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Cisjordanie : Les violences commises par des colons israéliens provoquent des déplacements d’habitants

L’année 2026 risque d’être marquée par un nombre record d’attaques de colons contre des Palestiniens

Des habitants palestiniens surveillaient les environs en raison du risque d’attaques de colons israéliens contre le village de Sinjil, en Cisjordanie, dans la nuit du 16 juillet 2026. © 2026 AP Photo/Leo Correa
  • L’escalade des attaques menées par des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie a entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés depuis janvier 2023, parallèlement à une expansion sans précédent des colonies.
  • Les colons responsables de ces attaques agissent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien. Les attaques menées par des colons armés se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou de soldats qui s’abstiennent d’intervenir.
  • Les autres pays devraient imposer des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans ces graves violations persistantes, suspendre les transferts d’armes vers Israël, interdire le commerce avec les colonies illégales et envisager de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël.

(Beyrouth) – Les attaques menées par des colons israéliens en Cisjordanie occupée entraînent de plus en plus le déplacement forcé de communautés palestiniennes, dont des dizaines risquent d’être rayées de la carte, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités israéliennes arment, financent et accordent l’impunité aux colons violents qui sont responsables de l’escalade de ces abus parfois mortels.

La violence des colons a connu un pic en mars et avril 2026, avec des meurtres, y compris d’enfants, ainsi que des agressions, des violences sexuelles, des maltraitances physiques et psychologiques, des détentions arbitraires, des incendies criminels, des destructions de biens et des vols. Ces attaques ont eu lieu pendant la guerre entre les d’une part les États-Unis et Israël, et d’autre part l’Iran, mais la multiplication des abus est manifeste depuis l’entrée en fonction de l’actuel gouvernement israélien en décembre 2022.

« Le gouvernement israélien et les colons partagent le même objectif : un maximum de terres et un minimum de Palestiniens. Non seulement les autorités s’abstiennent de mettre fin à la violence des colons, mais elles la facilitent activement », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Les colons tirent sur des Palestiniens, les attaquent et les expulsent de leurs terres, et l’État israélien leur fournit les armes, la couverture juridique et le budget nécessaires pour agir ainsi. »

En avril et mai, Human Rights Watch a enquêté sur des attaques menées par des colons dans sept communautés palestiniennes de Cisjordanie : Al-Mughayyir, Mikhmas et Taybeh, dans le gouvernorat de Ramallah ; Jalud et Qaryut, dans le gouvernorat de Naplouse ; et Khirbet Humsa et Muarrajat-Est, dans la vallée du Jourdain. Des colons armés, agissant parfois aux côtés d’unités de l’armée israélienne ou en présence de soldats qui s’abstenaient d’intervenir, ont attaqué des habitants palestiniens et leurs biens, contribuant ainsi à un phénomène de déplacements forcés.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 témoins, et a examiné des vidéos ainsi que des images de vidéosurveillance montrant de nombreux incidents. L’armée israélienne n’a pas répondu aux questions posées par Human Rights Watch concernant ces attaques. 

Les personnes interrogées ont fait état d’attaques organisées visant les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des Palestiniens, en restreignant l’accès aux pâturages et à l’eau, en volant ou en tuant le bétail, et en détruisant ou en incendiant les champs agricoles et les cultures. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont soit vendu leur bétail, souvent à perte, soit dû supporter le coût des céréales nécessaires pour les nourrir chez eux.

Human Rights Watch a constaté que ces attaques visent de plus en plus la « zone B » de Cisjordanie, placée sous le contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II de 1995.

Ces attaques, menées en l’absence de protection par l’État israélien, ont créé un climat de coercition qui pousse de nombreux Palestiniens à affirmer qu’ils n’ont d’autre choix que de quitter leurs foyers, a déclaré Human Rights Watch.

