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Haïti

Événements de 2025

Une femme assise dans un refuge pour des familles déplacées par la violence des groupes criminels à Port-au-Prince, en Haïti, le 14 octobre 2025.

© 2025 AP Photo/Odelyn Joseph

La crise multidimensionnelle politique, économique, humanitaire et des droits humains en Haïti s’est aggravée davantage en 2025. Les groupes criminels, alliés au sein de la coalition « Viv Ansanm », ont consolidé leur contrôle sur la majeure partie de la capitale et de sa zone métropolitaine, et se sont étendus à trois des dix départements du pays.

Ces groupes ont continué à commettre des abus, notamment des massacres, des meurtres, des violences sexuelles et du recrutement d’enfants, contribuant ainsi de manière significative aux déplacements internes, qui ont touché 1,4 million de personnes en septembre. Selon certains analystes, Haïti affiche le taux d’homicides le plus élevé au monde.

Le contrôle exercé par les groupes criminels et leurs attaques ont gravement perturbé l’accès aux biens essentiels et aux services publics. Plus de la moitié de la population haïtienne (5,7 millions de personnes) souffre d’une insécurité alimentaire aiguë et plus de 6 millions de personnes, dont 3,3 millions d’enfantsont besoin d’aide humanitaire urgente. L’annulation de la plupart de l’aide financière accordées par les États-Unis a affaibli la réponse humanitaire davantage.

Les abus commis par des groupes dits d’autodéfense ont également alimenté la violence, tandis que les Nations Unies ont signalé qu’à la fin du mois de septembre, plus de la moitié des meurtres avaient été commis lors d’opérations de sécurité.

L’instabilité politique a persisté. Les autorités de transition haïtiennes, dirigées par le Premier ministre et le Conseil présidentiel de transition (CPT), ont mis en place une « force opérationnelle » (Task Force) qui a mené des opérations à l’aide de drones armés contre des groupes criminels. Ils ont également lancé un processus de réforme constitutionnelle et alloué des fonds aux élections. En décembre, le CPT a approuvé un décret et un calendrier électoraux, prévoyant un premier tour des élections en août 2026, un second tour en décembre 2027 et l’annonce de résultats électoraux définitifs au plus tard le 20 janvier 2027, sous réserve d’une amélioration de la situation sécuritaire.

La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) autorisée par l’ONU et la Police nationale d’Haïti (PNH) ont continué à faire face à d’importants problèmes de personnel et de financement, ce qui a entravé la pleine exécution de leur mandat. 

En septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la transformation de la MMAS en « Force de répression des gangs » (Gang Suppression Force, GSF) et a créé le Bureau d’appui de l’ONU en Haïti (UN Support Office in Haiti, UNSOH) afin de fournir un soutien logistique et technique à la GSF. 

En octobre, l’ouragan Melissa a inondé plusieurs régions d’Haïti, menant à 43 morts, dont 10 enfants.

Violences commises par des groupes criminels

Les groupes criminels contrôlent environ 90 % de Port-au-Prince et sa zone métropolitaine et se sont étendus dans des zones auparavant sûres ainsi que dans des régions clés telles que les départements de l’Artibonite, du Centre et du Nord-Ouest. Ils continuent de contrôler les routes principales, perturbant gravement la fourniture des services essentiels et d’aide humanitaire.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme en Haïti a signalé que les groupes criminels avaient tué au moins 4 384 personnes entre janvier et septembre 2025. Ils ont également blessé 1 899 personnes et en ont kidnappé 491. À la fin du mois de septembre, ils avaient commis au moins 13 massacres dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite, selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH).

Entre janvier et septembre, 1 270 cas de violences sexuelles, principalement attribués à des groupes criminels, ont été signalés. Les survivantes avaient peu ou pas d’accès à une protection ou à des services. Les coupes budgétaires américaines ont privé environ 750 000 femmes et filles de l’accès aux soins de santé, au soutien psychosocial et aux services d’urgence, limitant encore davantage l’accès qui n’était déjà disponible que pour une petite fraction des survivantes.

