1. Une manifestante pacifique de 15 ans frappée et placée en détention
  2. Le nouveau calendrier électoral de la RD Congo fait face au scepticisme, dans un contexte de recrudescence des manifestations et de la répression
  3. Trois ans plus tard, un éclairage sur le mystère des massacres de Beni en RD Congo
  4. Les autorités congolaises arrêtent puis libèrent 49 activistes participant à des manifestations anti-Kabila
  5. Violents combats dans l’est de la RD Congo, menace accrue pour les civils
  6. La RD Congo devrait libérer tous ses prisonniers politiques
  7. L’opposant Diongo enlevé de force de l’hôpital
  8. Un ‘manifeste du citoyen congolais’ appelle à une transition sans Joseph Kabila
  9. Confusion autour de manifestations d’une secte en RD Congo qui ont fait au moins 27 morts
  10. Répression contre des étudiants et membres de l'opposition accusés par le gouvernement d'être responsables des attaques de Kinshasa
  11. Au moins 128 arrestations au cours de manifestations à travers la RD Congo
  12. La fortune familiale derrière le président de la RD Congo
  13. Gabriel Tambwe, détenu depuis 14 mois en RD Congo
  14. Un ‘état d’urgence’ en RD Congo ?
  15. Libérez Sephora Bidwaya et ses 11 codétenus
  16. Un activiste et son avocat détenus arbitrairement à Kinshasa ; les quatre artistes de Goma libérés
  17. Les évêques catholiques appellent les Congolais à « se mettre debout »
  18. Un espoir de justice dans la région des Kasaïs
  19. Les autorités congolaises refusent de renouveler l’accréditation d’une journaliste française
  20. Répression et violences en RD Congo, dans un contexte de pressions pour une transition démocratique pacifique
  21. Sephora, battue et emprisonnée pour un carton rouge
  22. Un sondage national met en garde contre un avenir morose pour la RD Congo
  23. Des actions fortes sont nécessaires pour sauver l'accord de la Saint-Sylvestre en RD Congo
  24. De petites manifestations vacillent face à la répression en RD Congo
  25. La loi américaine sur les minéraux de conflit devrait être perfectionnée, et non pas abrogée
  26. Protestations silencieuses en RD Congo contre l'échec de l'Accord de la Saint-Sylvestre
  27. La SADC devrait exercer une pression pour résoudre la crise en RD Congo
  28. RD Congo : L’UE devrait imposer des sanctions ciblées supplémentaires
  29. RD Congo : Le festival Amani devrait constituer un espace sûr pour la liberté d'expression pacifique
  30. L’enrôlement des électeurs en RD Congo entravé par l’insécurité et des difficultés logistiques
  31. Les Congolais en deuil suite au décès d'un dirigeant éminent de l'opposition
  32. Un mois plus tard, la mise en œuvre de l’accord relatif aux élections en RD Congo a peu progressé
  33. L'ONU signale une forte hausse des violations des droits humains en RD Congo en 2016
  34. Des doutes pèsent sur la mise en œuvre de l'accord de la Saint-Sylvestre
  35. Un accord met la RD Congo sur la voie d'une première transition démocratique, mais d'énormes défis subsistent
  36. Le bilan des morts en RD Congo s’alourdit, des arrestations massives après les manifestations
  37. Les forces de sécurité de la RD Congo répriment des manifestants utilisant des sifflets
  38. Hautes tensions en ce dernier jour du mandat de Joseph Kabila
  39. La fortune familiale, et pourquoi Kabila pourrait s’accrocher au pouvoir en RD Congo
  40. Des activistes congolais arrêtés devant la CENCO
  41. L’UE et les États-Unis imposent des sanctions contre de hauts responsables de RD Congo
  42. Des groupes de défense des droits humains appellent l’UE et les États-Unis à sanctionner de hauts responsables congolais
  43. Le Conseil de sécurité de l'ONU lance un cri d'alarme au sujet d'éventuelles violences en RD Congo
  44. Les efforts de médiation par l’Église catholique en RD Congo peinent à porter leurs fruits
  45. Arrestation de cinq jeunes activistes congolais qui demandaient le respect des droits
  46. Attaque contre la maison d'un dirigeant de l'opposition en RD Congo
  47. Sombres mises en garde sur la crise en RD Congo devant le Congrès américain
  48. Des organisations de jeunesse congolaises lancent une campagne « Bye bye Kabila »
  49. Imposer des sanctions ciblées à la RD Congo avant qu’il ne soit trop tard
  50. Arrestations, passages à tabac, résidences de leaders d’opposition vandalisées
  51. Vague d’arrestations et répression contre les médias avant les manifestations
  52. Lignes directrices sur la liberté d’expression et de réunion en RD Congo
  53. Les autorités congolaises devraient libérer tous les prisonniers politiques
  54. Le gouvernement congolais étend sa répression aux médias étrangers
  55. Réactions des dirigeants et activistes congolais à la victoire de Donald Trump
  56. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait mettre à profit sa visite en RD Congo pour éviter une crise de grande envergure
  57. Manifestations interdites et médias muselés en RD Congo
  58. Libertés d’expression et d’association menacées en RD Congo
  59. La médiation par l’Église catholique apporte une lueur d’espoir face à la répression en RD Congo
  60. Nouvelles arrestations d'activistes pacifiques en RD Congo
  61. Des sondeurs ciblés, alors qu'une étude montre que les Congolais veulent des élections
  62. Nouvelles arrestations d’activistes en RD Congo alors que les dirigeants africains se réunissaient pour discuter de la crise
  63. Nouvelles arrestations d'activistes à la veille de manifestations en RD Congo
  64. L'ONU fait état d'un usage excessif de la force lors de manifestations en RD Congo
  65. Une coalition propose une feuille de route pour mettre fin à la crise politique en RD Congo
  66. Manifestations et « villes mortes » à travers la RD Congo
  67. Le dialogue national de la RD Congo ne parvient pas à surmonter l’impasse politique
  68. Une délégation de la CPI en RD Congo
  69. L'UE s'apprête à prendre des sanctions ciblées contre de hauts responsables de la RD Congo

La RD Congo en crise

 

L’année 2017 sera cruciale pour la République démocratique du Congo. Après beaucoup d'effusion de sang et deux années de répression brutale – avant et après l’échéance du 19 décembre 2016, qui a marqué la fin du deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution du président Joseph Kabila – les participants aux pourparlers organisés sous la médiation de l'Église catholique ont conclu un accord le 31 décembre 2016. Celui-ci contient des dispositions claires selon lesquelles une élection présidentielle se tiendra avant la fin de 2017, le président Joseph Kabila ne briguera pas un troisième mandat et il n'y aura ni référendum ni modification de la constitution. L'accord peut s'avérer un grand pas vers la première transition démocratique de la RD Congo depuis son indépendance, mais le chemin est encore long pour y parvenir.

L’équipe RD Congo de Human Rights Watch fera usage de ce blog pour fournir des mises à jour en temps réel, des rapports de terrain, ainsi que d’autres analyses et commentaires pour aider à informer le public sur la crise actuelle et pour exhorter les décideurs politiques à rester engagés pour empêcher une escalade de la violence et des violations des droits humains en RD Congo – avec de possibles répercussions dans toute la région.

Une manifestante pacifique de 15 ans frappée et placée en détention

La police a arrêté Binji Happy Yalala, 15 ans, lors d’une manifestation pacifique à Idjwi, dans l’est de la République démocratique du Congo, le 15 novembre 2017. 

© 2017 Privé
Binji Happy Yalala, une lycéenne de 15 ans sur l’île d’Idjwi dans l’est de la République démocratique du Congo, a été frappée mercredi par la police, qui l’accusait d’être une sorcière et qui l’a détenue pendant plus de 10 heures. Son véritable « crime » était d’avoir participé à une marche pacifique organisée par le mouvement citoyen « C’en Est Trop ».

Les manifestants avaient répondu à l’appel de plusieurs autres mouvements citoyens et groupes de la société civile, soutenus par les dirigeants de l’opposition politique, pour que les Congolais se mobilisent le 15 novembre et exigent que le président Joseph Kabila quitte ses fonctions fin 2017, conformément à la constitution et à l’accord du Nouvel An signé à la fin de l’année dernière.

Les manifestants d’Idjwi se sont présentés devant les bureaux de leur administration locale en chantant l’hymne national avec l’intention d’y déposer une note, quand le commissaire de la police a donné l’ordre de les arrêter.

« Les policiers ont immédiatement mis l’ordre à exécution avec brutalité et violence », a raconté le père de Binji, qui avait rejoint sa fille pour participer avec elle à la marche. « Certains d’entre nous ont commencé à courir, mais d’autres, et moi parmi eux, se sont immédiatement fait prendre. Ils nous ont donné des coups de poings, des coups de matraque et des coups de pied. Ils nous ont dit : “Vous êtes tous des rebelles. Nous contrôlons la loi. Nous allons vous faire souffrir, vous verrez.” »

Quand Binji a vu son père se faire arrêter avec d’autres, elle a expliqué qu’elle ne pouvait pas rester plantée là, à regarder sans rien faire.

« J’avais peur, mais ça me faisait aussi mal au ventre parce que je ne comprenais pas ce que mon père et ces autres personnes avaient fait de mal », a déclaré Binji à Human Rights Watch. « Je suis montée et j’ai demandé à la police de les laisser partir. Ils ne m’écoutaient pas, donc je leur ai dit que je ne partirais pas sans mon père, et que s’ils ne le relâchaient pas, ils devraient m’arrêter moi aussi. Alors sans hésiter, l’un d’eux m’a brutalement agrippée par le bras, il m’a frappée dans le dos avec son arme, et m’a attaché les mains derrière le dos. Ça m’a fait très mal et j’ai crié. Après quoi, ils m’ont enfermé dans la cellule avec mon père et les autres. »

Binji, son père et les 11 autres détenus ont rapidement été transférés à la prison centrale du territoire d’Idjwi.

« Ils nous ont posé beaucoup de questions sur ce qui s’était passé », a raconté Binji. « Ils ont frappé mon père parce qu’ils disaient qu’il m’avait appris des choses. Il a essayé en vain d’expliquer que je n’étais pas membre du mouvement. Après, ils m’ont accusé d’être une sorcière, et ils m’ont de nouveau frappée avec leurs matraques. »

Binji a expliqué que lorsque, pour finir, ils tous été relâchés vers 22 heures, elle avait mal partout et pouvait à peine marcher.

Le 15 novembre, les forces de sécurité congolaises ont arrêté au moins 52 personnes qui participaient ou préparaient des petites marches et manifestations à Goma, Kasindi, Kindu, Kisangani, Kinshasa et Idjwi. La plupart de ces personnes ont ensuite été relâchées, mais huit d’entre elles sont toujours en détention, dont six à Goma et deux à Kinshasa.

Deux militants qui ont été arrêtés lundi à Goma alors qu’ils encourageaient les gens à se joindre aux manifestations du 15 novembre étaient eux aussi toujours en détention.

Le 14 novembre, à la veille de ces manifestations, le commissaire divisionnaire de la police dans la province de Goma avait ordonné à ses forces, dans un message filmé largement diffusé sur les réseaux sociaux, de « réprimer sans pitié » les manifestations prévues pour le lendemain.

Le lendemain matin, au réveil, de nombreux habitants dans toute la RDC – notamment à Kinshasa, Lubumbashi, Mbandaka, Matadi, Mbuji-Mayi, Kananga, Goma, Idjwi, Beni, Kasindi, Butembo et Kisangani – ont pu constater qu’un important dispositif de sécurité avait été déployé le long des principales artères de leurs villes. Dans plusieurs d’entre elles, les rues étaient moins fréquentées que d’habitude, les magasins et les marchés étaient fermés et de nombreux étudiants ne s’étaient pas rendus aux cours. De nombreuses personnes sont restées chez elles en signe de protestation, ou pour se protéger des risques de répression violente, ou les deux. Les quelques manifestants qui ont osé sortir dans la rue ont le plus souvent été rapidement arrêtés par les forces de sécurité, ou dispersés par des gaz lacrymogènes.

La Mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo (MONUSCO) a exhorté les autorités congolaises, le 14 novembre, à respecter « le droit à manifester dans le calme et la retenue » et à « permettre à toutes les voix de s’exprimer dans le calme et de façon pacifique ». Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a relayé cet appel en demandant aux autorités congolaises de « mettre un terme au discours incendiaire contre les manifestants » et de faire en sorte que le personnel de sécurité « reçoive des instructions claires et qu’ils seront tenus responsables de leur conduite lors des opérations de maintien de l’ordre dans le cadre des manifestations, quel que soit leur rang ou affiliation. »

Dans une déclaration commune publiée hier, les missions des pays membres de l’Union européenne, des États-Unis, de la Suisse et du Canada en RDC ont appelé les forces de sécurité congolaises à s’abstenir d’un recours à la force excessive et souligné qu’elles sont susceptibles d’être tenues responsables de leur conduite, y compris à titre individuel.

De nombreux prisonniers politiques et militants arrêtés lors de précédentes manifestations politiques ou pour leur participation à d’autres activités politiques pacifiques sont toujours en détention. Une liste et un résumé de plusieurs de ces cas sont disponibles ici.

Les autorités congolaises devraient immédiatement libérer toutes les personnes détenues pour avoir exprimé de manière pacifique leurs opinions politiques et devraient commencer à travailler à la création d’un climat propice à l’organisation d’élections libres et équitables dans le pays.

Le nouveau calendrier électoral de la RD Congo fait face au scepticisme, dans un contexte de recrudescence des manifestations et de la répression

La commission électorale nationale de la République démocratique du Congo (CENI) a fixé au 23 décembre 2018 les élections présidentielle, législatives et provinciales, soit plus de deux ans après la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Joseph Kabila.

Les forces de sécurité ont tué Jotham Kasigwa Murume, âgé de 11 ans, lors de manifestations à Goma le 30 octobre 2017.

© 2017 Privé

Selon le calendrier publié dimanche par la CENI, le nouveau président prêterait serment le 12 janvier 2019 et le cycle électoral complet, y compris les élections locales, se poursuivrait jusqu’au 16 février 2020. Comme les calendriers électoraux antérieurs ignorés de manière flagrante par la CENI et les responsables gouvernementaux, le nouveau calendrier comporte une liste de 15 « contraintes » légales, financières et logistiques susceptibles de retarder les échéances.

L’annonce de la CENI tombe environ une semaine après la visite en RD Congo de l’ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, qui, avant de rencontrer Kabila, avait annoncé que les élections en RD Congo devaient se tenir avant la fin de 2018, sans quoi, elles ne pourraient bénéficier de l’appui de la communauté internationale.

Alors que certains diplomates pourraient voir dans ce calendrier un signe de progrès, un grand nombre de Congolais sont, à juste titre, sceptiques. En effet, au cours des dernières années, Kabila et sa coterie ont empêché l’organisation des élections, repoussant sans cesse la date à laquelle il doit quitter le pouvoir. De hauts responsables américains et d’autres diplomates ont fait parvenir des messages semblables à Kabila dans la période précédant le 19 décembre 2016, fin du deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la Constitution. Une fois la limite dépassée, en l’absence de progrès sur la voie des élections, le Conseil de sécurité de l’ONU et d’autres ont fait pression sur Kabila pour que les élections soient organisées d’ici la fin de l’année 2017, conformément à l’accord de partage de pouvoir conclu sous l’égide de l’Église catholique et signé le 31 décembre 2016, appelé « accord de la Saint-Sylvestre ».

Kabila et sa coalition au pouvoir n’ont alors tenu aucun compte des principales dispositions de l’accord, alors que Kabila renforçait son emprise sur le pouvoir par la corruption, la violence à grande échelle et la répression brutale de l’opposition, des activistes, des journalistes et des manifestants pacifiques. Les agents des forces de sécurité sont allés jusqu’à mettre en œuvre une « stratégie du chaos » apparemment délibérée et une violence orchestrée, notamment dans la région du Kasaï, dans le sud du pays, où près de 5000 personnes ont été tuées depuis août 2016. Des responsables du gouvernement et de la CENI annonçaient depuis juillet qu’il était impossible de tenir des élections en 2017 comme l’exigeait l’accord de la Saint-Sylvestre, sous prétexte de la violence dans le Kasaï.

En attendant, il n’y a eu aucun contrôle indépendant ou audit du processus d’enrôlement des électeurs en cours. Les organisations de la société civile et les dirigeants de l’opposition ont fait part de leurs préoccupations concernant la possibilité de fraude à grande échelle. Certains craignent l’utilisation d’une liste électorale profondément déficiente pour permettre la tenue d’un referendum de modification de la Constitution qui pourrait éliminer les limites de mandats et ainsi autoriser Kabila à présenter sa candidature pour un troisième mandat. Kabila a lui-même refusé à plusieurs reprises d’annoncer publiquement et de manière explicite qu’il ne sera pas candidat à de futures élections. L’année supplémentaire que donne à Kabila le nouveau calendrier lui laisse plus de temps pour tenter des moyens constitutionnels ou extraconstitutionnels de rester au pouvoir.

Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA) a fermement dénoncé le calendrier « fantaisiste » présenté dimanche par la CENI et a appelé le peuple congolais à se mobiliser et à se défendre pacifiquement contre la « manœuvre honteuse pour faire gagner plus de temps à Kabila et son régime afin d’accomplir leur volonté de rester indéfiniment au pouvoir ». La LUCHA a déclaré que le mouvement ne reconnaît plus Kabila et son gouvernement comme représentants légitimes du peuple congolais et a appelé les partenaires internationaux à en faire autant.

D’autres mouvements citoyens, activistes des droits humains et leaders de l’opposition ont lancé des appels similaires, dénonçant le nouveau calendrier du CENI, et exhortant le peuple congolais à se mobiliser pour œuvrer en faveur d’une « transition citoyenne » sans Kabila pour permettre l’organisation d’élections crédibles.

Pendant ce temps, la répression exercée contre les leaders et les partisans de l’opposition, les activistes œuvrant pour les droits humains et la démocratie, les manifestants pacifiques et les journalistes se poursuit sans relâche. Les forces de sécurité ont arrêté environ 100 partisans de partis d’opposition et activistes pro-démocratie pendant des manifestations qui se sont déroulées à Lubumbashi, Goma, Mbandaka et Beni au cours des deux dernières semaines. Beaucoup d’entre eux ont été relâchés plus tard. Pendant les manifestations du 30 octobre à Goma, les forces de sécurité ont tué cinq civils par balles, dont un garçon de 11 ans, et en ont blessé quinze autres.

Les forces de sécurité ont tué Jean Louis Kandiki, âgé de 19 ans, lors de manifestations à Goma le 30 octobre 2017.

© 2017 Privé

De nouvelles manifestations sont prévues dans le pays au cours des jours à venir pour rejeter le calendrier nouvellement annoncé par la CENI. Les responsables du gouvernement congolais et les forces de sécurité ne devraient pas utiliser de force inutile ou excessive contre les manifestants, mais devraient tolérer les manifestations pacifiques et les réunions politiques ainsi que permettre aux activistes, leaders de partis de l’opposition et journalistes de circuler librement et de travailler indépendamment, sans entraves.

Les partenaires internationaux de la RD Congo, dont la mission de maintien de la paix de l’ONU dans le pays, devraient s’employer à protéger les manifestants pacifiques et les personnes en danger et à manifester leur soutien à la quête du peuple congolais pour un avenir plus démocratique et respectueux de leurs droits.

Trois ans plus tard, un éclairage sur le mystère des massacres de Beni en RD Congo

De nouvelles recherches ont jeté un éclairage sur l'un des mystères les plus horribles de la République démocratique du Congo : le massacre de plus de 800 personnes sur le territoire de Beni qui a débuté cela fait trois ans cette semaine.

Les cercueils de trois personnes tuées le 1er décembre 2014 à Eringeti, située à environ 60 kilomètres au nord de la ville de Beni. Au total, six personnes ont été tuées ce jour-là. L’attaque la plus récente que Human Rights Watch a documentée à Eringeti a eu lieu le 3 mai 2016, faisant 19 morts. 

© 2014 Privé

Dans l’est de la RD Congo, plus de 120 massacres, au cours desquels les assaillants ont tué des personnes méthodiquement à la hache ou à la machette, ou par balle, se sont poursuivis y compris jusqu’au mois d’août cette année, d’une manière qui a laissé les analystes perplexes. Mais  un nouveau rapport d’investigation du  Groupe d’étude sur le Congo (Congo Research Group) basé à l'Université de New York apporte des éléments de compréhension sur la dynamique de ces violences, et permet d’espérer que les auteurs de ces crimes devront un jour faire face à la justice.

