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Mali : Un groupe islamiste armé a exécuté des chauffeurs routiers

Douze victimes ont été retrouvées égorgées et les mains liées

Capture d'écran d'une vidéo partagée en ligne le 29 janvier et géolocalisée par Human Rights Watch montrant au moins 11 camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud du village d'Ambidédi. Source: https://x.com/SalahMo73628462/status/2016965739027017797

(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a sommairement exécuté dix chauffeurs routiers longue distance et deux apprentis chauffeurs routiers adolescents fin janvier 2026 dans le sud-ouest du Mali, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces meurtres, commis lors d'une attaque contre un convoi de camions-citernes, constituent des crimes de guerre manifestes.

Le 29 janvier, des combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jama'at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) ont attaqué un convoi d’au moins 40 camions-citernes escorté par l'armée en route pour la ville de Kayes, dans la région de Kayes. Des témoins ont déclaré que les combattants du GSIM avaient tiré sur le convoi, que les soldats avaient riposté, puis qu'ils avaient incendié au moins 12 camions et exécuté les chauffeurs et leurs apprentis. Les corps des victimes ont été retrouvés deux semaines plus tard, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée.

« L'exécution sommaire de 12 chauffeurs de camions par le GSIM est le dernier exemple en date de la dépravation de ce groupe armé et de son mépris pour les principes juridiques de base », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Tous les groupes armés sont tenus de protéger les civils en vertu du droit international. »

Entre le 30 janvier et le 28 février, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 12 personnes, dont trois témoins de l'attaque, un proche d'une des victimes et huit journalistes, responsables syndicaux et villageois. Human Rights Watch a également géolocalisé une vidéo partagée en ligne le 29 janvier qui montre au moins 11 camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud du village d'Ambidédi.

Lieu de l'attaque du convoi. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Dans un communiqué publié le jour de l'attaque, le GSIM a revendiqué avoir pris pour cible les troupes maliennes entre Diboli et Kayes, mais n'a fourni aucune autre information. Les autorités maliennes n'ont fait aucune déclaration publique sur cet incident et n'ont pas répondu à une lettre envoyée par Human Rights Watch le 2 mars pour recueillir leurs commentaires.

Depuis septembre 2025, le GSIM a coupé l'approvisionnement en carburant du Mali, bloquant et attaquant les convois de camions-citernes en provenance des pays voisins et provoquant de graves pénuries qui ont interrompu les transports, perturbé l'approvisionnement en électricité, fait grimper les prix et paralysé la vie quotidienne à Bamako, la capitale, ainsi qu’ailleurs. Bina Diarra, connu sous le nom d'Abou Houzeifa Al-Bambari, l'un des hauts dirigeants du GSIM au Mali, a déclaré à tort dans une vidéo de novembre 2025 que tous les véhicules de transport de carburant étaient des « cibles militaires ».

Trois chauffeurs de camion et d'autres témoins ont expliqué que le convoi avait quitté Dakar, au Sénégal, le 27 janvier et avait traversé la frontière pour rejoindre Diboli, au Mali, le 28 janvier. Ils ont déclaré que des voyageurs et des chauffeurs de bus sur la route nationale 1 les avaient avertis que la route n'était pas sûre, les combattants islamistes arrêtant les véhicules pour contrôler l'identité des passagers. Cependant, les chauffeurs ont également déclaré que des soldats maliens basés à Kayes s'étaient rendus à Diboli sans incident le 28 janvier pour escorter le convoi sur la même route le lendemain.

Les chauffeurs de camion ont déclaré que, comme il n'y avait pas de menace imminente et que prolonger leur séjour à Diboli augmenterait le risque, le convoi a poursuivi sa route comme prévu le 29 janvier. « Lorsque nous avons quitté Diboli, nous pouvions sentir la peur dans nos têtes et nos estomacs », a déclaré un chauffeur de camion de 48 ans. « Nous craignions que ce soit notre dernier voyage. »

Les chauffeurs routiers et les habitants ont déclaré que le convoi était destiné à approvisionner Kayes et d'autres localités de la région en carburant. Si le carburant est utilisé à des fins civiles, il joue également un rôle crucial dans le maintien des opérations militaires au Mali et peut constituer une cible militaire légitime. La région de Kayes compte plusieurs bases militaires, dont le quartier général de la 4e région militaire.