Le rapport annuel du Secrétaire général de l’ONU sur les enfants et les conflits armés, qui couvre les développements en 2024, indique que les enfants en Haïti sont soumis à certains des taux les plus élevés au monde, tant de viols et de violences sexuelles que de violations graves, plus largement. Haïti figure parmi les cinq pays les plus touchés au monde dans ces catégories. La plupart des enfants victimes de violations graves étaient des filles. Au moment de la rédaction de ce chapitre, au moins 30 % des membres de groupes criminels étaient des enfants, qui sont utilisés pour des activités criminelles allant de l’extorsion à des actes de violence graves, notamment des meurtres et des enlèvements.

Violences commises par les forces de sécurité et les groupes d’autodéfense 

Malgré le soutien des États-Unis, du Canada, de la France et de l’ONU en matière de formation, de financement et d’équipement, la police continue de faire face à des contraintes financières, logistiques et de personnel. Les policiers ont également été responsables d’un usage excessif de la force et d’autres violations graves des droits humains lors de leurs opérations contre des groupes criminels.

Au moins 3 199 personnes auraient été tuées lors d’opérations policières entre janvier et août, dont 17 % n’étaient pas impliquées dans les affrontements, selon l’ONU. 

Selon l’ONU, certaines unités de police auraient procédé à 174 exécutions sommaires entre janvier et septembre 2025. En septembre, le bureau des affaires internes de la police avait ouvert 90 enquêtes concernant des cas d’usage potentiellement excessif de la force par la police. Aucune de ces enquêtes n’était terminée au moment de la rédaction de ce chapitre.

Le procureur de Miragoâne a continué à mener et à ordonner des exécutions extrajudiciaires, avec au moins 43 cas signalés en septembre, sur lesquels les autorités n’ont toujours pas enquêté. 

En mars, selon l’ONU, une « force opérationelle », qui serait dirigée par le Premier ministre, a commencé à mener des opérations à l’aide de drones équipés d’explosifs dans les zones contrôlées par des groupes criminels. Au 20 septembre, ces opérations avaient fait au moins 547 morts, dont 20 personnes sans affiliation criminelle et 9 enfants.

Face à l’incapacité de la police à contenir la montée de la violence, les groupes d’autodéfense se sont multipliés, opérant parfois aux côtés des unités de police. En septembre, ils avaient tué 572 personnes soupçonnées d’appartenir à des groupes criminels, dont beaucoup n’avaient aucun lien avéré avec ces groupes, selon l’ONU. 

Principaux acteurs internationaux 

La mission MMAS dirigée par le Kenya compte moins de 1 000 personnes et a été confrontée à d’importants problèmes de financement. En 2025, elle a continué à se joindre à la police haïtienne pour des patrouilles et des opérations contre les groupes criminels, en particulier à Kenscoff, l’une des dernières zones sûres de la capitale.

La mission assure des activités de suivi et de documentation des violations des droits humains et dispose d’un mécanisme de plaintes et d’une ligne d’assistance téléphonique gratuite accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de faciliter le signalement des violations par les victimes et les lanceurs d’alerte. Au moment de la rédaction de ce chapitre, l’ONU n’avait signalé aucune violation de droits humains par des membres du MMAS.

En septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la transformation du MSS en une « force de répression des gangs » (Gang Suppression Force, GSF). Cette nouvelle force devrait compter jusqu’à 5 550 membres, composés de policiers, de militaires et de civils, et sera habilitée à agir de manière indépendante ou en coordination avec la police nationale haïtienne. La GSF est autorisée à mener des opérations visant à neutraliser les groupes criminels, à protéger les infrastructures critiques, à soutenir et à renforcer les capacités des forces de sécurité haïtiennes, à faciliter les conditions nécessaires à la tenue d’élections et à l’accès humanitaire, et à soutenir les efforts de lutte contre la traite des êtres humains. Au moment de la rédaction de ce chapitre, aucun nouveau personnel n’avait été déployé. 

