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Myanmar : Cinq ans après le coup d'État, la junte poursuit ses atrocités

Une action internationale concertée est nécessaire pour mettre fin à la catastrophe humanitaire et aux violations des droits humains

Des villageois éteignaient les restes d’un incendie ayant ravagé une maison, suite à une frappe aérienne menée par l'armée du Myanmar, à Tabayin, dans la région de Sagaing située dans le nord-ouest de ce pays, le 13 novembre 2025. © 2025 Swe Lin Tun/SOPA Images/Sipa USA via AP Photo

(Tokyo) – La junte militaire du Myanmar a accru sa répression et commis de nombreuses violations dans tous les domaines de la vie du pays depuis sa prise du pouvoir le 1er février 2021, ont déclaré aujourd'hui Amnesty International, Fortify Rights et Human Rights Watch. Les atrocités commises par l'armée depuis le coup d'État, qui comprennent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, se sont intensifiées au cours de l'année 2025 ; la junte a cherché à consolider son pouvoir en menant des opérations militaires abusives et en organisant des élections truquées.

Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, les gouvernements de la région et les autres États préoccupés devraient mieux soutenir le peuple du Myanmar et agir pour que la junte réponde de ses crimes. Les élections fortement contrôlées, qui se sont déroulées en trois phases entre le 28 décembre 2025 et le 25 janvier 2026, ont été largement considérées comme frauduleuses, et organisées pour assurer la victoire électorale du parti soutenu par l'armée.

« Ce n'est pas un hasard si cette élection a été rendue possible par une intensification des violations des droits humains, allant des détentions arbitraires aux attaques illégales contre des civils, qui constituent le modus operandi de l'armée depuis des décennies », a déclaré Ejaz Min Khant, spécialiste des droits humains chez Fortify Rights. « Alors que cette crise entre dans sa sixième année, les autres gouvernements devraient soutenir les efforts visant la justice et l’obligation de rendre des comptes pour les nombreux crimes commis par l'armée du Myanmar, car sans justice, le pays ne peut aller de l'avant. »

Depuis le coup d'État, la junte a systématiquement interdit des dizaines de partis politiques et détenu plus de 30 000 prisonniers politiques. En janvier, la junte a annoncé avoir engagé des poursuites judiciaires contre plus de 400 personnes en vertu d'une loi sur la « protection des élections » adoptée en juillet, qui criminalisait les critiques envers les élections en interdisant les discours, les rassemblements ou les manifestations susceptibles de « perturber » même partiellement le processus électoral.

Les élections ont joué un rôle central dans les tentatives de la junte d'écraser toute opposition politique, de faire dérailler les efforts visant à rétablir le régime civil, et de renforcer l’emprise de l'armée sur l’État. Comme prévu, les résultats préliminaires des élections indiquent une victoire écrasante du Parti de l'union, de la solidarité et du développement, soutenu par l'armée.

La Chine et la Russie, principaux fournisseurs d'armes et d’avions militaires de la junte, ont envoyé des observateurs électoraux aux urnes. Ces deux pays soutiennent depuis longtemps la junte, tout en bloquant au Conseil de sécurité des Nations Unies toute action internationale contre les atrocités commises par l'armée. La Malaisie, qui présidait l'année dernière l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), a déclaré que celle-ci n'avait pas envoyé d'observateurs pour certifier les élections.

En 2025, lors d'opérations militaires élargies avant les élections, la junte a intensifié ses frappes aériennes, y compris des attaques délibérées et indiscriminées contre des civils et des infrastructures civiles, en violation du droit international humanitaire. Ces frappes aériennes ont touché des écoles, des hôpitaux, des sites religieux et des camps de personnes déplacées, tuant des milliers de personnes au cours de l'année écoulée.

L'armée a également recouru de plus en plus à des drones armés, des paramoteurs et des autogires dans le cadre d'attaques illégales, créant ainsi de nouvelles menaces pour les civils. Le 6 octobre 2025, une attaque militaire au paramoteur contre un festival bouddhiste dans la région de Sagaing a tué au moins 24 personnes, dont trois enfants. Plus de 135 attaques au paramoteur ont été signalées depuis décembre 2024. Le Myanmar est l'un des rares pays à continuer d'utiliser des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel, pourtant interdites par des traités internationaux.

« Les cinq dernières années illustrent de manière sombre l'échec de la stratégie de l'armée du Myanmar visant à affirmer son contrôle en tuant et en terrorisant les civils », a déclaré Joe Freeman, chercheur sur le Myanmar à Amnesty International. « Les frappes aériennes et les attaques de drones par l'armée ont atteint de nouveaux records en 2025, alors que la junte intensifiait sa campagne déjà brutale contre les zones d'opposition, laissant de plus en plus de personnes vivre dans la crainte des bombes larguées du ciel. »

Depuis la promulgation d'une loi sur la conscription en février 2024, la junte a recouru à des tactiques abusives telles que l'enlèvement de jeunes hommes et de garçons pour les enrôler de force ; lorsque certains conscrits ont fui, leurs proches ont été détenus en tant qu’otages. Le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats par l'armée ont fortement augmenté depuis le coup d'État.

