(New York) – Les autorités israéliennes prévoient d'interdire à 37 organisations non gouvernementales internationales d'opérer à Gaza et en Cisjordanie à compter du 1er mars, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cette décision est basée sur le refus des organisations de fournir au gouvernement israélien la liste de leurs employés et leurs données biographiques, requises selon les nouvelles exigences d'enregistrement imposées par le gouvernement israélien. Selon les organisations, ces exigences bafouent les principes humanitaires de neutralité et d'indépendance.
Les organisations humanitaires internationales fournissent depuis longtemps une aide humanitaire vitale aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, dans des conditions extrêmement difficiles et malgré les attaques israéliennes. Le 22 février, plus de 15 organisations ont déposé un recours à la Haute Cour israélienne, affirmant que les nouvelles exigences d'enregistrement portaient atteinte au droit international humanitaire et risquaient de priver les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie d'une aide vitale.
« La politisation par Israël des exigences d'enregistrement pour les organisations humanitaires entrave leurs activités vitales, alors même que les autorités israéliennes continuent d'imposer à Gaza un blocus illégal et aux effets désastreux », a déclaré Michelle Randhawa, collaboratrice senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Israël devrait annuler les exigences d'enregistrement et cesser d'interférer avec les organisations qui tentent de répondre aux crises humanitaires dévastatrices qu'il a créées à Gaza et en Cisjordanie. »
Le gouvernement israélien ne s'est pas engagé à combler le déficit d'aide, et seules 27 organisations ont été autorisées à s'enregistrer.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), si ces groupes cessaient leurs activités à Gaza, un établissement de santé sur trois devrait immédiatement mettre fin à leurs opérations, et 20 000 patients nécessitant des soins spécialisés mensuels perdraient leur accès aux soins ; les maladies d'origine hydrique et les conditions d'hygiène s'aggraveraient, et il y aurait des lacunes immédiates et graves dans la détection et le traitement de la malnutrition.
« Nous ne transférerons pas de données personnelles sensibles à un État partie au conflit, car cela constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de diligence et des obligations en matière de protection des données », a déclaré un porte-parole d'Oxfam à Al Jazeera en janvier. Les principes humanitaires soulignent que les organisations humanitaires doivent fonctionner sans ingérence politique et conserver leur autonomie vis-à-vis des gouvernements. Dans un communiqué de presse publié en mai 2025, 55 organisations opérant dans la région ont déclaré que les nouvelles règles subordonnaient l'enregistrement des ONG internationales à « un alignement politique et idéologique, ce qui compromet la neutralité, l'impartialité et l'indépendance des acteurs humanitaires ».
La Résolution n° 2542 du gouvernement israélien, approuvée en tant que loi en décembre 2024, obligeait toutes les organisations internationales fournissant une aide humanitaire aux « résidents palestiniens » à s'enregistrer auprès du ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme avant le 31 décembre 2025, sous peine de perdre leur enregistrement et d'être contraintes de cesser leurs activités avant le 1er mars 2026. Cette loi confère au gouvernement israélien un large pouvoir pour refuser ou annuler l'enregistrement de toute organisation ou de tout membre du personnel considéré comme représentant un risque pour « la sécurité publique ou la sécurité de l'État ». La loi ne s'applique pas aux organisations fournissant des services aux « citoyens ou résidents israéliens, y compris les résidents de Jérusalem-Est ».
À la mi-octobre 2025, le Centre satellitaire des Nations Unies a signalé que près de 81 % de toutes les structures de Gaza avaient été endommagées. Les 36 hôpitaux et la majorité des centres de soins de santé primaires de la bande de Gaza ont été endommagés ou détruits, et selon les chiffres de novembre 2025, plus de 97 % des écoles avaient été endommagées ou détruites.
L’ONG Integrated Food Security Phase Classification (IPC), un organisme mondial de suivi de la malnutrition et de l'insécurité alimentaire, a déterminé qu'entre la mi-octobre et la fin novembre, environ 1,6 million de personnes à Gaza, soit environ 77 % de la population, étaient confrontées à une famine de niveau critique, voire pire.
