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Nigeria : Les attaques à Maiduguri reflètent une nouvelle menace pour les civils

Les autorités devraient assurer la protection des civils, enquêter sur les attaques et soutenir les victimes

Un véhicule de police blindé était garé près des décombres sur le site d’un marché à Maiduguri, au Nigeria, le 17 mars 2026, au lendemain d'explosions qui ont tué au moins 23 personnes et en ont blessé plus de 100 autres dans cette ville. © 2026 AFP via Getty Images

(Abuja) – Les attentats meurtriers perpétrés à Maiduguri, capitale de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria, ont ravivé les inquiétudes quant à la recrudescence des attaques violentes perpétrées par Boko Haram et au risque croissant pour les civils dans la région, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À la suite de ce crime de guerre manifeste, les autorités nigérianes devraient renforcer de toute urgence la protection des civils dans la région.

Les attaques, survenues dans la soirée du 16 mars 2026, ont frappé des lieux publics très fréquentés, notamment un marché, les environs d’un bureau de poste et l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri, faisant 23 morts et 108 blessés, selon les autorités policières. Ces attaques semblent avoir été indiscriminées et constituent donc un crime de guerre au regard du droit international. Le gouvernement nigérian est engagé depuis plus d’une décennie dans un conflit armé dans le nord-est du pays contre le groupe insurgé Boko Haram et les factions qui s’en sont séparées.

« Ces dernières attaques montrent que les civils du nord-est du Nigeria restent dangereusement exposés à une violence meurtrière, malgré des années d’efforts du gouvernement en matière de sécurité », a déclaré Anietie Ewang, chercheuse sur le Nigeria à Human Rights Watch. « La recrudescence de telles attaques à Maiduguri est profondément alarmante, et met en évidence la menace persistante que les groupes armés font peser sur la vie quotidienne. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq témoins des attentats à la bombe perpétrés contre le bureau de poste, l’hôpital et le marché. Aucun groupe armé n’a revendiqué ces attentats, mais l’armée nigériane les a décrits comme des tentatives coordonnées menées par des combattants présumés de Boko Haram visant à faire un grand nombre de victimes et à semer la panique. Le groupe armé Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS), plus connu sous le nom de Boko Haram, a déjà perpétré plusieurs attentats-suicides visant des civils.

Le JAS a été considérablement affaibli après la mort de son chef de longue date, Abubakar Shekauen 2021, lors d’affrontements avec la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, une faction rivale qui s’est séparée du groupe. Cependant, selon les analystes, le JAS semble revenir en force, comme en témoignent plusieurs attaques récentes dans la région.

En décembre 2025, une mosquée de Maiduguri a été visée par un attentat à la bombe qui a fait cinq morts, mettant fin à des années de calme relatif. Bien que la violence liée à Boko Haram ait diminué par rapport à son pic, la poursuite des attaques dans toute la région suggère que l’insurrection reste une menace persistante, et les attentats de Maiduguri suscitent de nouvelles inquiétudes en matière de sécurité.

L'État de Borno est largement considéré comme l'épicentre de l'insurrection, tandis que Maiduguri est la principale plaque tournante opérationnelle pour les interventions de sécurité. C'est également un pôle humanitaire clé, accueillant des agences qui viennent en aide aux populations touchées par la crise.

En 2020, Fatou Bensouda, alors Procureure de la Cour pénale internationale, a affirmé que son bureau d’ s avait trouvé des motifs raisonnables de croire que Boko Haram et ses groupes dissidents, ainsi que les forces de sécurité nigérianes, avaient commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité pendant le conflit. Elle a noté que « la grande majorité des actes criminels commis dans le cadre de cette situation [était] imputable à des acteurs non étatiques ». La Procureure Bensouda avait alors décidé de ne pas donner suite à une demande d’ouverture d’une enquête officielle, en partie en raison de ressources limitées, et la situation reste au stade de l’examen préliminaire.

Ibrahim Talba, un tailleur de 35 ans, a déclaré à Human Rights Watch qu’il s’était rendu dans un restaurant local situé en face de l’entrée de l’hôpital universitaire de Maiduguri pour manger après avoir rompu son jeûne pendant le ramadan. Là, il a été témoin d’une altercation entre deux jeunes hommes à bord d’un tricycle commercial et un agent de sécurité, qui leur refusait l’entrée au motif qu’ils n’utilisaient pas un tricycle autorisé. Il a déclaré qu’après un bref échange houleux, l’un des hommes a lancé vers le gardien de sécurité une bouteille, qui a explosé lorsque celui-ci l’a renvoyée vers l’homme. Alors qu’Ibrahim Talba et d’autres personnes se précipitaient vers les lieux, une deuxième explosion s’est produite, le blessant. Il a présenté ses blessures par éclats d’obus au dos, aux jambes et au ventre.

