Skip to main content
Faire un don

Myanmar : Des prisonnières politiques torturées et maltraitées

La junte leur impose des conditions de détention sordides et les prive de soins médicaux

D’anciennes prisonnières et des membres de leurs familles ont décrit des passages à tabac, des viols, des conditions de détention sordides, ainsi que le refus de fournir des soins prénataux et obstétricaux aux femmes enceintes, avec des conséquences sanitaires dangereuses voire mortelles. © 2026 Human Rights Watch

(Bangkok) – Des prisonnières politiques détenues par la junte militaire au Myanmar subissent des actes de torture et des violences sexuelles, ainsi qu’une privation de soins médicaux qui met leur vie en danger, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Parmi plus de 30 000 prisonniers politiques détenus depuis le coup d’État mené par la junte en février 2021, se trouvent environ 6 600 femmes et 640 enfants. D’anciennes prisonnières et des membres de leurs familles ont décrit des passages à tabac, des viols, des conditions de détention sordides, ainsi que le refus de fournir des soins prénataux et obstétricaux aux femmes enceintes, avec des conséquences sanitaires dangereuses voire mortelles. La junte devrait libérer d’urgence et sans condition toutes les prisonnières politiques et leurs enfants, y compris l’ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi, détenue depuis plus de cinq ans.

« Des femmes qui ont été détenues en tant que prisonnières politiques au Myanmar brossent un tableau profondément troublant d’un système carcéral où la souffrance et la négligence sont délibérées et routinières », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Ces femmes ont subi une série d’ injustices : arrestations arbitraires, torture et mauvais traitements lors de leur détention, suivis de sentiments d’angoisse et de traumatismes après leur libération. »

En 2025 et 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 anciennes prisonnières politiques myanmaraises, trois membres de leurs familles, ainsi que quatre avocats et défenseurs des droits humains. Ces anciennes détenues – des activistes ainsi que des femmes qui travaillaient comme journalistes, professionnelles de santé ou dans le domaine humanitaire au moment de leur arrestation – ont été incarcérées dans 11 centres d’interrogatoire et prisons, certaines depuis le coup d’État de 2021.

Ces femmes ont déclaré avoir été poursuivies en vertu de certaines dispositions du Code pénal utilisées contre les détracteurs réels ou présumés de la junte, dont l’article 505A, formulé dans des termes vagues et d’une vaste portée, et qui a été adopté après le coup d’État afin de punir des opposants et dissidents. D’autres poursuites étaient basées sur la loi antiterroriste du Myanmar, dont le champ d’application est très large. Plusieurs femmes ont déclaré avoir été détenues illégalement en tant qu’otages, permettant aux autorités de faire pression sur des amis ou des proches qui avaient échappé à l’arrestation.

Des femmes ont rapporté avoir été torturées et maltraitées pendant les interrogatoires, pendant des périodes pouvant durer des mois, ou en guise de punition. Les autorités pénitentiaires les ont frappées à coups de bâtons, de chaînes, de tuyaux métalliques et de frondes ; certaines femmes ont été soumises à des chocs électriques, à des violences sexuelles, à des brûlures de cigarette, à des positions de stress prolongées et à des périodes d’isolement cellulaire durant des semaines, voire des mois. La plupart des femmes interrogées par Human Rights Watch ont déclaré avoir subi des humiliations ou des agressions sexuelles, notamment des fouilles corporelles intrusives fréquemment menées d’une manière reflétant l’intention d’humilier, plutôt qu’un objectif légitime de sécurité.

Une activiste âgée de 26 ans, enceinte au moment de son arrestation en 2024, a été interrogée pendant plus d’un mois. Son mari a déclaré : « Ils l’ont menacée à propos de sa grossesse, lui ont dit de leur parler de moi et de ses collègues [de l’opposition]. Ils l’ont menacée en disant : “Si tu ne nous donnes pas ces informations, on te frappera le ventre.” »

Selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques (AAPP), plus de 2 300 hommes et femmes sont mort.e.s en détention depuis le coup d’État. L’ONG Myanmar Prison Witness (MPW) a recensé 290 décès de prisonnier.ère.s politiques entre le 1er février 2021 et le 16 septembre 2026, dont 43 décès de femmes et leurs enfants.

« Nos vies en prison valent une feuille A4 », a déclaré un ancien prisonnier politique, faisant référence à l’avis que les familles sont tenues de signer lorsqu’elles sont informées d’un décès en détention. Les corps ne sont pas rendus aux familles, a-t-il ajouté, et Human Rights Watch n’a connaissance d’aucune enquête ni d’aucune suite judiciaire après un décès. Dans certains cas, les familles ne sont même pas informées du décès de leur proche.