S’appuyant sur deux années de recherches minutieuses, le rapport identifie des phases distinctes de tueries, et divers acteurs armés responsables des massacres : l’Alliance des Forces Démocratiques (ADF), groupe rebelle islamiste ougandais basé dans l’est de la RD Congo ; d’anciens officiers de l’Armée Patriotique Congolaise (APC) ; la branche armée du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Mouvement de Libération (RCD-ML), groupe rebelle soutenu par l’Ouganda lors de la deuxième guerre de la RD Congo de 1998 à 2003 ; diverses autres milices locales ; ainsi que des éléments de l’armée congolaise. Les meurtres n’ont pas été commis par un groupe unifié visant un objectif politique spécifique, mais par ces divers acteurs qui ont constamment modifié leurs alliances, combattant parfois ensemble et parfois les uns contre les autres.

Lors de la rébellion du mouvement M23 soutenue par le Rwanda dans l’est de la RD Congo en 2012-13, des éléments de l’APC qui se trouvaient toujours dans le territoire de Beni se sont mobilisés et ont établi une alliance informelle avec les combattants du M23, selon le rapport. Après la défaite du M23 en novembre 2013, l’armée congolaise s’est concentrée sur Beni, officiellement pour vaincre les rebelles de l’ADF, présents sur le territoire congolais depuis de nombreuses années. Selon le rapport, d’anciens officiers de l’APC à Beni ont perçu ces opérations comme une tentative de démanteler les lucratifs réseaux politiques et économiques qu'ils avaient établis dans ce territoire, notamment par le biais de leur collaboration avec l’ADF et avec d’autres milices locales. En réponse, ils ont orchestré la première d'une série de meurtres à petite échelle à Beni en 2013. Ces attaques initiales auraient été censées démontrer l'échec du gouvernement congolais à protéger la population, délégitimisant ainsi son autorité et ouvrant la voie à une nouvelle révolte.

Lorsque les tueries ont débuté, certains officiers de l’armée congolaise sous le commandement du Général Akili Mundos ont décidé de coopter le réseau d’anciens officiers de l’APC, de combattants de l’ADF et d’autres combattants appartenant à des milices locales, selon le rapport. Au lieu de mettre un terme aux violences, l’armée a commencé à agir aux côtés des membres du réseau précisément responsable des premières tueries, permettant à celles-ci de se poursuivre à bien plus grande échelle à partir d’octobre 2014.

Une fois ouverte la boîte de Pandore, le réseau d'ennemis et d'amis a changé constamment, divers groupes locaux de milice prenant un rôle plus important alors que les massacres se poursuivaient. Pendant tout ce temps, le gouvernement congolais a rejeté la responsabilité des violences sur les soi-disant « terroristes radicaux de l’ADF », dans une tentative apparente de tromper la population congolaise, les diplomates étrangers, les journalistes, et la mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, qui a continué à soutenir l’armée sans la critiquer.

Bien qu'il y ait encore beaucoup de questions sans réponse, ce nouveau rapport du Groupe d’étude sur le Congo met l'accent sur les responsables des massacres de Beni. Il devrait servir de base à des enquêtes judiciaires crédibles ainsi qu'à des sanctions ciblées de la part du Conseil de sécurité de l'ONU, entre autres.

L'attention portée par la communauté internationale sur la RD Congo est passée de la crise du territoire de Beni à la région du Kasaï dans le centre-sud du pays, où de nouveaux massacres ont tué plus de 5 000 personnes et ont contraint quelque 1,4 million d’autres à abandonner leurs maisons depuis août 2016, selon l’ONU. Pour en finir enfin avec ces cycles dévastateurs de violence et d'impunité, les massacres de Beni ne peuvent être oubliés. Une action forte est nécessaire pour montrer qu'il y a des conséquences pour les responsables, quel que soit leur rang ou leur position.

Les autorités congolaises arrêtent puis libèrent 49 activistes participant à des manifestations anti-Kabila

Seize activistes ont été arrêtés à Kisangani, en République démocratique du Congo, le 30 septembre 2017, et libérés plus tard au cours de cette même journée.

© 2017 Private

Le 30 septembre, les forces de sécurité de la République Démocratique du Congo ont procédé à l’arrestation arbitraire de 49 activistes issus de plusieurs mouvements citoyens protestant contre l’absence de tenue des élections présidentielles avant la fin de l’année.

Des activistes de Lutte pour le changement (LUCHA), de Compte à Rebours et de Kengele ya Raia (« La cloche du peuple ») ont été arrêtés dans les villes de Goma et de Kisangani, dans l’est de la RD Congo. Des manifestations de petite envergure ont également eu lieu à Bukavu et Bandundu.

Les activistes manifestaient pacifiquement pour protester contre l’échec de la commission électorale à convoquer les élections présidentielles à temps pour qu’elles aient lieu avant le 31 décembre 2017, comme le prévoyait l’accord conclu sous la médiation de l’Église catholique signé le 31 décembre 2016. D’après la constitution de la RD Congo, les élections nationales doivent être annoncées au moins trois mois avant la date du scrutin, ce qui signifie que le délai pour que des élections soient organisées au cours de l’année 2017 est désormais écoulé.

À Goma, les activistes ont essayé de remettre une lettre au bureau de la commission électorale, mais la police anti-émeutes les en a empêchés. « Ils nous ont coincés avec deux camions de police et ont essayé de nous prendre nos banderoles », a raconté un activiste de la LUCHA à Human Rights Watch. « Certains d’entre nous ont réussi à s’enfuir mais les autres ont été mis de force dans des camions de police ».

Les 16 activistes arrêtés à Kisangani ont été libérés plus tard au cours de cette même journée, tandis que les 33 activistes de Goma ont été libérés trois jours plus tard sans inculpation. Ces dernières arrestations montrent la volonté du gouvernement à étouffer rapidement les manifestations pacifiques avant qu’elles ne prennent davantage d’ampleur.

La semaine dernière, quatre activistes de la LUCHA à Mbuji-Mayi – Nicolas Mbiya, Josué Cibuabua, Mamie Ndaya et Josué Kabongo – ont été libérés de prison. Ils avaient été arrêtés arbitrairement mi-juillet pour avoir enquêté sur le processus d’enrôlement des électeurs dans la province du Kasaï oriental. Nicolas Mbiya et Josué Cibuabua avaient déjà été détenus pendant près d’une semaine au mois de mai pour avoir exigé la publication d’un calendrier électoral. Avant cela, entre décembre 2016 et février 2017, Nicolas Mbiya avait aussi été détenu avec un autre activiste de la LUCHA, Jean Paul Mualaba Biaya, pour avoir protesté contre la décision du Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de ses deux mandats autorisés par la constitution.

Les manifestations du 30 septembre se sont déroulées une semaine après le discours du Président Kabila prononcé lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Dans ses commentaires publics et dans les déclarations émanant de ses rencontres privées avec plusieurs dirigeants étrangers à New York, le Président Kabila n’a rien fait pouvant laisser à penser qu’il est en train de se préparer à quitter le pouvoir, aucun engagement clair n’ayant été pris quant à la date de tenue des élections ou au fait qu’il ne serait pas candidat.

Plus tôt dans la semaine, une coalition de sénateurs américains dirigée par Cory Booker a écrit au Président des États-Unis, Donald Trump, pour appeler le gouvernement américain à « utiliser les moyens dont nous disposons » si le gouvernement congolais continue de refuser à appliquer « l’esprit et la lettre » de l’accord du 31 décembre 2016, « et notamment les désignations de sanctions en vertu de l’Ordonnance exécutive 13671 sur la RDC, les réglementations anti-blanchiment d’argent et tous les autres outils disponibles en vertu de la loi Global Magnitsky Act – dans le but d’affecter les motivations des personnes ayant une forte influence sur le Président Kabila pour les inciter à le presser à changer de cap ».

Les États-Unis – et les autres partenaires internationaux de la RD Congo, notamment l’Union européenne – feraient bien d’agir dès à présent, avant qu’il ne soit trop tard et que davantage de Congolais ne paient le prix de l’intransigeance anticonstitutionnelle de Kabila.

Violents combats dans l’est de la RD Congo, menace accrue pour les civils

Le risque de voir la violence augmenter et la sécurité pour les civils se dégrader dans la province du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo s’est vivement accru, depuis l’incursion d’une coalition de groupes armés dans la deuxième ville de la province, Uvira, la semaine dernière.

La ville d’Uvira, située dans province du Sud-Kivu dans l’est de la RD Congo, a été attaquée par des miliciens le 28 septembre 2017.

© MONUSCO/Abel Kavanagh

L’impact potentiellement déstabilisant d’une rébellion qui couve au beau milieu de la crise politique régnant actuellement la RD Congo n’augure rien de bon pour les civils, déjà épuisés par deux décennies de conflit.

L’objectif déclaré de l’autobaptisée Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo (CNPSC) est de renverser le gouvernement du Président Joseph Kabila, qui est d’après cette coalition illégitime suite à son refus de se retirer au terme de ses deux mandats autorisés par la constitution en décembre dernier. La coalition, qui compte au moins plusieurs centaines de combattants provenant de nombreux groupes armés, a également été dénommée l’Alliance de l’Article 64, en référence à l’Article 64 de la constitution, qui stipule que le peuple congolais a le devoir de faire échec à ceux qui tentent de prendre le pouvoir par la force ou en violation des dispositions de la constitution.

D’autres suggèrent qu’il s’agit d’une tentative de la part du gouvernement congolais d’attiser davantage le chaos et de justifier des reports d’élection, juste au moment où le recours à la violence dans les Kasaïs a servi d’excuse principale pour expliquer que les élections n’auront pas lieu avant la fin de l’année 2017, comme le prévoyait l’accord conclu sous la médiation de l’Église catholique en décembre dernier.

La coalition a commencé à lutter contre l’armée congolaise à la fin du mois de juin dans la province de Maniema et à Fizi, le territoire le plus au sud du Sud-Kivu, et a progressé régulièrement vers le nord et pris le contrôle de plusieurs villages le long du Lac Tanganyika au cours de la dernière semaine. L’armée congolaise et les forces de maintien de la paix des Nations Unies ont envoyé des renforts et ont tenu les rebelles hors de la ville d’Uvira, qui représente un pôle commercial stratégique.

Plus de 100 000 personnes ont été déplacées depuis le début des combats en juin et l’armée congolaise aurait arrêté en nombre des membres de la jeunesse locale soupçonnés d’avoir des liens avec la coalition.

La CNPSC est dirigée par l’auto-proclamé « Général » William Yakutumba, commandant de l’un des plus puissants groupes armés du Sud-Kivu, groupe composé en grande partie par des combattants issus des Bembe. Son groupe, les « Maï Yakutumba », a commis de nombreux abus au cours de la dernière décennie, comme par exemple des attaques contre des travailleurs humanitaires, des vols de bétail à grande échelle, des actes de piraterie sur le Lac Tanganyika, ou encore une exploitation illégale d’or et la taxation de la population. Le groupe revendique représenter les intérêts de plusieurs ethnies locales et protéger ces dernières contre ceux qu’ils considèrent comme des « étrangers », en particulier les membres des Banyamulenge, une minorité ethnique de la province.

L’incursion de la CNPSC à Uvira est intervenue moins de deux semaines après un recours à la force de manière excessive par les forces de sécurité congolaises pour réprimer une manifestation dans un camp de réfugiés burundais à Kamanyola, au nord d’Uvira, ayant entraîné la mort d’une quarantaine de réfugiés burundais et occasionné des blessures à plus d’une centaine d’autres. Un agent des forces de sécurité a également été tué.

La démonstration de force de la CNPSC et l’intensification de la mobilisation armée dans le Sud-Kivu dans un contexte de crise politique nationale est un mauvais présage pour la RD Congo. Le président Kabila s’accrochant au pouvoir, la violence et l’instabilité ne vont probablement que s’accroître, et ce sont les civils ordinaires qui seront les premiers touchés.

La RD Congo devrait libérer tous ses prisonniers politiques

De gauche à droite : Timothée Mbuya, Erick Omari, Patrick Mbuya, Jean Mulenda et Jean Pierre Tshibitshabu. Ils ont été arrêtés à Lubumbashi le 31 juillet 2017.

© 2017 Privé

La République démocratique du Congo devrait remettre en liberté les nombreuses personnes qu’elle maintient en détention uniquement à cause de leurs opinions politiques ou pour avoir exercé leur droit de manifester pacifiquement ou leur droit à la liberté d’expression.

Hier, Human Rights Watch s’est joint à 44 organisation de défense des droits humains internationales et congolaises dans un appel urgent, demandant la libération de neuf activistes pro-démocratie ou défenseurs des droits humains détenus à Lubumbashi et à Mbuji-Mayi. Human Rights Watch a publié aujourd’hui une liste détaillée de 30 personnes arrêtées entre janvier 2015 et juillet 2017 – c’est-à-dire un petit échantillon des centaines de citoyens arrêtés arbitrairement dans le cadre de la répression massive exercée contre les Congolais opposés au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

Parmi ces individus, qui sont tous toujours en détention, figurent des dirigeants et des partisans de l’opposition politique, de jeunes activistes pro-démocratie ou défenseurs des droits humains, des journalistes et des personnes soupçonnées d’avoir des liens avec des dirigeants de l’opposition politique. Beaucoup d’entre eux sont détenus depuis des semaines, voire des mois, au secret, sans que des chefs d’accusation n’aient été formulés à leur encontre et sans accès à leurs familles ou à des avocats. Certains affirment avoir été maltraités ou torturés et quelques-uns souffrent de graves problèmes de santé. Beaucoup également ont été poursuivis en justice sur la base de chefs d’accusation fabriqués de toutes pièces.

Cette liste n’est pas exhaustive et ne comprend que des affaires dans lesquelles Human Rights Watch a été en mesure de confirmer dans quelles circonstances l’individu a été arrêté. Des centaines d’autres manifestants et partisans de l’opposition politique ont été arrêtés au cours des trois dernières années, dont beaucoup sont toujours détenus. Du fait que Human Rights Watch n’a pas pu obtenir confirmation des motifs de leurs arrestations, ces cas supplémentaires ne sont pas inclus sur notre liste.

Human Rights Watch a également documenté les cas de 222 prisonniers arrêtés depuis janvier 2015 et qui ont été remis en liberté par la suite, souvent après des mois de détention arbitraire.

Les autorités congolaises devraient s’assurer que tous les détenus aient accès à des soins médicaux si nécessaire, aux membres de leur famille et à un avocat. Toutes les personnes détenues à cause de leurs opinions ou de leurs activités politiques pacifiques, ou à cause de leurs liens prétendus avec des dirigeants politiques d’opposition, devraient être libérées immédiatement et exonérées de tout chef d’accusation. Les autorités congolaises devraient également ouvrir des enquêtes, puis sanctionner et poursuivre en justice de manière appropriée les responsables des forces de sécurité, des services de renseignement et du gouvernement qui sont impliqués dans des cas d’arrestation et de détention illégale, de mauvais traitements ou de tortures, et d’ingérence politique dans des procédures judiciaires.

La liste des prisonniers politiques dressée par Human Rights Watch peut être consultée en suivant ce lien.  

L’opposant Diongo enlevé de force de l’hôpital

Le leader d’opposition Franck Diongo à la prison centrale de Kinshasa, en RD Congo.

© 2017 Privé

Le leader d’opposition congolais Franck Diongo a déclaré à Human Rights Watch que des responsables du renseignement militaire congolais et des militaires de la Garde républicaine avaient retiré sa perfusion intraveineuse et l’avaient l’arraché à son lit d’hôpital à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, jeudi dernier, 31 août. Franck Diongo a ensuite été reconduit à la prison centrale de Kinshasa.

Franck Diongo, qui semblait sérieusement affaibli lorsqu’il s’est entretenu avec Human Rights Watch, a dit que les soldats de la Garde républicaine et du renseignement militaire n’avaient présenté aucun document et n’avaient pas parlé aux médecins avant de le forcer à quitter l’hôpital. Dans une lettre envoyée dimanche à un médecin qui l’avait soigné dans le passé, dont des extraits ont été publiés par Actualité.cd, Diongo écrit qu’il souffre notamment de « vomissement de sang », ainsi que de « maux de tête et d’estomac aigus », et demande la reprise de son traitement. Le refus de soins médicaux dans de tels cas équivaut à un traitement cruel et inhumain, en violation de la Convention contre la torture, à laquelle la RD Congo est partie.

Franck Diongo est le président du parti d’opposition Mouvement Lumumbiste Progressiste (MLP), un membre de la coalition d’opposition du Rassemblement. Il était député national au moment de son arrestation.

Les autorités à Kinshasa ont arrêté Franck Diongo le 19 décembre 2016, le dernier jour du second et dernier mandat du président Joseph Kabila, après que Franck Diongo et ses collègues auraient appréhendé, détenu et battu trois militaires de la Garde républicaine habillés en civil. Diongo a expliqué qu’il craignait qu’ils n’aient été envoyés pour l’attaquer. « Les forces de sécurité ont monté un coup pour m’arrêter », nous a-t-il dit plus tard.

Franck Diongo a été détenu dans plusieurs endroits et affirme qu’il a été sévèrement battu les jours suivants, y compris au camp militaire Tshatshi et au siège du renseignement militaire à Kinshasa. Selon les Nations Unies, Franck Diongo a été « soumis à des traitements cruels, inhumains ou dégradants » lorsqu’il était détenu par des agents du renseignement militaire.

La Cour suprême de justice de la RD Congo a condamné Franck Diongo à cinq ans de prison le 28 décembre 2016, à la suite d’un procès expéditif lors duquel il a comparu en fauteuil roulant et sous perfusion intraveineuse, ce qui selon ses avocats était dû aux mauvais traitements subis lors de son arrestation et de sa détention. Selon Franck Diongo et ses avocats, ceci était constitutif de tortures. Franck Diongo a été condamné pour « arrestation arbitraire aggravées » et « détention illégale ». En tant que député national, Franck Diongo a été jugé par la Cour suprême ; il n’a pas la possibilité de faire appel du jugement. 

Après sa condamnation, Franck Diongo a été conduit à la prison centrale de Kinshasa, alors qu’il était toujours en chaise roulante. Alors que la santé de Franck Diongo continuait à se dégrader, le médecin le traitant en prison a soumis un rapport au directeur de la prison, qui a ensuite écrit au ministre de la justice, demandant que Franck Diongo soit soigné dans un hôpital spécialisé. Franck Diongo avait finalement été transféré au Centre médical de Kinshasa le 18 août. Alors que son traitement était en cours, Franck Diongo a été enlevé de force de son hôpital jeudi dernier.

En juin, les avocats de Franck Diongo ont soumis une communication en son nom au Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire. Le document, consulté par Human Rights Watch, soutient que les autorités congolaises n’ont pas respecté les garanties relatives au droit au procès équitable et que Franck Diongo a été ciblé en raison de son opinion politique. Les avocats ont également mis en avant que le droit de Franck Diongo de faire examiner sa déclaration de culpabilité par une juridiction supérieure avait été violé, étant donné qu’il avait été condamné par la Cour suprême siégeant en premier et dernier ressort. Si le Groupe estime que « le caractère arbitraire de la privation de liberté est établi », il rendra un avis dans ce sens et fera des recommandations au gouvernement congolais.

Franck Diongo a également connu des difficultés alors qu’il tentait de se faire enrôler, ce qui constitue une précondition pour lui permettre de se présenter aux élections législatives ou à d’autres élections. Le 21 juin, alors que d’autres prisonniers se faisaient enrôler, le directeur du centre d’enrôlement de la prison n’a pas autorisé Franck Diongo à se faire enrôler, sans donner aucune raison. Si la condamnation de Franck Diongo lui a fait perdre son statut de député national, il n’a pas été déchu de ses droits civils et politiques, y compris le droit de s’inscrire sur les listes électorales.

« Les membres de mon parti politique et moi-même sommes victimes d’une persécution et d’un acharnement », a déclaré Franck Diongo à Human Rights Watch. « Je suis un opposant farouche qui a refusé de participer aux deux dialogues avec Joseph Kabila … sachant que le président Kabila n’est pas une personne sincère, ne voulant que gagner du temps pour prolonger son mandat. »

Les autorités congolaises devraient de manière urgente faire en sorte que Franck Diongo reçoive les soins médicaux dont il a besoin, qu’il soit autorisé à se faire enrôler comme les autres citoyens congolais, et que la légalité et la nécessité de sa détention soient réexaminées, étant donné les graves irrégularités et les mauvais traitements entourant son cas.

À travers la République démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, ou avoir critiqué des politiques du gouvernement. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Un ‘manifeste du citoyen congolais’ appelle à une transition sans Joseph Kabila

Des leaders de mouvements citoyens, d’organisations de la société civile, des représentants de l'Église catholique, et d’autres leaders congolais indépendants lancent le « Manifeste du citoyen congolais », à Paris, le 18 août 2017.

