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De l'acier en fusion est coulé dans une aciérie de Huai'an, dans la province du Jiangsu, en Chine, le 22 juillet 2025. © 2025 CN-STR/AFP via Getty Images

Face à ce qu’il appelle un « tsunami commercial » venu de Chine et à l’imprévisibilité croissante des États-Unis, le président français Emmanuel Macron a exhorté l’Europe à devenir « une véritable puissance géopolitique et économique », capable de défendre sa sécurité économique et sa compétitivité à long terme.

Mais un élément crucial manque à cette vision : les droits humains.

Les débats européens sur la « concurrence déloyale » de la Chine se concentrent souvent sur les subventions d’État ou la politique industrielle. Mais le modèle économique chinois repose également sur tout un ensemble de violations des droits humains qui permet aux autorités de remodeler des secteurs économiques et d’exercer une pression considérable sur des communautés, avec un minimum de résistance.

La Chine est la seule grande économie industrielle à interdire les syndicats indépendants. Quiconque tente d'organiser les travailleurs risque arrestation et emprisonnement. En raison du système chinois d’« enregistrement des ménages », plus d’un tiers de la population active sont des travailleurs migrants, des citoyens de seconde zone privés d’un accès égal aux services publics. Ces 300 millions de personnes — soit plus que l’ensemble de la population active de l’Union européenne — n’ont guère d’autre choix que d’accepter des emplois sous-payés et souvent précaires. Au Xinjiang, les autorités soumettent les Ouïghours et d'autres travailleurs musulmans turciques au travail forcé.

En Chine, les autorités locales peuvent s'emparer de force de terres rurales, déplacer des villageois et autoriser des projets d'infrastructures colossaux sans consultation publique ni contraintes juridiques effectives. Les personnes qui contestent ces actions — que ce soit des entrepreneurs milliardaires ou des villageois en colère — risquent des poursuites et de longues peines de prison. Les tribunaux contrôlés par le Parti communiste chinois ne servent pas à contrebalancer efficacement le pouvoir face à l'État, mais à le renforcer.

Le développement économique n'a pas entraîné la libéralisation politique de la Chine, contrairement aux affirmations du président américain Bill Clinton lorsqu'il plaidait pour l'adhésion du pays à l'Organisation mondiale du commerce en 2001. Au contraire, il a enrichi et renforcé le pouvoir d’un pays devenu de plus en plus répressif. Environ 5 % du PIB chinois est consacré à la « sécurité intérieure », un montant comparable à ses dépenses militaires.

Il n'est donc pas surprenant que le gouvernement chinois puisse financer des technologies coûteuses, notamment la surveillance de masse assistée par intelligence artificielle et la censure d'Internet. Ces systèmes ont contribué à empêcher que les manifestations locales, notamment les actions syndicales, ne se transforment jamais en mouvements organisés à l'échelle nationale. Dans ces conditions, les travailleurs qui tentent d'obtenir gain de cause se battent souvent seuls, largement impuissants face au gouvernement.

Certaines analyses venues des pays occidentaux attribuent en partie le succès économique de la Chine à une forte culture du travail . Mais pour beaucoup en Chine, la sensation d'être pris au piège d'un système d'exploitation a alimenté des attitudes de « laisser-faire » et « laisser pourrir » — des formes de refus silencieux de la part de personnes qui se voient traitées comme des produits jetables sans cesse renouvelables au service du seul profit. Certains déclarent ouvertement qu'ils n'auront « pas de descendance » plutôt que de perpétuer ce système.

Plutôt que de se soumettre passivement au modèle de développement autoritaire chinois, les pays européens et les autres démocraties devraient s'unir et intégrer les droits humains à leurs politiques économiques et étrangères. L'Europe a commencé à s'orienter dans cette direction par le biais de la législation sur le devoir de vigilance des entreprises et de l'interdiction du travail forcé. Ces outils ne devraient pas être affaiblis, comme l'ont fait la France et l'Allemagne au nom de la « simplification », mais au contraire renforcés pour atteindre ces deux objectifs.

Les gouvernements démocratiques devraient également invoquer les protections du travail inscrites dans les conventions de l'Organisation internationale du travail et les accords commerciaux ratifiés par la Chine, et faire pression sur Pékin pour qu'il abolisse le système d'enregistrement des ménages et autorise les syndicats indépendants. Les relations commerciales avec des entités chinoises impliquées dans des violations des droits humains ou dans la surveillance devraient être restreintes. Les gouvernements démocratiques devraient repenser de manière ambitieuse les moyens d'intégrer les coûts sociaux et environnementaux de la Chine dans leurs politiques commerciales.

Au-delà du commerce, il est tout aussi crucial de lutter contre la répression transnationale exercée par la Chine. Le harcèlement et la manipulation des communautés de la diaspora à l'étranger, les atteintes à la liberté académique dans différents pays occidentaux et les pressions exercées sur les activistes basés à l'étranger constituent non seulement des atteintes aux droits humains, mais également des enjeux de sécurité nationale. La protection de l’indépendance académique renforce l’écosystème du savoir en Europe à un moment où la Chine est considérée comme un « rival systémique ». 

Certains critiques affirment qu'intégrer les droits humains dans la politique économique risque d'entraîner des représailles ou d'augmenter les coûts pour les consommateurs européens. Ces préoccupations peuvent être valables à court terme. Cependant, l'alternative — accepter des technologies de surveillance dans des infrastructures critiques ou tolérer des pratiques coercitives dans les chaînes d'approvisionnement — ​​comporte des risques plus profonds à long terme : des failles dans la sécurité nationale, une réputation mise à mal et des répercussions politiques qui ont déjà alimenté le populisme en Europe. La question n'est pas de savoir si ces coûts existent, mais s'ils sont maîtrisés ou s'ils seront absorbés de manière imprévisible ultérieurement.

Pendant des années, les pays européens ont cantonné leur diplomatie des droits humains à des dialogues bilatéraux de bas niveau et à des déclarations isolées de préoccupation, sachant que, sans conséquences, le gouvernement chinois ne les prendrait pas au sérieux. Le prix à payer pour avoir marginalisé les droits humains est désormais évident.

Une Europe qui intégrerait systématiquement les droits humains dans ses politiques commerciales, d'approvisionnement, migratoires et de sécurité renforcerait non seulement sa crédibilité, mais également sa sécurité, en jouant un rôle stabilisateur dans un monde instable.

For years, European countries have parked their human rights diplomacy in low-level bilateral dialogues and isolated statements of concern, knowing that, without consequences, the Chinese government would not take them seriously. The costs of marginalizing human rights are now apparent. 

A Europe that systematically embed human rights across trade, procurement, migration, and security policies, would strengthen not only its credibility, but also its security, acting as a stabilizing force in an unstable world.

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