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Chine : 37 ans après le massacre de Tiananmen, la justice n’a toujours pas été rendue

Deux activistes de Hong Kong risquent 10 ans de prison pour leur rôle dans une précédente commémoration annuelle du massacre

Des étudiants chinois dansaient lors d’une manifestation pro-démocratie sur la place Tiananmen, à Pékin, le 22 mai 1989. Treize jours plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des chars de l’armée ont investi la place, marquant le début du massacre de la place Tiananmen.. © 1989 Mark Avery/AP Photo

(New York) – Le gouvernement chinois intensifie ses efforts pour effacer le souvenir du massacre de Tiananmen de 1989, tout en renforçant son contrôle social dans tout le pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le massacre de Tiananmen a été déclenché par le rassemblement pacifique d'étudiants, de travailleurs et d'autres personnes sur la place Tiananmen à Pékin et dans d'autres villes chinoises en avril 1989 ; ils réclamaient la liberté d'expression, des réformes démocratiques et la fin de la corruption. Les 3 et 4 juin, des soldats de l’Armée populaire de libération ont ouvert le feu et tué de nombreux manifestants et passants à Pékin. Les autorités chinoises interdisent depuis longtemps les commémorations du massacre en Chine continentale. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour fournir davantage d’informations et une indemnisation aux familles des personnes tuées, ni pour poursuivre les responsables de ces meurtres. 

« En enterrant le passé, le gouvernement chinois enterre également l’espoir d’un futur respect des droits fondamentaux », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser de censurer les informations sur le massacre de Tiananmen, autoriser les commémorations, indemniser les familles des victimes et libérer les personnes emprisonnées pour avoir demandé la justice et la reddition de comptes. »

Le 28 décembre 2025, à Pékin, le Bureau de la sécurité publique a interdit à l’association Mères de Tiananmen d’organiser un rassemblement à l’occasion du Nouvel An ; c’était la première interdiction de ce type depuis que ce groupe de défense des victimes a commencé à organiser de tels rassemblements annuels en 2009. L’association a déclaré avoir constaté « non seulement l’absence de toute initiative sincère de la part du gouvernement pour faire la lumière sur le massacre d’innocents lors du mouvement étudiant de 1989 […], mais aussi la froide réalité de l’abus de pouvoir par les forces de sécurité gouvernementales pour entraver les droits sociaux légitimes des citoyens ».

Le 27 mai 2026, les Mères de Tiananmen ont publié une déclaration, signée par 107 membres, exhortant le gouvernement chinois à « remédier, par des moyens légaux et dans un esprit de paix et de raison, à toutes les blessures et injustices non résolues issues de ces événements, et à rendre la justice et la dignité à chaque famille ayant perdu un être cher ».

En novembre 2025, un événement marquant a été la diffusion non autorisée (suite à une fuite) d’une vidéo de six heures enregistrée en 1990, lors du procès militaire secret du général Xu Qinxian ; selon les médias, il s’était opposé aux ordres des hauts dirigeants chinois d’utiliser la force contre les manifestants de la place Tiananmen. Dans une séquence de cette vidéo filmée le 17 mars 1990, le général Xu déclarait : « J’espérais avant tout résoudre le problème par des moyens politiques… J’avais des doutes quant à savoir si agir de la sorte [en recourant à la force] était bien ou mal… et j’ai fait des suggestions, quinn’ont pas été retenues. L’ordre a été transmis… Quant à moi, en tant que commandant, je ne voulais pas y prendre part. » Xu aurait été condamné à cinq ans de prison, et serait décédé en 2021.

Vidéo de juin 2014, à l’occasion du 25ème anniversaire du massacre de Tiananmen

Les autorités chinoises censurent strictement tout ce qui concerne la place Tiananmen, y compris la célèbre photo de « l’homme au char » (« Tank Man »). Le média australien ABC a rapporté que même une image représentant une banane devant quatre pommes pouvait être signalée par l’algorithme de censure employé par les autorités chinoises, en tant que possible symbole de Tank Man, face aux 4 chars de l’armée.

À Hong Kong, au cours de plus de trois décennies, les commémorations annuelles du massacre de Tiananmen ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les autorités de Hong Kong ont d’abord interdit la veillée annuelle en 2020 et 2021, officiellement pour des raisons liées à la pandémie de Covid-19. Puis en 2021, les autorités ont contraint l’Alliance de Hong Kong (Hong Kong Alliance), qui organisait ces commémorations, ainsi que son Musée du 4 juin, à la fermeture. Depuis 2022, le parc Victoria, lieu traditionnel de la veillée, accueille un « Carnaval gastronomique patriotique » aux dates proches de l’anniversaire du massacre.