© 2017 Private

Aujourd’hui, une quarantaine de leaders de mouvements citoyens, d’organisations de la société civile, de représentants de l’Église catholique, et d’autres leaders congolais indépendants ont lancé le « Manifeste du citoyen congolais », après une réunion de trois jours à Paris pour discuter du « retour de l’ordre constitutionnel » en République démocratique du Congo.

Le document de deux pages soutient que le président Joseph Kabila a violé la constitution du pays par « la violence des armes et la corruption financière » pour se maintenir au pouvoir et « asseoir durablement son régime de prédation, de paupérisation et de pillage des ressources du pays à son bénéfice personnel, celui de sa famille, de ses courtisans et de ses alliés étrangers tant en Afrique qu’à travers le monde. »

Il soutient en outre que Joseph Kabila et « un groupe d’individus » ont « volontairement refusé d’organiser les élections », en contradiction avec la limite de deux mandats présidentiels inscrite dans la constitution et avec l’accord de la Saint-Sylvestre, conclu sous l’égide de l’Église catholique, un accord de partage du pouvoir appelant à la tenue des élections au plus tard en décembre 2017. Ainsi, des « zones d’insécurité » et des « tragédies meurtrières » ont émergé à travers le pays, « dans le but de décréter indûment l’état d’urgence » et de retarder les élections, alors que « la terreur est devenue un mode de gouvernance qui empêche le peuple congolais de revendiquer ses droits », selon le document.

Le manifeste appelle le peuple Congolais à « user de son devoir sacré de faire échec, avec des moyens pacifiques et non-violents, à la tentative du Président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017 en application de l’article 64 de la Constitution ». Il « exige le départ » de Joseph Kabila et appelle à une « transition citoyenne » dont l’objectif principal serait l’organisation d’élections crédibles, et qui serait dirigée par des leaders qui ne seraient pas candidats aux futures élections et qui seraient désignés au terme de consultations nationales.

Le document a aussi appelé à la libération immédiate et sans condition des prisonniers politiques et à la réouverture des médias fermés, et demande aux forces de sécurité d’assurer la « protection » des citoyens, et de ne pas « servir d’instrument de répression ».

« Tous les Congolais » sont alors appelés à « adhérer massivement » au manifeste, et à « prendre part active à la grande campagne d’actions pacifiques et non violentes devant mener au retour de l’ordre démocratique constitutionnel ».

Enfin, le document appelle à « un nouveau système de gouvernance, basé sur une justice indépendante, des services de sécurité protégeant les citoyens, assurant l’exercice effectif des libertés constitutionnelles, garantissant une gestion transparente et équitable de toutes les ressources nationales, des institutions fortes et démocratiques mettant les intérêts des citoyens Congolais au centre de tout projet politique ».

Les participants à la réunion de Paris, conviés par l’Institut pour la démocratie, la gouvernance, la paix et le développement en Afrique (IDGPA), ont également travaillé à l’élaboration d’un « plan d’action » pour une mobilisation pacifique.

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Actualité.CD

 

Confusion autour de manifestations d’une secte en RD Congo qui ont fait au moins 27 morts

Au moins 27 personnes ont été tuées au cours d’affrontements entre manifestants et forces de sécurité en République démocratique du Congo lundi, alors que des partisans de Bundu dia Kongo (BDK), une secte politico-religieuse, sont descendus dans la rue à Kinshasa et dans la province du Kongo central.

Ne Muanda Nsemi, le leader de Bundu dia Kongo (BDK).

© 2015 Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Selon des témoins, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les foules, touchant des manifestants et des passants.

Les manifestants protestaient ostensiblement contre le refus du Président Joseph Kabila de quitter ses fonctions à la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution. Cependant, l’opposition politique et des sources bien placées soutiennent que les autorités ont autorisé les manifestations dans le but de créer le chaos et une répression qui justifieraient l’imposition de nouveaux retards dans l’organisation des élections.

Des habitants du quartier autour de la prison centrale de Kinshasa, dans la commune de Selembao, ainsi que d’autres personnes des communes de Bumbu, Kimbaseke, Matete, Masina, N’djili, Ngaliema et Ngiri-Ngiri, ont indiqué à Human Rights Watch qu’ils avaient entendu des coups de feu ou vu des manifestants défiler dans les rues à partir de 9h du matin. Dans le Kongo central, des manifestations ont eu lieu à Matadi, la capitale provinciale, ainsi qu’à Boma, Kimpese, Kinzau-Mvuete, Kisantu, Kwilu-Ngongo, Lukula et Muanda.

Des groupes de manifestants portant des bandeaux rouges autour de la tête et tenant des bâtons et des coques de noix de palme ont défilé sur certaines artères de Kinshasa et de villes du Kongo central, chantant des slogans hostiles à Kabila. Selon une communication de la police, des « assaillants » étaient armés de fusils et d’armes blanches. Certains manifestants à Kinshasa tenaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Le Congo aux congolais, le Rwanda au Rwandais » et « Hyppolite Kanambe, alias Kabila, et ses frères, dehors !, » –  une référence aux allégations faites par certains partisans de BDK et d’autres personnes, selon lesquelles Kabila ne serait pas d’origine congolaise. Des signes appelant « Kabila et les rwandais » à quitter la RD Congo ont aussi été aperçus dans le Kongo central, y compris à Boma, Kwilu-Ngongo et Lukula. (Les messages xénophobes qui constituent une incitation à la violence ou à la discrimination devraient être pénalement poursuivis.)

Les manifestations semblent avoir été suscitées par un ultimatum lancé par le leader de BDK, Ne Muanda Nsemi, fin juin. Nsemi, qui avait été arrêté le 3 mars 2017 et inculpé entre autres pour incitation à la haine tribale et à des actes de violence, et pour outrage au Chef de l’État, s’est évadé de la prison centrale de Kinshasa au cours d’une évasion massive de la prison en mai, et le lieu où il se trouve demeure inconnu. Dans un message vidéo partagé sur les réseaux sociaux qui semble avoir été filmé le 27 juin, Nsemi a appelé « les rwandais et le président Kabila » à quitter la RD Congo avant le 7 août, menaçant que ses partisans appliqueraient « la loi divine qui dit œil pour œil, dent pour dent », s’ils ne se conformaient pas à ces exigences.

La recherche de Human Rights Watch indique qu’au moins 23 personnes ont été tuées à Kinshasa lors des manifestations de lundi, y compris 11 membres de BDK et 10 passants apparents abattus par les forces de sécurité, ainsi que deux policiers tués par des manifestants. Dans le Kongo central, au moins deux membres de BDK ont été tués à Matadi, ainsi qu’un membre de BDK et un policier militaire à Muanda. Human Rights Watch a reçu des rapports supplémentaires non vérifiés d’autres personnes tuées dans la province du Kongo central et à Kinshasa.

Un témoin à Kinshasa a déclaré que des membres de BDK avaient encouragé des personnes à les suivre pour « chasser » Kabila du pouvoir, demandant aux hommes de mettre du sable dans les poches de leur pantalon et aux femmes d’en mettre dans leur pagne, supposément pour les rendre invincibles aux balles. Alors que les manifestants défilaient dans la commune de Selembao, la police a tiré en l’air pour les disperser. L’un des manifestants a lancé une coque de noix de palme, à l’aide d’un bâton, en direction d’un officier de police. L’officier de police a été atteint à la tête et tué. Un autre témoin à Kinshasa a déclaré que des officiers de la police militaire avaient abattu quatre personnes dans le Marché de la Liberté, dans la commune de Masina, peu après que des membres de BDK soient passés par le marché. La police a d’abord tiré en l’air pour disperser les manifestants, et ensuite, des militaires sont arrivés et ont tiré à bout portant sur la foule de vendeurs du marché et d’acheteurs en débandade.

Plusieurs groupes de manifestants ont été autorisés à manifester sans interférence, encadrés par des membres des forces de sécurité congolaise qui n’ont fait aucun effort pour bloquer ou arrêter les manifestations, selon des témoins, ainsi que des photos et des séquences vidéo que nous avons visionnées. Ceci présentait un contraste flagrant avec d’autres manifestations planifiées récemment, y compris les manifestations nationales du 31 juillet, appelées par une coalition de mouvements citoyens et d’organisations de défense des droits humains connue sous le nom de Collectif d’actions de la société civile (CASC), et soutenue par de nombreux partis d’opposition. Dans ce cas, les forces de sécurité s’étaient déployées lourdement à l’avance pour empêcher le déroulement des manifestations, avaient fait usage de gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles pour disperser ceux qui manifestaient, et avaient arrêté au moins 128 personnes à travers le pays.

De la même façon, avant les ‘villes mortes’, ou grèves générales, appelées par la coalition d’opposition du Rassemblement à se tenir mardi et mercredi, les forces de sécurité se sont déployées lourdement dans les principales villes de la RD Congo dès le petit matin pour dissuader toute personne de manifester dans la rue. Le gouvernement congolais a même demandé aux compagnies de télécommunication de restreindre l’accès aux réseaux, dans une tentative apparente d’empêcher les gens de partager ou de publier des photos de villes vides à Kinshasa et dans d’autres villes ou la ‘ville morte’ a été respectée.

La volonté inattendue des autorités congolaises de ne pas empêcher les manifestations de lundi a suscité des allégations selon lesquelles le gouvernement aurait cherché à créer une situation qui entrainerait des restrictions encore plus fortes aux manifestations et à l’espace politique, ainsi que de nouveaux retards dans l’organisation des élections. Selon une déclaration du porte-parole du leader d’opposition et candidat à la présidence Moïse Katumbi, les manifestations de lundi et les violences qui en ont découlé auraient été pensées par le gouvernement pour « faire régner le chaos » afin d’« instaurer l’état d’urgence ».

Un individu proche des forces de sécurité a affirmé à Human Rights Watch que les manifestations et les attaques de lundi n’étaient « que du théâtre ; l’objectif est de créer les chaos partout ». Il a allégué, bien que nous ne soyons pas en mesure de le confirmer, que des militaires s’étaient mêlés aux vrais partisans de BDK, et que les forces de sécurité avaient reçu pour ordre de laisser « libre passage » aux manifestants. Il a déclaré que les autorités avaient l’intention d’utiliser le prétexte du mouvement BDK « pour créer une milice que le gouvernement pourra attaquer. Ce qu’ils ont fait avec les Kamuina Nsapu dans les Kasaïs, à présent ils le feront [au Kongo central] ». Il a également soutenu que « les officiers de police et les militaires qui ont été tués ou blessés n’avaient pas été informés de l’opération à l’avance ».

Au cours d’une cérémonie officielle à Kinshasa mercredi avec entre autres les ministres de la défense, de l’intérieur, et des communications, ainsi que l’administrateur général de l’agence nationale de renseignement (ANR), la police a présenté 31 suspects des manifestations de lundi, qu’ils ont accusés d’avoir tenté un « coup d’État ». Le porte-parole de la police a aussi déclaré que 19 personnes avaient été tuées au cours des violences de lundi, et sept autres blessées.

Des enquêtes menées promptement et impartialement sont nécessaires pour déterminer qui est responsable des pertes de vies de lundi. La violence par les manifestants ou l’usage excessif de la force par les forces de sécurité ne devraient pas être tolérés, et les personnes responsables devraient être tenues de rendre des comptes comme il convient.

Répression contre des étudiants et membres de l'opposition accusés par le gouvernement d'être responsables des attaques de Kinshasa

Vendredi dernier, 15 auteurs présumés d’une série d’attaques récentes à Kinshasa – notamment l’assaut contre la prison centrale de la ville en mai, qui a permis à quelques 4 000 prisonniers de s’évader – ont été présentés aux médias au quartier général de la police. De nombreux hauts fonctionnaires de la République démocratique du Congo étaient présents lors de la cérémonie, notamment l'administrateur général de l’agence nationale de renseignement (ANR), le commissaire général de la police, le procureur général de la République, le gouverneur de la ville de Kinshasa, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice et le porte-parole du gouvernement.

Le 21 juillet 2017, la police congolaise a tiré à balles réelles et a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les étudiants à l’Université de Kinshasa qui manifestaient contre l’enlèvement de leurs camarades la veille.

© 2017 Privé

Nombre des auteurs présumés sont membres du parti politique d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de feu Étienne Tshisekedi. Human Rights Watch a documenté de nombreux cas au cours des deux derniers mois de membres de l’UDPS qui ont été victimes d’arrestations illégales ou de disparitions forcées. Au moins quatre des individus présentés à la presse lors de la cérémonie de vendredi figuraient parmi les cas que nous avons documentés ; jusqu’à ce jour-là, leurs familles ne savaient même pas où leurs proches étaient détenus, ni même s’ils étaient encore en vie.

Ben Tshimanga, étudiant de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) de Kinshasa, faisait partie de ce groupe de 15 personnes. En début de soirée le 20 juillet, des agents du renseignement militaire portant des vêtements civils et le visage masqué se sont approchés d’un groupe composé de Tshimanga et de ses amis pendant qu’ils discutaient à l’extérieur d’un dortoir à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), nous ont déclaré ensuite les étudiants. Tshimanga a tout d’abord réussi à s’échapper, mais les agents se sont saisis de deux de ses amis, les ont poussés dans une jeep noire et sont partis. Tshimanga a été arrêté plus tard dans la soirée et emmené vers une destination inconnue.

L’un de ses amis, Freddy Likambelo, étudiant à l’UNIKIN, a été conduit dans un centre de détention militaire, nous a-t-il expliqué plus tard. L’autre, Aimée Lowadji, infirmière et ancienne étudiante de l’ISTM vivant avec sa tante sur le site de l’UNIKIN, a été détenue à l’Inspection provinciale de la police de la ville de Kinshasa, nous a-t-elle déclaré plus tard. Tshimanga, Likambelo et Lowadji sont tous membres de l’UDPS. Lowadji et Likambelo occupent également des positions au sein du Mouvement Tshikediste pour le Changement (MTC), un réseau international de sympathisants de l’UDPS.

Lorsque d’autres étudiants ont appris les arrestations ce soir-là, ils ont commencé à manifester, mais ont été rapidement dispersés par les forces de sécurité qui sont arrivées et ont tiré en l’air à balles réelles, selon plusieurs étudiants présents. Le lendemain matin, une plus grande foule d’étudiants s’est rassemblée devant le bâtiment administratif de l’université, exigeant la libération de leurs camarades et scandant des slogans hostiles au président Joseph Kabila, qui s’est maintenu au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats inscrite dans la Constitution. Des étudiants ont jeté des pierres sur le bâtiment administratif de l’université, brisant ses fenêtres, et ont brûlé des véhicules garés à proximité, selon des témoins.

Cinq jeeps de la police sont arrivées rapidement sur les lieux et les policiers ont tiré à balles réelles et utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Quelques étudiants ont répliqué en lançant des pierres en direction des policiers. Plusieurs étudiants semblant avoir été touchés par balle ont été rapidement évacués par la police, selon les témoins. De nombreux autres étudiants ont été passés à tabac par la police ou arrêtés.

Le 21 juillet 2017, la police congolaise a tiré à balles réelles et a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les étudiants à l’Université de Kinshasa qui manifestaient contre l’enlèvement de leurs camarades la veille.

© 2017 Privé

Likambelo a été relâché peu après la manifestation du 21 juillet, et Lowadji l’a été libérée le 22 juillet. « Un homme masqué m’a interrogé », nous a expliqué Likambelo. « Il m’a demandé si je connaissais le motif de mon arrestation, et j’ai dit non. Puis il m’a menacé, mais m’a laissé partir. Il a déclaré qu’ils ne me relâchaient que parce que je suis populaire et que mes collègues avaient manifesté pour ma libération, mais il m’a prévenu qu’ils allaient me surveiller de près. »

Tshimanga avait été détenu à un endroit inconnu, sans accès à sa famille ni à un avocat, jusqu’à sa réapparition vendredi dernier, a expliqué sa famille.

Les accusations portées par les services de renseignement et de police lors de la cérémonie de vendredi contredisent les affirmations antérieures du ministre congolais de la Justice et du porte-parole du gouvernement, qui imputaient l’attaque contre la prison de Kinshasa aux adeptes de la secte politico-religieuse Bundu Dia Kongo.

Les autorités lors de la cérémonie de vendredi n’ont présenté aucune preuve ni explication indiquant comment ou pourquoi Tshimanga et les autres auraient orchestré ces attaques. Beaucoup craignent que les charges ne soient sans fondement et ne s’inscrivent dans le cadre d’un effort pour faire taire l’opposition politique et ses partisans. On craint également que ces accusations ne soient destinées à jeter les bases d’une procédure judiciaire future contre des dirigeants du parti UDPS et d’autres membres.

Lors de la cérémonie de vendredi, la police a également annoncé qu’elle cherchait d’autres assaillants présumés encore en liberté et qu’une récompense de 2 000 $ US serait versée à quiconque remettrait l’un des suspects en vie. Ils ont cité les noms de ceux qu’ils cherchaient, y compris Rossy Mukendi, un jeune activiste pro-démocratie et ancien membre de la ligue de jeunes de l’UDPS. Mukendi avait été arrêté auparavant le 17 mai 2017 avec 13 autres jeunes activistes qui protestaient contre le mauvais état des routes dans leur quartier de Kinshasa. Les 13 autres personnes avaient été libérées deux jours plus tard, tandis que Mukendi avait été gardé dans un centre de détention des services de renseignements militaires, sans chef d’accusation et sans accès à sa famille ni à un avocat, jusqu’à ce qu’il soit libéré le 15 juin.

Les autorités congolaises devraient soit libérer de toute urgence Tshimanga et les autres activistes de l’opposition et pro-démocratie, soit les mettre en accusation rapidement pour une infraction crédible et assurer qu’ils bénéficient d’un procès juste et équitable, exempt de toute ingérence politique. 

Au moins 128 arrestations au cours de manifestations à travers la RD Congo

Les autorités congolaises ont arrêté au moins 128 personnes dans neuf villes à travers le pays hier, alors que les mouvements citoyens et les partis d’opposition avaient appelé à des manifestations à l’échelle nationale pour protester contre l’annonce que les élections ne se tiendront pas cette année.

Timothée Mbuya, activiste éminent des droits humains et président de l’organisation non gouvernementale Justicia, a été arrêté à Lubumbashi le 31 juillet 2017.

© 2017 Privé

Un accord pour des élections avant la fin du mois de décembre était l’engagement clé contenu dans l’accord conclu sous la médiation de l’Église catholique et signé le 31 décembre 2016, après que le Président Joseph Kabila a omis de se retirer à l’issue de son deuxième mandat, limite prescrite par la constitution.

Selon des témoins, les forces de sécurité ont arrêté au moins 57 personnes hier à Goma, 24 à Kinshasa, 10 à Butembo, huit à Beni, huit à Lubumbashi, sept à Mbandaka, cinq à Kasindi, cinq à Bukavu et quatre à Kindu. Parmi les personnes arrêtées figuraient Timothée Mbuya, activiste des droits humains et président de l’organisation non gouvernementale Justicia, ainsi que plusieurs membres du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA), des journalistes et d’autres manifestants pacifiques. Au moins 22 des personnes arrêtées ont été libérées.

À Goma, les autorités ont arrêté plusieurs groupes d’activistes de la LUCHA à différents endroits alors qu’ils essayaient d’entrer au bureau provincial de la commission électorale pour remettre leur plainte officielle. Cinq d’entre eux ont pu rencontrer le secrétaire exécutif, mais ils ont été arrêtés dès leur sortie du bureau par des agents des services du renseignement, selon d’autres activistes.

Les autorités ont utilisé des gaz lacrymogènes à Butembo, Goma et Bukavu pour réprimer les manifestants pacifiques. À Bukavu, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles et ont blessé plusieurs manifestants, ont indiqué des témoins. Les autorités ont également dispersé les manifestants à Kisangani. Dans les villes de Mbuji-Mayi et de Kananga dans le centre de la RD Congo, la combinaison d’arrestations récentes, de menaces et de déploiement de forces de sécurité a conduit les activistes à annuler les manifestations planifiées.

Au total, 13 journalistes à Goma, Bukavu, Lubumbashi et Kinshasa ont été interrogés, temporairement détenus et/ou se sont vu confisquer leur matériel, selon des témoins, dans ce qui est devenu une tendance très inquiétante à la répression contre les observateurs indépendants en RD Congo, ont déclaré des témoins. « Les agents du renseignement m’ont demandé de les suivre à leur bureau. Ils ont pris mon appareil photo, disant qu’ils allaient effacer mes images », a expliqué à Human Rights Watch une journaliste à Goma. La journaliste a finalement récupéré son appareil photo, mais les photos avaient été supprimées.

