Skip to main content
Faire un don

Singapour : Suspendre l'exécution imminente d’un homme pour trafic de cannabis

Une grâce présidentielle accordée à Omar bin Yacob Bamadhaj permettrait d'éviter une erreur judiciaire irréversible

Omar bin Yacob Bamadhaj, photographié en Allemagne avec sa fille, Amal en 2018, peu avant son voyage à Singapour.  © 2028 Privé

(Londres, 15 avril 2026) – Le gouvernement singapourien devrait immédiatement suspendre l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj pour trafic de cannabis, prévue le 16 avril, ont conjointement déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, Amnesty International, Capital Punishment Justice Project (CPJP) et Anti-Death Penalty Asia Network (ADPAN).

Les autorités singapouriennes ont arrêté Omar bin Yacob Bamadhaj, un ressortissant singapourien aujourd’hui âgé de 41 ans, le 12 juillet 2018 ; par la suite, un tribunal l’a reconnu coupable d’avoir importé un peu plus d’un kilogramme de cannabis, considéré comme une drogue contrôlée de classe A en vertu de la Loi sur l'usage abusif de drogues (« Misuse of Drugs Act ») de 1973. Après que la plus haute juridiction de Singapour eut rejeté son appel en octobre 2021, il a été condamné à mort en février 2022.

« La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit », a déclaré Rachel Chhoa-Howard, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International. « Le maintien de la peine de mort par Singapour pour les infractions liées à la drogue constitue une violation du droit international et des normes internationales relatives aux droits humains, et crée un décalage de plus en plus vaste entre cette cité-État et le reste du monde, à ce sujet. »

Le 2 avril, la famille d’Omar bin Yacob Bamadhaj a reçu un avis de l’administration pénitentiaire de Singapour l’informant qu’il serait exécuté deux semaines plus tard. Le 12 avril, son épouse, Alexandra Maria, de nationalité allemande, a adressee une lettre au bureau du président Tharman Shanmugaratnam une lettre sollicitant sa clémence.

Le 12 juillet 2018, Omar bin Yacob Bamadhaj avait été arrêté après avoir été trouvé en possession de 1 009 grammes de cannabis lors d’un contrôle de routine au poste-frontière de Woodlands, situé à la frontière entre Singapour et la Malaisie.

Au moment de son arrestation, Omar bin Yacob Bamadhaj vivait en Allemagne et n’était plus résident de Singapour. Dans son courrier adressé au président, son épouse Alexandra Maria a expliqué qu’Omar bin Yacob Bamadhaj était revenu à Singapour pour passer le mois sacré du ramadan avec des proches. Son épouse Alexandra Maria, leur fille Amal et leur fils Naqeeb se trouvaient en Allemagne à ce moment-là. En raison de l’état de santé de leur fils, qui nécessite des soins médicaux spécialisés, et de leur situation financière, la famille n’a pas pu rendre visite à Omar bin Yacob Bamadhaj en prison. Naqeeb est décédé en novembre 2025, à l’âge de 11 ans.

« Omar et sa famille ont déjà enduré des souffrances inimaginables depuis son incarcération en 2018 », a déclaré Karen Gomez-Dumpit, coordinatrice de l’ADPAN. « L’exécuter maintenant ne ferait qu’aggraver cette douleur et laisserait sa fille sans jamais avoir vraiment connu son père. »

Le système pénal de Singapour prévoit la peine de mort pour toute une série d’infractions, notamment le trafic, l’importation ou l’exportation de quantités de drogue dépassant un certain seuil. Le droit international et les normes en matière de droits humains stipulent que les pays qui n’ont pas aboli la peine de mort devraient limiter son application aux « crimes les plus graves » ; selon des experts des Nations Unies, ainsi que le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, ces crimes n’incluent pas les infractions liées à la drogue.

Le juge chargé de l’affaire d’Omar bin Yacob Bamadhaj a estimé que son implication se limitait au transport de drogue, mais le ministère public ne lui a pas fourni de certificat confirmant qu’il avait apporté une aide substantielle aux enquêtes visant à mettre fin à d’autres activités de trafic de drogue. Ces deux conditions sont requises par la loi sur l’usage abusif de drogues, pour que les accusés puissent bénéficier d’une certaine marge dans la détermination de la peine dans les affaires de trafic de drogue. Le juge n’avait donc d’autre choix que d’imposer la peine de mort obligatoire. 

Depuis le 1er janvier 2026, Singapour a exécuté sept personnes, toutes pour des infractions liées à la drogue. En 2025, les autorités ont exécuté quinze personnes pour des infractions liées à la drogue, soit sept de plus qu’en 2024.

Le gouvernement recourt également régulièrement à des lois excessivement vagues et restrictives pour réduire au silence les activistes opposés à la peine de mort et les défenseurs des droits humains, étouffant ainsi tout débat public éclairé sur la question.

« Alors que les pays voisins d’Asie ont pris des mesures importantes ces dernières années pour réduire leur recours à la peine capitale, le gouvernement de Singapour semble déterminé à continuer de l’appliquer et à intensifier les exécutions, en particulier pour les crimes liés à la drogue », a déclaré Jacinta Smith, présidente de CPJP. « La position du gouvernement singapourien sur la peine capitale reflète un mépris total du droit à la vie. »

Il existe un précédent de grâce présidentielle à Singapour. Le 14 août 2025, le président Shanmugaratnam a accordé sa grâce à Tristan Tan Yi Rui, 33 ans, qui avait été condamné à mort en 2023 pour avoir trafiqué 337,6 grammes de méthamphétamine – également une drogue contrôlée de classe A – en 2018. Sa peine de mort a été commuée en réclusion à perpétuité. 

À l’époque, le ministère de l’Intérieur avait déclaré que la grâce avait été recommandée par le Cabinet de Singapour « en raison des faits et des circonstances spécifiques de l’affaire ».

Dans sa lettre au président, l’épouse d’Omar bin Yacob Bamadhaj a qualifié la décision du président dans l’affaire Tan Yi Rui d’« acte de compassion et d’équité, qui a été perçu par de nombreuses personnes à travers le monde comme un signe fort d’un système judiciaire capable de reconnaître des circonstances humaines uniques et la possibilité de rédemption ». Elle a ajouté : « Veuillez donner à Amal, âgée de neuf ans cette année, la chance de connaître la joie de renouer avec son père, et non la douleur et le regret irréversibles de ne jamais avoir pu le connaître. » 

« Les gouvernements préoccupés devraient exhorter de toute urgence Singapour à suspendre immédiatement l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj, et à commuer sa peine de mort », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement singapourien devrait commuer les peines de mort de toutes les personnes condamnées uniquement pour des infractions liées à la drogue, en tant que première étape vers l’abolition totale de ce châtiment. »

……………. 

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.

Région/Pays