(New York, le 3 mars 2011) - Les autorités omanaises devraient procéder immédiatement à une enquête crédible sur l'utilisation de la force létale par la police pour réprimer une manifestation devenue violente dans la ville côtière de Sohar le 27 février, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

La police antiémeute aurait utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre les manifestants dans cette ville située dans le nord du sultanat d'Oman, faisant au moins deux morts et de nombreux blessés.

« Oman doit veiller à ce que ses forces de sécurité ne recourent à la force létale que lorsque c'est absolument nécessaire pour protéger des vies humaines », a rappelé Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Nous exhortons les autorités omanaises à enquêter sur les circonstances ayant mené aux décès de manifestants à Sohar. »

Un témoin a indiqué à Human Rights Watch que plusieurs dizaines de manifestants s'étaient rassemblés le dimanche 27 février en début de matinée au rond-point de la Terre à Sohar, deuxième ville du pays, pour protester contre le taux de chômage élevé et la corruption de certains fonctionnaires. Sans avertissement préalable, des unités de police ont attaqué les manifestants à coups de matraque et ont arrêté au moins 26 personnes, selon plusieurs témoignages.

Les nouvelles sur ces arrestations se sont rapidement répandues à Sohar, ville située à 230 kilomètres au nord-ouest de la capitale d'Oman, Mascate, et dont  la population avoisine 120 000 personnes. D'autres personnes ont alors afflué sur le rond-point de la Terre, près de l'entrée du port.  Selon le témoin interrogé par Human Rights Watch, quelques milliers de manifestants se trouvaient sur le rond-point et a proximité en fin d'après-midi, bloquant la circulation.

Toujours selon ce témoin, la violence a éclaté lorsque des manifestants ont commencé à lancer des pierres sur la police, qui a riposté d'abord avec des gaz lacrymogènes puis en tirant des balles en caoutchouc. Les manifestants ont alors tenté de prendre d'assaut un poste de police voisin. Les policiers qui s'y trouvaient ont tiré sur la foule avec des balles en caoutchouc, tuant un homme sur-le-champ et blessant plusieurs autres personnes.

Les manifestations ont débuté à Sohar le 25 février. Lors du rassemblement au rond-point de la Terre deux jours plus tard, les manifestants ont rendu public une lettre adressée au Sultan Qabous Ben Saïd Al Saïd incluant trente demandes dont le changement de son équipe gouvernementale, l'engagement de poursuites judiciaires à l'encontre de six fonctionnaires pour corruption présumée, et l'augmentation des salaires d'employés du secteur public.

Dans la soirée du 27 février, le Sultan Qabous a émis une déclaration promettant de créer 50 000 emplois supplémentaires dans le secteur public et d'augmenter les allocations de chômage, d'un montant d'environ 150 riyals omanais (390 $ US) par mois. Il a également ordonné à la police de libérer les 26 manifestants arrêtés plus tôt dans la journée. Après leur libération, certains d'entre eux ont affirmé qu'ils avaient été passés à tabac, et privés d'eau et de nourriture.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement omanais à respecter les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois. Selon ces Principes, les responsables de l'application des lois, dans l'accomplissement de leurs fonctions, doivent recourir dans la mesure du possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu. Lorsque l'usage légitime de la force est jugé inévitable, les responsables de l'application des lois doivent en user avec modération en ne causant que le minimum de dommages et d'atteintes à l'intégrité physique.

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