La coalition des mouvements citoyens et des organisations de défense des droits humains ayant appelé à manifester – le Collectif d’actions de la société civile (CASC) – a déclaré que les manifestations étaient destinées à montrer que la « patience » du peuple congolais avait « atteint ses limites » et que la « misère qui accable ... la population » ne sera résolue que par « l’organisation des élections prévues en décembre 2017 et l’alternance attendue par le peuple. »  

Des mouvements citoyens et des partis d’opposition en RD Congo avaient appelé à des manifestations nationales le 31 juillet 2017 pour protester contre l’annonce par le président de la commission électorale que les élections ne se tiendront avant la fin de décembre 2017.

© 2017 Privé

Les principaux dirigeants de l’opposition congolaise ont soutenu les manifestations, de même que la conférence des évêques catholiques du pays, dont le secrétaire général a déclaré plus tôt ce mois-ci que « seul un soulèvement populaire peut amener le changement au Congo ».

Les syndicats de la RD Congo ont également commencé à se mobiliser. Le 21 juillet, le collectif des syndicats de l’administration publique a appelé à une grève immédiate et générale pour tous les employés de l’État à travers le pays. Cet appel fait suite à la dépréciation massive du franc congolais ces derniers mois. En effet les employés de l’État perdent près de la moitié de leurs salaires, étant donné qu’ils perçoivent encore 930 francs congolais par dollar US, même si le dollar est maintenant évalué à environ 1 700 francs congolais, selon les représentants syndicaux. Le président du collectif des syndicats a ensuite annulé la grève lorsque le gouvernement a accepté de commencer à payer aux fonctionnaires 1 425 francs par dollar, à partir d’août. Mais le président du collectif nous a indiqué que la grève continuerait si cet engagement n’était pas respecté. 

Cependant, trois syndicats représentant des médecins et des infirmières ont poursuivi la grève, leurs membres n’assurant qu’un « service minimum » dans les hôpitaux et les centres de santé du pays. 

Avec des frustrations déjà si élevées dans un large éventail de la population congolaise, il est probable que les tensions ne feront qu’augmenter s’il n’y a pas un signe clair de volonté politique de la part du président Kabila qu’il se retirera d’ici la fin de l’année et permettra une transition pacifique et démocratique.  

La fortune familiale derrière le président de la RD Congo

Dans un rapport de 48 pages publié la semaine dernière avec le soutien du Centre Pulitzer de documentation des crises (Pulitzer Center on Crisis Reporting), le Groupe d’Étude sur le Congo (Congo Research Group) révèle comment les membres de la famille de Joseph Kabila ont amassé une fortune depuis qu’il est devenu le président de la République démocratique du Congo en 2001, tandis que dans un autre rapport, Global Witness documente comment des centaines de millions de dollars versés ces dernières années par des compagnies minières à des organes de l’État « se sont évaporées », ne parvenant jamais dans les caisses du Trésor national.

Le président Joseph Kabila s'adresse à la nation au Palais du Peuple à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 5 avril 2017.

© 2017 Reuters

Ces constatations peuvent expliquer pourquoi Kabila a refusé d’abandonner le pouvoir lorsque son second mandat autorisé par la constitution a pris fin le 19 décembre 2016. Elles peuvent également aider à comprendre pourquoi l’extrême pauvreté et le sous-développement persistent dans un pays aussi bien pourvu en ressources naturelles.

La RD Congo est le plus gros producteur de cuivre d’Afrique et la première source mondiale de cobalt, métaux utilisés dans la fabrication de piles pour véhicules électriques et d’autres formes d’énergie renouvelable. Selon Global Witness, chaque année, une quantité de cuivre et de cobalt pouvant atteindre jusqu’à 10 milliards de dollars est extraite en RD Congo et vendue à l’étranger. Mais malgré ces richesses, 10% des enfants congolais meurent avant l’âge de cinq ans et plus de 40% présentent des retards de croissance dus à la malnutrition. Alors que l’enseignement primaire devrait être gratuit selon la loi congolaise, la plupart des parents doivent payer pour envoyer leurs enfants à l’école. De nombreux enfants, en particulier des filles, restent à la maison ou sont mis sur le marché du travail parce que leurs parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité.

Dans son rapport, le Groupe d’Études sur le Congo détaille comment les membres de la famille de Kabila sont propriétaires, soit partiellement, soit dans leur totalité, de plus de 80 compagnies et affaires en RD Congo et à l’étranger. Ces entreprises sont réputées avoir gagné des centaines de millions de dollars depuis 2003, tandis que les actifs détenus par les membres de la famille Kabila « valent facilement plusieurs dizaines de millions de dollars. » Les conclusions du rapport s’appuient presque exclusivement sur des documents accessibles au public, dont des titres de propriété, des documents de constitution en société, des licences d’exploitation minière et des pactes d’actionnaires.

Le rapport fournit les plus amples détails sur les intérêts économiques et commerciaux de Kabila lui-même, de sa femme, Olive Lembe, de leurs deux enfants, de sa sœur jumelle Jaynet Kabila Kyungu, et de son frère cadet Zoé Kabila. Jaynet et Zoé sont également membres du parlement. Ils sont réputés détenir des intérêts dans presque toutes les activités de la RD Congo, dont des exploitations agricoles, des banques, des sociétés de télécommunications, des compagnies aériennes, des hôtels, ainsi que des compagnies minières actives dans l’extraction de diamants, d’or, de cuivre et de cobalt. Le rapport affirme que le président Kabila, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une compagnie dont il est le propriétaire avec ses enfants, possède plus de 71 000 hectares de terres agricoles en RD Congo. Deux compagnies appartenant à la famille détiennent des permis d’extraction de diamants qui couvrent une zone de plus de 700 kilomètres le long de la frontière de la RD Congo avec l’Angola. Jaynet Kabila détient des parts du plus important réseau de téléphone mobile du pays. Au-delà du Congo, le rapport documente les avoirs immobiliers de la famille Kabila en Afrique du Sud et en Tanzanie, et certaines des sociétés que la famille possèderait utilisent des adresses à l’étranger, comme au Panama, à l’île Niue ou au Luxembourg.

Le rapport établit que les sociétés contrôlées par la famille Kabila ont bénéficié d’importants contrats gouvernementaux, tels qu’une licence d’octroi de permis de conduire, ainsi que de contrats avec la Banque mondiale, avec l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC) américaine, et avec les Nations Unies. Il s’interroge sur la question de savoir si les bailleurs de fonds et les entreprises étrangers ont été « suffisamment scrupuleux » lorsqu’ils ont conclu des partenariats avec ces compagnies ou les ont soutenues.

Selon le rapport, certaines transactions d’affaires de la famille semblent avoir été conclues en violation de la loi ou des codes congolais, tandis que d’autres suscitent de graves questions de conflit d’intérêts. Le ministère des Mines a accordé à Jaynet Kabila davantage de licences d’extraction que ne le permet le code minier du pays, affirme le rapport. Les versements d’impôts relatifs à de nombreux permis d’extraction détenus par la famille ont été suspendus pour cause de force majeure, sans qu’aucune explication claire n’ait été donnée sur « les événements imprévus » qui auraient justifié l’octroi d’un tel statut spécial. Le rapport établit que certains actifs commerciaux de la famille bénéficient de la protection de la Garde républicaine, l’unité d’élite qui assure la sécurité personnelle du président, dans ce qui apparaît comme étant en dehors du mandat de cette force.

La semaine dernière, Bloomberg News a également examiné l’empire économique tentaculaire de Zoé Kabila, le frère cadet du président. Ses compagnies ont construit des routes, vendu des diamants, développé un projet d’extraction de cuivre, et fait des affaires avec une compagnie minière basée au Canada et avec Sicomines, un partenariat de 3,2 milliards de dollars entre la RD Congo et la Chine pour l’exploitation du cuivre. Cette série de reportages fait suite à une enquête sur la fortune de la famille publiée par Bloomberg en décembre.

Plus tôt ce mois-ci, la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique, travaillant en coopération avec des journalistes du quotidien Le Monde et avec l’Organized Crime and Corruption Reporting Project, ainsi qu’avec le banquier et lanceur d’alerte congolais Jean-Jacques Lumumba, ont affirmé que deux personnes proches du président Kabila et leurs sociétés avaient acquis et rénové un luxueux yacht de 72 mètres, l’Enigma XK, équipé d’une hélisurface et qui peut être loué pour 275 000 euros par semaine. Le groupe a affirmé que des embarcations appartenant aux mêmes individus ont transporté du poisson surgelé et acheté des animaux sauvages, dont des girafes, des buffles et des zèbres, en Namibie vers la Ferme Espoir en RD Congo, une société appartenant à Kabila.

Dans son rapport publié vendredi dernier, Global Witness affirme que le Trésor national congolais a perdu plus de 750 millions de dollars en revenus miniers versés à la compagnie minière d’État Gécamines et aux services fiscaux du pays entre 2013 et 2015. Ce chiffre monte à 1,5 milliard de dollars si l’on y inclut les versements effectués par des compagnies à d’autres organes gouvernementaux et à une ancienne agence fiscale provinciale. Bien qu’il soit impossible d’établir clairement où l’essentiel de cet argent est allé, le rapport affirme qu’« qu’une partie au moins a été répartie entre plusieurs réseaux de corruption liés au régime du Président Joseph Kabila. » Le rapport documente le rôle joué par le président de la Gécamines, Albert Yuma, qui dirige également le comité d’audit de la Banque centrale de RD Congo et la Fédération des entreprises congolaises (FEC), et qui, selon un haut responsable de la direction de la Gécamines interrogé par Global Witness, « ne rend compte qu’au Président de la République. »

Les membres de la famille Kabila et le gouvernement ont réagi de manière critique, mais peu convaincante, à ces divers rapports. En réponse au rapport de Bloomberg, Zoé Kabila a écrit sur Twitter que, « dans le souci de nuire » à Joseph Kabila, « désespérés les détracteurs publient des info notoires en y ajoutant des mensonges. » Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a déclaré à Radio France Internationale que Zoé et Jaynet Kabila avaient le droit de faire des affaires, ajoutant qu’ils ne travaillaient que six mois par an en tant que députés. Il a demandé à Global Witness et au Groupe d’Étude sur le Congo de partager toutes leurs informations avec le système judiciaire congolais et avec les services de l’Inspection générale des finances. Il a également affirmé que le gouvernement était à la recherche d’argent compte tenu de la crise économique que connaît le pays, et qu’il avait pris des mesures d’urgence depuis janvier, notamment pour lutter contre les détournements. Le ministre congolais des Mines, Martin Kabwelulu, a affirmé, lors d’une conférence de presse, que Global Witness avait « volontairement » fait « une lecture à l'envers des chiffres » publiés par l’ITIE-RDC (Initiative pour la transparence des industries extractives) et d’autres données. Quant à l’enquête effectuée par Bloomberg, il a affirmé qu’il s’agissait là « de la provocation, des faussetés parce que tous les contrats sont publiés sur le site du ministère des Mines. »

En dépit des dénégations de la famille et du gouvernement, ces nouveaux rapports apportent d’importantes informations sur le cheminement de la richesse tirée des ressources naturelles de la RD Congo, et met en lumière la nécessité de mettre en place des politiques nationales qui assureraient une plus grande transparence et une meilleure traçabilité. Les partenaires internationaux de la RD Congo devraient s’assurer que leurs investissements, leurs prêts, ou leurs autres versements de fonds au gouvernement ne servent pas par mégarde à financer la campagne de répression et de violence du président Kabila. Les institutions comme la Banque mondiale, qui ont pour mandat d’aider à réduire la pauvreté, devraient prendre des mesures supplémentaires pour faire en sorte que les projets qu’elles financent bénéficient effectivement aux personnes qui vivent dans la pauvreté, en menant une supervision rigoureuse et indépendante. Les États-Unis et l’Union européenne devraient élargir leurs sanctions ciblées aux membres de la famille Kabila et à leurs associés qui détournent des fonds et abusent de leurs pouvoirs pour saper le processus démocratique dans le pays. 

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Dans la presse :

Actualite.cd 27.07.17

Gabriel Tambwe, détenu depuis 14 mois en RD Congo

Gabriel Tambwe Mwidima

© 2017 Privé

Il y a 14 mois, l’activiste congolais Gabriel Tambwe Mwidima a été arrêté et inculpé pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Malgré la gravité de ces accusations, aucune atteinte à la sûreté de l’État prétendument causée par Tambwe et 10 autres accusés ne s’est jamais matérialisée. Gabriel Tambwe, le directeur d’une organisation non gouvernementale, l’Œuvre Spéciale pour les Amis Chrétiens (OSAC), est toujours à la prison centrale de Kinshasa dans l’attente d’un procès. OSAC est une petite organisation chrétienne qui œuvre pour la protection des groupes vulnérables, notamment des enfants, et lutte contre les maladies tropicales négligées.

« Je ne connais pas mon sort », a déclaré Gabriel Tambwe aux visiteurs de Human Rights Watch dans sa prison. « Jusqu’à ce jour, aucune suite n’a été réservée à mon dossier. Mon souhait est que je sois libéré, parce que je suis innocent ».

Son épouse lutte à ses côtés : « Mon mari souffre beaucoup en prison. C’est un orphelin de père et mère. Sa famille est très pauvre et n’a pas de moyens pour nous prendre en charge. Gabriel est innocent, et je souhaite qu’il soit libéré. Seule, je ne peux rien faire. »

La vie de Gabriel Tambwe a commencé à tourner au cauchemar le 13 mai 2016, lorsqu’il a été arrêté par des agents du renseignement à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

Une semaine avant son arrestation, le 4 mai, le ministre congolais de la Justice avait annoncé une enquête à l’encontre du candidat à la présidence Moïse Katumbi – le principal rival du président Joseph Kabila – pour son prétendu « recrutement des mercenaires, [parmi lesquels] plusieurs anciens militaires américains » en RD Congo. Si l’organisation de Gabriel Tambwe avait invité quatre citoyens des États-Unis pour le compte d’une organisation partenaire, ces individus n’ont jamais été accusés d’avoir des liens avec Katumbi, et de tels liens n’ont par ailleurs jamais été établis, aucune preuve n’a été découverte à propos du prétendu recrutement de mercenaires, et Katumbi n’a jamais été inculpé pour ces allégations. Katumbi a été plus tard inculpé et condamné par défaut dans une affaire distincte, qui semble également motivée par des considérations politiques.

Plus d’une année plus tard, ce père de trois enfants, âgé de 38 ans, est toujours en prison à Kinshasa. Gabriel Tambwe a été détenu au secret au quartier général de l’Agence nationale de renseignements (ANR) pendant un mois, avant d’être transféré à la prison centrale de Kinshasa. Les 10 autres qui avaient été arrêtés à peu près au même moment ont aussi été accusés d’avoir des liens avec Katumbi.

« Pendant ma détention sécrète à l'ANR, j’ai été menacé de mort si je refusais de dénoncer Moïse Katumbi », a dit Gabriel Tambwe. « Mais je ne l’ai pas fait ».  

L’épouse de Gabriel Tambwe a décrit la situation de sa famille depuis l’arrestation de son mari :

Je vis tellement en difficulté. Gabriel était le seul à supporter notre famille [financièrement] ; moi, je ne travaille pas. Lorsqu’il a été arrêté, notre fils cadet était encore un bébé. Je ne pouvais plus payer le loyer. Je loge actuellement chez la grand-mère de Gabriel, dans une très petite maison, dans de très mauvaises conditions. Nos enfants tombent tout le temps malade et n’étudient plus.

Les autorités congolaises devraient abandonner toutes les accusations motivées par des considérations politiques et libérer Gabriel Tambwe et les 10 autres personnes. Personne ne devrait être détenu pendant plus d’une année au seul motif de liens supposés avec un leader de l’opposition politique.

À travers la République démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, avoir critiqué des politiques du gouvernement, ou en raison de leurs liens présumés avec des leaders de l’opposition. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Un ‘état d’urgence’ en RD Congo ?

Le vendredi 14 juillet, à environ 13h30, une douzaine de jeunes gens au front ceint d’un bandeau rouge et armés de fusils, couteaux, machettes et bâtons de bois attaquent le marché central très animé de Kinshasa, dit « Grand Marché ». Les assaillants incendient deux postes de police proches du marché avant de se fondre dans la foule des acheteurs et des vendeurs fuyant ces troubles. L’administratrice du marché, Chantal Mboyo, âgée de 50 ans, et deux policiers trouvent la mort.

Des gens se rassemblent devant le bureau de l'administratrice du​ marché central de Kinshasa, en RD Congo, le 15 juillet 2017, un jour après qu'elle ait été tuée.

© 2017 Radio Okapi/Billy Ivan Lutumba

Le général Célestin Kanyama, qui jusqu’à lundi, était le commissaire de la police de Kinshasa, a immédiatement imputé l’attaque à « un groupe de voleurs et criminels ». Toutefois, en République démocratique du Congo, de nombreux observateurs doutent que des assaillants aient pu mener une attaque aussi audacieuse en plein jour dans la capitale – et puis réussir à s’échapper – sans une part de complicité du gouvernement. D’autres ont émis l’hypothèse que l’attaque du marché justifierait l’instauration d’un ‘état d’urgence’ qui pourrait servir de prétexte supplémentaire pour retarder les élections et pour réprimer davantage encore les manifestations politiques et la liberté d’expression.

Rien de surprenant donc, à ce que, le lendemain de l’attaque, Patrick Nkanga, président de la ligue des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le principal parti de la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila, ait publié un communiqué appelant à des mesures de sécurité complémentaires, « même si » cela signifiait proclamer « l’état d’urgence » – pour contrer les « actes terroristes » perpétrés dans la région centrale du Kasaï et maintenant à Kinshasa.

Lundi soir, des ordonnances présidentielles ont été lues dans les médias d’état annonçant de nouvelles nominations au sein de la police et de l’armée. Parmi les nouvelles nominations, l’inspecteur général de la police nationale Gén. Charles Bisengimana a été remplacé par le Gén. Dieudonné Amuli Bahigwa, l’ancien chef d’état-major adjoint de l’armée en charge des opérations. Ce changement de garde conduit à se demander s’il annonce une militarisation plus poussée de la police, la force de sécurité essentiellement chargée de la protection de la population et du maintien de l’ordre public.

La marché central de Kinshasa, en RD Congo, le 15 juillet 2017, le lendemain de l'attaque du marché.

© 2017 Radio Okapi/Billy Ivan Lutumba

L’attaque du marché de Kinshasa est survenue une semaine après l’annonce par le président de la commission électorale nationale, Corneille Nangaa, de l’impossibilité d’organiser des élections avant la fin de l’année, comme en appelait l’accord de partage de pouvoir signé à la fin de l’an dernier sous la médiation de l’Église catholique après l’expiration le 19 décembre du second et dernier mandat de Kabila autorisé par la constitution. Nangaa a attribué le retard à la violence régnant dans la région du Kasaï, qui, selon lui, a rendu impossible dans certains endroits, l’inscription sur les listes électorales. Plus de 3 300 personnes ont été tuées et 1,4 million déplacées de leur foyer depuis que la violence a éclaté en août dernier, et les forces de sécurité ont utilisé une force excessive pour éliminer les milices locales.

L’annonce de Nangaa a suscité l’indignation des critiques du gouvernement. Le leader d’opposition Félix Tshisekedi a estimé que Nangaa avait « déclaré la guerre au peuple congolais ». Le mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le changement) a lancé un appel à des manifestations nationales le 31 juillet, date à laquelle la commission électorale était censée avoir terminé l’enrôlement des électeurs pour les scrutins devant se dérouler d’ici la fin 2017. Auparavant, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) avait appelé les congolais à « se mettre debout » et à protester contre l’échec du gouvernement à organiser des élections conformément à la constitution.

Les Congolais ont droit en vertu de leur constitution et du droit international à la tenue d’élections périodiques véritables, et à exprimer librement leur opinion à ce sujet. Ces droits ne peuvent leur être retirés par un état d’urgence ou d’autres mesures qui les priveraient d’un processus démocratique crédible.

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À lire aussi :

MediaCongo.net 21.07.17

Libérez Sephora Bidwaya et ses 11 codétenus

Malgré le fait qu’elle souffre de terribles migraines et d’asthme, et qu’elle est détenue dans des conditions « révoltantes », l’activiste Sephora Astride Bidwaya reste déterminée, après plus de six mois dans une prison à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo.

Sephora Astride Bidwaya

© 2017 Privé

« Je me dis que, si un jour je dois servir ce pays, je saurai par où commencer pour apporter des solutions », nous a-t-elle expliqué depuis la prison de Munzenze à Goma. « Je ne cesse de réclamer justice à corps et à cris pour tous mes amis et moi. »

Les forces de sécurité ont arrêté Sephora Bidwaya, âgée de 25 ans, le 19 décembre 2016, avec 11 autres membres de partis de l’opposition, lors d’une manifestation pacifique contre la décision du Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, qui prenait fin ce jour-là.

