Le décès de Félicien Kabuga, accusé d’avoir financé le génocide rwandais, clôt un chapitre important du génocide de 1994. Malheureusement, il prive également les survivants d’une opportunité d’obtenir justice que beaucoup attendaient depuis des décennies.
Félicien Kabuga, longtemps soupçonné d’avoir financé la milice extrémiste qui a perpétré le génocide et d’avoir contribué à alimenter la propagande génocidaire via la Radio Télévision Libre des Mille Collines, est décédé le 16 mai dans un hôpital de La Haye à l’âge de 93 ans, alors qu’il était détenu par le Mécanisme international résiduel appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux des Nations Unies. Il avait été déclaré inapte à participer à son procès en 2023, en raison de démence et d’une santé déclinante.
Pendant des années, Félicien Kabuga a symbolisé à la fois la persévérance des efforts de la justice internationale ainsi que l’impunité de longue date pour les crimes commis lors du génocide. Inculpé dans les années 1990, son arrestation en France en 2020, après plus de deux décennies de cavale, a constitué une avancée majeure pour les victimes et les survivants du génocide.
Lorsque son procès a débuté à La Haye en 2022, 28 ans après le génocide, cela a constitué une occasion importante d'établir un compte rendu public complet du rôle joué par Félicien Kabuga dans ce génocide.
Alison Des Forges, qui a été conseillère senior de la division Afrique de Human Rights Watch pendant près de deux décennies, a publié dans son ouvrage de référence sur le génocide, « Aucun témoin ne doit survivre, » le récit suivant : « La radio RTLM, qui avait incité au génocide avant le 6 avril, a communiqué les ordres pour la mise en œuvre des massacres après cette date. Elle a donné des instructions pour ériger des barrières et mener des fouilles ; elle a désigné les personnes à viser et indiqué les zones à attaquer. […] Ce moyen de communication était si important que les responsables ont exhorté les citoyens à continuer d’écouter la radio pour recevoir les instructions du gouvernement intérimaire ».
Alison Des Forges a également documenté la manière dont Félicien Kabuga était impliqué dans la commande des milliers de machettes importées au Rwanda en 1993 et début 1994 et comment il a soutenu l’entraînement militaire de la milice de jeunesse Interahamwe, dont les membres ont traqué les civils tutsis pendant le génocide.
Félicien Kabuga est décédé sans qu’un jugement n’ait été rendu sur sa culpabilité ou son innocence, ce qui marque un douloureux manque de justice définitive pour les victimes de l’un des crimes les plus graves du XXe siècle. Il n’y a pas de date d’expiration pour l’obtention de justice lorsqu’il s’agit des crimes les plus graves, et des auteurs présumés du génocide rwandais continuent d’être arrêtés dans différents pays. Les autorités judiciaires devraient veiller à ce que les survivants et les victimes ne subissent pas de nouveaux retards.