Le 19 mai, un tribunal de Hong Kong a entendu les plaidoiries finales dans le procès de deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, qui sont accusés d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale ; ils encourent une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Le verdict est attendu en juillet.

Malgré la répression, certaines personnes à Hong Kong ont précédemment tenté de commémorer le massacre. Début juin 2025, la police de Hong Kong a brièvement détenu 10 personnes âgées de 15 à 69 ans, soupçonnées d’« atteinte à l’ordre public », et a arrêté deux autres personnes pour « comportement suspect ». 

Le 4 juin 2025, la police de Hong Kong a également empêché des membres la Ligue des sociaux-démocrates, un parti politique pro-démocratie dissous peu après , de se rendre au parc Victoria pour commémorer le massacre.

Depuis 2020, la censure à Hong Kong concernant le massacre de Tiananmen ressemble de plus en plus aux contrôles stricts imposés depuis longtemps en Chine continentale. En juin 2025, le site Hong Kong Free Press a rapporté que le propriétaire d’une voiture avec la plaque d’immatriculation « US 8964 » (dont les quatre chiffres pouvaient rappeler la date 4.6.89), avait reçu des lettres anonymes contenant ses informations personnelles, des photos de sa voiture et des allégations selon lesquelles il pourrait enfreindre la loi sur la sécurité nationale. En mai 2025, peu avant le 36ème anniversaire du massacre, le propriétaire a expédié son véhicule à l’étranger ; il a expliqué que la situation à Hong Kong « a changé si rapidement […] qu’elle est devenue inacceptable pour ma famille et moi-même ».

Ces dernières années, des groupes de la diaspora et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux à travers le monde ont organisé des débats publics, des expositions et des rassemblements, et publié des essais pour commémorer le massacre de Tiananmen. En 2026, des commémorations sont prévues dans plus de 30 villes de sept pays, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis Royaume-Uni et Taïwan. 

À la suite du massacre de Tiananmen, le gouvernement chinois a mené une répression à l’échelle nationale ; les autorités ont arrêté des milliers de personnes pour « contre-révolution » et d’autres chefs d’accusation criminels, dont « incendie criminel » et « trouble à l’ordre public ». 

Le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le massacre, ni tenu aucun fonctionnaire pour juridiquement responsable de ces meurtres. Il n’a pas enquêté sur les événements, ni publié de données sur les personnes tuées, blessées, victimes de disparitions forcées ou emprisonnées. Les Mères de Tiananmen ont recensé les meurtres de 202 personnes lors de la répression du mouvement à Pékin et dans d’autres villes.

Le gouvernement a ignoré les appels à la justice concernant ce massacre. Les sanctions imposées par le gouvernement américain en réponse au massacre ont été affaiblies ou contournées au fil des ans. L’absence de sanctions internationales significatives a facilité le bilan déplorable de Pékin en matière de droits humains au cours des décennies qui ont suivi, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement chinois devrait prendre les mesures suivantes :

  • Respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, et mettre fin au harcèlement et à la détention arbitraire des personnes qui contestent la version officielle du massacre de Tiananmen ;
  • Rencontrer les membres des « Mères de Tiananmen » et leur présenter des excuses, publier les noms de toutes les personnes décédées ou injustement emprisonnées, et indemniser de manière appropriée les familles des victimes ;
  • Autoriser une enquête publique indépendante sur le massacre de Tiananmen et ses conséquences, et publier sans délai ses résultats et conclusions ;
  • Autoriser sans condition le retour des citoyens chinois exilés en raison de leurs liens avec les événements de 1989 ; et
  • Enquêter sur tous les responsables gouvernementaux et militaires qui ont planifié ou ordonné l'usage illégal de la force meurtrière contre les manifestants, et les poursuivre en justice de manière appropriée.

Les gouvernements étrangers devraient redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois au sujet des graves violations commises par le passé. 

« Malgré la censure, l’intimidation et la répression sévère exercées par Pékin, des personnes chinoises et hongkongaises qui vivent aujourd’hui ailleurs, partout dans le monde, continuent de commémorer le massacre de Tiananmen », a conclu Yalkun Uluyol. « Les gouvernements préoccupés devraient reconnaître leurs efforts et faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il assume la responsabilité du massacre, accorde des réparations et traduise en justice les responsables. »

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