La France a confirmé avoir entamé un « dialogue technique » avec les autorités talibanes concernant les retours forcés vers l’Afghanistan. Cette annonce marque un dangereux revirement de politique qui expose les Afghan·e·s vivant en France à des risques de persécution, de torture et d’autres violations graves, en violation des obligations internationales de la France en matière de droits humains.
Ce « dialogue technique » fait suite à la visite d’une délégation des talibans à Bruxelles en juin, au cours de laquelle les politiques migratoires et de retour ont été discutées avec des responsables de l’Union européenne. L’Allemagne a déjà expulsé 263 Afghans depuis l’année dernière.
Le ministère français des Affaires étrangères a déclaré que ces discussions visaient « à faciliter l'éloignement de ressortissants afghans, qui sont de manière illégale sur le territoire national et qui représentent un risque de sécurité national. ». Les responsables français affirment que ce dialogue porte sur un champ restreint, mais n’ont donné aucune garantie quant à la protection des personnes particulièrement exposées, notamment les femmes.
Depuis leur prise de pouvoir en août 2021, les talibans ont promulgué des décrets et adopté des lois qui ont privé les Afghans de leurs droits fondamentaux. Les femmes et les filles ne peuvent pas exercer leurs droits à l’éducation, à la liberté de circulation et à la liberté d’expression. Il existe également des preuves irréfutables indiquant que les forces talibanes ont détenu et torturé des personnes qui ont été renvoyées de force dans le pays.
Toute coopération française avec les talibans dans le cadre d’un processus de retour se ferait en pleine connaissance de cause quant à la responsabilité des talibans dans de graves violations des droits humains et une oppression systématique. Au début du mois, la Cour pénale internationale a annoncé publiquement la délivrance de mandats d’arrêt à l’encontre du chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et de trois autres hauts responsables pour le crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre et des motifs politiques. Ces mandats, émis en 2025, concernent la persécution des femmes, des filles et des personnes qui ne se conforment pas aux attentes des talibans en matière de genre, ainsi que la persécution politique de celles et ceux considérés comme des « alliés des filles et des femmes ».
Aucun pays ne devrait contraindre des réfugiés à retourner en Afghanistan tant que les talibans continuent de commettre des violations généralisées des droits humains. La France devrait suspendre tout projet d’expulsion, et aucune coopération en matière de contrôle des migrations ne devrait servir de prétexte pour renvoyer des personnes vers un pays où elles courraient un risque réel de persécution, voire pire.