Diplômée en droit de l’Université de Goma, Sephora s’est engagée en politique à l’âge de 18 ans, quand elle a rejoint l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti d’opposition, avant de devenir vice-présidente des jeunes de ce parti à Goma, chargée de la culture et du genre.

Le mari de Sephora, Blaise Mulume Vuninka, nous a dit qu’elle avait été passée à tabac et détenue simplement pour avoir porté un carton rouge, brandi par les manifestants pour symboliser que le temps de Joseph Kabila au pouvoir était fini.

Sephora Bidwaya nous a expliqué comment sa santé se détériore rapidement. Elle continue à souffrir de terribles migraines, et des éruptions cutanées sur la tête qui entrainent une perte de cheveux. L’asthme de Sephora Bidwaya, et la douleur liée à une césarienne lors de sa fausse couche en octobre rendent la situation encore pire, et elle n’a pas eu le médicament dont elle a besoin pour soulager la douleur.

Malgré la situation « révoltante » à la prison de Munzenze de Goma, Sephora Bidwaya nous a dit qu’elle essayait de « positiver les choses » :

C’est un environnement presque hostile à la survie sur tous les points, mais je fais avec. Il y a plus de 40 femmes détenues ici et 14 enfants. La plupart des enfants souffrent de diarrhée. On nous distribue à manger – un grand bol de haricots – une fois par deux semaines. La plupart des gens ici dorment à même sol. C’est vraiment révoltant… Nous devons être immédiatement libérés, parce que nous n’avons commis aucun crime… Nous n’avons fait que réclamer le respect de la constitution, ce qui est une chose légitime !

À travers la République démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, ou avoir critiqué des politiques du gouvernement. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Un activiste et son avocat détenus arbitrairement à Kinshasa ; les quatre artistes de Goma libérés

Les forces de sécurité congolaises ont arrêté le jeune activiste pro-démocratie Jean-Marie Kalonji ainsi que son ami et avocat Sylva Mbikayi Kabanga, le 23 juin à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Ils sont toujours en détention au siège du renseignement militaire sans avoir été inculpés et sans accès à leur famille ou à un conseiller juridique.

Jean-Marie Kalonji.

© Privé

Jean-Marie Kalonji est le coordinateur du mouvement pro-démocratie Quatrième Voie/Il Est Temps RDC. Des militaires l’ont arrêté alors qu’il rentrait chez lui après s’être rendu à la maison de son frère dans le camp militaire Bumba à Kinshasa.

Une personne soutenant le groupe de Jean-Marie Kalonji était au téléphone avec ce dernier au moment de son arrestation et a entendu la conversation entre Jean-Marie Kalonji et les militaires. Selon cette source, les militaires ont dit à Jean-Marie Kalonji qu’il « n’aime pas le Congo ». Ce à quoi Jean-Marie Kalonji a répondu qu’il travaillait « pour le bien » du pays. Il a dit aux militaires qu’il était membre de La Quatrième Voie et leur a expliqué les objectifs du mouvement.

Les militaires l’ont emmené dans un bureau dans le camp. L’avocat de Jean-Marie Kalonji, Sylva Mbikayi, est arrivé au camp aussitôt après avoir été alerté par la collègue avec qui Jean-Marie Kalonji avait été au téléphone. Mais au lieu de laisser Sylva Mbikayi assister son client, les militaires l’ont arrêté, et ont confisqué leurs effets personnels et du cash. Les deux ont été emmenés au siège du renseignement militaire. 

Sylva Mbikayi Kabanga.

© Privé

Un membre de la famille de Sylva Mbikayi a été empêché de lui apporter de la nourriture (En RD Congo, les détenus ne mangent souvent que quand des membres de leur famille apportent de la nourriture à la prison). « Je suis vraiment stupéfait », a déclaré ce proche de Sylva Mbikayi. « Je ne sais pas comment ce pays est dirigé. Comment peut-on arrêter un avocat qui vient assister une personne ? La justice est absente dans ce pays. »

Ce n’est pas la première fois que Jean-Marie Kalonji est détenu arbitrairement. Le 15 décembre 2015, Jean-Marie Kalonji a été arrêté et détenu par l'agence de renseignements à Kinshasa pendant 132 jours, en l’absence de chef d’inculpation et privé d’accès à sa famille et à un avocat. Il a finalement été transféré à la prison centrale de Kinshasa, où il est resté jusqu’à sa libération le 27 août 2016.

Les autorités congolaises devraient libérer Jean-Marie Kalonji et Sylva Mbikayi immédiatement et sans condition ou les inculper pour une infraction crédible. Les activistes pro-démocratie et les avocats devraient pouvoir travailler librement et exprimer leur opinion de manière pacifique sans craindre d’être arrêtés.

Entre-temps, à Goma, quatre artistes arrêtés le 23 juin ont été libérés. Benoît Mugabo, Benito Mupenzi, Precy Numbi et Cruzz Taylor avaient organisé une action artistique pour protester contre les massacres à travers la région des Kasaïs et à Beni, dans la province du Nord Kivu. Couverts de faux sang, ils se sont allongés sur le bord de la route, portant des croix pour les milliers de victimes tuées. La police les a arrêtés, les a accusés d’incitation à la désobéissance et de rébellion, avant de les envoyer en prison.

Un vidéo montre les artistes menottés, peu de temps après leur arrestation, entourés d’officiers de police et de passants. Benoît Mugabo, un photographe, les interpelle alors : « Regardez ce qu’on fait à ceux qui parlent ! Regardez les menottes ! » S’adressant à un officier de policier, il ajoute : « Tu as des menottes ici pour venir m’arrêter. Va arrêter les gens qui tuent des élèves à Beni ! » – faisant référence à une attaque au mortier la veille dans un centre d’examen, qui avait blessé cinq étudiants. Au moins 700 personnes, et probablement beaucoup plus, ont été tuées dans le territoire de Beni depuis octobre 2014.

 

Les évêques catholiques appellent les Congolais à « se mettre debout »

Les évêques Fidèle Nsielele (gauche), Marcel Utembi (centre) et Fridolin Ambongo (droite) arrivent aux négociations entre l'opposition et la majorité, à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 21 décembre 2016. 

© 2016 Reuters
 
Des dirigeants religieux de la République démocratique du Congo se sont déclarés préoccupés du fait que le pays, selon eux, « va très mal » et ont appelé les Congolais à « se mettre debout » et à « prendre [leur] destin en main. »
 
Cette sévère mise en garde est contenue dans une déclaration faite vendredi par les 49 archevêques et évêques membres de l’influente Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), à l’issue d’une réunion qui a duré une semaine dans la capitale, Kinshasa.
 
Les dirigeants de l’Église ont brossé un sombre tableau des défis auxquels est confronté le pays : la crise économique, ont-ils dit, empire « au jour le jour », conduisant à une « explosion » du chômage des jeunes et à une situation où les familles peinent à joindre les deux bouts. Ils ont déploré « l’insécurité quasi-généralisée », caractérisée par les horribles violences commises dans la région centrale des Kasaïs, par la présence de groupes armés étrangers, par des affrontements entre forces de sécurité du gouvernement et groupes armés, par des violences interethniques, par des enlèvements et par des évasions de prison « apparemment programmées » à travers le pays. Les évêques ont affirmé que les restrictions imposées à la liberté d’expression et aux manifestations pacifiques n’ont fait qu’augmenter et qu’« au lieu de mesures visant à décrisper la politique », on a assisté au « durcissement » des acteurs qui sont au pouvoir.
 
Les évêques ont imputé dans une large mesure la multitude de défis auxquels la RD Congo fait face à la non-organisation des élections conformément à la constitution. Ils ont qualifié d’« inacceptable » le fait qu’une minorité de Congolais ait « décidé de prendre en otages les vies de millions » d’autres personnes.
 
Ils ont réitéré leur appel à tous les signataires à respecter et à mettre pleinement en œuvre l’Accord de la Saint-Sylvestre, négocié sous l’égide de la CENCO et signé le 31 décembre 2016. Cet accord comprenait l’engagement clair de tenir des élections avant la fin de 2017 et stipulait que le président Joseph Kabila ne serait pas candidat et n’amenderait pas la constitution. L’accord prévoyait également que la principale coalition d’opposition dirigerait le gouvernement de transition, ainsi qu’un conseil national de suivi de l’accord, et que des mesures seraient prises pour ouvrir l’espace politique. Ces engagements ont été dans une large mesure ignorés et, en conséquence, la CENCO a renoncé fin mars à son rôle de médiatrice.
 
Les évêques ont également appelé à la mise sur pied d’une enquête « sérieuse et objective » sur les atrocités commises dans la région du Grand Kasaï. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution vendredi dernier, donnant pour instruction au Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme d’envoyer une équipe d’experts internationaux indépendants pour enquêter sur les allégations de violations des droits humains et d’abus dans la région centrale de la RD Congo. La pleine mise en œuvre de cette résolution sera essentielle aux efforts visant à assurer que justice soit rendue.
 
Pour prendre connaissance de la totalité de la déclaration de la CENCO, veuillez suivre ce lien.

Un espoir de justice dans la région des Kasaïs

Vue du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, en Suisse, le 6 juin 2017.

© 2017 Reuters
 
Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté hier une résolution donnant au Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme l’instruction d’envoyer une équipe d’experts internationaux enquêter sur des allégations de violations des droits humains et d’abus commis dans la région des Kasaïs, dans le centre de la République démocratique du Congo. La résolution finale, adoptée par consensus, est le résultat d’intenses négociations ces derniers jours et incorpore du langage de propositions préparées par les groupes africain et européen au Conseil.
 
La résolution ne va pas aussi loin que la situation ne l’exige. Elle ne va pas aussi loin que ce que les milliers de victimes dans les Kasaïs méritent. Cependant, elle apporte un espoir de faire la lumière sur les horribles crimes et d’identifier les auteurs et les commanditaires. C’est une étape vers la justice.
 
Le gouvernement congolais a accepté de coopérer avec l’équipe d’experts, notamment en lui facilitant l’accès au pays ainsi qu’aux sites et individus concernés. Toutefois, il existe des préoccupations quant à savoir si ces engagements seront respectés. Certains responsables congolais brouillent les cartes en criant « victoire » au Conseil ; le gouvernement congolais s’est jusqu’à présent opposé à toute enquête internationale sur les Kasaïs, et certains disent maintenant de façon erronée qu’il n’y aura pas d’enquête indépendante, mais uniquement un appui technique à l’enquête judiciaire congolaise. Cela a créé une certaine confusion sur ce qui se trouve réellement dans la résolution, et suscite des doutes quant à savoir si l’équipe d’experts se verra accorder un accès sans entrave pour mener l’enquête solide et indépendante nécessaire.
 

 

Il reste aussi à voir qui rendra au bout du compte justice aux victimes. Étant donné l’ampleur des violations et les sérieux doutes quant à la capacité ou la volonté des tribunaux congolais à garantir la justice dans ce contexte, nous avons exhorté la procureure de la Cour pénale internationale à envisager d’enquêter sur les crimes commis dans la région des Kasaïs.

Pour lire le communiqué de presse complet de Human Rights Watch sur la résolution du Conseil, cliquez ici.

Entre-temps, la police a arrêté quatre artistes – Benoit Mugabo, Benito Mupenzi, Precy Numbi et Cruzz Taylor – à Goma, ville dans l’est du pays, hier matin alors qu’ils menaient une action pacifique et artistique pour protester contre les massacres à travers la région des Kasaïs et à Beni, dans la province du Nord Kivu. Couverts de faux sang, ils se sont allongés sur le bord de la route, portant des croix pour les milliers de victimes tuées. Un procureur du Tribunal de Grande Instance de Goma les a interrogés, et ils étaient toujours détenus à la marie au moment de la rédaction de cet article.

 

Les autorités congolaises refusent de renouveler l’accréditation d’une journaliste française

Radio France Internationale (RFI) a annoncé jeudi que les autorités congolaises n’avaient pas renouvelé l’accréditation de sa correspondante Sonia Rolley.

Sonia Rolley, journaliste de Radio France Internationale (RFI).

© DR

Cet incident est le dernier en date de la répression menée par le gouvernement congolais contre les médias et la liberté d’expression.

Ayant travaillé sur la République démocratique du Congo pendant ces 13 dernières années, Sonia Rolley a développé un large réseau d’auditeurs et de lecteurs, et est reconnue et très respectée dans l’ensemble de la région. La journaliste française a couvert la crise politique en profondeur ces derniers mois et est l’auteure d’une enquête récente détaillée sur les violences dans la région des Kasaïs, dans le centre de la RD Congo. Le non-renouvellement de l’accréditation de Sonia Rolley est une indication de plus que les autorités congolaises veulent cacher la vérité sur les massacres et autres violations des droits humains dans les Kasaïs. 

Entre-temps, le signal de RFI est bloqué à Kinshasa depuis plus de sept mois, ce qui prive de nombreux Congolais d'une source essentielle d'informations. Au moins cinq médias proches de l’opposition restent fermés, malgré les « mesures de décrispation » comprises dans l’accord de la Saint-Sylvestre.

Au cours des deux dernières années et demie, le gouvernement a élargi le champ de répression de ses détracteurs en forçant des responsables et des observateurs des droits humains internationaux à quitter la RD Congo. En octobre 2014, le gouvernement a expulsé le directeur du Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme en RD Congo, Scott Campbell, après que son bureau ait publié un rapport concernant des exécutions sommaires et des disparitions forcées lors d'une opération de police à Kinshasa. Le directeur du Groupe d’Étude sur le Congo, Jason Stearns, a été contraint de quitter le pays en avril 2016 à la suite de la publication d’un rapport de son organisation sur des massacres commis dans la région de Béni, dans l’est du pays. En juillet, les autorités ont forcé deux chercheurs de l’organisation internationale Global Witness à quitter la RD Congo alors qu'ils enquêtaient sur certaines pratiques en matière d’exploitation forestière. Et en août, le gouvernement a empêché ma collègue Ida Sawyer de continuer à travailler dans le pays – l’obligeant à quitter la RD Congo, après qu’elle ait vécu et travaillé dans ce pays pendant plus de huit ans.

Répression et violences en RD Congo, dans un contexte de pressions pour une transition démocratique pacifique

Kofi Annan

© 2016 Reuters

Plus de six mois après l’expiration, en décembre, du second et dernier mandat autorisé par la constitution du président Joseph Kabila, la tenue d’élections démocratiques crédibles en République démocratique du Congo n’est toujours pas en vue.

Contrairement aux principaux engagements contenus dans l’accord du 31 décembre 2016 – qui établissait la manière dont une transition serait gérée jusqu’à la tenue d’élections avant la fin de décembre 2017 – la coalition au pouvoir dirigée par Kabila a nommé un nouveau gouvernement dont sont exclus les membres de la principale coalition d’opposition, le conseil de suivi de l’accord n’est toujours pas nommé, il n’y a toujours pas de calendrier électoral et les « mesures de décrispation » définies dans l’accord n’ont pas été mises en place. Pendant ce temps, le gouvernement poursuit sa répression contre quiconque appelle à la tenue d’élections dans les délais prévus. Kabila lui-même a affirmé, dans un récent entretien, qu’il n’avait fait aucune promesse, refusant d’exclure la possibilité d’un troisième mandat ou de prendre un engagement clair sur la date à laquelle des élections se tiendraient.
 
En juin, les forces de sécurité ont arrêté ou fait disparaître de force au moins sept membres du parti politique Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), alors que ces membres de l’opposition tentaient de mobiliser les citoyens pour les inciter à se faire inscrire sur les listes électorales. Tous les sept ont été détenus au secret sans chef d’inculpation et sans contact avec les membres de leurs familles ou avec des avocats. Ce qui apparaît comme une stratégie visant à empêcher les membres de l’opposition de participer au processus démocratique suscite de sérieux doutes sur la volonté du gouvernement de tenir des élections transparentes et équitables.
 
Pendant plusieurs mois, les partenaires internationaux et régionaux de la RD Congo ont donné le bénéfice du doute aux autorités congolaises – relâchant leur pression en espérant que l’accord de la Saint-Sylvestre serait mis en œuvre. Maintenant, ils sonnent de nouveau l’alarme.
 
L’Union européenne et les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions ciblées à des responsables congolais de haut rang, le 29 mai et le 1er juin, envoyant un signal clair selon lequel la poursuite de la répression et des reports des élections ne peut rester sans conséquences. Les sanctions américaines ont démontré que Kabila ne jouit pas, de la part de la nouvelle administration Trump, du soutien inconditionnel que de nombreux responsables congolais espéraient, tandis que les sanctions européennes ciblent des personnages plus haut placés le long de la chaîne de commandement que les précédentes sanctions.
 
Le Parlement européen est également intervenu, avec une nouvelle résolution adoptée le 14 juin, dénonçant les « cycles continus de conflit et de répression politique brutale » et regrettant fortement « les atermoiements dans l’organisation des prochaines élections présidentielles et législatives » en RD Congo, ainsi que « le manque de progrès » dans la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016. Le Parlement a appelé « à poursuivre les enquêtes sur les personnes responsables, au plus haut niveau du gouvernement, de la violence et des crimes commis en RDC […] et à étendre les sanctions contre ces personnes ».
 
Après une plainte et à une demande de protection déposées le 2 juin par le leader d’opposition en exil et principal rival de Kabila, Moïse Katumbi, une lettre a été rendue publique le 16 juin, dans laquelle le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme appelle le gouvernement congolais à prendre toutes les mesures nécessaires pour que Katumbi « puisse rentrer en RDC et puisse participer librement et en toute sécurité, en tant que candidat, à l’élection présidentielle », ce qui implique qu’il soit protégé contre toute arrestation ou détention arbitraire. Après avoir tout d’abord inculpé Katumbi d’un prétendu recrutement de mercenaires, un tribunal de Lubumbashi l’a jugé par défaut et déclaré coupable en juin 2016 de faux et usage de faux relatifs à un contrat immobilier signé plusieurs années auparavant, et l’a condamné à trois ans de prison. Les évêques catholiques de RD Congo ont dénoncé ces procédures judiciaires comme n’étant « rien d’autre que des mascarades ». Cette semaine, le ministre de la Justice congolais a présenté ce qui pourrait devenir un nouvel obstacle pour Katumbi, affirmant que, s’il existe des preuves qu’il a une double nationalité, il ne peut pas se présenter à l’élection présidentielle.
 
Des dirigeants africains ont, eux aussi, pris position. Le 15 juin, l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et neuf anciens présidents africains ont lancé un « appel urgent » au président Kabila et aux autres dirigeants congolais en faveur d’une transition pacifique et démocratique. Ils les ont avertis que l’avenir du pays était en « grave danger » du fait de sa situation politique, qui « constitue une menace à la stabilité, à la prospérité et à la paix de toute la région des Grands Lacs, voire de l’Afrique dans son ensemble ».
 
Les responsables du puissant voisin de la RD Congo au sud-ouest, l’Angola, semblent également de plus en plus préoccupés par l’incapacité de Kabila à résoudre les crises auxquelles le pays est confronté, notamment celle qui découle d’horribles niveaux de violence dans la région congolaise centrale des Kasaïs, qui ont provoqué la fuite de plus de 30 000 personnes vers la frontière pour passer en Angola.
 
Dans un épisode largement interprété comme le signe que les responsables congolais ne sont pas ‘protégés’ et peuvent être amenés à rendre des comptes pour des crimes commis dans le passé, les médias ont récemment annoncé qu’un tribunal belge avait ouvert une enquête sur le rôle de l’actuel ministre de la Justice congolais, Alexis Thambwe Mwamba, dans la destruction en vol d’un avion civil en 1998.
 
Thambwe était déjà sur la sellette en RD Congo, où de nombreux activistes ont demandé sa démission à la suite d’une série d’évasions de détenus de droit commun à travers le pays. Cinq prisons ont été attaquées et plus de 5 000 détenus se sont évadés ces dernières semaines, entretenant l’insécurité et infligeant une reculade de plusieurs années aux efforts de la justice. Le 17 mai, des assaillants non identifiés ont lancé une attaque coordonnée de grande ampleur contre la prison centrale de la capitale, Kinshasa, libérant au moins 4 000 détenus dans des circonstances mystérieuses. Deux jours plus tard, 14 détenus se sont évadés à Kalémie, dans la province du Tanganyika, tandis que 68 autres se seraient échappés à Kasangulu dans la province de Kongo Central. Le 10 juin, des assaillants ont attaqué le parquet et une maison d’arrêt de la police de Matete, à Kinshasa, libérant 17 détenus. Cet incident a été suivi le lendemain d’une évasion collective massive à Béni, dans la province du Nord Kivu, dans laquelle plus de 930 prisonniers se sont échappés. Dans la matinée du 19 juin, des coups de feu ont été tirés à proximité de la prison de la ville de Butembo, également située au Nord Kivu.
 
