargé de traiter la contamination à Kabwe, reflétant sa prise de conscience de l’ampleur de la crise ; toutefois, les travaux de ce comité n’ont toujours pas abouti à des mesures concrètes et assorties de délais en matière d’assainissement et de protection, conformément aux obligations de la Zambie en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch.
Les requérants demandent à l’ACERWC de déclarer que la République de Zambie a manqué à ses obligations au titre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en ce qui concerne les droits à la santé, à la survie et au développement, ainsi qu’à la protection contre les risques environnementaux, et d’ordonner des mesures urgentes et exhaustives, notamment :
- La restriction et l’élimination immédiates des sources de contamination au plomb à Kabwe, via la suspension des activités minières et de traitement des déchets dangereuses qui contribuent à l’exposition continue au plomb ;
- Des tests de dépistage du plomb rigoureux administrés à tous les enfants de Kabwe, dans ces centres de dépistage munis de fournitures médicales adéquates ;
- Une réhabilitation des sols contaminés de l'ancienne mine et de ses environs, ainsi que des procédures de décontamination des écoles, des habitations et des aires de jeux, selon des normes environnementales ;
- Des mesures spéciales de protection et de soutien pour les enfants touchés, y compris l'accès à des services éducatifs et de santé adaptés ;
- Des mesures visant une responsabilisation et transparence accrues, ainsi qu’une surveillance plus efficace des activités minières et de traitement des minerais, afin de prévenir tout préjudice supplémentaire.
Les organisations ont exhorté l’ACERWC à évaluer le respect par la Zambie de ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’enfant et à ordonner des mesures de réparation appropriées pour protéger les enfants touchés. Les organismes africains de défense des droits humains ont affirmé à maintes reprises que les États doivent réglementer les acteurs privés et prévenir les dommages environnementaux qui menacent les droits fondamentaux.
Cette demande s'inscrit également dans le cadre d'un recours collectif en cours en Afrique du Sud contre des entreprises liées aux anciennes exploitations minières de Kabwe, soulignant le rôle complémentaire des mécanismes régionaux de défense des droits humains et des tribunaux nationaux pour garantir la reddition de comptes et l'octroi de réparations.
« Cette demande d’une intervention de l’UA est l’occasion d’exiger du gouvernement zambien qu’il priorise les droits des enfants à la santé et à la sécurité, avant ses propres intérêts économiques », a conclu Allan Ngari. « Cette demande, ainsi que le recours collectif, soulignent l’importance tant de la responsabilité de l’État que de celle des entreprises pour remédier à des dommages environnementaux qui durent depuis des décennies, et pour garantir des réparations effectives aux enfants et aux communautés touchés. »
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