(Washington, 31 mars 2026) – La dernière frappe menée par les États-Unis contre un bateau dans la mer des Caraïbes, qui aurait fait quatre morts, s’inscrit dans le cadre d’un recours répété à la force létale en dehors d’un contexte de conflit armé, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; cette pratique équivaut à une série d’exécutions extrajudiciaires.
Le 25 mars, le Commandement Sud des États-Unis a annoncé avoir mené une « frappe cinétique létale » (« lethal kinetic strike ») contre un bateau impliqué dans le trafic de drogue, selon le communiqué. Il s’agissait de la 47ème « frappe létale » menée par l’armée américaine dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique ; à ce jour, ces 47 frappes ont tué 163 personnes.
« Ces frappes ne sont pas des incidents isolés, mais font plutôt partie d’une tendance récurrente à recourir à la force militaire là où la loi ne l’autorise pas, encore et encore », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Le fait que ces frappes ne font plus les gros titres ne rend pas ces violations moins graves, ou moins illégales. »
Le droit international établit une distinction claire entre les conflits armés et les opérations de maintien de l’ordre. Or, il n’existe dans la mer des Caraïbes ou l’océan Pacifique aucun conflit armé entre les États-Unis et une organisation de trafic de drogue ; il n’y existe donc aucun groupe de personnes susceptible de constituer une cible militaire légitime.
En dehors d’un conflit armé, le recours délibéré à la force létale n’est légitime que lorsqu’il est strictement nécessaire pour protéger des vies. Des individus suspectés d’activités criminelles ne constituent pas en soi des cibles légitimes de frappes américaines délibérément létales ; à ce jour, aucune information rendue publique n’a montré que l’une des personnes ciblées et tuées représentait une menace imminente pour la vie d’autrui.
Le gouvernement américain devrait mettre fin immédiatement à cette campagne de frappes létales, a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement devrait aussi garantir l’obligation de rendre des comptes pour ces homicides illégaux, évaluer de manière appropriée les préjudices causés aux victimes et à leurs familles, et fournir des réparations pour ces préjudices. Si l’administration Trump continue de se soustraire à sa responsabilité concernant ces homicides illégaux, le Congrès devrait garantir la mise en place d’enquêtes indépendantes, en vue d’assurer l’obligation de rendre des comptes.
« Lorsque le recours illégal à la force se répète au fil du temps, il risque de se normaliser », a conclu Sarah Yager. « Cette tendance est dangereuse car elle ouvre la voie à l'utilisation de la force létale quand et où le gouvernement le veut, sans limite. »
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