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États-Unis : Expulsion de milliers de Cubains vers le Mexique

Parmi eux, de nombreux Cubains qui vivaient aux États-Unis depuis des décennies se retrouvent sans accès à un logement, à des soins de santé ou à un statut légal au Mexique

Trois hommes cubains expulsés par les États-Unis étaient assis près de l'hôpital Juan Graham dans la ville de Villahermosa, la capitale de l’État de Tabasco dans le sud-est du Mexique, en mars 2026. © 2026 Josué Leal
  • L'administration Trump a expulsé plus de 4 300 Cubains vers le Mexique, dont de nombreuses personnes âgées souffrant de graves problèmes de santé qui vivaient aux États-Unis depuis des années, voire des décennies. Beaucoup se retrouvent sans accès à un logement ni à des soins de santé. Ceux qui ne peuvent pas bénéficier d'une protection en tant que réfugiés sont pris au piège dans une situation juridique incertaine permanente.
  • Les États-Unis devraient garantir aux personnes faisant l'objet d'une procédure d'expulsion un examen individuel de leur cas, l'accès à des évaluations pour examiner leurs demandes de protection, ainsi que des conditions de détention humaines si la détention est jugée nécessaire.
  • Le Mexique devrait offrir aux personnes expulsées un accès d'urgence à un hébergement, à des soins de santé et à une voie d'accès à un statut juridique durable.

(Washington) – L’administration Trump a expulsé des milliers de Cubains hors des États-Unis vers le Mexique, dont de nombreuses personnes âgées, en leur refusant le droit à une procédure régulière, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui ; de nombreux Cubains expulsés se retrouvent sans ressources et privés d’accès aux services de base au Mexique.

Ce rapport de 66 pages, intitulé « “Casting Us Aside to Die” : Cubans and Other Third-Country Nationals Deported from the US to Mexico » (« “Rejetés pour nous laisser mourir” : Des Cubains et des ressortissants d’autres pays tiers expulsés par les États-Unis vers le Mexique »), documente les abus commis par le gouvernement américain à l’encontre de Cubains et de ressortissants d’autres pays qui ont été expulsés vers le Mexique, entre janvier 2025 et mars 2026. N'ayant aucun autre recours pour obtenir un permis de résidence permanente au Mexique, de nombreux Cubains expulsés, que le gouvernement cubain refuse d’accueillir, se retrouvent pris au piège dans un vide juridique. Depuis leur arrivée au Mexique, ils n'ont reçu que peu ou pas d'aide de la part du gouvernement mexicain ; beaucoup d’entre eux n'ont pas accès à un logement, à de la nourriture ou à des soins de santé.

« L’administration Trump utilise le Mexique comme un dépotoir pour les personnes qu’elle ne peut pas expulser vers leur pays d’origine, dont de nombreux Cubains qui vivaient aux États-Unis depuis des décennies », a déclaré Alcira Silva Hava, titulaire d’une bourse Leonard H. Sandler auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Le gouvernement mexicain ne leur offre aucun moyen d’obtenir un statut juridique durable en dehors du système d’asile, laissant ainsi beaucoup d’entre eux dans une situation incertaine, sans logement, sans médicaments et à la merci d’organisations criminelles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 53 individus – 41 hommes cubains et 12 ressortissants d’autres pays – expulsés par les États-Unis vers les villes de Tapachula (dans l’État de Chiapas) et Villahermosa (dans l’État de Tabasco), au Mexique. La majorité de ces hommes vivaient aux États-Unis, principalement en Floride, depuis des années, voire des décennies, après avoir fui Cuba en raison de la répression politique ou du manque de perspectives économiques. Beaucoup y avaient créé des entreprises et possédaient des maisons ; des membres de leurs familles se trouvent toujours aux États-Unis. La plupart ont 60 ans ou plus, et souffrent de maladies chroniques nécessitant un traitement médical continu.

Aucune des personnes interrogées n’a eu la possibilité de contester son expulsion vers le Mexique, ce qui constitue une violation de leurs droits à une procédure régulière en vertu du droit américain et du droit international. Les autorités américaines les ont expulsés sans papiers, sans argent et sans effets personnels. Bien que les autorités mexicaines aient accepté d’accueillir ces ressortissants cubains, elles les ont laissés dans des conditions dangereuses, sans accès à un logement ni à des soins de santé. Sans voie claire vers un statut légal, beaucoup n’ont guère de perspectives d’améliorer leur situation. Certains ont été contraints de vivre dans la rue, notamment dans des parcs ou devant des hôpitaux.