Le gouvernement congolais s’est également trouvé sous pression pour accepter l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur des abus présumés commis dans la région des Kasaïs dans le centre du pays, par l’armée congolaise et par des milices. Plus de 3 300 personnes ont été tuées dans cette région depuis août dernier, selon l’Église catholique, tandis que plus de 600 écoles ont été attaquées ou détruites et plus de 1,3 million de personnes ont été contraintes de s’enfuir de leurs domiciles.
 
Cette pression renouvelée sur le gouvernement ne sera efficace que si elle est durable, ciblée et bien coordonnée aux niveaux national, régional et international. Ceci est nécessaire pour faire cesser l’escalade de la violence, de la répression et de l’instabilité à travers le pays et pour remettre sur les rails le processus visant à assurer une transition démocratique pacifique.

Sephora, battue et emprisonnée pour un carton rouge

Sephora Astride Bidwaya

© 2017 Privé

À travers la République démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, ou avoir critiqué des politiques du gouvernement. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Dans une nouvelle série, Human Rights Watch s’entretient avec des détenus, et interroge des membres de familles au sujet de leurs proches derrière les barreaux, nous montrant la tragédie personnelle des arrestations et détentions arbitraires et leur énorme impact sur les familles et les amis.

Sephora Astride Bidwaya, âgée de 25 ans, est une activiste politique qui est en prison à Goma, ville dans l’est du pays, depuis plus de cinq mois. Diplômée en droit de l’Université de Goma, Sephora s’est engagée en politique à l’âge de 18 ans, quand elle a rejoint l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti d’opposition, avant de devenir vice-présidente des jeunes de ce parti à Goma, chargée de la culture et du genre. Les forces de sécurité l’ont arrêtée le 19 décembre 2016, avec 11 autres membres de partis de l’opposition, lors d’une manifestation pacifique contre la décision du Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, qui prenait fin ce jour-là.

Le mari de Sephora, Blaise Mulume Vuninka, a parlé à Human Rights Watch du jour où sa femme a été arrêtée :

Le 19 décembre, j’ai été arrêté au travail. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle j’étais détenu. Ce n’est qu’après 72 heures que j’ai été informé que ma femme avait aussi été arrêtée le 19 décembre, en possession d’un carton rouge [brandi par les manifestants pour symboliser que Kabila avait fait son temps]. On m’a dit que j’avais aussi été arrêté en raison des activités politiques de ma femme. Puis le 26 décembre, j’ai finalement été libéré.

Une fois sorti de détention, Blaise Vuninka a été informé que la police avait transféré sa femme de ses cellules de détention au parquet de Goma :

Trois policiers avaient alors tiré ma femme par le pantalon. Ils lui ont donné des coups de botte dans le ventre et le dos. Pour la faire monter dans la camionnette, on l’y avait pratiquement jetée. Pendant que les autres la battaient, la colonelle l’insultait, disant : « Tu vas là-bas [à l’UDPS] pour te chercher des hommes. Tu es une sale pute ! Tu vas en avoir pour ton compte et regretter d’être descendue dans la rue ce jour-là [pour manifester]. » Je crois que ces coups sont à la base de tous les problèmes de santé qu’elle a actuellement. Quand j’y pense, j’en ai les larmes aux yeux.

Sephora Bidwaya a été transférée plus tard à la prison centrale de Munzenze à Goma, où elle est toujours détenue. Blaise Vuninka a décrit comment son état de santé se détériorait :

Deux mois avant qu’elle soit arrêtée, Sephora avait subi une opération, au cours de laquelle nous avons perdu notre premier bébé. Ses plaies n’étaient pas bien cicatrisées lors de son arrestation, et les coups ont provoqué des douleurs atroces. Elle est aussi asthmatique. En prison, elle a toujours des malaises. Elle s’est évanouie cinq fois pendant la nuit du 17 mai. … Elle dort à même le sol. L’eau à boire n’est pas potable, et les toilettes sont sales.

Sephora Bidwaya et les 11 autres manifestants détenus ont été accusés d’ « outrage au chef de l'État », mais le procès doit encore commencer en raison de questions de procédure contestées.

Blaise Vuninka a conclu :

Je me demande quand cela finira. J’ai besoin de ma femme. Elle n’a fait que porter un petit carton rouge et descendre dans la rue avec d’autres. Elle ne mérite pas tout ce qu’elle vit juste à cause d’une si petite chose.

Au cours d’une réunion à Kinshasa avec des activistes du mouvement de jeunes LUCHA (Lutte pour le changement) le 25 mai, la ministre des droits humains de la RD Congo, Marie Ange Mushobekwa, a dit que Sephora Bidwaya serait rapidement libérée. Espérons que cela sera le cas.

Un sondage national met en garde contre un avenir morose pour la RD Congo

La vaste majorité des Congolais interrogés lors d’un récent sondage considèrent que leur pays avance dans la mauvaise direction et s’attendent à de nouveaux conflits dans les mois à venir.

Le sondage réalisé par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) basé à l’Université de New York et par un institut de sondage congolais, le Bureau d’Études, de Recherches et Consulting International (BERCI), a montré que 77 % des 2 301 personnes interrogées en République démocratique du Congo en février et avril 2017 partageaient cette perspective morose.

Les autres résultats incluaient :

  • 69 % ont indiqué que le président Joseph Kabila aurait dû quitter ses fonctions le 19 décembre 2016 à la fin de la limite des deux mandats consécutifs permise par la constitution ;
  • 83 % ont répondu soutenir l’accord politique conclu le 31 décembre pour sortir de l’impasse politique du pays ;
  • L’Église catholique, sous la médiation de laquelle l’accord a été conclu, bénéficie d’une cote de confiance de 84 % ;
  • En février, 72 % des personnes interrogées ont imputé l’impasse politique à la coalition au pouvoir de Kabila, alors que 27 % l’ont imputé à la coalition d’opposition Rassemblement.

L’accord de la Saint-Sylvestre inclut un engagement à ce que des élections présidentielles aient lieu d’ici la fin de l’année 2017 et qu’aucune tentative ne soit faite pour organiser un référendum ou une modification de la constitution permettant au président de briguer un troisième mandat.

Depuis que l’accord a été conclu, les membres de la coalition au pouvoir ont invoqué à plusieurs reprises la possibilité de tenir un référendum. Peu après la signature de l’accord, de hauts responsables de la coalition au pouvoir de Kabila ont déclaré qu’ils avaient signé l’accord « sous réserve » et certains ont affirmé que l’accord n’était pas constitutionnel parce qu’il empêche explicitement l’organisation d’un référendum pour modifier la constitution. À la fin du mois de janvier dernier, une source anonyme proche de Kabila a indiqué à Jeune Afrique que l’« hypothèse [d’un référendum] doit sérieusement être discutée ». Le 16 avril, le président de la province du Nord-Kivu, appartenant au parti d’opposition modéré Union nationale des nationalistes (UNANA) a appelé à la tenue d’un référendum à la place des élections d’ici la fin de l’année, à la lumière des contraintes budgétaires.

Plus récemment, le 13 mai, le porte-parole de la coalition au pouvoir, André Alain Atundu, a appelé la classe politique du pays à ne pas ravir au peuple congolais son « droit de s’exprimer [...] par référendum », après une réunion de la coalition à Kinshasa. Au cours des récentes semaines, Télé 50, une chaîne de télévision progouvernementale, a diffusé des annonces publicitaires montrant des images de violence dans certains pays africains, dont la RD Congo, mises en parallèle avec des images de référendums apparemment paisibles en République du Congo et au Rwanda voisins. Le narrateur affirme que les personnes dans ces pays ont « privilégié leur patrie ».

Le sondage a aussi montré que le mouvement de jeunes Lutte pour le Changement (LUCHA) bénéfice d’une cote de confiance de 65 %, alors que la répression du gouvernement à l’encontre du groupe se poursuit. Le 15 mai, quatre membres de LUCHA ont été arrêtés devant le bureau de la commission électorale (CENI) à Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï-Oriental, lors d’une manifestation pacifique appelant à la publication du calendrier électoral. Ils ont été libérés le 21 mai. Quatorze membres d’un autre mouvement de jeunes, Collectif 2016, ont été arrêtés le 17 mai, alors qu’ils manifestaient contre le mauvais état des routes dans leur quartier à Kinshasa. Treize ont été libérés deux jours plus tard, tandis que l’un des activistes, Rossy Mukendi, est toujours détenu dans un centre de détention du renseignement militaire à Kinshasa, sans contact avec sa famille ou un avocat.

Une vaste majorité des personnes interrogées (72 %) ont indiqué qu’elles approuvaient les sanctions ciblées imposées par les États-Unis et l’Union européenne contre les hauts responsables du gouvernement et des forces de sécurité l’an dernier. L’UE et les États-Unis discutent de nouvelles sanctions, qui pourraient être annoncées dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

Le sondage du GEC et du BERCI offre un aperçu rare et instructif sur l’opinion publique congolaise. Il laisse entendre qu’il y aurait un fort support public pour sauvegarder l’accord de la Saint-Sylvestre et pour garantir l’organisation d’élections présidentielles dignes de foi d’ici la fin de l’année, alors qu’il pourrait y avoir une opposition considérable à un processus de référendum pour modifier la constitution.

Des actions fortes sont nécessaires pour sauver l'accord de la Saint-Sylvestre en RD Congo

La perspective d'élections démocratiques d'ici la fin de l'année en République démocratique du Congo semble s’éloigner de plus en plus, alors que les termes d'un accord posant les bases d'un vote sont largement ignorés.

Non seulement la coalition au pouvoir en RD Congo défie certains principes clés de l'accord de la Saint-Sylvestre, mais les forces gouvernementales exercent une répression politique effrénée et commettent des violations à grande échelle des droits humains. Le manque de mise en œuvre de l’accord commence à ressembler à une manœuvre dilatoire de plus pour maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir. Des actions fortes, y compris de nouvelles sanctions ciblées, sont nécessaires de toute urgence afin de renouveler la pression et de tenter de remettre l’accord sur la bonne voie.

Le président Joseph Kabila s'adresse à la nation au Palais du Peuple à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 5 avril 2017.

© 2017 Reuters

Ce type de pression a fonctionné en RD Congo par le passé. Les partenaires internationaux du pays – notamment les États-Unis, l'Union européenne et les leaders régionaux – ont fait pression sur Kabila et son gouvernement dans les mois précédant le 19 décembre 2016, marquant la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution. Cela avait entraîné des concessions importantes et l'aval de Kabila à l’accord conclu grâce à la médiation de l’Église catholique, qui stipule qu'il ne tentera pas de modifier la constitution ni de briguer un nouveau mandat, et que les élections auront lieu avant fin décembre 2017.

Mais la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) s’est retirée de son rôle de médiatrice fin mars, en raison de l’impasse dans laquelle se trouvait la mise en œuvre de l’accord. Peu après, Kabila a refusé de permettre à la coalition d’opposition du Rassemblement de choisir le Premier ministre intérimaire, en apparente violation de l’accord de la Saint-Sylvestre. Au lieu de cela, le 7 avril, il a nommé Bruno Tshibala, un ancien leader de l’opposition qui avait été exclu du principal parti d’opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

L’Union européenne, la Belgique et la France ont toutes soulevé des préoccupations au sujet de sa nomination et ont appelé à la pleine mise en œuvre de l'accord de décembre. Le 21 avril, les évêques catholiques de RD Congo ont qualifié sa désignation d’« entorse » à l’accord pour lequel ils avaient servi de médiateurs.

Le dénommé « arrangement particulier », une annexe à l’accord de la Saint-Sylvestre exposant la façon dont cet accord sera mis en œuvre, a été finalement signé le 27 avril – mais seulement par la coalition au pouvoir et par quelques éléments de l’opposition modérée. La coalition du Rassemblement a refusé de le signer, dénonçant ce qu’elle a qualifié de « mascarade ». De nombreuses ambassades de même que l’Église catholique n’ont pas assisté à la cérémonie de signature.

Les « mesures de décrispation » mentionnées dans l’accord ont à peine été traitées. Des dizaines de prisonniers politiques demeurent en détention, au moins cinq médias proches de l'opposition restent fermés, et le signal de Radio France Internationale (RFI) est bloqué à Kinshasa depuis six mois.

Un rapport confidentiel de la CENCO sur deux des « cas emblématiques » traités par la commission du dialogue sur les mesures de décrispation, qui a fuité dans la presse la semaine dernière et consulté par Human Rights Watch, a conclu que les procès contre les leaders d’opposition Moïse Katumbi et Jean-Claude Muyambo reposaient sur des motifs politiques, étaient entachés d’irrégularités et n’étaient « rien d’autre que des mascarades ». Le rapport, qui a été communiqué confidentiellement à Kabila le 29 mars, appelle à la libération immédiate de Muyambo, qui avait été arrêté pendant les manifestations nationales en janvier 2015 et condamné le 12 avril 2017 à cinq ans de prison. Il appelle également au retrait du mandat d’arrêt et à l’abandon des poursuites contre Katumbi, qui vit en exil depuis mai 2016, ainsi qu’à la libération des associés de Katumbi qui avaient été arrêtés.

Au cours des manifestations politiques qui ont eu lieu à travers le pays au mois de décembre, les forces de sécurité ont tué plus de 60 personnes et ont emprisonné des centaines de dirigeants et de partisans de l’opposition, d’activistes pro-démocratie et de manifestants pacifiques. Des officiers supérieurs des services de renseignement et des forces de sécurité responsables de la répression en décembre, et au cours des deux années et demi passées, occupent toujours des postes supérieurs, et aucun effort n’a été fait pour s’assurer qu’ils rendent des comptes.

Plus récemment, le 10 avril, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes et arrêté plus de 80 personnes pour disperser ou empêcher de petites manifestations en RD Congo. Trente-trois activistes du mouvement citoyen LUCHA (Lutte pour le Changement) ainsi que deux autres personnes ont été arrêtés le 12 avril au cours d’un sit-in pacifique devant la Banque centrale à Goma. Ils protestaient contre le fait que des milliers de personnes qui avaient placé leurs épargnes auprès de prêteurs de microcrédit supervisés par la Banque centrale avaient ensuite été dans l’incapacité de les recouvrer. Les activistes voulaient dénoncer « l’incompétence » et la « complaisance » de la Banque centrale dans ce processus. Ils ont été relâchés plus tard le même jour. La police a également agressé plusieurs journalistes couvrant le sit-in. Le 19 avril, les forces de sécurité ont de nouveau arrêté 17 activistes de la LUCHA, dont trois jeunes femmes, au cours d’une manifestation similaire à Goma. Ils ont été relâchés le 22 avril, sans inculpation.

À Kinshasa, 24 activistes des mouvements LUCHA et « Il est temps » ont été arrêtés le 27 avril, alors qu’ils protestaient contre l’insalubrité dans la capitale. Des policiers ont pris les t-shirts des activistes et ont arraché d'autres symboles de leurs mouvements, laissant deux femmes à moitié nues. Ils ont été détenus dans un camp de la police et libérés plus tard, après que le gouverneur de Kinshasa soit intervenu. Treize activistes de LUCHA et de « Il est temps » ont été arrêtés le 5 mai devant l’Hôtel du gouvernement à Kinshasa, où ils s’étaient rendus pour remettre un document réclamant davantage d’emplois pour les jeunes. Ils ont été relâchés plus tard le même soir.

À Lubumbashi le 6 mai, les forces de sécurité ont dispersé des personnes qui s’étaient rassemblées au centre ville pour une réunion de la coalition d’opposition Rassemblement, arrêtant plusieurs partisans du Rassemblement.

Les autorités congolaises ont un long chemin à parcourir pour « assurer un environnement propice à la conduite de ce processus électoral », tel que demandé par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Dans une déclaration du 4 mai, le Conseil a exhorté le gouvernement de la RD Congo et toutes les autres parties concernées à « créer les conditions nécessaires pour que le processus électoral soit libre, […] qu’il s’accompagne d’un débat politique libre et constructif, et que soient assurés la liberté d’opinion et d’expression, y compris pour la presse, la liberté de réunion, un accès équitable aux médias, y compris aux médias d’État, la sécurité de toutes les acteurs politiques et la liberté de circulation de tous les candidats, ainsi que des observateurs et témoins, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des acteurs de la société civile, notamment des femmes. »

Entretemps, il n'y a toujours pas de calendrier électoral, et l’enrôlement des électeurs a été entravé par l'insécurité et les défis logistiques. Le 1er mai, la commission électorale a annoncé que l’enrôlement dans les provinces du Kasaï et du Kasaï Central avait été reporté sine die. Cette région du centre de la RD Congo – un bastion de l’opposition – s’est retrouvée en proie aux violences entre forces gouvernementales et milices locales et aux attaques ciblées contre des civils ces derniers mois, avec plus de 400 personnes tuées et 1, 27 million de personnes déplacées de leurs foyers, y compris plus de 100,000 nouveaux déplacés internes uniquement pour la semaine dernière. Plus de 40 fosses communes ont été documentées, et deux experts de l’ONU ont été assassinés en mars.

Il existe de graves préoccupations concernant une répression gouvernementale accrue à travers le pays. L’UDPS a annoncé que le corps d’Étienne Tshisekedi, le leader d’opposition de longue date en RD Congo décédé en Belgique le 1er février, serait rapatrié en RD Congo le 12 mai. Alors que la date pourrait être reportée à nouveau, le retour du corps de Tshisekedi pourrait être un point critique pour les violences entre les partisans de l'opposition mobilisés et les forces de sécurité gouvernementales.

Les États-Unis, l’Union européenne et le Conseil de sécurité devraient imposer de nouvelles sanctions ciblées à l’encontre des principales autorités de RD Congo les plus responsables des graves violations des droits humains et des tentatives de retarder ou d’entraver les élections. Une nouvelle série de sanctions ciblées par les États-Unis adresserait un message clair selon lequel la pression sur le gouvernement Kabila continuera sous la nouvelle administration Trump. Le 6 mars les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont chargé la Haute représentante Federica Mogherini d’entamer le processus menant à de nouvelles sanctions ciblées, et ils devraient désormais passer à l’adoption de ces sanctions lors du prochain Conseil des Affaires étrangères le 15 mai.

Ces mesures devraient être accompagnées d'une forte campagne de messages publics et privés de la part des partenaires internationaux et régionaux de la RD Congo, indiquant qu'il y aura des conséquences graves dans leurs relations avec la RD Congo si des élections crédibles ne sont pas organisées d'ici la fin de l'année.

Les partenaires internationaux ainsi que les dirigeants politiques et religieux congolais devraient appeler plus fermement les autorités à libérer les prisonniers politiques, abandonner les accusations basées sur des motifs politiques contre des activistes et des dirigeants politiques en exil, rouvrir les médias interdits, lever les interdictions de manifestations politiques pacifiques, et permettre aux jeunes activistes et à tous les Congolais d’exprimer librement leurs points de vue sans crainte d'arrestation ou de mauvais traitements. Ils devraient également faire en sorte de garantir que le Conseil national de suivi de l'accord (CNSA), conçu pour surveiller la mise en œuvre de l'accord de la Saint-Sylvestre et l'organisation des élections, soit établi rapidement. Ce Conseil devrait pouvoir agir de manière indépendante et avec un mandat fort pour soutenir l'organisation d'élections crédibles, transparentes et pacifiques avant la fin de l'année.

Des mesures vigoureuses et un engagement de haut niveau sont nécessaires maintenant, tant qu'il y a encore un espoir de mettre la RD Congo sur la voie d'élections crédibles et transparentes, et avant que le pays ne sombre dans davantage de violence et de violations des droits humains. 

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Adiac-Congo 10.05.17

De petites manifestations vacillent face à la répression en RD Congo

Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes et ont arrêté plus de 80 personnes pour disperser ou empêcher de petites manifestations à travers la République démocratique du Congo hier. Des partis de l'opposition avaient appelé à manifester contre la non-mise en œuvre de l'accord de la Saint-Sylvestre, un accord incluant un partage du pouvoir, conclu grâce à la médiation de l’Église catholique l'année passée après que le président ait refusé de quitter le pouvoir à l'expiration des deux mandats consécutifs que lui autorisait la constitution.

Des rues désertes à Kinshasa, en RD Congo, le 10 avril 2017.

