(Beyrouth, 2 mars 2026) – Les civils sont exposés à un grave risque de violations alors que le conflit entre Israël et le Hezbollah s'intensifie, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Tôt dans la matinée du 2 mars, le Hezbollah a tiré des roquettes et des drones sur le nord d'Israël ; l'armée israélienne a riposté en menant plus de 70 frappes contre le Liban, notamment dans le sud et l'est du pays, ainsi que la banlieue sud de Beyrouth. Ces frappes ont tué au moins 52 personnes et blessé au moins 154 habitants ; elles ont aussi déplacé des dizaines de milliers de personnes, selon le ministère libanais des Affaires sociales. Aucune victime n'a été signalée suite aux tirs de roquettes du Hezbollah vers le nord d'Israël.
« Lorsque des crimes de guerre et d'autres graves abus sont commis en toute impunité, ils sont susceptibles de se reproduire, et ce sont les civils qui en paient le prix », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les pays alliés à Israël, tout comme ceux qui soutiennent le Hezbollah, devraient faire pression sur les belligérants afin qu'ils respectent les lois de la guerre, et minimisent les dommages causés aux civils. »
Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes ont commis de nombreuses violations du droit de la guerre au Liban en toute impunité, notamment des attaques apparemment délibérées ou indiscriminées contre des journalistes, des civils, des secouristes, des institutions financières, des installations liées à la reconstruction, et une mission de maintien de la paix de l’ONU., en plus de les forces israéliennes ont aussi utilisé illégale des munitions au phosphore blanc dans des zones peuplées, parmi d’autres violations.
À la suite d'une escalade des hostilités entre septembre et novembre 2024, plus de 1, 2 million de personnes ont été déplacées au Liban, des milliers a de bâtiments et de maisons ont été détruits, et des villages frontaliersont été réduits en ruines. Avant l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024, le Hezbollah avait mené des attaques contre le nord d'Israël sans prendre les précautions nécessaires pour protéger les civils, utilisant des armes explosives dans des zones peuplées sans avertir efficacement les civils.
Après que le Hezbollah a annoncé avoir tiré une salve de roquettes et un essaim de drones visant le centre de défense antimissile israélien Mishmar HaCarmel, au sud de Haïfa, l'armée israélienne a déclaré avoir frappé un « haut responsable terroriste du Hezbollah dans la région de Beyrouth » et un « terroriste du Hezbollah dans le sud du Liban ». Elle a ensuite annoncé avoir lancé « une campagne offensive contre le Hezbollah » et une nouvelle vague de frappes au Liban visant « les installations de stockage d'armes du Hezbollah et d'autres infrastructures ».
L'agence de presse nationale libanaise a rapporté le 2 mars que les autorités avaient donné instruction aux services de sécurité libanais d'arrêter les responsables des tirs de roquettes depuis le Liban.
Selon l'Agence France-Presse, les frappes israéliennes ont provoqué une exode massive depuis la banlieue sud de Beyrouth. Vers 4 heures du matin, l'armée israélienne a émis des avertissements d'évacuation pour plus de 50 villages et villes du sud du Liban, demandant aux habitants d’« évacuer immédiatement leurs maisons et de s'éloigner des villages d'au moins 1 000 mètres vers des terrains dégagés ». Les avertissements précisaient que « toute personne se trouvant à proximité des agents, des installations et des armes du Hezbollah mettait sa vie en danger ».
Quelques heures plus tard, un porte-parole de l'armée israélienne a appelé les habitants qui avaient évacué leurs maisons à ne pas y retourner. L'armée israélienne a lancé au moins 18 avertissements d'évacuation le 2 mars, avant ce qu'elle a qualifié de frappes imminentes visant l'institution financière al-Qard al-Hassan, affiliée au Hezbollah, au Liban.
L'utilisation d'une institution financière, d'une association ou d'une banque par un groupe armé ne constitue pas en soi une contribution effective à une action militaire, et par conséquent, al-Qard al-Hassan n'est pas une cible militaire légitime au regard du droit de la guerre, a déclaré Human Rights Watch. L'appartenance ou l'affiliation au Hezbollah ou à d'autres mouvements politiques dotés de branches armées ne constitue pas en soi un motif suffisant pour déterminer qu'un individu est une cible militaire légitime. Les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) soulignent que les personnes qui exercent exclusivement des fonctions non combattantes au sein de groupes armés, y compris des rôles politiques ou administratifs, ou qui sont simplement membres ou affiliées à des entités politiques dotées d'une composante armée, telles que le Hezbollah, ne peuvent être prises pour cible à aucun moment, sauf si et uniquement pendant qu'elles participent directement aux hostilités, comme tout autre civil.
Le droit international humanitaire, également connu sous le nom de droit de la guerre, exige des parties à un conflit qu'elles veillent en permanence, lors des opérations militaires, à épargner la population civile et à « prendre toutes les précautions possibles » pour éviter ou minimiser les pertes accidentelles de vies civiles et les dommages aux biens civils. Ces précautions consistent notamment à faire tout ce qui est possible pour vérifier que les cibles des attaques sont des objectifs militaires et non des civils ou des biens civils, à donner un « avertissement préalable efficace » des attaques lorsque les circonstances le permettent et à s'abstenir de toute attaque si le principe de proportionnalité n'est pas respecté.
Les avertissements qui ne laissent pas aux civils suffisamment de temps pour se rendre dans une zone plus sûre ne sont pas considérés comme « efficaces » au regard de la loi. Les avertissements généraux sans rapport avec une attaque imminente ne peuvent être considérés comme « efficaces » et peuvent au contraire semer la peur parmi la population touchée.
Le droit international coutumier interdit « les actes ou menaces de violence dont le but principal est de semer la terreur parmi la population civile ». Les déclarations appelant à l'évacuation de zones qui visent principalement à semer la panique parmi les habitants ou à les contraindre à quitter leur domicile pour des raisons autres que leur sécurité relèvent de cette interdiction.
Les civils qui n'évacuent pas après avoir reçu des avertissements sont toujours pleinement protégés par le droit international humanitaire. Les déplacements forcés sont interdits par le droit de la guerre, sauf dans les cas où la sécurité des civils est en jeu ou pour des raisons militaires impératives. De plus, certains civils ne sont pas en mesure de tenir compte d'un avertissement d'évacuation, pour des raisons de santé, de handicap, de peur ou parce qu'ils n'ont nulle part où aller.
Human Rights Watch a exhorté les principaux alliés d'Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, à suspendre leur aide militaire et leurs ventes d'armes à Israël et à imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans des crimes graves. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d'adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
« Le gouvernement libanais devrait prendre des mesures pour garantir que les auteurs de crimes internationaux commis sur le territoire libanais soient traduits en justice, notamment en menant des enquêtes nationales et en accordant à la CPI la compétence pour enquêter dans le pays », a conclu Ramzi Kaiss.
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