Parmi les 37 organisations touchées figurent Oxfam, le Conseil norvégien pour les réfugiés (Norwegian Refugee Council, NRC), Save the Children, et Médecins Sans Frontières (MSF). Ces organisations, tout comme des groupes de la société civile palestinienne et l'ONU, ont fourni des biens et des services vitaux à des millions de Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Selon l'OCHA, les organisations internationales présentes à Gaza gèrent ou soutiennent 60 % des hôpitaux de campagne et tous les centres de stabilisation pour les enfants souffrant de malnutrition sévère, et elles fournissent 42 % de tous les services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène.
Malgré la cessation des hostilités en octobre, les restrictions continues imposées par Israël à l'entrée de l'aide à Gaza entraînent des pénuries de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau. Les restrictions excessives imposées par Israël à l'aide humanitaire dans le but de poursuivre ses objectifs politiques ou militaires violent ses obligations en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire. et constituent un crime de guerre lorsqu'elles équivalent à utiliser la famine comme arme de guerre.
En novembre 2025, le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, a déclaré : « Les autorités israéliennes ont rejeté 107 demandes d'entrée de matériel de secours » ; elles ont affirmé que ce matériel ne relevait pas de l'aide humanitaire ou qu'il s'agissait d'articles « à double usage » (« dual-use »). En janvier 2026, le quotidien britannique The Guardian a rapporté qu'Israël avait autorisé des transporteurs commerciaux à importer certains articles « à double usage » destinés à être vendus sur le marché.
À la fin du mois d'octobre 2025, le NRC a souligné ceci : « Près de 50 millions de dollars de biens essentiels provenant d'ONG internationales opérationnelles, notamment des denrées alimentaires, des fournitures médicales et des matériaux d'abri, restent stockés aux points de passage et dans des entrepôts. »
Depuis deux ans, les travailleurs humanitaires à Gaza opèrent dans un contexte d'attaques indiscriminées et disproportionnées menées par Israël, d'utilisation de la famine comme arme de guerre, d'extermination et d'actes de génocide, ainsi que de déplacements forcés massifs et délibérés de civils palestiniens, constituant des crimes contre l'humanité. Au mois de septembre 2025, les décès de 543 travailleurs humanitaires (chiffre total cumulatif) avaient été confirmés lors d’attaques israéliennes à Gaza. En mai 2024, Human Rights Watch a constaté que les forces israéliennes avaient attaqué huit sites d'aide humanitaire, dont les coordonnées exactes avaient été fournies par les organisations concernées. Les travailleurs humanitaires doivent être protégés en vertu du droit international, et les prendre pour cible constitue un crime de guerre.
Depuis octobre 2023, au moins 255 journalistes, 1 700 secouristes et 967 membres du personnel éducatif ont été tués lors d'attaques israéliennes à Gaza.
L'interdiction des 37 groupes fait suite à l'interdiction par Israël des activités l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Les autorités israéliennes ont sévèrement limité les capacités d'aide humanitaire de l'agence, notamment en bloquant la distribution de l'aide à Gaza et en ordonnant la fermeture des écoles gérées par l'UNRWA à Jérusalem-Est. En octobre 2025, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif concluant que les allégations d'Israël selon lesquelles l'UNRWA manque d'impartialité sont sans fondement, et que son obstruction au travail de l'agence bafoue le droit international.
En Cisjordanie, la violence des colons a pris de l’ampleur, les colonies illégales se développent et les campagnes de déplacements forcés et de démolitions de logements se poursuivent. En janvier et février 2025, les autorités israéliennes ont expulsé de force 32 000 personnes de trois camps de réfugiés de Cisjordanie, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité. Le 6 février 2026, l'ONU a indiqué que les autorités israéliennes n'avaient autorisé aucune de ces personnes à revenir.
« Au-delà de l'apport d’aide d'urgence, les travailleurs humanitaires plaident en faveur de la protection des civils en vertu du droit international, et œuvrent pour préserver leur dignité humaine », a conclu Michelle Randhawa. « Faire de la distribution de l'aide humanitaire aux Palestiniens une question de sécurité nationale est une nouvelle "atteinte à la dignité" des Palestiniens par Israël et s'inscrit dans une stratégie plus large visant à paralyser la société civile palestinienne et la présence internationale dans le Territoire palestinien occupé. »
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