Un accord de paix négocié par les États-Unis et signé le 27 juin entre la République démocratique du Congo et le Rwanda liera l'intégration économique et le respect de l'intégrité territoriale à la promesse d'investissements occidentaux. S’il s'agit avant tout d'un accord minier, l’accord offre aussi une opportunité pour la paix dans la région. Sa bonne mise en œuvre sera toutefois fonction de la surveillance continue du gouvernement américain et du soutien du Congrès.
L’accord s'aligne directement sur les intérêts stratégiques des États-Unis, et est en adéquation avec la tendance du président Donald Trump à privilégier une politique étrangère transactionnelle. Si les avantages offerts à la RD Congo d’une part, pour ses minerais, et au Rwanda de l’autre, en tant que plateforme potentielle de transformation des minerais, peuvent amener les deux pays à la table des négociations, mon expérience dans la région m'a appris qu'une paix durable ne peut être instaurée que si la reddition des comptes pour les violations des droits humains commises par toutes les parties figure au premier plan des discussions.
Toutefois, si cet accord offre l'occasion la plus concrète depuis des années de mettre fin aux exactions commises contre les civils dans l'est de la RD Congo, il ne s’attaque malheureusement pas à l'impunité, un facteur pourtant clé des conflits dans la région.
Les richesses minières de la région, qui comprennent du cobalt, du coltan, de l'or, de l'étain et du tungstène, sont un facteur invisible à la fois d'opportunités et de destruction. Les groupes armés financés par le pillage de ces ressources perpétuent depuis longtemps le conflit.
De graves abus ont été commis par le groupe rebelle M23, qui contrôle des zones clés de l'est de la RD Congo, et par les forces gouvernementales rwandaises qui le soutiennent. De son côté, le gouvernement congolais devrait aussi rendre des comptes pour les exactions commises par ses propres troupes et les milices qui lui sont alliées. En l’absence d’une cessation de ce conflit, les investissements étrangers, les opérations minières et les autres acteurs cherchant à bénéficier de l'accord sur les minerais risquent d’être exposés à la violence, à l'absence d'état de droit et à l'injustice persistante.
Depuis des années, le Rwanda soutient le M23, alimentant ainsi la violence et l'instabilité dans la région. La dernière incursion du groupe armé, toujours en cours, est particulièrement brutale puisqu'ils ont commis des exactions généralisées, notamment des exécutions sommaires, des bombardements de camps de déplacés et le recrutement forcé d'enfants. Les combats qui ont opposé le M23 et les forces congolaises plus tôt cette année ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes et exacerbé une crise humanitaire en cours depuis longtemps. Nos recherches montrent que ces attaques sont souvent menées en coordination directe avec les forces rwandaises, qui fournissent par ailleurs les armes au groupe.
Pour que la dynamique impulsée par l'administration Trump aboutissent à de réels progrès, le Rwanda doit d'abord être tenu de respecter les principes qu'il a signés en avril, notamment retirer ses troupes de la RD Congo et de faire cesser les abus du M23, qui ne doit plus être en mesure de terroriser les civils dans les villes clés. Ses attaques contre les civils doivent impérativement cesser. Le respect de ces engagements devrait être évalué par des observateurs internationaux indépendants ayant connaissance de la tendance du gouvernement rwandais au déni et à la duplicité.
La pression pour faire respecter les principes clés de l'accord ne viendra pas du Rwanda, où le parti au pouvoir ne tolère aucune dissidence, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières nationales. La pression doit de ce fait être exercée par les partenaires du pays. Les États-Unis devraient être prêts à imposer de nouvelles sanctions à l'encontre des responsables rwandais impliqués dans la commission d’abus et à dénoncer publiquement le gouvernement s’il contourne les dispositions clés de l'accord.
Le gouvernement de la RDC devrait également assumer ses propres responsabilités. Son soutien continu à ses milices alliées compromettra l'accord. Au cours de cette crise, nous avons également documenté la coordination et le soutien apportés par l'armée congolaise aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), dont certains combattants et commandants ont été responsables du génocide rwandais de 1994. Cela doit cesser. La RD Congo doit démanteler ce groupe, une fois pour toutes.
Les divisions ethniques demeurent très vives dans la région. Le gouvernement congolais devrait faire preuve d’efforts de bonne foi pour réfréner les discours haineux qui risquent d'inciter à la violence.
Le Congrès américain peut contribuer à améliorer les chances de succès et de viabilité de l'accord négocié par les États-Unis avec la RD Congo et le Rwanda en exigeant que tout investissement dans les infrastructures ou le soutien à la sécurité soit nécessairement subordonné au retrait complet des troupes rwandaises de la RD Congo et à la fin du soutien congolais aux groupes auteurs d'exactions. Le Congrès devrait également manifester son soutien aux enquêtes sur les crimes graves et veiller à la mise en place d'un suivi international et au respect de l'accord.
De telles actions constituent le minimum pour ne pas trahir la promesse d'une paix réelle et durable pour l'est de la RD Congo, ainsi que pour garantir aux États-Unis un approvisionnement fiable en minerais qui ne soit pas entaché de violations des droits humains.
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Lewis Mudge est directeur pour l'Afrique centrale à Human Rights Watch.