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Emprisonné au Rwanda, un détracteur du gouvernement risque une peine de 30 ans

Six ans après la mort de Kizito Mihigo, la répression de la liberté d'expression se poursuit

Aimable Karasira. © Privé

La semaine dernière a marqué le sixième anniversaire de la mort du chanteur de gospel et défenseur de la paix rwandais Kizito Mihigo, décédé en garde à vue. Si sa mort suspecte reste inexpliquée, elle a clairement signalé une intensification de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement.

Rescapé du génocide de 1994, Kizito Mihigo composait des chansons axées sur le pardon et la compassion. Il a été arrêté en 2014 sur des accusations d’infractions contre l’État à la suite de la diffusion d’une chanson dans laquelle il exprimait sa solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des violences de représailles. Bien que les autorités l'aient gracié en 2018, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il restait sous étroite surveillance.

Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé que Kizito Mihigo était mort dans une cellule du poste de police de Remera, quatre jours après avoir été à nouveau arrêté alors qu'il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, il avait déclaré à Human Rights Watch qu'il était menacé et craignait que des agents de l'État ne le tuent.

La volonté de Kizito Mihigo à remettre en question certains éléments du discours officiel du gouvernement sur le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des rescapés du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et ont exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n'a toutefois été menée sur sa mort.

Six ans plus tard, d'autres détracteurs importants du gouvernement continuent d'être emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé pendant sa détention. Avant son arrestation, il avait évoqué publiquement la perte de membres de sa famille aux mains d’extrémistes hutus ainsi que du FPR pendant et après le génocide.

En septembre 2025, Aimable Karasira a été reconnu coupable d'incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. À moins d'un an de la fin de sa peine, les procureurs ont fait appel de la décision de l'acquitter de plusieurs chefs d'accusation, notamment de négation et de justification du génocide, et ont requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.

Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l'incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont à plusieurs reprises utilisé des lois vaguement définies sur l’« idéologie du génocide » et la « négation du génocide » pour faire taire les dissidents.

La mort en détention de Kizito Mihigo, ainsi que les poursuites engagées contre Aimable Karasira, mettent en évidence les représailles auxquelles peuvent être confrontés ceux qui remettent en cause les discours officiels au Rwanda. Alors qu’Aimable Karasira risque une peine de plusieurs dizaines d'années de prison, le pouvoir judiciaire rwandais et sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression, y compris celui des victimes et des rescapés des crimes les plus graves, sont mis à l'épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Aimable Karasira.

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