© 2017 Privé

Hier à Kinshasa, la capitale, la vie quotidienne s'est presque immobilisée le matin, de nombreux magasins étant fermés et les routes largement désertes. De petits groupes de personnes ont tenté de manifester dans les communes de Kalamu, Kimbanseke, Lemba, Limete, Masina, Matete, Ndjili et Ngaliema, mais ils ont été rapidement dispersés par les forces de sécurité, qui dans certains cas ont tiré des gaz lacrymogènes sur des groupes de manifestants. Certains manifestants ont réagi en lançant des pierres sur la police. Au moins 40 personnes ont été arrêtées dans tout Kinshasa, dont une douzaine ont été libérées avant la fin de la journée.

Les forces de sécurité ont arrêté au moins 12 personnes à Bukavu ; 10 à Kindu ; 10 à Lubumbashi ; sept à Kongolo ; cinq à Mbuji-Mayi ; et quatre à Kamina. Ces forces ont aussi frappé des manifestants à Kamina, blessant au moins six personnes. De petites manifestations à Bunia et à Mbandaka ont été dispersées sans qu'aucune arrestation ne soit signalée. À Beni et à Kananga, les partis d'opposition avaient décidé de ne pas organiser de manifestations et avaient appelé au lieu de cela à une « ville morte ». De nombreux magasins sont restés fermés, et beaucoup de personnes sont restées à la maison. Des activistes locaux ont fait état d'un nombre anormalement élevé de forces de sécurité déployées dans d'autres villes, y compris Kananga, Kisangani, Bandundu et Kikwit.

Le porte-parole de la police nationale, le colonel Pierrot Mwanamputu, a affirmé dimanche que « la police nationale congolaise empêchera l’exercice de toute manifestation publique à caractère politique, non autorisée à travers toute l’étendue du territoire national. » Les autorités congolaises ont à maintes reprises interdit de manière injustifiée des manifestations menées par l’opposition, rétrécissant encore plus l’espace démocratique dans le pays.

La relativement faible participation pendant les manifestations d’hier semble avoir été due à la peur de la répression du gouvernement, ainsi qu’à la lassitude de manifester sans grand résultat tangible. Un grand nombre de personnes ont été tuées au cours de manifestations politiques en septembre et décembre derniers. De jeunes activistes pro-démocratie et d’autres personnes affirment que les manifestations d’hier pourraient avoir eu une plus grande ampleur si elles visaient à dire à Kabila qu’il doit quitter le pouvoir, mais que les gens ne sont pas disposés à risquer leur vie pour une lutte au sujet de postes au sein d’un gouvernement de transition.

Vendredi, Kabila a nommé Bruno Tshibala, un ancien leader de l’opposition, nouveau Premier ministre. Tshibala avait été exclu du principal parti de l’opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), au début du mois de mars. De nombreuses personnes ont vu dans sa nomination une violation de l’accord de la Saint-Sylvestre, qui stipule que le Premier ministre pendant la période de transition doit être choisi par la coalition d’opposition du Rassemblement. L’Union européenne, la Belgique et la France ont toutes fait part de leurs inquiétudes à propos de cette nomination et ont appelé à la pleine mise en œuvre de l’accord du 31 décembre. L’UE a également averti qu’elle se tenait prête à imposer de nouvelles sanctions ciblées contre les personnes responsables de graves violations des droits humains.

La loi américaine sur les minéraux de conflit devrait être perfectionnée, et non pas abrogée

Les États-Unis pourraient cesser d'exiger que les compagnies américaines révèlent leurs sources d'approvisionnement en or et en d'autres minéraux alimentant potentiellement des conflits – décision qui pourrait entraîner de graves conséquences pour la République démocratique du Congo, pays riche en minerais.

Michael Piwowar, président par intérim de la Securities and Exchange Commission (SEC), la Commission américaine des opérations de bourse, a décidé vendredi de suspendre la mise en application des procédures de contrôle exigées par la loi Dodd-Frank Section 1502. Quoique il n'apparaisse pas encore clairement si Michael Piwowar est habilité à prendre cette décision unilatéralement, celle-ci pourrait avoir pour effet immédiat de suspendre la mise en œuvre d'une règle importante qui consiste à exiger des entreprises engagées dans le commerce des minéraux de révéler leurs sources d'approvisionnement, mesure essentielle prise dans le but de lutter contre le trafic de divers minerais provenant de zones de conflit qui enrichit des groupes armés aux pratiques abusives. En février, l'administration Trump avait menacé de suspendre cette règle, voire même de l'abroger purement et simplement.

Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et droits humains à Human Rights Watch, au Sénat américain le 5 avril 2017.

© Human Rights Watch

Comme mon collègue Arvind Ganesan l'a dit dans une déposition devant une Commission du Sénat américain la semaine dernière, une telle décision enverrait un très mauvais signal aux différents acteurs en RD Congo. Ce pays est enlisé dans une profonde crise politique et des droits humains du fait qu'il n'a pas été possible d'organiser des élections avant décembre 2016, date à laquelle a expiré le deuxième et dernier mandat du président Joseph Kabila autorisé par la constitution. Après de fortes pressions exercées par la communauté internationale — notamment l'adoption par les États-Unis de sanctions ciblées contre des responsables de haut rang, ainsi que d'autres mesures de fermeté soutenues par le Congrès — le président Kabila a fait d'importantes concessions dans un accord conclu à la fin de l'année 2016 grâce à la médiation de l'Église catholique. Toutefois, la mise en œuvre de cet accord est dans l'impasse, tandis que les violences entre diverses milices et les forces de sécurité congolaises sont en augmentation dans de nombreuses régions du pays, ce qui s'accompagne d'une hausse alarmante des violations des droits humains.

La suspension de la mise en application de la règle par la SEC envoie de façon spectaculaire le signal que les États-Unis ne considèrent plus le respect des droits humains comme une priorité dans leur politique à l'égard de la RD Congo. Ceci pourrait rendre plus facile pour des groupes armés aux pratiques abusives, des factions au sein des forces de sécurité et d'autres réseaux opaques s'apparentant à des mafias et prétendument liés à des responsables gouvernementaux, de reprendre le contrôle de zones minières lucratives de l'est de la RD Congo pour financer leurs activités. Ceci pourrait conduire à de nouveaux problèmes de sécurité dans toute cette région instable.

Des compagnies américaines de renom comme Intel, Apple, Tiffany et le groupe de joaillerie Richline de Warren Buffett sont favorables à la loi Dodd-Frank 1502. Elles ont investi beaucoup de temps et d'argent au cours des cinq dernières années pour se mettre en conformité avec la loi, et elles veulent agir de manière responsable. La disparition de la loi 1502 les désavantagerait dans leur concurrence avec des compagnies moins responsables.

Il s'agit là d'une situation sans précédent, où de grandes entreprises américaines, des organisations de défense des droits humains et de nombreuses organisations de la société civile congolaise veulent toutes que la loi 1502 reste en place. Mais l'administration Trump ne le veut pas. Celle-ci devrait tenir compte de ces points de vue et cesser d'essayer de se débarrasser de la loi 1502, et devrait plutôt apporter son appui aux compagnies responsables et privilégier les approches globales du défi consistant à empêcher les revenus tirés des minéraux issus des zones de conflit de tomber aux mains de groupes armés aux pratiques abusives.

Protestations silencieuses en RD Congo contre l'échec de l'Accord de la Saint-Sylvestre

À Kinshasa et dans plusieurs villes de République démocratique du Congo, de nombreuses personnes sont restées chez elles hier, plutôt que d'aller au travail ou en classe. Les boutiques et les marchés sont restés fermés ou ont ouvert tardivement, et les rues étaient en général peu fréquentées.

Cette manifestation silencieuse a fait suite à un mot d'ordre de l'opposition appelant à une opération « villes mortes » afin de protester contre l'échec de la mise en œuvre de l'Accord du 31 décembre, un compromis incluant un partage du pouvoir conclu grâce à la médiation de l'Église catholique et qui a permis de désamorcer une situation explosive à la fin de l'année dernière. Cet accord permet au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats consécutifs imposée par la constitution, limite qui a été atteinte le 19 décembre 2016, jusqu'à la tenue d'élections avant la fin de 2017.

L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) tient une conférence de presse à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 28 mars 2017.

© 2017 Privé

La Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, a annoncé le 27 mars qu'elle renonçait à son rôle de médiatrice, en raison de l'impasse dans laquelle se trouve la mise en œuvre de l'accord. La coalition majoritaire au pouvoir a refusé d'accepter le choix de l'opposition de proposer Félix Tshisekedi comme Premier ministre, insistant pour que le Rassemblement, la coalition de partis d'opposition partenaire de l'accord, soumette au moins trois noms, parmi lesquels le président Kabila nommera un Premier ministre. La majorité a également rejeté la désignation par le Rassemblement de Pierre Lumbi pour succéder à Étienne Tshisekedi, récemment décédé, comme président du Conseil des Sages du Rassemblement, ce qui devrait automatiquement faire de lui le président du Conseil national de suivi de l'accord (CNSA).

En annonçant qu'ils se retiraient, les évêques catholiques ont appelé Kabila à prendre ses responsabilités et à s'engager personnellement pour assurer une mise en application rapide de l'accord. Ils ont également appelé la communauté internationale à y apporter un appui plus vigoureux, et le peuple congolais à rester « vigilant. »

Le lendemain, 28 mars, la tension était vive à Kinshasa et dans plusieurs autres villes, où des groupes de manifestants se sont répandus dans les rues, incendiant des pneus ou scandant des slogans contre le gouvernement Kabila, en signe de protestation contre l'échec de l'accord et pour appeler Kabila à abandonner le pouvoir.

À la fin de la journée, Jean-Marc Kabund, secrétaire général du principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a déclaré devant une foule importante rassemblée à Kinshasa que le pays était « dans l'impasse » et a appelé à « des actions de résistance pacifique », notamment à une manifestation nationale le 10 avril pour protester contre l'échec dans la mise en œuvre de l'accord. Après que des manifestants eurent appelé à une action plus immédiate, la police est arrivée et a tiré des cartouches de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

Le 29 mars, le Rassemblement, auquel appartient l'UDPS, a publié une déclaration dans laquelle il considère que l'accord est « rompu. » Il a exhorté tous les Congolais à respecter l'opération ville morte d'hier, à soutenir un mouvement de « grève générale » le 5 avril et à participer aux défilés du 10 avril, ainsi qu'à des manifestations ultérieures afin d'exiger la mise en application de l'Accord de la Saint-Sylvestre.

Kabila aurait affirmé aux évêques, lors d'une rencontre le 28 mars, qu'il s'impliquerait personnellement dans la recherche d'une solution à cette impasse politique. La présidence a annoncé que Kabila rencontrerait les partis concernés cette semaine, mais le Rassemblement a d'ores et déjà déclaré qu'il n'y participerait pas. Kabila devrait s'adresser au parlement dans les jours qui viennent.

Ces manœuvres politiques se sont déroulées dans un contexte d'indignation publique croissante concernant les violences commises dans la région du Kasaï, dans le centre de la RD Congo, où le bilan des victimes ne cesse d'augmenter. La mort toujours inexpliquée de deux experts de l'ONU, Michael Sharp et Zaida Catalán, dont les corps ont été découverts la semaine dernière, la disparition jusqu’à ce jour de leurs quatre collègues congolais, et de nouvelles informations selon lesquelles des militaires auraient exécuté sommairement des jeunes en effectuant des opérations de recherche au porte-à-porte dans la ville de Kananga, soulignent la nécessité d'une enquête internationale et indépendante sur les violences commises dans cette région.

Les partenaires internationaux de la RD Congo devraient agir vigoureusement – y compris par de nouvelles sanctions ciblées de la part de l'ONU, de l'Union européenne et des États-Unis – et accroître la pression sur Kabila et son gouvernement. De nombreux Congolais sont en train de perdre tout espoir que l'Accord de la Saint-Sylvestre puisse être sauvegardé et qu'une transition démocratique pacifique puisse avoir lieu.

La SADC devrait exercer une pression pour résoudre la crise en RD Congo

Ce samedi, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) se réunissent au Swaziland. L’organisation sous-régionale, qui comprend la République démocratique du Congo, devrait mettre à profit ce sommet pour aider à résoudre la crise politique et des droits humains en RD Congo.

Le 24 février, les ministres des affaires étrangères de la SADC ont appelé à la nomination urgente d’un nouveau premier ministre en RD Congo et à la mise en application rapide de l’accord de la Saint-Sylvestre. Vu que la nomination d’un nouveau gouvernement et la mise en application de l’accord sont toujours paralysés en grande partie, les chefs d’État et de gouvernement de la région devraient réitérer cet appel de manière puissante et claire.

Les évêques Fidèle Nsielele (gauche), Marcel Utembi (centre) et Fridolin Ambongo (droite) arrivent aux négociations entre l'opposition et la majorité, à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 21 décembre 2016. 

© 2016 Reuters

Ils devraient aussi appeler les autorités congolaises à mettre en œuvre rapidement et pleinement les mesures de décrispation comprises dans l’accord. Parmi ces mesures, il y a la libération et l’abandon des poursuites contre des leaders politiques et des activistes pris pour cibles en raison de leurs vues ou activités politiques pacifiques, et la réouverture de médias fermés.

Le 22 février, les évêques de l’Église catholique romaine en RD Congo ont averti que l’impasse politique associée à l’escalade de conflits dans plusieurs parties de la RD Congo pouvait « plonger [le]  pays dans un désordre incontrôlable. » Les violences se sont accrues à travers le pays ces derniers mois, faisant des centaines de morts, y compris dans les provinces des Kasaïs, du Tanganyika, du Nord-Kivu, et du Kongo-Central, ainsi que dans la capitale, Kinshasa. « Est-ce un hasard que tout cela [la violence accrue] survienne en cette période préélectorale ? » ont dit les évêques, ajoutant qu’ils redoutaient « une planification en vue de retarder ou d’empêcher la tenue des élections. »

Le 25 février, le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé toutes les parties prenantes de la RD Congo « à redoubler de bonne foi leurs efforts en vue d'une conclusion rapide des pourparlers en cours sur les 'arrangements particuliers' de l'accord. »

Les États-Unis, qui ont joué un rôle majeur pour faire pression pour la tenue d’élections et la défense des droits humains sous l’administration Obama, ont été plutôt silencieux au sujet de la RD Congo sous le président Donald Trump. Les États-Unis pourraient, et devraient faire beaucoup plus, y compris imposer une nouvelle série de sanctions ciblées contre les responsables abusifs. Comme l’a formulé il y a peu le Washington Post, « une autre explosion d’effusions de sang en Afrique Centrale » est « quelque chose que même un président ‘America First’ [‘Les États-Unis d’abord’] devrait vouloir arrêter. »

L’Union européenne, entre-temps, a lancé un appel fort pour une mise en œuvre urgente de l’accord de la Saint-Sylvestre dans ses conclusions du conseil des affaires étrangères du 6 mars sur la RD Congo. Les ministres des affaires étrangères ont aussi invité la Haute-Représentante Federica à initier le processus en vue de nouvelles sanctions ciblées « contre ceux qui seraient responsables de graves violations des droits de l'Homme, inciteraient à la violence ou qui feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique et respectueuse de l'aspiration du peuple congolais à élire ses représentants ».

Il est temps que les leaders de la région prennent position. Leur engagement l’année passée a joué un rôle pour faire pression sur le président Joseph Kabila et d’autres pour qu’ils acceptent de conclure un accord sous la médiation de l’Église catholique. Mais un engagement soutenu et aux plus hauts niveaux est nécessaire pour s’assurer que l’accord tienne et que des élections crédibles soient organisées, ainsi que pour empêcher que la situation en RD Congo, déjà explosive, ne se détériore davantage.

RD Congo : L’UE devrait imposer des sanctions ciblées supplémentaires

Le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne doit discuter de la situation en République démocratique du Congo le 6 mars. Étant donné la répression politique qui se poursuit, l’absence de justice pour les violations passées, et les violences à grande échelle qui ont éclaté dans de nombreuses régions du pays, l’UE devrait mettre à profit cette réunion pour imposer des sanctions ciblées supplémentaires – y compris des interdictions de voyager et des gels d’avoirs – à l’encontre des individus portant la plus grande part de responsabilité pour les graves violations des droits humains.

Une rangée de drapeaux de l'Union européenne devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 28 octobre 2015.

© 2015 Reuters

Le 12 décembre, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont annoncé des sanctions ciblées contre sept responsables de haut rang du secteur de la sécurité qui ont joué un rôle clé dans la répression ces deux dernières années. L’UE a déclaré à cette occasion que « des mesures restrictives supplémentaires pourront être envisagées en cas d'obstruction du processus politique ou de nouvelles violences » dans le pays.

Ces mesures – annoncées le même jour où les États-Unis ont imposé des sanctions ciblées contre des responsables congolais de haut rang – semblent avoir eu un réel impact, ébranlant l’élite politique et sécuritaire du pays, et faisant pression sur la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila pour faire de réelles concessions et approuver l’accord de la Saint-Sylvestre, facilité par l’Église catholique. L’accord appelle à la tenue d’élections présidentielles avant la fin de 2017, et stipule qu’il n’y aura ni référendum ni modification de la constitution pour permettre à Kabila de briguer un troisième mandat.

Mais deux mois plus tard, la mise en œuvre de l’accord a à peine progressé – il n’y a pas encore de consensus sur les « arrangements particuliers » relatifs à sa mise en œuvre, le nouveau gouvernement doit encore être nommé, et il n’y a toujours pas de calendrier électoral. Les engagements pris quant à la libération de prisonniers politiques et la réouverture des médias fermés arbitrairement n’ont toujours pas été tenus.

Depuis la dernière série de sanctions de l’UE, les forces de sécurité congolaises ont tué plus de 50 personnes lors des manifestations tenues à travers le pays le 19 décembre – date de l’échéance du deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la constitution – et aux alentours de cette date. Plusieurs dizaines de personnes – leaders et partisans de l’opposition, jeunes activistes pro-démocratie et manifestants pacifiques – ont été mises derrière les barreaux.

Les violences se sont intensifiées à travers le pays ces derniers mois, faisant des centaines de morts, y compris dans les provinces du Tanganyika, du Nord-Kivu, et des Kasaïs, ainsi que dans la capitale, Kinshasa. Certains incidents étaient liés à la crise politique plus large et aux tentatives de Kabila de se maintenir au pouvoir.

L’UE a joué un rôle important pour renforcer la pression sur le président Kabila à la fin de 2016, et pour œuvrer à freiner la répression politique et chercher à s’assurer que les personnes responsables de graves violations des droits humains soient tenues de rendre des comptes.

Annoncer une nouvelle série de sanctions maintenant – et aller plus haut dans la chaine de commandement – enverrait un message fort, selon lequel l’UE reste engagée à protéger les droits humains, à assurer l’organisation d’élections crédibles dans des délais appropriés, et à œuvrer à empêcher que la situation en RD Congo, déjà explosive, ne se détériore davantage.

RD Congo : Le festival Amani devrait constituer un espace sûr pour la liberté d'expression pacifique

La semaine dernière, des dizaines de milliers de personnes se sont réunies dans une ambiance festive dans la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, à l'occasion du Festival Amani, un concert en plein air qui dure trois jours. Ce festival de musique annuel, dont c'était la quatrième édition, s'inspire de la riche vie culturelle de la ville. Il présentait une série de vedettes nationales et internationales qui se sont produites parallèlement à des expositions et à des ateliers mis sur pied par des entreprises locales, des organisations de défense des droits humains, des agences humanitaires et des ambassades. Dans une région ravagée par des conflits depuis 20 ans, ce festival offre une rare occasion de répit.

Le festival Amani à Goma.

© 2017 Radio Okapi/Alain Wandimoyi

Et pourtant, le principal slogan du festival – « jouer pour le changement et chanter pour la paix » – a semblé remis en cause lorsque des policiers ont confisqué des pancartes à des membres du mouvement de jeunes Lutte pour le changement (LUCHA) et quand les organisateurs du festival leur ont par la suite ordonné de cesser de chanter des slogans. Les jeunes activistes réclamaient la paix dans les régions de Beni, du Tanganyika et du Kasaï Central – des zones de RD Congo ravagées par les conflits et où des centaines de personnes ont été tuées ces derniers mois. Ils appelaient également à la libération de leur collègue Fabrice Mutsiirwa, qui a été arrêté lors d'une manifestation pacifique à Goma le 19 décembre, jour où a expiré le second et dernier mandat du président Joseph Kabila autorisé par la constitution. Au cours des deux dernières années, des dizaines d'autres activistes de LUCHA ont été arrêtés et détenus pour avoir participé à des activités pacifiques similaires.