Les États-Unis, le Canada, l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU ont renforcé les mesures prises contre d’anciens fonctionnaires haïtiens et groupes criminels, notamment par des arrestations et des sanctions ciblées. Les États-Unis ont désigné deux groupes criminels, Viv Ansanm et Gran Grif, comme organisations terroristes étrangères, ont inculpé Jimmy Cherizier (« Barbecue ») et un de ses associés, et ont arrêté deux hommes d’affaires accusés de soutenir des groupes criminels.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a sanctionné les groupes criminels Gran Grif et Viv Ansanm, tandis que l’UE et le Canada ont chacun sanctionné trois autres personnes pour avoir commis des actes de violence et compromis la stabilité en Haïti. En décembre, les États-Unis ont condamné un ancien chef de groupe criminel, Germine Joly, à la prison à perpétuité. 

L’afflux d’armes et de munitions en Haïti, provenant en grande partie des États-Unis, a continué d’alimenter la violence. Au moment de la rédaction de ce chapitre, deux projets de loi visant à limiter les transferts illégaux d’armes étaient en cours d’examen au Sénat et au Congrès américains, et l’embargo sur les armes décrété par l’ONU restait en vigueur.

Droits économiques, sociaux et culturels

La crise sécuritaire et l’instabilité politique ont aggravé une situation humanitaire déjà désastreuse. Selon les estimations de la Banque mondiale, plus de 66 % des 11,9 millions d’habitants d’Haïti vivaient avec moins de 3,65 dollars par jour.

Selon le Programme alimentaire mondial, environ 5,7 millions de personnes en Haïti sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë et 600 000 souffrent de famine, l’un des taux les plus élevés au monde.

En 2023, date la plus récente pour laquelle des données sont disponibles, seuls 51 % des Haïtiens avaient accès à l’électricité, et ce de manière intermittente et à des prix élevés. Environ 35 % de la population n’a pas accès à l’eau potable. 

Le système de santé haïtien continue d’être au bord de l’effondrement. Selon l’Organisation panaméricaine de la santé, environ 40 % des établissements de santé étaient fermés en 2025 et 33 % ne fonctionnaient que partiellement en avril 2025, laissant deux Haïtiens sur cinq sans accès aux soins médicaux essentiels.

L’organisation Médecins Sans Frontières, seule source de soins de santé pour les victimes de violences dans certaines régions, a suspendu ses activités dans l’un de ses établissements médicaux de la capitale en mars après que ses véhicules aient été ciblés, et a définitivement fermé cet établissement en octobre.

Le choléra reste un problème de santé publique, avec 2 852 cas suspects signalés par le ministère de la Santé publique en octobre 2025.

Selon l’UNICEF, plus de 1 600 écoles ont fermé leurs portes dans tout le pays. La violence et l’occupation des établissements scolaires par des groupes criminels ont perturbé la vie de 243 000 élèves et 7 500 enseignants.

Gouvernement de transition et élections

Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2016. Son parlement est inactif depuis 2019 et le pays n’a plus de représentants élus au niveau national depuis janvier 2023.

Le CPT, dont le mandat court jusqu’au 6 février 2026, a alloué des fonds à la sécurité et aux opérations frontalières, et a lancé une révision constitutionnelle visant à organiser un référendum et des élections avant la fin de son mandat. En mai, le CPT a présenté un nouveau projet de constitution et le Premier ministre a annoncé un financement de 65 millions de dollars pour le processus électoral. Le CPT a annulé le projet de révision constitutionnelle en octobre.

Système judiciaire

Le système judiciaire haïtien a continué à faire face à des défis importants, en grande partie en raison de la violence et de la corruption persistantes, malgré les efforts déployés pour rétablir le fonctionnement des tribunaux et renforcer les mécanismes de responsabilité. 

En avril, les autorités ont publié un décret créant deux pôles judiciaires spécialisés chargés de poursuivre les crimes de masse, y compris les violences sexuelles, et les crimes financiers. Cependant, aucune de ces deux pôles n’étaient opérationnels en décembre.