Des témoins ont déclaré que le convoi s'étendait sur environ 1,5 kilomètre sur la route nationale 1 et était escorté par sept véhicules militaires. « Il y avait six camionnettes militaires et un Landcruiser [militaire] avec au moins quatre soldats dans chaque véhicule », a déclaré un chauffeur routier de 50 ans. « Quatre véhicules [militaires] [se trouvaient] en tête du convoi, et trois autres se déplaçaient entre la fin et le milieu [du convoi]. »

Les combattants du GSIM ont attaqué le convoi vers 9 h 30, à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi et à 43 kilomètres de Kayes. Des images satellites prises le 29 janvier à 11 h 55 montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque.

Image satellite prise le 29 janvier à 11 h 55 qui montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi, au Mali. Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Des témoins ont déclaré que les assaillants avaient ouvert le feu sur l'avant du convoi, déclenchant un échange de tirs, les soldats en position avancée ripostant et ceux à l'arrière avançant pour les renforcer. Les assaillants se sont ensuite mis à tirer vers le milieu et l'arrière du convoi. « J'ai vu des djihadistes à moto, ils portaient des turbans et criaient « Allah Akbar » », a déclaré le chauffeur de 48 ans. « Ils ont commencé à tirer, les militaires ont riposté et c'est dans la fusillade que j'ai sauté de mon camion et pris la fuite. »

Selon des témoins, la plupart des chauffeurs en tête du convoi ont suivi les conseils des soldats de ne pas paniquer et de ne pas s'arrêter, tandis que certains plus en arrière ont abandonné leurs camions et pris la fuite ou fait demi-tour. Les combattants du GSIM ont capturé plusieurs de ceux qui fuyaient, en exécutant 12 par la suite et en libérant d’autres. Le GSIM a abandonné les 12 corps sur le bord de la route. « Personne n'a osé les récupérer par crainte d'une autre attaque », a déclaré un chauffeur routier de 45 ans.

Le 9 février, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (SYNACOR) a appelé à une grève nationale, exhortant les autorités à récupérer les corps et à les rendre à leurs familles ou à assurer leur inhumation. Le 11 février, des soldats ont récupéré les corps. Un homme a déclaré que les victimes, dont deux adolescents, avaient été retrouvées les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Le lendemain, l'armée a enterré les corps au cimetière de Kayes.

Le gouvernement n'a fourni aucune information aux familles des chauffeurs portés disparus depuis l'attaque. Le frère de l'un d'entre eux a déclaré s'être rendu à l'hôpital régional de Kayes, où l'armée avait emmené plusieurs chauffeurs routiers blessés. « Le médecin m'a dit qu'il ne faisait pas partie des six blessés admis », a déclaré cet homme, qui ignore toujours si son frère est mort ou vivant.

Human Rights Watch a reçu une liste de six chauffeurs disparus : deux Sénégalais âgés de 39 et 49 ans, deux Maliens âgés de 46 et 52 ans, un Burkinabè âgé de 35 ans et un Ivoirien âgé de 47 ans.

Toutes les parties au conflit armé au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire. En vertu du droit de la guerre coutumier, les forces attaquantes doivent à tout moment faire la distinction entre les civils et les combattants. Les attaques délibérées contre des civils et les biens civils sont interdites. L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 interdit le meurtre et les traitements cruels de toute personne détenue, qu'il s'agisse d'un civil ou d'un combattant capturé. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.

La légalité de l'attaque contre le convoi dépendrait de la question de savoir si les assaillants ont pris ou non toutes les mesures possibles pour vérifier que le carburant était destiné à l'usage des forces armées. Que l'attaque contre les camions ait été légale ou non, le traitement cruel et l'exécution des chauffeurs de camion étaient clairement illégaux, a déclaré Human Rights Watch.

« Le massacre des chauffeurs routiers souligne la nécessité pour les autorités maliennes d'intensifier leurs efforts pour protéger les civils et traduire en justice les responsables d'abus », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement devrait solliciter l'aide de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples dans le cadre de cette initiative. »

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