« J’ai connu la guerre dans cette région toute ma vie, mais jamais comme ça », a déclaré Um Muhammad Muammar, 72 ans, une habitante de Qaryut dont les deux fils ont été tués par des colons. « Les enfants de mes fils sont désormais orphelins de père ; leurs épouses sont désormais veuves. Que pouvons-nous dire de plus ? »

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de Palestiniens déplacés de force à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de cette année a dépassé celui de l’ensemble de l’année 2025. L’OCHA a recensé en moyenne 6,6 attaques de colons par jour ayant entraîné des victimes, des dégâts matériels, ou les deux, un chiffre supérieur à celui de n’importe quelle autre année de ses archives.

Si l’armée israélienne reste responsable de la majorité des décès de Palestiniens tués en Cisjordanie, le nombre de décès attribués aux colons a fortement augmenté. Au 24 juillet, l’OCHA avait recensé les cas d’au moins 15 Palestiniens, dont deux enfants, tués par des colons, ce qui signifie que l’année 2026 pourrait être encore pire que l’année 2023, lors de laquelle 16 meurtres par des colons ont été recensés.

L’OCHA a constaté que les violences commises par les colons ont entraîné le déplacement total ou partiel de 107 communautés, soit 5 900 Palestiniens, depuis janvier 2023. En outre, en janvier 2025, l’armée israélienne a expulsé 32 000 réfugiés palestiniens de leurs foyers en Cisjordanie, vidant de fait les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Le projet de colonisation E1, situé à l'est de Jérusalem et pour la construction duquel le gouvernement a lancé un nouvel appel d'offres le 18 août, entraînerait le déplacement forcé de plus de 18 autres communautés bédouines de la région.

Les colons responsables du déplacement des Palestiniens agissent avec le soutien financiermatériel et juridique de l’État israélien. En mars, le Times of Israel a rapporté que le gouvernement avait approuvé l’allocation d’environ 50 millions de shekels (environ 16 millions de dollars US) a des avant-postes de colonies illégales ; ce financement a servi à l’achat de véhicules tout-terrain, de lunettes de vision nocturne et de drones que les colons utilisent pour harceler les communautés palestiniennes. Selon Amnesty International, le budget du ministère israélien des Colonies et des Missions nationales a augmenté de 122 %, sous le gouvernement actuel.

Les autorités israéliennes n’engagent généralement pas de poursuites contre les colons commettant des actes de violence à l’encontre des Palestiniens, leur accordant ainsi de facto l’impunité. Fin 2025, Yesh Din, une organisation israélienne de défense des droits humains, a indiqué que sur les centaines de cas qu’elle avait recensés depuis 2005, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. En novembre 2025, la chaîne d’information israélienne N12 News a fait état d’une baisse de 70 % du nombre de poursuites policières engagées contre des colons pour des agressions contre des Palestiniens depuis la nomination d’Itamar Ben-Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale en 2022, et ce malgré la recrudescence sans précédent de ces agressions depuis lors. Selon le journal britannique The Guardian, un seul Israélien a été inculpé pour le meurtre d’un Palestinien en Cisjordanie depuis 2019.

La séparation du rôle des colons et des forces de sécurité israéliennes est parfois délibérément floue, ce qui rend difficile la distinction entre colons et soldats. À la suite des attaques du 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël menées par des groupes armés palestiniens, l’armée israélienne a mobilisé 5 500 colons de Cisjordanie, réservistes de l’armée, et les a affectés à des « bataillons de défense régionale » en Cisjordanie. Ces unités composées de colons-soldats agissent avec une grande autonomie, faisant avancer les objectifs des colons tout en exerçant une autorité militaire totale et en commettant des exactions contre les Palestiniens en toute impunité.

Parallèlement, le ministère israélien de la Sécurité nationale a formé des « brigades d’intervention rapide » civiles dans les colonies, et leur a conféré des pouvoirs spéciaux de police, des uniformes et des armes. Itamar Ben-Gvir a également assoupli les conditions d’octroi des permis de port d’armes à feu, supervisant parfois personnellement la distribution de fusils aux colons.