L’obligation de rendre des comptes pour les violations passées et actuelles de droits humains, notamment les massacres et les violences sexuelles, reste pratiquement inexistante. 

En octobre, la Cour d’appel haïtienne a annulé une décision judiciaire dans l’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse et a désigné un nouveau juge pour relancer l’enquête. Cette décision a annulé l’inculpation de 51 suspects et a constitué un revers majeur pour les efforts visant à garantir la responsabilité.

Certains acteurs politiques, dont l’ancien sénateur Prophane Victor et Magalie Habitant, ont été arrêtés et accusés de soutenir des groupes criminels.

En septembre, les prisons haïtiennes comptaient 7 274 détenus, dont 81 % étaient en attente de leur procès. Selon l’ONU, la plupart vivaient dans des conditions inhumaines, sans nourriture, eau ou soins de santé adéquats. Au moins 139 sont morts en détention, principalement de maladies liées à la malnutrition.

En juin, les autorités de transition ont publié un nouveau code pénal et un nouveau code de procédure pénale, qui devaient entrer en vigueur en décembre. 

Accès à l’avortement

Haïti interdisait auparavant totalement l’avortement. Le nouveau code pénal a dépénalisé l’avortement avant la huitième semaine de grossesse, ainsi qu’à tout moment en cas de viol ou d’inceste, ou lorsque la santé mentale ou physique de la personne enceinte est en danger. Au moment de la rédaction de ce chapitre, le nouveau code pénal n’était pas encore entré en vigueur.

Droits des personnes handicapées

Haïti a adhéré à la Convention relative aux droits des personnes handicapées en 2009, mais son cadre juridique contient encore des dispositions discriminatoires. Selon l’ONU, environ 16 % de la population haïtienne présente un handicap, mais aucun recensement n’ait été effectué depuis 2003. Les personnes handicapées en Haïti sont confrontées à des obstacles importants pour accéder aux services essentiels et sont victimes d’une discrimination et d’une stigmatisation généralisées.

Déplacements internes et migrations

En septembre, 1,4 million d’Haïtiens, dont près de la moitié étaient des enfants, étaient déplacés à l’intérieur du pays, beaucoup vivant dans des camps informels avec un accès limité à la nourriture, à l’eau, à l’assainissement ou aux soins médicaux.

Haïti ne dispose pas de politique d’aide aux personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le plan d’intervention humanitaire de l’ONU reste largement sous-financé, ce qui limite l’aide internationale.

À la mi-décembre, les gouvernements étrangers avaient renvoyé plus de 251 000 personnes en Haïti, malgré les risques pour leur vie et leur intégrité physique et l’appel lancé par le Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés en faveur de l’extension de la protection des réfugiés aux Haïtiens en vertu de la Déclaration de Carthagène de 1984. La République dominicaine est responsable de 98 % de ces rapatriements, tandis que les îles Turques-et-Caïques et les États-Unis, entre autres, ont procédé aux autres renvois. À la mi-décembre, les États-Unis avaient renvoyé 1 159 personnes vers Haïti, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

En République dominicaine, à la suite de l’annonce par le président de 15 mesures de contrôle aux frontières, les forces de sécurité ont intensifié les détentions et les rapatriements forcés de migrants haïtiens. Beaucoup d’entre eux étaient des femmes enceintes ou venant d’accoucher et des enfants, qui, en vertu de la loi dominicaine sur l’immigration, ne devraient pas être détenues. Des groupes de la société civile ont signalé des abus généralisés pendant la détention et l’expulsion. 

Malgré les efforts déployés par l’OIM et des organisations locales, Haïti ne disposait pas des moyens d’aider et de réintégrer les personnes expulsées par d’autres pays.

En juin, le gouvernement américain a annoncé la fin du Statut de protection temporaire (Temporary Protected Status, TPS) pour environ 500 000 Haïtiens vivant aux États-Unis, cinq mois plus tôt que prévu, mais une décision de justice a maintenu ce programme en vigueur jusqu’en février. En décembre, le gouvernement américain a confirmé la fin du programme.