(New York, 27 août 2026) – La répression sévère menée depuis une décennie par le gouvernement chinois à l’encontre des Ouïghours et d’autres musulmans turcophones, qui constitue des crimes contre l’humanité, mérite une réponse plus ferme de la part de la communauté internationale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Dix ans après que le Parti communiste chinois a considérablement intensifié les violations commises à l’encontre des Ouïghours dans la région du Xinjiang, dans l’ouest du pays, la répression des droits reste sévère. Les éléments de preuve actuels montrent la persistance de détentions arbitraires massives, d’emprisonnements injustifiés, d’une surveillance de masse, d’un effacement culturel et religieux, de restrictions des déplacements et des moyens de communication, ainsi que de pressions exercées sur les Ouïghours à l’étranger. En même temmps, les autorités chinoises s’efforcent de promouvoir une image publique de normalité au Xinjiang. Le travail forcé imposé par l’État au Xinjiang affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales pour divers produits ou secteurs tels que les automobiles, les panneaux solaires, l’habillement, les produits de la mer, les produits agricoles et les minerais stratégiques.
« Au lieu de mettre fin à ses crimes contre l’humanité au Xinjiang et de rendre justice aux centaines de milliers d’Ouïghours dont la vie a été détruite, le gouvernement chinois persiste dans ses atrocités et réduit au silence les voix critiques, même à l’étranger », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « La réaction de la communauté internationale était forte au départ mais s’est depuis affaiblie, ce qui permet au gouvernement chinois de promouvoir sans vergogne un faux sentiment de normalité dans la région. »
En 2014, le président Xi Jinping a lancé au Xinjiang la campagne « Frapper fort contre le terrorisme violent ». La répression s’est fortement intensifiée avec la nomination, le 29 août 2016, de Chen Quanguo en tant que secrétaire du Parti communiste chinois au Xinjiang. Cette campagne a abouti à la détention arbitraire d’environ un million d’Ouïghours dans des camps d’« éducation politique ». Chen Quanguo avait auparavant occupé le poste de secrétaire du PCC dans la région autonome du Tibet.
Depuis lors, bien que certains de ces camps semblent avoir fermé, des centaines de milliers d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones restent emprisonnés, selon les chiffres officiels disponibles. Parmi eux figurent des personnalités publiques de premier plan telles qu’Ilham Tohti, Rahile Dawut, Gushan Abbas, Yalqun Rozi et Ekpar Asat. Le Xinjiang semble afficher le plus haut taux de détention carcérale au monde par rapport à la taille de sa population, selon une analyse publiée par le Financial Times en mai 2026.
Plus de 140 000 enfants du sud du Xinjiang ont été séparés de leurs parents entre 2017 et 2018, en grande partie en raison de détentions arbitraires, selon l’estimation publiée par Xinjiang Victims Database en juillet 2026. Certains enfants ont été placés dans des orphelinats gérés par l’État chinois. La situation actuelle de ces enfants reste incertaine.
De nombreux Ouïghours vivant à l’étranger ne parviennent pas à contacter leurs familles – y compris leurs enfants – en Chine. Les autorités maintiennent des restrictions et des contrôles sévères à l’encontre des Ouïghours qui cherchent à voyager à l’étranger, tout en autorisant certains Ouïghours de la diaspora à effectuer des visites limitées au Xinjiang. Certains de ceux qui sont revenus ont déclaré que les autorités les avaient contraints à fournir des informations sur des militants à l’étranger. Les autorités chinoises se livrent à une répression transnationale pour réduire au silence les Ouïghours vivant à l’étranger.
Pékin rejette tous les appels à mettre fin à sa répression sévère au Xinjiang, insistant, lors des visites officielles des hauts dirigeants dans la région, sur le fait que les mesures visant à « préserver la stabilité sociale » constituent une priorité.
Certains gouvernements étrangers ont pris des mesures importantes pour répondre à ces abus au cours de la dernière décennie. En 2021, le gouvernement des États-Unis a promulgué la Loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act, UFLPA), qui établit une présomption selon laquelle les marchandises fabriquées au Xinjiang sont liées au travail forcé et interdit leur importation aux États-Unis. L’Union européenne a aussi adopté un règlement interdisant l’importation des produits fabriqués par le recours au travail forcé.
En 2021, les États-Unis, l’UE, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé des sanctions ciblées à l’encontre de responsables chinois impliqués dans des exactions au Xinjiang. Toutefois, d’autres pays, y compris des États à majorité musulmane tels que l’Indonésie, les Émirats arabes unis et le Pakistan, ont protégé Pékin contre des mesures de l’ONU. En outre, certains gouvernements, dont celui de la Thaïlande, ont expulsé des Ouïghours vers la Chine malgré les risques graves de torture et d’autres exactions auxquels ils sont exposés à leur retour. En 2023, en réponse à ces retours forcés, le Canada s’est engagé à accueillir 10 000 réfugiés ouïghours.
Le 31 août 2022, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié un rapport historique concluant, sur la base de recherches et d’analyses approfondies, que les graves violations commises au Xinjiang « pourraient constituer […] des crimes contre l’humanité ». Pékin a rejeté ce rapport de l’ONU.
En août 2024, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a affirmé que « de nombreuses lois et politiques problématiques restent en vigueur » au Xinjiang. En février 2026, il a exprimé ses « regrets » face à « l’absence de suivi […] des recommandations précédentes et en matière de reddition de comptes » de la part de la Chine. Puis en juin 2026, il a exprimé ses inquiétudes concernant la nouvelle loi chinoise sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques, qui a officialisé les politiques existantes visant à supprimer les droits des minorités.
Le HCDH n’a toutefois pas fourni d’informations publiques substantielles sur ses activités de suivi au Xinjiang depuis 2022. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont appeléVolker Türk à adopter une ligne plus ferme vis-à-vis de Pékin, et à assurer un suivi énergique et public des recommandations formulées par son bureau, compte tenu de la gravité de ses propres conclusions et de la reconnaissance de l’absence de progrès.
Alors que Volker Türk entame son deuxième mandat en tant que Haut-Commissaire, sans progrès perceptibles quatre ans après la publication du rapport historique du HCDH sur le Xinjiang, il devrait tenir compte des appels des victimes ouïghoures et de leurs familles en faveur d’une approche plus ferme.
Les gouvernements étrangers devraient également redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à la répression qui se poursuit au Xinjiang. Les pays de tous les groupes régionaux et politiques devraient collaborer afin de publier une déclaration commune ferme lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, condamnant les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement chinois. Ils devraient organiser un débat consacré à la situation au Xinjiang, afin de donner suite aux recommandations du rapport du HCDH de 2022.
Divers gouvernements, dont ceux du du Canada, de l’Australie, du Royaume-Uni et du Japon, devraient également adopter une législation interdisant les importations de biens liés au travail forcé, y compris des mesures visant spécifiquement les produits provenant du Xinjiang. L’Union européenne devrait veiller à ce que le Xinjiang figure sur la liste des zones à haut risque dans sa toute base de données sur le travail forcé. Les gouvernements étrangers devraient également adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et leurs résidents contre les actes de répression transnationale commis par Pékin, a ajouté Human Rights Watch.
« Au cours de ces dix années de répression au Xinjiang, les gouvernements étrangers ont peu agi pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à ses exactions », a conclu Yalkun Uluyol. « Ces gouvernements devraient utiliser tous les outils à leur disposition pour faire pression sur Pékin afin de faire cesser ces crimes, notamment en adoptant et en appliquant des interdictions d’importation de produits liés au travail forcé d’Ouïghours, et en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des responsables des abus commis au Xinjiang. »
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