La session spéciale de l'Assemblée Générale des Nations Unies sur les drogues, qui s'ouvre le 11 mars 2009, devrait aborder la question de l'absence d'accès aux médicaments antidouleur dans de nombreux pays, qui laisse des dizaines de millions de personnes dans le monde entier souffrir de terribles douleurs qui pourraient être soulagées, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport diffusé aujourd'hui.

Dans son rapport intitulé « S’il vous plaît, ne nous laissez plus souffrir… » : L’accès au traitement de la douleur est un droit humain, Human Rights Watch a souligné que les Etats devraient améliorer de manière significative l'accès aux médicaments antidouleur. Pour ce faire, ils devront s'attaquer aux causes de leur disponibilité en quantités insuffisantes, notamment l'échec à mettre en place des systèmes d'approvisionnement et de distribution opérationnels, l'absence de politiques gouvernementales s'assurant de leur disponibilité, la formation insuffisante des personnels de santé, la rigueur excessive des politiques anti-drogue et la crainte de sanctions pénales parmi les personnels de santé.

« Certaines fortes douleur peuvent facilement être soulagées par des médicaments peu coûteux, ce qui rend d'autant plus inexcusable que des millions de personnes doivent vivre et mourir dans d'atroces souffrances », a déclaré Diederik Lohman, chercheur senior au sein de la division Santé et droits humains de Human Rights Watch. « Le sommet des Nations Unies sur les drogues fournit une opportunité aux gouvernements de donner un sens concret à leur engagement de mettre un terme à ces souffrances inutiles. » 

Dans son rapport, Human Rights Watch signale que le droit international exige des Etats qu'ils rendent disponibles des stupéfiants pour le traitement de la douleur tout en empêchant leur utilisation abusive. Toutefois, note Human Rights Watch, l'accent mis avec force par la communauté internationale sur la prévention de l'utilisation abusive de telles drogues a conduit de nombreux pays à négliger cette obligation. La Convention de 1961 sur les stupéfiants spécifie que ces drogues sont « indispensables » pour soulager douleur et souffrance.

« Les différents traités des Nations Unies sur les drogues ont prévu un juste milieu entre la prévention de leur  utilisation abusive et le fait de s'assurer que les stupéfiants sont disponibles à des fins médicales », a ajouté Diederik Lohman. « En pratique, de nombreux gouvernements ont mis en application des lois et des politiques rigoureuses qui visent l'abus de ces drogues et ont ignoré leur obligation d'assurer un accès légitime aux médicaments antidouleur. »

Par conséquent, presque cinquante ans après l'adoption de l'accord, l'accès satisfaisant aux stupéfiants pour le traitement de la douleur reste une promesse non tenue. En février 2009, l'Organisation Mondiale de la Santé a estimé que des dizaines de millions de personnes dans le monde entier souffraient de terribles douleurs sans disposer d'un traitement adapté, y compris les 5,5 millions de malades du cancer en phase terminale et le million de malades du SIDA en fin de vie.

A la session spéciale de l'Assemblée Générale des Nations Unies sur les drogues, les 11 et 12 mars à Vienne (Autriche), les différents pays vont définir les priorités de la politique mondiale en matière de drogues pour les dix années à venir. Les négociations préliminaires en amont de la rencontre ont été consacrées presque exclusivement à la prévention de l'usage illicite des substances règlementées tandis qu'elles ont largement ignoré leur insuffisante disponibilité à des fins médicales.

« Le sommet des Nations Unies devra déterminer des objectifs clairs et mesurables afin d'améliorer l'accès aux médicaments antidouleur », a déclaré Diederik Lohman. « Etre « intraitable sur les drogues » ne devrait pas vouloir dire que les gouvernements refusent de soulager la douleur et ignorent la souffrance de millions de personnes. »

Quelques citations extraites du rapport :

« Pendant deux jours, j'ai ressenti une douleur atroce aussi bien dans le dos que sur le devant. J'ai pensé que j'étais en train de mourir. Le docteur m'a dit qu'il n'était pas nécessaire de soigner ma douleur, que c'était seulement un hématome et que la douleur s'en irait d'elle-même. J'ai hurlé toute la nuit. »

Témoignage d'un Indien du Kerala décrivant le 20 mars 2008 à Human Rights Watch son séjour à l'hôpital, immédiatement après un accident sur un chantier de construction au cours duquel il a subi un traumatisme à la moelle épinière. Son nom n'est pas divulgué pour protéger sa vie privée. 

« Le cancer nous tue. La douleur me tue parce que, depuis plusieurs jours, je suis incapable de trouver de la morphine injectable où que j'aille. De grâce, monsieur le Secrétaire d'Etat à la Santé, ne nous laissez plus souffrir ainsi. »

Petite annonce passée dans le journal El Pais à Cali en Colombie, le 12 septembre 2008, par la mère d'une femme atteinte de cancer du col de l'utérus.

« Les médecins ont peur de la morphine... Les docteurs (au Kenya) ont tellement l'habitude de voir les patients mourir dans la douleur(...) qu'ils pensent que c'est ainsi qu'on doit mourir. Ils sont méfiants si vous ne mourez pas de cette manière et ont l'impression que vous mourez avant l'heure. »

Témoignage du Dr. John Weru, médecin dans un établissement de soins palliatifs de Nairobi au Kenya, lors d'un entretien accordé à Human Rights Watch en juin 2007.