Depuis le coup d'État, plus de 2 200 personnes seraient mortes en détention sous la garde de la junte, bien que le chiffre réel soit probablement plus élevé. La torture, les violences sexuelles et autres mauvais traitements sont fréquemment commis dans les prisons, les centres d'interrogatoire, les bases militaires et autres lieux de détention. Parmi les abus signalés figurent des viols, des passages à tabac, des positions douloureuses prolongées, des chocs électriques et des brûlures, ainsi que le refus de soins médicaux et la privation de nourriture, d'eau et de sommeil. En juillet 2025, Ma Wutt Yee Aung, une activiste de 26 ans, est décédée à la prison d'Insein en raison, selon certaines informations, d'un manque de soins médicaux pour des blessures à la tête causées par la torture.

À la suite du tremblement de terre qui a frappé le centre du Myanmar en mars 2025, la junte a entravé l'accès aux services vitaux dans les zones contrôlées par l'opposition. Les attaques illégales commises pendant plusieurs années par la junte contre des établissements de santé et des travailleurs de la santé ont gravement entravé les interventions d'urgence. Malgré l'annonce d'un cessez-le-feu, l'armée a mené plus de 550 attaques au cours des deux mois qui ont suivi le séisme.

Les exactions commises par l'armée et l'escalade des combats ont provoqué le déplacement interne d'au moins 3,6 millions de personnes. La réduction de l'aide étrangère, la flambée des prix et les restrictions en matière de soins médicaux et d'approvisionnement humanitaire ont exacerbé la malnutrition, les maladies d'origine hydrique et les décès évitables. Plus de 15 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, l'État de Rakhine étant particulièrement touché.

Des millions de personnes qui ont fui le pays sont confrontées à des menaces croissantes, et au risque d'être renvoyées de force vers le Myanmar.

Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et les forces de l'Armée d’Arakan. Ce groupe armé a imposé des mesures oppressives contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, notamment le travail forcé et la détention arbitraire.

Depuis le coup d'État, le trafic, les centres d'escroquerie, l'extraction non réglementée des ressourcesla production de drogue et d'autres activités illicites se sont multipliés. Les centres d'escroquerie en ligne situés le long de la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, gérés par des syndicats criminels internationaux dirigés par des ressortissants chinois, s'appuient largement sur la traite des êtres humains, le travail forcé et la torture pour mener à bien leurs escroqueries, qui font partie d'une industrie pesant plusieurs milliards de dollars dans toute la région.

Les abus généralisés et systématiques commis par l'armée ont été alimentés par des décennies d'impunité, et par l'insuffisance des efforts internationaux visant à mettre fin à ces violations.

Les procédures en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI), visant l’obligation de rendre des comptes au Myanmar, sont essentielles ; toutefois, elles restent limitées aux atrocités commises avant le coup d'État. En novembre 2024, le Procureur de la CPI a requis la délivrance d’un mandat d'arrêt contre le commandant en chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, pour des crimes contre l'humanité présumés commis en 2017 ; les juges n'ont pas encore rendu de décision publique sur cette demande.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies se trouve largement dans l'impasse, n'ayant toujours pas donné suite à sa résolution de décembre 2022, qui dénonçait les abus commis par l'armée après le coup d'État ; la prise de mesures concrètes est entravée par l'opposition de la Chine et de la Russie.

Les membres du Conseil de sécurité devraient définir des mesures ciblées en matière d’obligation de rendre des comptes, visant la junte suite à son refus de se conformer à la résolution du Conseil et à de nombreux autres appels internationaux. La tenue régulière de réunions publiques sur le Myanmar pourrait contribuer à créer une dynamique en faveur d'une résolution de suivi des Nations Unies, afin de saisir la CPI de la situation dans l'ensemble du pays, et de mettre en place un embargo mondial sur les ventes d’armes et de kérosène à la junte.

« Cinq ans après le coup d'État, la catastrophe humanitaire au Myanmar se poursuit dans un contexte de baisse d’aide étrangère, et les violations des droits humains suscitent moins d’attention », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour mettre fin à cette crise, il faut une pression internationale soutenue, des mesures significatives visant l’obligation de rendre des comptes, ainsi que des actions humanitaires, politiques et techniques concrètes pour soutenir les habitants du Myanmar et les millions de personnes contraintes de fuir. »

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