Des anciennes détenues ont déclaré que les autorités pénitentiaires empêchaient systématiquement l’accès aux soins médicaux nécessaires pour traiter des pathologies chroniques ou aiguës. L’accès aux traitements est extrêmement aléatoire, nécessitant souvent des mois d’attente, le versement de pots-de-vin aux gardiens de prison et le paiement de médicaments et de soins à l’extérieur.

« Quand on est malade, il n’y a pas de médicaments, alors il faut simplement endurer la douleur », a déclaré une femme qui a passé trois ans en prison. « Des problèmes mineurs deviennent inutilement des problèmes graves. »

Certaines femmes ont indiqué que cette négligence médicale est aggravée par une absence quasi totale de services spécialisés pour répondre à leurs besoins en matière de santé sexuelle et reproductive. Les femmes enceintes se voient refuser l’accès aux soins prénataux, obstétriques et postnataux nécessaires, et peuvent être victimes d’abus susceptibles de mettre en danger leur santé et leur grossesse, voire leur vie.

Une femme arrêtée en 2021, alors qu’elle était enceinte de trois mois, a déclaré que ses interrogateurs, qui savaient qu’elle était enceinte, lui avaient infligé des décharges électriques et l’avaient battue, lui causant des douleurs chroniques. Elle a été détenue dans une salle de stockage avec neuf autres détenues enceintes ; elles dormaient sur le sol en béton, utilisant des vieux masques médicaux et des blouses usagées.

« Il n’y avait pas d’échographie, il était donc impossible d’estimer la date prévue de mon accouchement », a déclaré cette femme. « J’ai perdu les eaux une nuit, vers minuit, mais la lettre de transfert vers l’hôpital n’est arrivée qu’à 10 heures du matin… On m’a remis des chaînes aux pieds juste après l’accouchement. »

Certaines femmes sont contraintes d’accoucher dans leur cellule en raison du manque de soins d’urgence ; selon d’anciennes détenues, cela a entraîné des cas de mort fœtale, ainsi que des décès de nourrissons et parfois aussi de leur mère.

Des femmes ont également décrit des conditions de détention surpeuplées et insalubres, qui mettaient leur sante ou même leur vie en danger. Après leur libération, plusieurs femmes ont déclaré avoir souffert de dépression, d’hypervigilance, d’isolement et de pensées suicidaires.

Le Myanmar est un État partie à plusieurs traités internationaux fondamentaux relatifs aux droits humains qui concernent en partie le traitement des personnes en détention, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

En vertu du droit international conventionnel et coutumier, les autorités du Myanmar ont un devoir de diligence envers les personnes incarcérées, y compris l’obligation de protéger leurs droits à la vie, à la santé, à la sécurité et à la dignité. De plus, nul ne peut être soumis à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Parmi les Règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (« Règles Nelson Mandela ») figure celle-ci : « L’État a la responsabilité d’assurer des soins de santé aux détenus », ces soins devant être dispensés gratuitement. Tous les établissements pénitentiaires doivent garantir un accès rapide aux soins médicaux ainsi que des conditions permettant les soins et traitements prénataux et postnataux, y compris la possibilité d’accoucher dans un hôpital.

Les Règles des Nations Unies concernant le traitement des femmes détenues et les mesures non privatives de liberté pour les femmes délinquantes (« Règles de Bangkok ») prévoient des protections supplémentaires pour les femmes détenues, notamment des services de santé adaptés à leurs besoins spécifiques et équivalents aux soins disponibles ailleurs, ainsi que certaines garanties pour les mères et les enfants.

Les gouvernements préoccupés devraient imposer des sanctions économiques et des restrictions de déplacement ciblées à l’encontre des hauts responsables de la junte, afin de faire pression sur celle-ci pour qu’elle libère sans condition toutes les personnes détenues et emprisonnées de manière arbitraire, y compris Aung San Suu Kyi. Ces gouvernements devraient aussi exhorter la junte à mettre immédiatement fin à la torture et aux autres mauvais traitements infligés aux personnes détenues, et accorder aux organisations humanitaires internationales impartiales un accès sans entrave à ces personnes. Les bailleurs de fonds internationaux devraient soutenir les associations au Myanmar qui fournissent une aide juridique, médicale, psychosociale et professionnelle aux prisonnières politiques ainsi qu’aux ex-détenues, et soutenir des projets de réinstallation dans un autre pays, pour celles qui sont particulièrement vulnérables.

« Les autres gouvernements devraient saisir toutes les occasions pour faire pression sur la junte afin qu’elle libère chaque prisonnier et prisonnière politique », a conclu Bryony Lau. « Accorder une plus grande attention au sort des femmes détenues montrera à la junte qu’elle ne peut pas dissimuler ses abus horribles derrière les murs des prisons, et aux milliers de femmes injustement incarcérées qu’elles n’ont pas été oubliées. »

Suite détaillée en ligne en anglais.

………………..

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.

Région/Pays