La violence des colons et les déplacements qu’elle provoque sont à la fois une manifestation et un vecteur de l’expansion de l’entreprise de colonisation illégale menée par Israël. En juillet 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait approuvé la création de 104 nouvelles colonies depuis son entrée en fonction ; le nombre total de colonies a quasiment doublé, passant de 127 à 231 colonies. Pendant la récente guerre avec l’Iran, le gouvernement israélien a approuvé en secret 34 nouvelles colonies, dont 10 étaient des avant-postes préexistants qui ont été « légalisés » rétroactivement en vertu de la loi israélienne ; selon i24 News, il s’agissait de la plus importante expansion de colonies depuis le début de ce type d’initiative.

Ces avant-postes, qui servent souvent de bases de lancement pour des attaques, sont pourtant illégaux en vertu du droit international humanitaire. En l’absence d’autorisations officielles du gouvernement israélien, ils sont également considérés comme illégaux au regard du droit national israélien, avant que le gouvernement israélien ne les « légalise » souvent de manière rétroactive. Leur « légalisation » au regard du droit national n’a toutefois aucune incidence sur leur illégalité persistante, au regard du droit international humanitaire.

Sous l’actuel gouvernement israélien, les colons ont établi 248 nouveaux avant-postes en Cisjordanie, dont 65 rien qu’en 2026 au 1er août, selon l’organisation israélienne PeaceNow. Servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes, ces avant-postes, bénéficiant souvent d’une « légalisation » nationale rétroactive, repoussent les limites de l’expansion des colonies et de l’appropriation des terres palestiniennes. Le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré à Channel 7 News que son gouvernement avait déjà « légalisé » environ 160 avant-postes, au cours de son mandat.

En juillet dernier, les organisations israéliennes Kerem Navot et PeaceNow ont indiqué que ces avant-postes contrôlaient actuellement de fait plus d’un million de dunams (100 000 hectares) de terres en Cisjordanie, soit environ 18 % de ce territoire ; cette superficie représente quatre fois celle que les colons contrôlaient avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel.

L’article 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer de force, de déplacer ou de déporter, en tout ou en partie, la population civile d’un territoire occupé. La seule exception concerne l’évacuation temporaire d’une zone si cela est nécessaire pour la sécurité de la population ou pour des raisons militaires impératives. Le Commentaire de 2025 du Comité international de la Croix-Rouge sur la quatrième Convention de Genève précise que les transferts forcés peuvent être indirects lorsqu’une partie n’ordonne pas expressément la déportation ou n’y participe pas directement, « mais commet des violations du droit international humanitaire ou du droit relatif aux droits humains ayant pour effet de contraindre la population à partir ». L’article 49 interdit également à la puissance occupante de transférer sa propre population civile vers un territoire qu’elle occupe.

Les éléments de preuve montrent qu’Israël a manqué à ses obligations de protéger la population du territoire occupé contre des actes de violence, d’empêcher de tels actes, d’enquêter sur les abus et de poursuivre les responsables ; en outre, le gouvernement israélien a favorisé cette violence en continuant à fournir un soutien matériel aux groupes de colons responsables d’exactions contre les Palestiniens, a déclaré Human Rights Watch. La réaffectation des terres des Palestiniens déplacés à des colonies illégales indique que ce déplacement n’est pas temporaire, et ne peut être considéré comme une évacuation autorisée au titre de la quatrième Convention de Genève.

Les autres pays devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« L’impunité accordée aux colons par les autorités israéliennes est directement liée au blanc-seing dont bénéficie Israël, de la part de ses alliés et de pays donateurs », a observé Sarah Sanbar. « L’obligation de rendre des comptes devrait concerner en premier lieu les colons qui commettent des crimes, mais ne s’arrête pas là. Israël et les gouvernements qui lui donnent carte blanche partagent aussi la responsabilité des abus, et devraient être tenus de rendre des comptes. »

Suite détaillée en anglais.

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