(Bangkok, 30 avril 2026) – Le 30 avril, la Cour d’appel de Phnom Penh, au Cambodge, a confirmé la condamnation du leader de l’opposition Kem Sokha, basée sur des motifs politiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La cour a confirmé sa condamnation à 27 ans de prison, prononcée en mars 2023, et a prolongé l’assignation à résidence de facto qu’il subit actuellement ; la cour lui a aussi imposé une interdiction supplémentaire de voyager à l’étranger pendant cinq ans. Les autorités cambodgiennes devraient immédiatement annuler cette condamnation, et libérer Kem Sokha.
Âgé de 72 ans, Kem Sokha est l’ancien président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC, ou CNRP en anglais), qui était le principal parti d’opposition avant sa dissolution par le gouvernement en novembre 2017. Suite à son arrestation par les autorités cambodgiennes en septembre 2017, Kem Sokha a été détenu arbitrairement, maltraité et privé de son droit de vote ainsi que de la possibilité de se présenter aux élections.
« Le gouvernement cambodgien devrait abandonner ses poursuites infondées contre Kem Sokha, le libérer immédiatement et lui restituer sans condition ses droits politiques », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les élections communales de 2027 et les élections nationales de 2028 n’auront aucune légitimité, tant que le gouvernement utilisera les tribunaux pour punir injustement ses opposants politiques. »
La police de Phnom Penh et des membres de l’unité de garde du corps personnelle de l’ancien Premier ministre Hun Sen ont arrêté Kem Sokha le 3 septembre 2017. Un juge d’instruction a ensuite inculpé Kem Sokha de trahison et de « collusion avec des étrangers » en vertu de l’article 443 du Code pénal cambodgien, qui prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 30 ans de prison.
Après son arrestation, Kem Sokha a été détenu pendant plus d’un an au Centre correctionnel III de la province de Tboung Khmum. En juin 2018, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention préventive de Sokha était « arbitraire », et « motivée par des considérations politiques », et a exhorté les autorités cambodgiennes à le libérer immédiatement et sans condition. En septembre 2018, Kem Sokha a été placé en résidence surveillée de facto, une situation qui perdure à ce jour.
Les procureurs du gouvernement ont cherché à présenter les activités pro-démocratie du PSNC, ainsi que le rôle de Kem Sokha en tant que leader de ce parti d’opposition et son influence auprès d’organisations non gouvernementales de défense des droits humains, comme des tentatives de renversement du gouvernement cambodgien menées en collusion avec des pays étrangers.
Le procès de Kem Sokha a été reporté pendant des années ; des experts en droits humains des Nations Unies ont observé que le processus judiciaire semblait avoir été « artificiellement prolongé ». En mars 2023, sa condamnation a entraîné de nouvelles restrictions à sa liberté de mouvement et d’association ; le tribunal lui a interdit de contacter quiconque, à l’exception de ses proches, que ce soit en personne ou en ligne, sans l’autorisation des procureurs. L’appel de Kem Sokha a débuté en janvier 2024, mais les audiences ont été suspendues en septembre 2024, sans qu’un motif clair soit fourni, et n’ont repris qu’en avril 2026.
Vidéo de mars 2023
En novembre 2017, deux mois après l’arrestation de Kem Sokha, la Cour suprême, contrôlée par le gouvernement et dirigée par un membre du comité central du Parti populaire cambodgien (parti au pouvoir), avait ordonné la dissolution du PSNC. De nombreux membres haut placés du parti s’étaient alors exilés, craignant d’être arrêtés. Le gouvernement a ensuite organisé des élections, tenues le 29 juillet 2018 et auxquelles aucun parti ou candidat d’opposition significatif n’a pu se présenter. Le parti au pouvoir a remporté les 125 sièges de l’Assemblée nationale, transformant de fait le Cambodge en un État à parti unique.
Depuis lors, les autorités cambodgiennes ont continué à réprimer et à harceler l’opposition politique. En 2021, les procureurs ont ouvert des procès collectifs contre d’autres membres de l’opposition politique ; parmi les accusés figuraient plus de 100 personnes liées au PSNC, le parti de Kem Sokha qui fut dissous, ainsi que des activistes de la société civile.
Les élections locales organisées en 2022 ont été entachées de nombreuses et graves irrégularités dans le dépouillement des votes, laissant craindre une fraude électorale et une manipulation des résultats. Les élections nationales de juillet 2023 se sont déroulées après l’exclusion du principal parti d’opposition actuel, le Parti de la bougie. Des experts en droits humains de l’ONU ont déclaré que la période préélectorale était « extrêmement déconcertante », ajoutant que « cela a affecté la crédibilité de l’ensemble du processus électoral ».
À la suite des élections nationales de 2023, le Premier ministre de longue date, Hun Sen, a quitté son poste et l’a transféré à son fils, l’ancien commandant de l’armée Hun Manet. En avril 2024, Hun Sen a été nommé président du Sénat cambodgien, après des élections sénatoriales entachées de menaces et de pots-de-vin. Sous l’autorité de Hun Sen et puis de son fils Hun Manet, le gouvernement cambodgien a considérablement restreint les droits, réprimant l’espace civique et politique ainsi que d’autres libertés fondamentales.
« Les gouvernements qui ont appelé les autorités cambodgiennes à libérer Kem Sokha depuis près d’une décennie devraient le faire encore plus vigoureusement, suite à l’arrêt déplorable rendu par la Cour d’appel », a conclu Bryony Lau. « Les gouvernements donateurs devraient clairement indiquer qu’ils n’apporteront aucun soutien technique aux prochaines élections, tant que les autorités cambodgiennes n’auront pas pris de mesures pour rouvrir pleinement l’espace politique. »
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