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Hongrie : Le nouveau gouvernement devrait rétablir l'état de droit

Le nouveau gouvernement devrait suspendre le Bureau de protection de la souveraineté, mettre fin à la gouvernance par décrets et rétablir le droit de réunion pacifique

Des partisans du parti hongrois Tisza, dirigé par l’avocat et député européen Peter Magyar, célébraient à Budapest à la suite de la victoire de ce parti aux élections législatives en Hongrie, le 12 avril 2026. La victoire du Tisza (« Parti Respect et liberté » - Tisztelet és Szabadság Párt, ou Tisza) mettait fin à 16 années de pouvoir du Fidesz, dirigé par Viktor Orbán. © 2026 Sipa via AP Images

(Budapest, 14 avril 2026) – Le nouveau gouvernement hongrois devrait prendre des mesures immédiates pour rétablir les droits fondamentaux, abroger des lois iniques, démanteler des institutions utilisées de manière abusive et renforcer les institutions démocratiques qui ont subi des années de recul, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Au cours de ses premières semaines au pouvoir, le nouveau gouvernement devrait démontrer un engagement clair en faveur du rétablissement des droits fondamentaux et de la réinstauration des garanties démocratiques, notamment en respectant les obligations de la Hongrie envers l’UE et la communauté internationale. Des mesures rapides visant à rétablir l’indépendance judiciaire, à mettre fin à la gouvernance par décrets et à abroger les lois utilisées pour cibler les détracteurs du régime indiqueraient une rupture claire avec les politiques antidémocratiques des 16 dernières années.

« Le nouveau gouvernement a une occasion majeure de commencer à aborder la crise des droits en Hongrie en rétablissant l’état de droit et en redynamisant les institutions démocratiques », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Des mesures rapides visant à mettre fin à la gouvernance par décrets enverraient un signal immédiat indiquant que la Hongrie est prête à tourner la page, après plusieurs années d’érosion des droits. »

Au cours des 16 dernières années, le gouvernement hongrois dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, et formé par l’alliance entre le parti Fidesz et le KDNP (Parti populaire chrétien-démocrate), n’a cessé d’aggraver la crise des droits humains. Les modifications constitutionnelles et législatives ont de plus en plus concentré le pouvoir entre les mains de l’exécutif, affaibli l’indépendance judiciaire et sapé les organismes de contrôle indépendants.

Le gouvernement Orbán a exercé des pressions sur les médias indépendants et sur la société civile, restreint la liberté de réunion pacifique, stigmatisé les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) par le biais d’une législation discriminatoire, et adopté des politiques portant atteinte aux droits des migrants et demandeurs d’asile, ainsi que des femmes et des filles.

Le nouveau gouvernement hongrois devrait immédiatement suspendre les activités de l’Office de protection de la souveraineté et abroger la loi qui l’a créé. Cet office, créé en 2023, dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur les journalistes, les organisations de la société civile et les universitaires recevant des financements étrangers et les présenter comme des menaces pour la souveraineté de la Hongrie. Il a harcelé à plusieurs reprises des organisations de la société civile et des médias critiques à l’égard du gouvernement, notamment l’organisation anti-corruption Transparency International Hongrie et le média indépendant Atlatszo.

Le nouveau gouvernement devrait aussi retirer le projet de loi sur la transparence de la vie publique. Ce projet de loi a été conçu pour permettre à l’Office de protection de la souveraineté d’enquêter sur les groupes de la société civile et les médias recevant des financements étrangers, de les sanctionner et de les soumettre à une surveillance financière intrusive.

Le nouveau gouvernement devrait également mettre fin à l’utilisation prolongée des pouvoirs d’urgence qui ont permis aux autorités de gouverner par décret pendant de longues périodes avec un contrôle parlementaire minimal. La Hongrie fonctionne sous des états d’urgence successifs depuis 2020, ce qui permet à l’exécutif d’adopter des mesures radicales sans rapport avec les situations d’urgence déclarées. La Hongrie est actuellement soumise à deux états d’urgence, liés respectivement à la guerre en Ukraine et à l’« immigration de masse » ; pourtant, la Hongrie n’est ni une partie au conflit ukrainien, ni confrontée à un afflux significatif de migrants.

Les législateurs devraient modifier la loi hongroise sur les rassemblements afin de garantir que les marches de la Fierté et autres manifestations pacifiques ne puissent être interdites. Le Parlement a adopté en 2025 des lois qui ont été utilisées pour interdire les événements liés à la Fierté et restreindre l’expression publique relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, en invoquant des préoccupations vaguement définies de « protection de l’enfance ».

Le nouveau gouvernement devrait également abandonner les poursuites pénales engagées en lien avec les événements de la Pride, notamment les accusations portées en janvier 2026 contre le maire de Budapest, Gergely Karácsony, qui a aidé à organiser la Budapest Pride après que la police eut interdit l’événement, et celles portées en février 2026 contre Géza Buzás-Hábel, l’organisateur de la marche de la Pride de 2025 à Pécs.

Poursuivre des élus et des activistes pour avoir organisé des rassemblements pacifiques porte atteinte aux droits humains fondamentaux et n’a pas sa place dans une société démocratique fondée sur l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient également abandonner immédiatement l’enquête visant Szabolcs Panyi, un journaliste, qui semble constituer une mesure de représailles pour ses reportages sur des questions d’intérêt public, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la liberté de la presse.

Le nouveau gouvernement devrait également veiller à ce que les poursuites contre le pasteur Gábor Iványi soient abandonnées et à ce que le harcèlement financier et administratif dont sont victimes Iványi et son Église cesse. Iványi dirige la Communauté évangélique hongroise, à laquelle le gouvernement a retiré son statut officiel d’Église en vertu de la loi hongroise sur les Églises de 2011. La Cour européenne des droits de l’homme a jugé cette mesure illégale en 2014 et a condamné le gouvernement à payer une amende. Le nouveau gouvernement devrait rétablir le statut de l’Église et payer sans délai les amendes ordonnées par la Cour.

Le nouveau gouvernement devrait également agir rapidement pour respecter les étapes clés en matière d’État de droit exigées par la Commission européenne. Des réformes portant sur l’indépendance judiciaire, les garanties anticorruption et la transparence démontreraient l’engagement de la Hongrie à rétablir la protection des droits et les garanties démocratiques, et permettraient à la Hongrie d’accéder à des milliards d’euros de fonds de l’Union européenne gelés en raison des violations répétées du droit de l’UE par le gouvernement précédent.

Le gouvernement devrait également réaffirmer l’engagement de la Hongrie en faveur de la responsabilité internationale en adhérant au Parquet européen, en annulant le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale (CPI) et en soutenant l’action extérieure de l’UE pour lutter contre les violations des droits humains et du droit de la guerre.

« C’est aux mesures concrètes que prendra le nouveau gouvernement hongrois au cours des premières semaines et des premiers mois de son mandat qu’il faudra juger de sa volonté de rétablir le respect des droits et de l’état de droit », a conclu Lydia Gall. « Mettre fin au gouvernement par décrets, démanteler les institutions utilisées pour intimider les détracteurs, garantir que la Pride et d’autres manifestations pacifiques puissent se dérouler librement, et mettre un terme aux poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques montreraient que la Hongrie est sérieuse dans sa volonté de rétablir une gouvernance démocratique fondée sur les droits. »

Suite détaillée en anglais.

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