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Rwanda

Événements de 2025

Un officier de la Police Nationale du Rwanda observe des combattants du M23 qui arrivent au poste frontalier de Rusizi situé entre la ville de Bukavu en République démocratique du Congo et la ville de Cyangugu au Rwanda, le 16 février 2025.

© 2025 Hugh Kinsella Cunningham/Getty Images

En 2025, le Rwanda a continué à réprimer l’opposition politique au niveau national, et son contrôle sur le groupe armé M23 ainsi que le soutien militaire qu’il lui fournit ont été associés à de graves abus. Avec l’appui du Rwanda, le M23 s’est emparé de villes clés dans l’est de la République démocratique du Congo. Peu de journalistes, d’activistes de la société civile ou de membres de l’opposition osent dénoncer publiquement le gouvernement, ses politiques ou son intervention dans l’est de la RD Congo.

Liberté d’expression et d’association

Le 19 juin, Victoire Ingabire, dirigeante du parti d’opposition non enregistré Développement et Liberté pour tous (DALFA-Umurinzi), a été arrêtée à son domicile à Kigali en lien avec un procès en cours visant des membres de son parti. Victoire Ingabire est poursuivie sur des chefs d’accusation incluant la formation d’un groupe criminel et la planification d’activités visant à inciter au désordre public.

En avril, le général de brigade retraité Frank Rusagara, ancien officier supérieur des Forces rwandaises de défense (Rwanda Defence Force, RDF), est décédé en prison après plus de dix ans d’incarcération. Arrêté en 2014 aux côtés du colonel Tom Byabagamba sur la base d’accusations politiquement motivées, Frank Rusagara n’a jamais été autorisé à recevoir des visites de ses proches. Sa famille n’a été informée de sa maladie qu’après sa mort.

Système judiciaire politisé

Aucun progrès significatif n’a été réalisé dans les enquêtes sur les morts ou les disparitions suspectes de détracteurs, de journalistes et d’activistes de l’opposition. Plusieurs journalistes et membres de l’opposition sont toujours derrière les barreaux.

En avril, un haut responsable pénitentiaire a été reconnu coupable d’agression et de meurtre lors d’un jugement en appel qui a suivi son acquittement prononcé à l’issue d’un procès en 2024.

En septembre, le blogueur et commentateur Aimable Karasira a été reconnu coupable d’incitation au « divisionnisme » et a été condamné à une peine de cinq ans d’emprisonnement. Le tribunal a également ordonné le gel de ses avoirs. L’accusation a fait appel et a réitéré sa demande d’une condamnation de 30 ans de réclusion. Aimable Karasira est incarcéré depuis mai 2021 et a subi des actes de torture en détention. Avant son arrestation, il s’était exprimé sur la perte de membres de sa famille à la fois du fait des extrémistes hutus et du Front Patriotique Rwandais pendant et après le génocide de 1994.

Droits des réfugiés et des migrants

En juin, le gouvernement rwandais a signé un accord selon lequel il accepte d’accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis en échange d’un soutien financier d’environ 7,5 millions d’USD. Une porte-parole du gouvernement rwandais aurait déclaré en août que le pays accepterait jusqu’à 250 personnes. Human Rights Watch et d’autres groupes ont dénoncé cet accord, qui pourrait exposer les personnes expulsées à des risques de détention arbitraire, de mauvais traitements et de refoulement.

Orientation sexuelle et identité de genre

Bien que le Rwanda ne criminalise pas les actes consentis entre personnes du même sexe ni l’expression de genre non normative, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) dénoncent une stigmatisation et une discrimination importantes.

Justice pour le génocide de 1994

Les récents développements en Europe et aux États-Unis mettent en évidence les progrès mais aussi les défis persistants dans la reddition des comptes pour les crimes commis lors du génocide rwandais de 1994. En août, des juges d’instruction français ont prononcé un non-lieu dans une affaire de longue date contre Agathe Kanziga Habyarimana, ancienne première dame du Rwanda et épouse de l’ancien président Juvénal Habyarimana, invoquant des preuves insuffisantes et peu fiables. Accusée d’avoir aidé et encouragé le génocide, Agathe Habyarimana a fait l’objet d’une enquête judiciaire pendant plus d’une décennie.

Les autorités norvégiennes ont extradé François Gasana vers le Rwanda en août après des années de procédures judiciaires. François Gasana est accusé du meurtre d’un enfant et d’incitation à des attaques contre des civils tutsis.

Aux États-Unis, les autorités fédérales ont arrêté Vincent Nzigiyimfura dans l’Ohio en juin, l’accusant de fraude à l’immigration pour avoir dissimulé son rôle dans le génocide lors de sa demande de statut d’immigrant. D’après l’acte d’accusation, Vincent Nzigiyimfura, sous le pseudonyme de Vincent Mfura, a participé à des meurtres, aidé à organiser des barrages routiers et facilité la livraison d’armes et de carburant pour des attaques contre des Tutsis.

En novembre, dans l’affaire contre Félicien Kabuga, l’un des cerveaux présumés du génocide arrêté en France en 2020, la chambre de première instance du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux a rejeté la demande de l’accusation de décider de la libération provisoire de Félicien Kabuga au Rwanda, estimant qu’il n’était pas apte à voyager. L’accusation a de nouveau fait appel. Félicien Kabuga est toujours détenu à La Haye au moment de la rédaction du présent rapport, la procédure étant suspendue pour une période indéfinie devant le tribunal depuis qu’une équipe d’experts médicaux l’a déclaré inapte à être jugé en 2023.