« Ils nous rejettent pour nous laisser mourir », a déclaré Harold A. (pseudonyme), un ressortissant cubain de 58 ans. « Il n’y a aucune aide. Nous ne pouvons pas travailler parce que nous n’avons pas de papiers. Ils ne nous donnent rien, absolument rien… Comment sommes-nous censés manger, payer notre loyer ? »

Les personnes expulsées ont été envoyées vers le sud du Mexique, où des villes comme Tapachula et Villahermosa connaissent des niveaux de violence élevés et disposent de capacités dérisoires pour fournir protection, logement, emplois et accès aux services publics. La plupart des personnes interrogées ont eu du mal à trouver un travail non abusif ou à accéder à des soins de santé. Les personnes âgées ont subi les conséquences les plus graves. Certaines se sont retrouvées privées des médicaments qu’elles prenaient depuis des années.

Human Rights Watch a constaté qu’entre le 20 janvier 2025 et le 9 mars 2026, les autorités américaines ont expulsé plus de 18 000 ressortissants de pays tiers, dont près de 13 000 – soit environ 70 % – ont été envoyés au Mexique en vertu d’un accord entre les deux gouvernements, dont les termes précis n’ont pas été divulgués. Les Cubains constituaient le groupe le plus important : 4 353 personnes cubaines ont été expulsées vers le Mexique au cours de cette période.

Expulsion de Cubains par les États-Unis vers Cuba et le Mexique, par mois
Tableau montrant la forte hausse du nombre d’expulsions de Cubains par les États-Unis vers le Mexique et Cuba, par mois, depuis le début du deuxième mandat du president Trump, le 20 janvier 2026.  © 2026 Human Rights Watch (infographie)

Parmi eux, 55 % avaient déjà fait l’objet d’une condamnation pénale aux États-Unis, 16 % faisaient l’objet d’une procédure en cours mais n’avaient pas été condamnés, et 26 % n’avaient aucun casier judiciaire. Seuls 16 % avaient été condamnés pour une infraction violente ou potentiellement violente. Le ciblage massif des résidents permanents cubains de longue date et leur expulsion vers le Mexique n’étaient pas une pratique courante aux États-Unis avant le second mandat du président Donald Trump.

Les Cubains et les autres ressortissants de pays tiers expulsés ont été victimes de nombreux abus de la part du gouvernement américain. Dans les centres de détention pour immigrants aux États-Unis, beaucoup ont subi la surpopulation, des températures extrêmes, une alimentation insuffisante, un accès limité aux soins médicaux et un manque d’informations sur leur dossier, ainsi que des violences physiques et verbales de la part des gardiens. Jusqu’en avril 2026, la loi mexicaine limitait fortement leurs déplacements vers d’autres États mexicains en exigeant une pièce d’identité valide pour voyager à l’intérieur du pays, les empêchant de fait de rechercher de meilleures conditions de vie ou des opportunités dans d’autres régions du pays.

La demande d’asile est pratiquement la seule voie légale dont disposent les personnes expulsées pour obtenir un statut juridique permanent au Mexique, mais beaucoup de ceux qui ont quitté Cuba depuis des décennies n’ont tout simplement pas, ou ne sont probablement pas en mesure de démontrer, une crainte fondée de persécution dans ce pays.

Même pour ceux qui souhaitent déposer une demande d’asile, la procédure est ardue. L’administration de l’Agence mexicaine d’aide aux réfugiés, qui manque de ressources, est lente et accablée par des exigences procédurales qui rendent très difficile l’accès à l’asile ou à une protection similaire.

Le gouvernement américain devrait se conformer aux exigences procédurales de la loi sur l’immigration et la nationalité (Immigration and Nationality Act), qui garantissent à chaque personne une possibilité réelle de contester son pays de renvoi. Les transferts ne devraient avoir lieu que dans le cadre d’accords transparents, et tous les États d’accueil devraient garantir des procédures d’asile complètes et équitables ainsi qu’une protection durable à ceux qui y ont droit. Dans la mesure où la loi américaine le permet, les autorités devraient également prendre en compte l’âge, la santé physique et mentale, le handicap et les liens familiaux aux États-Unis avant d’exécuter les ordonnances de renvoi vers des pays tiers.

Le gouvernement mexicain ne devrait accepter les transferts de personnes que dans le cadre d’accords transparents garantissant le respect des garanties procédurales et du droit international, et devrait garantir des évaluations de protection complètes et équitables, y compris l’accès à l’asile. Le Mexique a une responsabilité particulière envers les personnes qu’il a acceptées, en sachant que leurs pays d’origine avaient refusé de les accueillir.

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