La Cour pénale spéciale (CPS) de la République centrafricaine a annoncé le décès de son premier Procureur spécial, Toussaint Muntazini, le 25 mars, après une longue maladie. Sa disparition constitue une perte profonde pour les victimes de crimes graves.
Toussaint Muntazini, juge militaire congolais et ancien procureur général des forces armées de la République démocratique du Congo, restera dans les mémoires comme un leader dans la lutte contre l’impunité dans deux des conflits les plus négligés au monde. En République démocratique du Congo, il a joué un rôle central dans l’avancement des efforts du pays pour enquêter sur les crimes graves et poursuivre leurs auteurs devant des tribunaux militaires. En tant que procureur général des forces armées à l’époque, Muntazini était le haut responsable chargé de superviser le processus judiciaire national qui a facilité la reddition et le transfert de Thomas Lubanga à la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre commis dans la province de l’Ituri en RD Congo.
En République centrafricaine, Toussaint Muntazini a été nommé Procureur spécial auprès de la CPS en 2017. Créée en 2015 et intégrée au système judiciaire national avec le soutien de la communauté internationale, cette cour a été conçue pour enquêter et poursuivre les violations graves commises dans le pays depuis 2003. Après son arrivée à Bangui, Muntazini a élaboré la stratégie de poursuite de la cour, et son bureau a ouvert des enquêtes préliminaires qui ont conduit aux premiers procès de la cour.
La Cour pénale spéciale a fait face à d’énormes défis durant ces premières années, opérant au milieu d’une violence persistante, avec des ressources limitées et une insécurité aiguë. Muntazini vivait sous une protection étroite et quittait rarement l’enceinte de la cour. Pourtant, son engagement et sa détermination ont démontré que la justice était possible même en pleine période de conflit actif. Le modèle hybride de la CPS, avec des personnels nationaux et internationaux travaillant côte à côte, offre une chance de justice à l’échelle nationale, tout en bénéficiant d’une expertise internationale indispensable. La CPS complète le travail en cours de la Cour pénale internationale en République centrafricaine, et y constitue la preuve que la justice, bien que lente, est possible.
La détermination de Toussaint Muntazini a contribué à démanteler la longue culture d’impunité en République centrafricaine, où les cycles d’atrocités ont alimenté le conflit pendant des décennies. Sa disparition laisse un vide à un moment crucial, alors que le mandat de la cour fait face à des pressions croissantes en matière de financement. La communauté internationale devrait défendre l’héritage de Muntazini en soutenant des efforts concrets de justice et de reddition des comptes dans son pays natal, la RD Congo, tout en veillant à ce que la Cour pénale spéciale dispose des ressources nécessaires pour poursuivre en Centrafrique son travail essentiel.