Bob Rugurika, connu à travers le Burundi sous le nom de Bob, est un jeune journaliste prometteur. Directeur de la Radio publique africaine (RPA), une station de radio très écoutée, il est apprécié à la fois pour son journalisme d'investigation et pour son style décontracté.

Il s’entretient confortablement autant avec des ministres qu’avec des paysans. Dans la campagne burundaise, loin de Bujumbura, la capitale, la RPA est souvent la première station de radio que les gens écoutent pour obtenir les nouvelles et débats les plus récents.

Bob est en prison depuis plus d'une semaine. Le 20 janvier, le procureur de Bujumbura Mairie l’a convoqué pour fournir des informations à propos d’une série de rapports d'enquête portant sur le meurtre de trois religieuses italiennes commis dans une banlieue de la capitale il y a quatre mois.

Lors d’une émission quelques jours plus tôt, la RPA a interviewé un homme qui affirmait avoir participé à l'attaque contre le couvent et qui prétendait que de hauts responsables des services de renseignement et des forces de sécurité de l'État étaient impliqués. Dès l’après-midi du 20 janvier, le procureur avait produit un mandat d'arrêt pour Bob, et ce dernier a été conduit à la prison de Mpimba, à Bujumbura.

Deux jours plus tard, il a été transféré à la prison de Muramvya, à une trentaine de kilomètres de la capitale. Il a d’abord été détenu en isolement pendant un jour, mais les autorités de la prison ont ensuite levé cette restriction, et il a depuis été en mesure de recevoir des visites de ses avocats, ses collègues, sa famille et ses amis.

Selon le procureur, interrogé par le chercheur de Human Rights Watch, Bob risque d'être accusé de complicité d’assassinat, entrave à la justice, recel d’un criminel et manquement à la solidarité publique.

Bob aurait du être reconnu pour sa contribution au lieu d’être accusé d '« entrave à l’administration de la justice ».

Le gouvernement burundais a déjà utilisé l'allégation d'ingérence dans les enquêtes criminelles pour tenter d’empêcher les médias et les organisations de défense des droits humains de publier des informations sensibles et, en particulier, les noms d’auteurs présumés de violations des droits humains.

En 2012, des représentants du gouvernement ont utilisé cette accusation contre Human Rights Watch après la publication d'un rapport sur les assassinats politiques. C’est une accusation pratique dans un pays où la justice suit son cours lentement et où des agents de l'État commettent des actes de violence en toute impunité.

L'arrestation de Bob n’a rien à voir avec la recherche de la justice pour le meurtre horrible des trois religieuses. Il s’agit plutôt d’une tentative pour empêcher la RPA de rendre compte de questions dont le gouvernement préférerait qu’elles ne soient pas abordées. Museler les médias indépendants est une tactique courante au Burundi, et Bob ainsi que d'autres journalistes ont été victimes d'intimidation auparavant.

En 2011, à la suite d’un massacre à Gatumba, les autorités ont harcelé Bob après que la RPA ait continué de parler de l'attaque malgré une interdiction du gouvernement sur la couverture médiatique de ces événements.

Comme pour les meurtres de Gatumba – après quoi le ministre de la Défense a appelé à des
« sanctions » non spécifiées contre les médias qui violaient l’embargo – la cible du gouvernement à la suite du meurtre des religieuses est une fois de plus le messager.

Malgré des intimidations répétées, les médias burundais sont parmi les plus dynamiques en Afrique de l’Est. Les journalistes accordent une grande importance aux reportages d’investigation et au droit à l'information. La RPA, qui dispose de correspondants dans tout le pays, rend compte fréquemment des violations des droits humains et de la corruption. Mais tandis que l'espace politique continue à se rétrécir à l’approche des élections en mai, le gouvernement accuse de plus en plus les journalistes d'être des instruments de l'opposition politique.

Le cas de Bob, et la réaction du public à son arrestation, rappellent fortement une autre arrestation récente très médiatisée au Burundi.

En mai 2014, le militant des droits humains Pierre Claver Mbonimpa a été arrêté et mis en accusation pour atteinte à la sûreté intérieure et extérieure, après avoir déclaré que de jeunes Burundais étaient armés et envoyés en République démocratique du Congo pour y recevoir un entraînement militaire. Après quatre mois de prison, quand il est devenu gravement malade, il a été libéré pour raisons de santé. Il attend toujours d’être jugé.

Les militants et les journalistes, à l'intérieur et à l'extérieur du Burundi, ont lancé une vaste campagne internationale en faveur de Mbonimpa, aboutissant à des appels à sa libération de la part de leaders politiques mondiaux, notamment le président des États-Unis, Barack Obama, ainsi que du Parlement européen.

Le Burundi a réalisé des progrès importants sur la voie de la démocratie depuis qu'il est sorti de décennies de conflit armé, mais le gouvernement risque de compromettre ces progrès si la liberté des médias n’est pas garantie et protégée.

Les partenaires et les amis du Burundi devraient faire entendre leurs voix en faveur de Bob Rugurika et de la liberté des médias au Burundi. Enfermer les journalistes qui couvrent les questions controversées devrait être dénoncé comme ce dont il s’agit réellement : un moyen brutal pour étouffer une presse libre – et qui ne réussira pas.