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Les autorités congolaises ont arrêté au moins 128 personnes dans neuf villes à travers le pays hier, alors que les mouvements citoyens et les partis d’opposition avaient appelé à des manifestations à l’échelle nationale pour protester contre l’annonce que les élections ne se tiendront pas cette année.

Timothée Mbuya, activiste éminent des droits humains et président de l’organisation non gouvernementale Justicia, a été arrêté à Lubumbashi le 31 juillet 2017. © 2017 Privé

Un accord pour des élections avant la fin du mois de décembre était l’engagement clé contenu dans l’accord conclu sous la médiation de l’Église catholique et signé le 31 décembre 2016, après que le Président Joseph Kabila a omis de se retirer à l’issue de son deuxième mandat, limite prescrite par la constitution.

Selon des témoins, les forces de sécurité ont arrêté au moins 57 personnes hier à Goma, 24 à Kinshasa, 10 à Butembo, huit à Beni, huit à Lubumbashi, sept à Mbandaka, cinq à Kasindi, cinq à Bukavu et quatre à Kindu. Parmi les personnes arrêtées figuraient Timothée Mbuya, activiste des droits humains et président de l’organisation non gouvernementale Justicia, ainsi que plusieurs membres du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA), des journalistes et d’autres manifestants pacifiques. Au moins 22 des personnes arrêtées ont été libérées.

À Goma, les autorités ont arrêté plusieurs groupes d’activistes de la LUCHA à différents endroits alors qu’ils essayaient d’entrer au bureau provincial de la commission électorale pour remettre leur plainte officielle. Cinq d’entre eux ont pu rencontrer le secrétaire exécutif, mais ils ont été arrêtés dès leur sortie du bureau par des agents des services du renseignement, selon d’autres activistes.

Les autorités ont utilisé des gaz lacrymogènes à Butembo, Goma et Bukavu pour réprimer les manifestants pacifiques. À Bukavu, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles et ont blessé plusieurs manifestants, ont indiqué des témoins. Les autorités ont également dispersé les manifestants à Kisangani. Dans les villes de Mbuji-Mayi et de Kananga dans le centre de la RD Congo, la combinaison d’arrestations récentes, de menaces et de déploiement de forces de sécurité a conduit les activistes à annuler les manifestations planifiées.

Au total, 13 journalistes à Goma, Bukavu, Lubumbashi et Kinshasa ont été interrogés, temporairement détenus et/ou se sont vu confisquer leur matériel, selon des témoins, dans ce qui est devenu une tendance très inquiétante à la répression contre les observateurs indépendants en RD Congo, ont déclaré des témoins. « Les agents du renseignement m’ont demandé de les suivre à leur bureau. Ils ont pris mon appareil photo, disant qu’ils allaient effacer mes images », a expliqué à Human Rights Watch une journaliste à Goma. La journaliste a finalement récupéré son appareil photo, mais les photos avaient été supprimées.

La coalition des mouvements citoyens et des organisations de défense des droits humains ayant appelé à manifester – le Collectif d’actions de la société civile (CASC) – a déclaré que les manifestations étaient destinées à montrer que la « patience » du peuple congolais avait « atteint ses limites » et que la « misère qui accable ... la population » ne sera résolue que par « l’organisation des élections prévues en décembre 2017 et l’alternance attendue par le peuple. »  

Des mouvements citoyens et des partis d’opposition en RD Congo avaient appelé à des manifestations nationales le 31 juillet 2017 pour protester contre l’annonce par le président de la commission électorale que les élections ne se tiendront avant la fin de décembre 2017. © 2017 Privé

Les principaux dirigeants de l’opposition congolaise ont soutenu les manifestations, de même que la conférence des évêques catholiques du pays, dont le secrétaire général a déclaré plus tôt ce mois-ci que « seul un soulèvement populaire peut amener le changement au Congo ».

Les syndicats de la RD Congo ont également commencé à se mobiliser. Le 21 juillet, le collectif des syndicats de l’administration publique a appelé à une grève immédiate et générale pour tous les employés de l’État à travers le pays. Cet appel fait suite à la dépréciation massive du franc congolais ces derniers mois. En effet les employés de l’État perdent près de la moitié de leurs salaires, étant donné qu’ils perçoivent encore 930 francs congolais par dollar US, même si le dollar est maintenant évalué à environ 1 700 francs congolais, selon les représentants syndicaux. Le président du collectif des syndicats a ensuite annulé la grève lorsque le gouvernement a accepté de commencer à payer aux fonctionnaires 1 425 francs par dollar, à partir d’août. Mais le président du collectif nous a indiqué que la grève continuerait si cet engagement n’était pas respecté. 

Cependant, trois syndicats représentant des médecins et des infirmières ont poursuivi la grève, leurs membres n’assurant qu’un « service minimum » dans les hôpitaux et les centres de santé du pays. 

Avec des frustrations déjà si élevées dans un large éventail de la population congolaise, il est probable que les tensions ne feront qu’augmenter s’il n’y a pas un signe clair de volonté politique de la part du président Kabila qu’il se retirera d’ici la fin de l’année et permettra une transition pacifique et démocratique.  

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Les autorités congolaises ont arrêté au moins 128 personnes dans neuf villes à travers le pays hier, alors que les mouvements citoyens et les partis d’opposition avaient appelé à des manifestations à l’échelle nationale pour protester contre l’annonce que les élections ne se tiendront pas cette année.