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La force internationale en Haïti serait responsable de violences sexuelles

Des mesures de protection urgentes s’imposent alors qu’une nouvelle force se déploie

Un contingent de policiers kenyans arrive à l’aéroport international Toussaint Louverture à Port-au-Prince, en Haïti, le 18 janvier 2025, dans le cadre de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya et autorisée par les Nations Unies. © 2025 Clarens Siffroy/AFP via Getty Images

Un rapport des Nations Unies a révélé que des membres d'une force autorisée par l'ONU opérant en Haïti, la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, étaient responsables de quatre cas de violences sexuelles dans le pays, dont le viol d'une fille de 12 ans et de deux filles de 16 ans.

Alors que le secrétaire du Cabinet kenyan, Musalia Mudavadi, affirme que ces allégations ont fait l'objet d'une enquête interne et ont été jugées sans fondement, le rapport de l'ONU indique qu'une enquête interne n'a été menée que dans un seul cas. Quoi qu'il en soit, le fait que la MMAS enquête sur son propre comportement soulève des inquiétudes quant à l'indépendance de ces conclusions. Le Bureau des services de contrôle interne de l'ONU examinerait normalement de manière indépendante les allégations concernant les missions de maintien de la paix de l'ONU, mais comme la MMAS n'est pas considérée comme une force de l'ONU, ce bureau n'a pas été sollicité.

Le MMAS est en train de se transformer en une force élargie autorisée par l’ONU, appelée la Force de répression des gangs (FRG), qui remplacera le personnel kenyan par de nouvelles forces internationales. Avant le départ du personnel kenyan, la mission devrait veiller à ce que toutes les allégations, y compris les quatre cas signalés, fassent l’objet d’une enquête approfondie. Si une enquête révèle des preuves de violences sexuelles, les conclusions devraient être transmises aux autorités kenyanes.

Les femmes et les filles en Haïti sont déjà confrontées à des violences sexuelles généralisées. Les forces internationales déployées pour aider à rétablir la sécurité ne doivent pas aggraver les abus qu’elles endurent. La FRG devrait établir des garanties plus solides en matière de droits humains afin de prévenir de nouvelles violations, notamment par le biais de formations standardisées et continues portant sur la violence sexuelle et basée sur le genre, la violence domestique et la violence entre partenaires, ainsi que sur la protection de l’enfance.

Une politique de tolérance zéro envers la violence sexuelle devrait être appliquée, tout personnel impliqué devant être démis de ses fonctions et déféré devant les autorités compétentes en matière de justice pénale. Les contingents devraient également respecter des exigences minimales en matière de participation des femmes et inclure un expert en protection de l’enfance afin d’améliorer l’accompagnement des survivantes, ainsi que la sécurité et la redevabilité au sein de la mission.

Entre-temps, toute allégation d’abus devrait être examinée par un mécanisme indépendant de la chaîne de commandement, doté de personnel formé pour interagir avec les survivantes de violences sexuelles selon une approche sensible aux traumatismes, adaptée aux enfants et respectueuse du contexte culturel. Ce mécanisme devrait être soumis à un contrôle indépendant. Les conclusions devraient être rendues publiques, traduites en créole haïtien et en français, et les victimes devraient être protégées et se voir garantir l’accès à la justice et à des réparations.

La FRG et les agences des Nations Unies devraient renforcer leurs capacités de suivi des allégations de violences sexuelles, notamment en déployant des observateurs des droits humains au-delà de Port-au-Prince, dans toutes les zones de déploiement des troupes en Haïti. Les observateurs devraient être accessibles et disponibles en tout temps, offrir un soutien centré sur les survivantes, et leur présence devrait être médiatisée. Toutes les mesures devraient être guidées par la protection et le respect des survivantes.

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