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Équateur : Le gouvernement ne respecte pas un arrêt concernant l'exploitation pétrolière

Ce refus d’agir menace les droits des communautés autochtones voisines, ainsi que la protection environnementale de l'Amazonie

Des membres de la communauté autochtone Waorani manifestaient devant la Cour constitutionnelle à Quito, en Équateur, le 20 août 2025, deux ans après un référendum approuvant la cessation de l'exploitation pétrolière dans le Bloc 43 du parc national de Yasuní, terre ancestrale du peuple waorani.  © 2025 Rodrigo Buendia/AFP via Getty Images
  • L'Équateur ne respecte pas les dispositions clés d'un arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l'homme visant à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane contre les effets des installations pétrolières situées à proximité du parc national Yasuní.
  • La Cour a estimé que l'extraction pétrolière générait une pollution environnementale et augmentait les risques de contact forcé avec les groupes autochtones, les exposant potentiellement à des maladies, à des déplacements, à des pénuries alimentaires et à des conflits liés aux ressources.
  • L'Équateur devrait prendre des mesures immédiates pour suspendre l'extraction pétrolière dans la zone appelée Bloc 43 et se conformer pleinement à la décision de la Cour afin de respecter les droits des peuples autochtones dans le parc national Yasuní. 

(Quito, le 16 mars 2026) – L’Équateur ne respecte pas les dispositions essentielles d’un arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l’homme visant à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces groupes vivent en isolement volontaire à proximité d’installations pétrolières situées à l’intérieur du parc national Yasuní.

Le 14 mars 2025, la Cour a ordonné à l’Équateur de prendre des mesures pour protéger ces groupes autochtones, notamment en cessant immédiatement les opérations pétrolières dans une zone du parc national Yasuní appelée « Bloc 43 ». Le gouvernement équatorien était déjà tenu de mettre fin à la production pétrolière dans le Bloc 43 en vertu d’un référendum national de 2023. Malgré l’échéance de mars 2026 fixée par la Cour pour améliorer les mesures de protection et de suivi dans cette zone, le gouvernement n’a réalisé que peu de progrès dans ce sens.

« L’Équateur continue d’autoriser l’extraction de pétrole dans le Bloc 43, faisant passer la production pétrolière avant les droits des communautés autochtones », a déclaré José Rodríguez Orúe, chercheur titulaire d’une bourse Kenneth Roth auprès de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « L’Équateur devrait prendre des mesures immédiates pour suspendre l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 et se conformer pleinement à la décision de la Cour afin de respecter les droits des peuples autochtones dans le parc national Yasuní. »

Malgré l’ordonnance de la Cour, le gouvernement a autorisé la poursuite de la production pétrolière dans le Bloc 43 en 2025 et n’a fourni aucune information sur les conditions environnementales dans les environs. Le gouvernement n’a pas non plus respecté la date limite de septembre 2025 pour mettre en place une commission technique selon l’ordonnance de la Cour ; cette commission serait chargée de surveiller les déplacements des personnes vivant dans la région, afin de déterminer si une zone protégée à l’intérieur du parc national Yasuní devait être étendue pour protéger le territoire des Tagaeri et des Taromenane.

Carte du Bloc 43 dans le parc national de Yasuní, en Équateur. Les petits carrés noirs représentent des plates-formes pétrolières. Une « zone tampon » (en rose sur la carte) sépare le bloc pétrolier d’une « zone intangible » (en vert) réservée aux communautés autochtones Tagaeri et Taromenane. Sources des données : Ministère équatorien des Ressources naturelles non renouvelables, Ministère de l'Environnement, de l'eau et de la transition écologique (MAATE), PetroEcuador, EcoCiencia, Global Forest Watch. © 2026 Human Rights Watch (infographie)

En novembre et décembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 13 dirigeants et membres de la communauté du peuple autochtone Waorani, ainsi qu’un dirigeant de la communauté Kichwa située à l’intérieur du Bloc 43. Human Rights Watch a également interrogé huit représentants d’organisations de la société civile, des journalistes, des universitaires et des économistes. Les chercheurs ont examiné diverses sources externes, notamment des études universitaires, des reportages, des documents juridiques, des images satellite, des publications de l’industrie pétrolière et des publications de l’ONG Nationalité Waorani de l’Équateur (Nacionalidad Waorani del EcuadorNAWE). 

Les Tagaeri et les Taromenane, peuples semi-nomades, vivent en Amazonie équatorienne, y compris dans une partie du parc national Yasuní. En 1999, l’Équateur a créé la « Zone intangible Tagaeri-Taromenane » (« Zona Intangible Tagaeri Taromenane »), une partie centrale du parc national où toute activité extractive est interdite. Une zone tampon de dix kilomètres sépare les installations pétrolières de cette zone interdite.

Les opérations pétrolières se sont poursuivies dans d’autres zones du parc, notamment dans une zone adjacente au nord, le Bloc pétrolier 43. Un rapport gouvernemental de 2024, qui expliquait les difficultés liées au respect du référendum, a noté des « signes de présence » des peuples Tagaeri et Taromenane au sud du Bloc 43 et a reconnu que les opérations pétrolières constituaient une « menace » pour leur survie.