Fatima Sheriff, une vendeuse de nourriture âgée de 25 ans, a déclaré qu'après avoir livré de la nourriture à un membre du personnel de l'hôpital, elle se dirigeait vers la porte lorsqu'elle s'est arrêtée pour répondre à un appel de sa sœur. Elle a brièvement remarqué la dispute, mais l'appel l'a distraite. Quelques instants plus tard, une forte explosion a retenti, des flammes ont envahi les lieux et elle a perdu connaissance. Elle a repris conscience plus tard à l’hôpital, sans aucune blessure physique. Là-bas, elle a vu sept personnes amenées inconscientes à la suite de l’explosion, dont une jeune fille que le médecin a déclarée morte par la suite.

Mustafa Muhammed, un vendeur de casquettes âgé de 45 ans, a déclaré avoir été blessé par des éclats d’obus au dos et sur le côté des côtes à la suite d’une explosion devant l’hôpital. Il a déclaré : « Je me trouvais dans le quartier de Costain, près du cimetière de Gwange, lorsque j’ai entendu une forte explosion provenant du quartier du marché du lundi. Je me suis mis à courir, j’ai enfourché mon vélo pour rentrer chez moi, en empruntant la route menant à l’hôpital universitaire de Maiduguri. Alors que je traversais la route en direction de l’hôpital, il y a eu une autre explosion. Je ne sais même pas ce qui s’est passé. J’ai juste vu un nuage de fumée rougeâtre et noir, puis je me suis retrouvé couvert de sang. La seule chose dont je me souviens ensuite, c’est d’avoir ouvert les yeux et de m’être retrouvé dans un lit d’hôpital. »

Babagana Abubakar, un vendeur de fruits âgé de 39 ans, a déclaré qu’il vendait des pastèques à un client près de la poste, lorsqu’une forte explosion a « tout fait voler en éclats ». Il a poursuivi : « Nous avons tous commencé à courir pour nous mettre à l’abri, sans savoir où nous cacher. Je savais que c’était l’explosion d’une bombe, car j’avais déjà entendu ce bruit à Maiduguri. »

Babagana Abubakar est revenu pour aider les victimes et a vu des gens gisant au sol, mais il était incapable de dire qui était vivant ou mort. « J’ai essayé d’aider l’un des blessés, mais j’ai reculé quand j’ai vu du sang couler de sa poitrine », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas pu continuer. C’était trop. Je tremblais et j’avais froid partout. Je ne connaissais pas les victimes, car je vends surtout aux passants, mais j’ai ensuite reconnu parmi les morts un jeune homme qui m’avait acheté des bananes quelques minutes avant l’explosion, grâce à son maillot blanc du Real Madrid. »

Ce vendeur de fruits a ajouté qu’il entendait encore l’écho de l’explosion, dans sa tête. « Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la scène, les corps gisant par terre. Ça ne cesse de se rejouer dans mon esprit. J’ai également perdu mon gagne-pain, car tous les fruits que je vendais ont été éparpillés partout par l’explosion et je n’ai rien pu ramasser ni récupérer. »

Un fonctionnaire de 53 ans a déclaré qu’il se rendait en voiture au marché du lundi pour faire ses courses auprès des vendeurs de rue à l’extérieur lorsqu’il a entendu une forte explosion, accompagnée d’une lumière rouge vif dans le ciel. Il a déclaré : « Après l’explosion, les gens se sont mis à courir dans toutes les directions. J’ai laissé ma voiture et j’ai couru à pied, comme l’ont fait d’autres automobilistes. Après avoir couru environ 400 mètres sans entendre d’autres coups de feu, nous nous sommes arrêtés, réalisant que cela signifiait probablement qu’il n’y avait pas d’hommes armés sur les lieux. Cet incident m’a vraiment effrayé. Je n’ai jamais vécu une telle expérience depuis que j’ai emménagé ici. »

Les autorités nigérianes devraient de toute urgence renforcer la protection des civils dans les zones à haut risque, améliorer les mesures d’alerte précoce et d’intervention, et apporter un soutien aux victimes, ainsi qu’aux personnes qui ont perdu leurs moyens de subsistance, a déclaré Human Rights Watch.

« Les attentats à la bombe à Maiduguri mettent en évidence le danger extrême et permanent auquel sont confrontés les civils du nord-est du Nigeria, face aux groupes armés », a conclu Aniete Ewang. « Les autorités nigérianes devraient d’urgence intensifier leurs efforts pour protéger les civils, garantir des enquêtes rapides et transparentes, et traduire les responsables en justice. »

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