(Bangkok, 4 août 2026) – Le gouvernement malaisien devrait renoncer à ses projets visant à autoriser le renvoi forcé de réfugiés vers le Myanmar, où ils sont exposés à des persécutions et à d’autres violations de leurs droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le 23 juillet 2026, le vice-ministre des Affaires étrangères de la Malaisie a informé le Parlement que 5 000 ressortissants du Myanmar placés en centre de rétention seraient renvoyés au Myanmar. Le 29 juillet, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a déclaré que les autorités du Myanmar avaient accepté de reprendre 5 000 personnes d’ethnie rohingya.
« Depuis de nombreuses années, la Malaisie accueille des réfugiés du Myanmar qui ont fui l’oppression et les atrocités incessantes perpétrées par l’armée », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe pour l’Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement malaisien devrait faire preuve de leadership régional face à la crise au Myanmar, plutôt que de renvoyer de force des personnes qui sont la cible de la brutalité de la junte. »
Il n’existe pas de chiffres officiels concernant le nombre de migrants, de réfugiés et de demandeurs d’asile originaires du Myanmar en Malaisie. Plus de 215 000 réfugiés et demandeurs d’asile sont enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie, dont environ 194 000 proviennent du Myanmar, parmi lesquels 126 000 personnes d’origine rohingya. Depuis des décennies, le HCR traite les demandes d’asile en Malaisie et délivre aux demandeurs dont la demande a abouti des cartes les reconnaissant comme réfugiés, mais ces cartes ne confèrent pas de statut légal.
Les récentes déclarations des autorités malaisiennes concernant le rôle du HCR et les projets de renvoi de personnes vers le Myanmar interviennent dans un contexte d'augmentation des rafles de migrants et de discours xénophobes qui ont alimenté une hostilité intense de la population envers les réfugiés et une méfiance à l’égard du HCR.
La Malaisie ne dispose depuis longtemps d’aucun cadre juridique permettant de déterminer le statut de réfugié, et toute entrée et tout séjour irréguliers sur le territoire constituent une infraction pénale. Les autorités malaisiennes appliquent strictement les lois sur l’immigration et ne font aucune distinction entre les réfugiés, les demandeurs d’asile, les victimes de la traite et les migrants sans papiers lorsqu’elles mènent des rafles.
Au 30 juin, 22 166 personnes se trouvaient dans les centres de rétention pour migrants en Malaisie, dont environ la moitié provenait du Myanmar, selon les statistiques fournies par le ministre de l’Intérieur au Parlement.
Le 30 juillet, le ministre de l’Intérieur a déclaré que des préparatifs étaient déjà en cours pour identifier les personnes susceptibles d’être renvoyées dans le cadre d’une nouvelle procédure pour délivrer un document d’enregistrement des réfugiés (Dokuman Pendaftaran Pelarian, ou DPP), le nouveau système malaisien d’évaluation des demandes d’asile et d’enregistrement des réfugiés.
Le gouvernement a lancé le système DPP en janvier afin de prendre le relais du HCR en matière d’enregistrement des réfugiés, d’améliorer le contrôle et de réduire au minimum les faux documents. Les réfugiés enregistrés via ce nouveau système seront autorisés à séjourner temporairement en Malaisie et auront le droit de travailler, conformément aux termes d’une directive non publiée du Conseil national de sécurité, connue sous le nom de MKN 23.
Début juillet, les autorités malaisiennes avaient traité les dossiers de 128 Rohingyas placés en centre de rétention pour migrants via le système DPP, selon le ministre de l’Intérieur. Parmi eux, 78 avaient été reconnus comme réfugiés, dont 25 seraient autorisés à travailler. Le ministre n’a pas précisé ce qu’il adviendrait des Rohingyas à qui le statut de réfugié n’avait pas été accordé.
Les autorités malaisiennes n’ont pas indiqué si le système respecterait les normes fondamentales relatives à la détermination du statut de réfugié, telles que la non-discrimination, des critères fondés sur le droit international, l’intégrité procédurale, la confidentialité stricte, la protection des données et l’accès à un recours, a déclaré Human Rights Watch.
Dans le cadre de la mise en place de ce nouveau système, le gouvernement malaisien a demandé au HCR en juillet de suspendre temporairement l’enregistrement des réfugiés. Ce changement restreint encore davantage les activités du HCR en Malaisie. Depuis 2019, le gouvernement malaisien refuse au HCR l’accès aux centres de rétention pour migrants, empêchant ainsi l’agence d’examiner les demandes d’asile ou d’aider les détenus qui sont des réfugiés enregistrés.
Bien que la Malaisie n’ait pas ratifié la Convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés ni son protocole de 1967, elle reste tenue de respecter le principe de non-refoulement en droit international, qui interdit aux États de renvoyer quiconque vers un lieu où il courrait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements graves, une menace pour sa vie ou d’autres violations graves et comparables des droits humains.
Depuis le coup d’État militaire de février 2021 au Myanmar, la Malaisie a expulsé sommairement des milliers de demandeurs d’asile vers le Myanmar sans examiner leurs demandes d’asile ni leurs autres besoins de protection, et en violation d’une ordonnance rendue par un tribunal malaisien. En mai 2024, le HCR a publié des directives indiquant que les personnes fuyant le Myanmar « sont fortement susceptibles d’avoir besoin d’une protection internationale en tant que réfugiés ».
Les conditions nécessaires à un retour sûr, digne et volontaire au Myanmar ne sont actuellement pas réunies, a déclaré Human Rights Watch. L’armée du Myanmar continue de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Les autorités de la junte ont arrêté arbitrairement des dizaines de milliers de personnes depuis le coup d’État et des milliers d’entre elles sont décédées en détention.
Les Rohingyas, qui constituent le plus grand groupe ethnique originaire du Myanmar en Malaisie, ont été la cible de la colère publique à l’égard des réfugiés. Fin mai, une pétition en ligne appelant à l’expulsion des réfugiés rohingyas, accompagnée d’une campagne de désinformation, a entraîné une escalade des discours de haine et des actes de violence par des justiciers auto-proclamés visant les Rohingyas.
Les Rohingyas ont fui le Myanmar pour échapper aux vagues successives d’atrocités perpétrées à leur encontre par l’armée du Myanmar. Ces atrocités comprennent des actes de génocide en 2017, le crime contre l’humanité que constitue l’apartheid, ainsi que, plus récemment, des crimes de guerre et d’autres exactions commis par le groupe armé ethnique rakhine, Arakan Army, qui combat l’armée du Myanmar pour le contrôle de l’État de Rakhine depuis fin 2023. Le refus par le Myanmar d’accorder la citoyenneté aux Rohingyas les a rendus particulièrement vulnérables aux violations des droits humains.
« Le gouvernement malaisien attise l’hostilité envers les réfugiés alors qu’il devrait renforcer le soutien et la confiance envers son nouveau système d’enregistrement des réfugiés », a déclaré Bryony Lau. « Les personnes fuyant le Myanmar sont venues en Malaisie pour chercher protection et devraient pouvoir y rester pendant que leurs demandes d’asile sont examinées de manière équitable, sans avoir à vivre dans la crainte du harcèlement, d'une arrestation et d'un retour forcé. »