La Cour interaméricaine des droits de l’homme a statué que l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 — qui empiète sur le territoire ancestral autochtone — générait une pollution environnementale et augmentait les risques de contact forcé avec les Tagaeri et les Taromenane, les exposant potentiellement à des maladies, à des déplacements, à des pénuries alimentaires et à des conflits liés aux ressources. La Cour a également cité le résultat du référendum national du 20 août 2023, ordonnant la fermeture de l’installation dans un délai d’un an.

La Cour a ordonné au gouvernement de prendre « toutes les mesures législatives, administratives et autres nécessaires pour garantir que ce [référendum] soit effectivement mis en œuvre et que l’exploitation pétrolière dans le Bloc 43 soit interdite ». En novembre 2025, des défenseurs de l’environnement ont engagé contre le gouvernement une procédure pour non-fermeture du Bloc 43.

Les données de la compagnie pétrolière nationale, Petroecuador, ont montré que, à l'exception d'une période en juillet 2025 où la production nationale de pétrole a chuté en raison de pipelines endommagés à la suite d'un glissement de terrain, la production de brut du Bloc 43 est restée constante tout au long de l'année 2025, avec une moyenne de 1,2 million de barils de pétrole extraits chaque mois. 

Sites de déversement de pétrole dans le Bloc 43
Block 43 Spills 2016 - 2024
(crude, hydraulic oil, diesel, and chemicals)
Carte des déversements de pétrole dans le Bloc 43 du Parc national Yasuní, en Équateur.
Sources des données : EP Petroecuador, Registre officiel des déversements (Registro oficial de derrames), 2024-2025.
© 2026 Human Rights Watch (infographie).

Les autorités n’ont pas rendu publiques les informations relatives à la surveillance environnementale requise depuis avril 2024. En vertu de la législation équatorienne, le ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique doit soumettre ces rapports à l’Assemblée nationale tous les six mois. Une lettre ministérielle datée d’août 2025 et conservée dans les archives de Human Rights Watch a confirmé la soumission du rapport de surveillance couvrant la période d’octobre 2023 à avril 2024, mais le ministère n’a pas divulgué les deux rapports suivants qui devaient légalement être remis à cette date. 

Les Tagaeri et les Taromenane font partie du peuple autochtone Waorani au sens large. L’extraction pétrolière à proximité de leur territoire augmente le risque de rencontres indésirables avec des étrangers et peut les exposer à la pollution, à de graves risques sanitaires et à des conditions qui pourraient rendre leur retour à l’isolement pratiquement impossible.

Les entretiens menés avec des membres de la communauté Waorani – qui partagent la même langue et la même culture et vivent dans des zones voisines touchées par les opérations pétrolières – donnent un aperçu de la manière dont les Tagaeri et les Taromenane pourraient subir les impacts des opérations pétrolières dans le Bloc 43.

Les membres de la communauté Waorani ont déclaré qu’ils estimaient que l’activité pétrolière dans et autour du Bloc 43 avait un impact négatif sur la qualité de l’eau des rivières – principale source d’eau potable – ainsi que sur la santé et le bien-être de leurs communautés. « Nos rivières sont polluées, les animaux meurent, des éruptions cutanées recouvrent notre peau après la baignade, nous n’avons pas d’eau potable », a déclaré Isabel Baihua, dirigeante de l’Association des femmes waorani d’Orellana.

La Convention américaine relative aux droits de l’homme et l’Accord d’Escazú, auxquels l’Équateur est un État partie, exigent que le gouvernement garantisse aux citoyens l’accès aux informations nécessaires pour protéger leurs droits à la santé et à un environnement sain. Mais les membres de la communauté Waorani ont déclaré que les autorités ne leur fournissaient pas les informations dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées visant à protéger leur santé contre les impacts environnementaux de l’extraction pétrolière dans le Bloc 43.

Le gouvernement n’a pas non plus mis en place la commission ordonnée par le tribunal pour surveiller les déplacements des groupes autochtones et recommander l’extension des limites de la zone d’exclusion.

La capacité de l’Équateur à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane a été encore affaiblie par des changements qui ont sapé l’action de ministères clés. Le président Daniel Noboa a rétrogradé l’ancien ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique au rang de vice-ministère au sein d’un nouveau ministère de l’Environnement et de l’Énergie. Le ministère de la Femme et des Droits humains a également été rétrogradé au rang de vice-ministère relevant du ministère du Gouvernement. Dans son jugement, la Cour avait fait part de ses préoccupations quant au fait que les changements institutionnels et les coupes budgétaires avaient conduit l’État à ne pas empêcher les incursions de bûcherons et d’autres tiers sur le territoire des Tagaeri et des Taromenane.

Le gouvernement équatorien devrait collaborer avec le peuple Waorani et les communautés touchées par l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 afin d’assurer sa suspension et sa fermeture progressive.

« Le refus du gouvernement équatorien de fermer le Bloc 43 porte atteinte à la volonté démocratiquement exprimée des citoyens, et son refus de se conformer aux ordonnances de la Cour interaméricaine des droits de l’hommesape ses engagements envers le système régional des droits humains », a conclu José Rodríguez Orúe. « Le gouvernement devrait respecter l’état de droit et, en fin de compte, la volonté du peuple équatorien. »

Suite détaillée en anglais.

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