Soutien au groupe armé M23

En janvier et en février, le RDF et le groupe armé M23 ont pris le contrôle de Goma et de Bukavu, les capitales respectives des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans l’est de la RD Congo. Le M23, parfois avec le soutien des forces rwandaises, s’est livré à des exécutions sommaires massives, des détentions arbitraires, de la torture, du travail forcé, du recrutement forcé, y compris le recrutement d’enfants, des expulsions forcées, des violences sexuelles et à l’intimidation de journalistes et d’activistes. Le rôle du Rwanda dans l’exploitation illicite des ressources naturelles dans l’est de la RD Congo a été documenté par des experts de l’ONU.

Le contrôle effectif du Rwanda sur plusieurs territoires de l’est de la RD Congo par ses propres forces armées et par le M23 semble répondre aux critères d’une occupation belligérante en vertu des normes du droit international humanitaire.

Le personnel militaire rwandais a dirigé et mené des opérations pendant les offensives, y compris celles qui ont débouché sur la prise de Goma et de Bukavu. Des sources militaires ont expliqué que plusieurs centaines de soldats rwandais, utilisant des armes modernes, telles que des drones blindés et des mortiers guidés par GPS, ont conduit l’avancée sur Goma. L’analyse géospatiale montre une forte augmentation du nombre de tombes dans le cimetière militaire de Kanombe à Kigali, la capitale du Rwanda, pendant et après l’offensive sur Goma et Bukavu. Entre décembre 2024 et avril 2025, 22 nouvelles tombes en moyenne ont été recensées chaque semaine.

Les recherches de Human Rights Watch ont révélé que des soldats rwandais ont commandé des patrouilles dans les territoires de Masisi et de Rutshuru. Des commandants militaires rwandais étaient présents lors de la formation des recrues dans au moins deux centres d’entraînement en RD Congo en 2025, selon d’anciennes recrues.

Des responsables rwandais ont publié des déclarations visant à justifier ou à défendre les actions du M23. Cela incluait des déclarations concernant le transfert forcé par le M23 de plus de 1 500 personnes de l’est de la RD Congo vers le Rwanda en mai, ce qui constitue une violation des Conventions de Genève ainsi qu’un crime de guerre au regard du droit international. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a participé à la facilitation des transferts.

En juillet, des combattants du M23 ont exécuté sommairement plus de 140 civils dans le territoire de Rutshuru, près du parc national des Virunga. Les victimes ont été tuées par armes à feu ou à l’aide de machettes dans les champs et près de la rivière Rutshuru.

Un rapport d’établissement des faits de l’ONU publié en septembre a identifié des violations et des abus graves et généralisés commis par toutes les parties, « dont certain[s] pouvant constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». Ce rapport a également noté que le Rwanda semblait ne pas avoir empêché le recrutement et l’utilisation d’enfants par le M23.

Acteurs internationaux

En février, les États-Unis ont imposé des sanctions financières et matérielles à l’ancien ministre d’État et actuel conseiller principal en défense et sécurité du président rwandais, le général James Kabarebe. En mars, l’Union européenne a sanctionné plusieurs dirigeants du M23, ainsi que des responsables rwandais clés et une société aurifère pour leur rôle dans le soutien aux abus commis dans l’est de la RD Congo. En réaction, Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique.

Un accord de paix négocié par les États-Unis et conclu le 27 juin entre la RD Congo et le Rwanda a associé l’intégration économique et le respect de l’intégrité territoriale à la promesse d’investissements occidentaux. Cependant, les combats et les abus commis par toutes les parties se sont poursuivis dans la seconde moitié de l’année. Un nouvel accord de cessez-le-feu et d’intégration économique entre la RD Congo et le Rwanda négocié à Washington en décembre n’incluait pas de mesures efficaces pour garantir la justice ou la reddition des comptes pour les atrocités passées.

En février, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a tenu une session extraordinaire sur la crise dans l’est de la RD Congo et a décidé d’ouvrir une mission urgente d’établissement des faits et une commission d’enquête indépendante sur les atrocités commises par toutes les parties au conflit. Alors que la mission d’établissement des faits a présenté son rapport final en septembre, au moment de la rédaction du présent rapport, la commission d’enquête indépendante n’avait pas encore été rendue opérationnelle par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

En septembre, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la libération de Victoire Ingabire et d’autres membres de l’opposition.

 « Sportswashing »

En septembre, le Rwanda a accueilli les Championnats du monde de cyclisme sur route de l’UCI à Kigali. L’événement a suscité des critiques en raison de préoccupations concernant le « sportswashing » (« blanchiment par le sport ») du bilan du Rwanda en matière de droits humains et de son soutien au M23 en RD Congo.

En août, l’équipe de football du FC Bayern Munich a annoncé qu’elle ne ferait plus de publicité pour « Visit Rwanda » qui promeut le tourisme et les investissements au Rwanda suite aux pressions croissantes des groupes de défense des droits humains et des supporters. En novembre, Arsenal a mis fin à 8 ans de partenariat avec « Visit Rwanda ».