Skip to main content
Faire un don

En débarquant dans un aéroport au Cameroun il y a quelques semaines, deux femmes camerounaises tremblaient de peur. Elles avaient fui leur pays il y a plus d’un an pour demander l’asile aux États-Unis, mais avaient été sommairement expulsées par ce pays vers la Guinée équatoriale, dont les autorités les ont ensuite renvoyées au Cameroun. Les deux femmes s’étaient auparavant vu accorder une « suspension d’expulsion » par des juges américains de l’immigration, au motif qu’elles risquaient d’être persécutées au Cameroun.

« Nous avions très peur », m’a confié l’une des femmes. « La veille de notre départ de Guinée équatoriale, un commissaire nous a annoncé que nous partions pour le Cameroun… Nous étions sous le choc. Nous avons tenté de les supplier en leur expliquant que nous ne pouvions pas y retourner. » Lorsqu’elle a interrogé un fonctionnaire sur la possibilité de demander l’asile en Guinée équatoriale, « il s’est contenté de rire et a répondu : “Il n’y a rien de tel ici. La seule option qui s’offre à vous ici, c’est de retourner dans votre pays.” »

En expulsant ces réfugiées camerounaises, la Guinée équatoriale a violé l’interdiction du refoulement prévue par le droit international – c’est-à-dire le renvoi forcé d’un réfugié vers un pays où il risque d’être persécuté –, un principe fondamental tant de la Convention des Nations Unies de 1951 que de la Convention africaine de 1969 sur les réfugiés. La Guinée équatoriale est liée par ces deux traités, même si elle ne dispose d’aucun système national d’asile.

Les deux femmes camerounaises faisaient partie d’un groupe de 32 personnes de nationalités diverses qui auraient été envoyées des États-Unis vers la Guinée équatoriale à bord de trois vols depuis novembre, dans le cadre d’un accord de transfert vers un pays tiers, en échange de 7,5 millions de dollars. Avant même de rapatrier les deux Camerounaises, selon des organisations de défense des droits humains, les autorités de Guinée équatoriale avaient renvoyé au moins 17 autres personnes vers leur pays, en informant plusieurs d’entre elles qu’elles ne pouvaient pas bénéficier de l’asile.

Le 13 mai, des experts des droits humains des Nations Unies et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ont souligné le « risque de refoulement » et ont appelé la Guinée équatoriale « à suspendre immédiatement toute expulsion de personnes en danger ». Les autorités équato-guinéennes ont ignoré cet appel. Un groupe d’organisations non gouvernementales a déposé une plainte contre la Guinée équatoriale auprès de la Commission africaine.

Cette situation s’explique par le fait que l’administration Trump a, à ce jour, renvoyé plus de 200 personnes vers au moins 10 États africains dans le cadre de divers accords de transfert vers des pays tiers – souvent en échange d’argent, dans le plus grand secret, et sans procédure régulière ni garanties des droits. Si la plupart des personnes expulsées étaient africaines, plusieurs dizaines d’entre elles provenaient d’Amérique latine, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Europe.

Des dizaines de demandeurs d’asile figuraient parmi les personnes transférées, dans le cadre des tentatives de l’administration Trump visant à vider de sa substance le droit d’asile aux États-Unis et à « forcer indirectement les demandeurs d’asile à retourner dans leur pays d’origine », affirment des avocats américains spécialisés en droit de l’immigration. Les demandes d’asile de certains ont été injustement écartées, une pratique dite de « prétermission », en se fondant sur l’idée souvent fictive qu’ils bénéficieraient d’audiences équitables dans des pays tiers. D’autres ont été jugées inéligibles à l’asile aux États-Unis en raison de réglementations strictes – telles que l’interdiction d’asile pour les personnes franchissant la frontière sud de manière irrégulière – mais bénéficiaient de protections ordonnées par des tribunaux américains contre l’expulsion vers leur pays d’origine en raison de craintes de persécution ou de torture. L’administration Trump a contourné ces protections en envoyant ces personnes vers des pays tiers.

À leur arrivée au Cameroun, les deux femmes expulsées des États-Unis et de la Guinée équatoriale ont réussi à négocier leur sortie de l’aéroport. Mais une fois dehors, a raconté l’une d’elles, « des policiers se sont arrêtés devant nous et […] ont dit : “Vous êtes les filles expulsées d’Amérique” ». Elle s’est figée, mais sa compagne a réussi une nouvelle fois à les sortir de cette situation en discutant avec les policiers. Les deux femmes ont désormais fui vers un autre pays, où elles se cachent.

Ces femmes n’auraient jamais dû être placées dans cette situation dangereuse. Human Rights Watch a déjà documenté comment des dizaines de demandeurs d’asile camerounais expulsés lors du premier mandat de Trump ont subi des détentions arbitraires, des actes de torture, des viols et d’autres exactions de la part des autorités camerounaises après leur retour. Les risques sont également élevés pour les ressortissants de pays tiers renvoyés au Cameroun.

La Guinée équatoriale n’est pas le seul pays coupable de refoulement. Le Ghana et le Cameroun ont également procédé au renvoi forcé, ou survenu sous la contrainte, de certains demandeurs d’asile qu’ils avaient accueillis en provenance des États-Unis. Ces deux pays ont renvoyé des personnes craignant d’être persécutées en raison de leur orientation sexuelle vers des pays – la Gambie et le Maroc – qui criminalisent les relations entre personnes du même sexe. En avril, la République démocratique du Congo a accueilli 15 Latino-Américains expulsés par les États-Unis, dont au moins 11 sont retournés dans leur pays d’origine, notamment en Colombie et au Pérou. Tous bénéficiaient pourtant de mesures de protection contre le renvoi ordonnées par des tribunaux américains. Bien que la RD Congo ne les ait pas directement renvoyés de force, les circonstances coercitives dans lesquelles ils se trouvaient rendent leur « rapatriement volontaire » suspect.

L’administration Trump devrait commencer à traiter les êtres humains aux États-Unis avec dignité, à respecter ses propres lois et à rétablir l’accès à l’asile. Les États africains devraient cesser d’accueillir des ressortissants de pays tiers en provenance des États-Unis et suivre les recommandations de la Commission africaine, qui a exprimé son inquiétude face à ces transferts et a défini les obligations des États. Avant tout, les États doivent protéger les demandeurs d’asile et les réfugiés contre le refoulement.

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.