Après la confiscation de leurs pancartes par la police dimanche, les activistes de LUCHA se sont donné la main et ont dansé en cercle en face d'une zone d'accès restreint réservée aux personnalités, parmi lesquelles le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku. Les activistes ont scandé que Paluku, ainsi que d'autres dirigeants politiques, se maintenaient au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles de leurs mandats. Bien que le message était fort, leur danse était festive et non confrontationnelle.

Paluku était assis aux côtés du chef de la police provinciale, Vital Awashango, et du maire de Goma, Dieudonné Malere. Tous trois ont été parmi les principaux artisans de la répression politique généralisée exercée dans la ville au cours des deux dernières années.

Au bout de quelques minutes, dans un épisode qui a été filmé par Human Rights Watch, l'un des organisateurs du Festival Amani s'est approché des activistes et leur a ordonné de cesser de scander, affirmant qu'ils risquaient de « foutre en l’air » le festival. Dans ce qui est devenu typique de la réponse des activistes de LUCHA à la répression, ils ont tout d'abord refusé de partir et se sont accroupis sur le sol poussiéreux pour observer un moment de silence. Peu après, ils se sont dispersés, sans perturber le festival. Un organisateur d'Amani nous a déclaré par la suite que LUCHA était un « mouvement politique » susceptible de causer « du trouble. » Il a affirmé que le festival avait pour objectif de promouvoir « la réconciliation » et qu'il n'y avait « pas d’espace pour un mouvement politique. »

 

Bien qu'en apparence insignifiant dans le contexte plus large de la répression dans le pays, l'incident du Festival Amani a renforcé la notion selon laquelle ces jeunes activistes ne sont que des fauteurs de trouble – accusations sans fondement que les autorités ont proférées à maintes reprises dans leurs tentatives d'écraser la dissidence.

Si le Festival Amani est vraiment déterminé à promouvoir le changement et la paix dans l'est de la RD Congo, il devrait constituer un espace sûr où les jeunes activistes peuvent s'exprimer librement et pacifiquement. Compte tenu de leur adhésion aux principes de la participation civique, des droits humains et de la démocratie, ils pourraient être les agents du changement pour l'avenir du pays. Leurs voix ne devraient pas être réduites au silence.

L’enrôlement des électeurs en RD Congo entravé par l’insécurité et des difficultés logistiques

Alors que se poursuivent les négociations sur la mise en œuvre de l’accord politique ouvrant la voie à des élections avant la fin de l’année en République démocratique du Congo, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est allée de l’avant avec son processus d’enrôlement des électeurs.

Déploiement de matériel pour l’enrôlement des électeurs à Goma, le 15 décembre 2016.

© 2016 Radio Okapi/Alain Wandimoyi

Au lieu de se contenter d’inscrire les jeunes ayant atteint la majorité depuis les élections de 2011 et les membres de la diaspora désormais autorisés à voter, la CENI a décidé de partir de zéro et de recréer la totalité du fichier électoral – dans le but affiché de « nettoyer » les listes électorales, et de remédier aux accusations de fraude. Mais certains y voient une tactique du gouvernement pour retarder une fois de plus les élections.

La CENI a annoncé la semaine dernière qu’elle avait déjà enrôlé 13 millions d’électeurs. La fin de l’enrôlement est prévue d’ici juillet. En 2011, il y avait environ 32 millions de personnes inscrites sur les listes électorales.

Le processus a été entaché par de nombreuses et graves difficultés d’ordre sécuritaire et logistique qui soulignent à quel point il est difficile d’organiser des élections en RD Congo.

La présence de groupes armés dans de nombreuses parties de l’est de la RD Congo constitue l’un des plus gros défis à la campagne d’enrôlement. À Lubero, au Nord-Kivu, le groupe armé Mai Mai Guidon serait présent dans plusieurs villages où se déroule l’enrôlement. L’administrateur du territoire, Bokele Joys, a déclaré à Radio Okapi, et des activistes de la région ont informé Human Rights Watch, que des combattants de Guidon auraient essayé d’empêcher de se faire enrôler des membres de leur principal ennemi, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) en grande partie d’ethnie Hutu, ainsi que les personnes soupçonnées de sympathie pour ces dernières. Le 19 janvier, les combattants de Guidon ont enlevé trois fonctionnaires de la CENI dans le village de Fatua. Ils ont été libérés depuis. Selon des activistes locaux, les groupes armés Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) et Nyatura ont aussi fait obstacle au processus d’enrôlement dans le territoire de Masisi.

Plus au nord, dans la province de l’Ituri, le groupe armé du Front de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) a attaqué un centre d’enrôlement mi-janvier, et kidnappé un agent de la CENI. De nombreux groupes armés, dont Raia Mutomboki et Nyatura, ont aussi attaqué des centres d’enrôlement dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, notamment dans les villages de Chibinda, Lumbishi, Lwana, Mianda, Mukaba, Muuna, Maibana, Makutano, et Matutira.

L’insécurité a aussi entravé le processus d’enrôlement à Walendu Bindi, dans la province de l’Ituri ; à Beni, Bwito et Walikale dans la province du Nord-Kivu ; à Kabare et Shabunda dans la province du Sud-Kivu ; ainsi qu’à Nyunzu dans la province du Tanganyika.

Les fonctionnaires de la CENI sont confrontés à de nombreux défis en matière de logistique et de ressources. Dans le village de Milimba, en territoire de Fizi, les fonctionnaires ne disposent pas du matériel nécessaire pour plastifier les cartes d’électeur. À Kibombo dans la province de Maniema et à Sandoa, dans la province de Lualaba, il a été difficile de procéder à l’entretien des générateurs nécessaires pour produire de l’électricité dans les lieux d’enrôlement, tandis que du matériel aurait été volé dans les villages de Kabara et Kaniola en territoire de Walungu, au Sud-Kivu. Dans la ville de Fizi, un centre d’enrôlement a été fermé en raison du manque de matériel d’enrôlement.

Un grand nombre d’activistes avec qui nous nous sommes entretenus nous ont fait part de leur inquiétude concernant le nombre limité de centres d’enrôlement censés couvrir d’aussi vastes territoires, souvent dans des lieux éloignés, peu sûrs de surcroît, ne disposant que de mauvaises routes et de peu d’options de transport. Les personnes vivant à Vurondo, en territoire de Beni, par exemple, doivent parcourir à pied près de 20 kilomètres pour parvenir au centre d’enrôlement le plus proche situé dans le village de Butuhe, s’exposant, ce faisant, à des barrages routiers et à d’autres risques pour leur protection, sur leur chemin. Dans la région de Mpati située dans le territoire de Masisi, il n’y a qu’une machine d’enrôlement pour des milliers de personnes.

Plus au sud, dans la province du Haut-Katanga ainsi que dans la province de l’Équateur, dans l’ouest du pays, des personnes se sont plaintes que les fonctionnaires de la CENI n’avaient pas la formation ou les compétences nécessaires pour exécuter convenablement le processus d’enrôlement. Des problèmes d’ordre logistique et administratif ont également été signalés dans les provinces de Sub-Ubangi et Mongala, dans l’ouest de la RD Congo. Dans des parties du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, il y a eu des rapports selon lesquels la CENI n’employait que des membres d’une communauté ethnique et discriminait contre les membres d’autres groupes ethniques.

Dans de nombreuses régions du pays, les activistes font remarquer que des efforts trop limités ont été faits pour informer la population sur le processus d’enrôlement. À Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, les observateurs s’inquiètent du manque de participation des femmes en particulier. Dans la province de l’Ituri, de nombreuses personnes se sont délibérément abstenues de participer à un processus qu’elles estiment illégitme.

À Misisi, dans le territoire de Fizi, les agents de la CENI auraient demandé 2 000 francs congolais (environ 2 dollars US) par personne, pour obtenir une carte d’électeur ; des faits similaires ont été rapportés dans des régions des provinces de l’Ituri et du Haut-Katanga. Il est illicite de faire payer des personnes pour un enrôlement. Dans certains lieux du Masisi, des personnes auraient payé des agents de la CENI pour se faire enrôler plusieurs fois. Des fonctionnaires de la CENI se sont aussi plaints de ne pas être suffisamment payés dans le territoire de Beni, ou de travailler dans des conditions précaires sans protection suffisante, dans des parties du Rutshuru, au Nord-Kivu.

Il sera critique pour assurer la légitimité des futures élections, de disposer d’un fichier électoral crédible et de faire en sorte de donner à tous les électeurs admissibles des chances égales et justes de se faire enrôler. Le gouvernement congolais, de concert avec les partenaires internationaux, devrait agir dès maintenant pour améliorer le processus d’enrôlement, notamment en œuvrant à sécuriser les lieux d’enrôlement et en fournissant un personnel et du matériel suffisant pour enrôler de manière efficace tous les électeurs admissibles. La réussite de ce processus tient peut-être avant tout à une véritable volonté politique. 

Les Congolais en deuil suite au décès d'un dirigeant éminent de l'opposition

Les Congolais en deuil suite au décès d'un dirigeant éminent de l'opposition

Des centaines de Congolais se sont rassemblés hier soir dans la commune de Limete à Kinshasa, après avoir appris le décès, le jour même à Bruxelles, d'Étienne Tshisekedi, qui fut longtemps l'un des principaux dirigeants de l'opposition en République démocratique du Congo. Il avait quitté la RD Congo la semaine dernière pour suivre un traitement médical.

La police s'est déployée pour contrôler les attroupements devant la résidence de Tshisekedi et devant le siège de son parti, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). L'atmosphère s'est tendue, certains manifestants lançant des pierres et proférant des insultes à l'encontre du président Joseph Kabila ; la police a répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. Mais le sentiment de deuil et la tristesse étaient également palpables. Parmi les personnes rassemblées, beaucoup étaient en larmes, d'autres ont rédigé des messages à l'adresse de la famille de Tshisekedi dans un livre de condoléances ; et certains s'interrogeaient à voix haute sur les conséquences de sa mort pour le dialogue politique actuellement en cours sous l'égide de l'Église catholique et pour le combat qu'a mené Tshisekedi pour la démocratie et pour l'établissement de l'État de droit en RD Congo. Des dirigeants et des citoyens congolais de toutes tendances politiques, ainsi que des dignitaires étrangers, ont rendu hommage à Tshisekedi.

Le chef de file de l'opposition congolaise Étienne Tshisekedi, photographié lors d’un rassemblement politique dans la capitale, Kinshasa, le 31 juillet 2016.

© 2016 Reuters

Surnommé le « Sphinx de Limete », Tshisekedi était devenu un symbole de la résistance pacifique et de la lutte pour la démocratie en RD Congo. Il était l'un des rares hommes politiques congolais à avoir régulièrement été du côté de l'opposition pendant les trois dernières décennies, prenant la tête de la résistance pacifique d'abord contre le dictateur Mobutu Sésé Séko avant de s'opposer au président Laurent Kabila, puis à son fils, l'actuel président Joseph Kabila. À la suite de l'élection présidentielle de 2011, entachée par des allégations de fraude généralisée et par une violente répression, de nombreux Congolais étaient convaincus que Tshisekedi était le véritable vainqueur, bien que selon les résultats officiels, il n'avait obtenu que la deuxième place avec 32% des voix. Tshisekedi n'a jamais reconnu officiellement la victoire de Kabila.

Tshisekedi était également l'un des rares – sinon le seul – dirigeants politiques congolais à pouvoir mobiliser des foules dans la rue. À son retour à Kinshasa en juillet dernier, après un séjour de deux ans à l'étranger pour suivre des traitements médicaux, des centaines de milliers de personnes s'étaient assemblées pour l'apercevoir et l'entendre parler. Malgré son âge et une santé déclinante, c'est pour une large part grâce au sens du leadership de Tshisekedi et à sa volonté d’accepter des alliances que l'opposition est demeurée à peu près, et exceptionnellement, unie dans sa lutte en 2016 pour résister aux efforts de Joseph Kabila pour prolonger sa présidence au-delà des deux mandats que lui autorisait la constitution, qui ont expiré le 19 décembre 2016.

Le dialogue ouvert sous la médiation de l'Église catholique à la fin de l'année dernière a été marqué du sceau de la légitimité pour une large part grâce à l'approbation de Tshisekedi et à la participation de son parti, l'UDPS, et du Rassemblement, une coalition de partis d'opposition qu'il présidait. Ceci a conduit à la signature, à la veille du Nouvel An, d'un accord qui a permis de désamorcer une situation potentiellement explosive et de placer ostensiblement la RD Congo sur la voie de nouvelles élections en décembre 2017 et de la première transition politique démocratique dans ce pays. Cependant, la mise en œuvre de cet accord a été jusqu'à présent extrêmement lente, ce qui sème des doutes quant à la volonté réelle de Kabila et de ses partisans d'organiser ces élections.

Tshisekedi devait diriger un conseil chargé de superviser la mise en œuvre de l'accord et l'organisation des élections. Il est désormais difficile d'imaginer qui va pouvoir remplir le vide créé par son décès, et il reste à voir si l'opposition se révèlera capable de sauvegarder assez d'unité et de légitimité pour faire appliquer l'accord et maintenir la pression sur Kabila.

La meilleure manière pour les dirigeants politiques de la RD Congo de rendre hommage à Étienne Tshisekedi serait peut-être de placer les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération et de travailler ensemble pour réaliser ce dont il a longtemps rêvé : une transition politique réellement pacifique et démocratique.

Un mois plus tard, la mise en œuvre de l’accord relatif aux élections en RD Congo a peu progressé

Plus d’un mois après la signature d’un accord en République démocratique du Congo pour contrer la crise politique nationale, les progrès accomplis pour sa mise en œuvre ont été terriblement lents.

Joseph Kabila, le président de la RD Congo, arrive à une réunion de dirigeants d'Afrique australe et centrale pour discuter de la crise en RD Congo, à Luanda, en Angola.

© 2016 Reuters

L’accord prévoit des élections en décembre 2017, ouvrant la voie au premier transfert de pouvoir démocratique dans ce pays. Toutefois, en dépit des efforts soutenus des évêques catholiques de la RD Congo, le délai du 28 janvier pour convenir les « arrangements particuliers » dont l’accord devrait être mis en place est passé en laissant de nombreuses questions sans réponse.

Le Président Joseph Kabila et l’élite politique du pays ont beaucoup à faire s’ils veulent sauver l’accord et convaincre la population de leur engagement à organiser des élections. Une réelle implication des partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo est également cruciale, en offrant notamment un soutien technique pendant les négociations et pour la planification des élections et en maintenant la pression sur Joseph Kabila pour qu’il appuie la mise en œuvre de l’accord et inverse le climat de répression.

L’un des principaux points de désaccord concerne la façon dont le nouveau premier ministre sera désigné. Nombreux du côté de l’opposition soutiennent que Joseph Kabila devrait nommer la personne choisie par le Rassemblement, coalition de l’opposition, invoquant des clauses de l’accord qui indiquent que le Rassemblement choisira le nouveau premier ministre. Les membres de la majorité présidentielle de Joseph Kabila affirment que le Président devrait avoir le choix entre plusieurs noms.

La composition du nouveau gouvernement reste également un point de discorde. Tandis que les délégués aux pourparlers se sont finalement entendus sur la taille du nouveau gouvernement et sur le nombre de positions ministérielles et vice-ministérielles que chaque coalition obtiendrait, aucun accord n’a été conclu sur les personnes qui seraient nommées à ces postes, en particulier aux positions les plus importantes telles que les ministères du Budget, de la Défense, de la Justice et de l’Intérieur. Des décisions ont été aussi prises au sujet de la structure du Conseil national de suivi de l'accord et du processus électoral (CNSA), mais des divergences persistent en ce qui concerne l’attribution des postes au sein du conseil.

Le rôle que devrait jouer l’Église catholique pendant la transition divise également les acteurs, avec l’opposition demandant aux évêques de continuer de participer activement jusqu’à la tenue d’élections et la majorité déclarant que le Président doit d’abord clarifier ce point.

Bien que le Premier ministre actuel, Samy Badibanga, n’ait pas encore signé l’accord, la plupart des autres personnes opposées ont désormais donné leur adhésion, et le 28 janvier, la majorité présidentielle a officiellement appuyé l’accord et retiré ses « réserves » initiales. Joseph Kabila, lui-même, n’a pas signé l’accord, bien qu’il aurait déclaré lors de réunions qu’il soutenait l’accord et autorisait ses représentants à le signer.

Or, tandis que les délégués étaient occupés à débattre de ces autres questions, aucun progrès n’a été fait sur l’établissement d’un nouveau calendrier électoral.

Les avancées ont également été lentes en ce qui concerne la « décrispation » ou les mesures de confiance. Bien que certains prisonniers politiques et activistes aient été libérés, des dizaines d’autres sont encore maintenus en détention.

Moni Della du parti politique de l’opposition Conservateurs de la Nature et Démocrates (CONADE), l’un des sept cas « emblématiques » abordés pendant le dialogue, a été libéré provisoirement le 28 janvier, mais les charges contre lui n’ont pas été levées. Moni Della a été arrêté il y a plus de quatre mois et accusé d’avoir incité la population à piller pendant les manifestations à Kinshasa le 19 septembre. Roger Lumbala est revenu à Kinshasa après avoir été exilé, mais les cinq autres « cas emblématiques » n’ont été ni libérés ni officiellement acquittés, y compris Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo, Eugène Diomi Ndongala, Floribert Anzuluni et Antipas Mbusa Nyamwisi.

À Mbuji-Mayi, deux jeunes activistes de la LUCHA, Jean-Paul Mualaba Biaya et Nicolas Mbiya Kabeya, ont été acquittés mercredi. Ils devraient être libérés dans les prochains jours. Huit autres activistes pro-démocratie sont toujours en détention, notamment les quatre activistes de la LUCHA à Goma : Fabrice Mutsirwa, Jacques Muhindo, Fiston Dunia et Glody Ntambwe ; l’activiste de la LUCHA à Kinshasa : Musasa Tshibanda ; et trois activistes de Compte à Rebours à Kinshasa : Chris Shematsi, John Ngandu et Samuel Bosasele. Ils étaient tous arrêtés avant la signature de l’accord.

Un autre activiste de Compte à Rebours, Bobo Mpolesha, a été arrêté à Kinshasa le 7 janvier et emmené dans une prison des services de renseignements militaires où il a été battu violemment. Libéré le 21 janvier, il récupère encore des blessures infligées au cours de sa détention.

L’un des organes de presse proches de l’opposition fermés arbitrairement, Canal Congo Télévision (CCTV), a pu émettre de nouveau. Toutefois, six autres chaînes restent bloquées : Radio Lisanga Télévision (RLTV), Radiotélévision Lubumbashi JUA (RTLJ), Nyota Télévision, Radiotélévision Mapendo, La Voix du Katanga et Congo News. Le signal de Radio France Internationale (RFI) est bloqué depuis près de trois mois maintenant à Kinshasa et dans la ville voisine de Brazzaville, en dépit des appels du gouvernement français et d’autres acteurs pour que la source d’actualités internationale la plus importante en RD Congo puisse émettre de nouveau.

De plus, justice n’a toujours pas été rendue pour les nombreuses personnes tuées l’année dernière par les forces de sécurité de l’État au cours des manifestations contre les tentatives de Joseph Kabila pour rester au pouvoir après la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, le 19 décembre.

L'ONU signale une forte hausse des violations des droits humains en RD Congo en 2016

Le nombre de violations des droits humains en République démocratique du Congo a augmenté de 30% en 2016, une hausse causée pour une large part par la violente répression exercée par les agents de l'État contre les détracteurs du régime, selon un nouveau rapport des Nations Unies. 

Dans ce rapport publié cette semaine, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme (BCNUDH) a documenté un total de 5 190 violations des droits humains à travers la RD Congo, soit une nette augmentation, liée à la fois à la répression relative aux problèmes électoraux du pays et à l'accroissement des activités de plusieurs groupes armés. 

Les agents de l'État – en particulier la police nationale – ont été responsables de près de 64% de toutes les violations des droits humains documentées en 2016, tandis que les groupes armés ont été responsables du reste, c'est-à-dire de 36% de ces violations. Le nombre des violations commises par des agents de l'État a augmenté de plus de 62% par rapport à 2015.

L'ONU a documenté un total de 480 victimes d'exécutions extrajudiciaires commises par des agents de l'État, soit une hausse de 63% par rapport à 2015. Nombre de ces victimes ont été tuées par balles par les forces de sécurité lors de la répression violente de manifestations de protestation contre les efforts qui visaient à maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà de la limite fixée par la constitution et correspondant à la fin de son second mandat, le 19 décembre 2016.

Le nombre des violations des droits humains et des libertés fondamentales liées au rétrécissement de l'espace démocratique en 2016 a été plus de quatre fois supérieur au nombre de telles violations documentées en 2015, et les droits aux libertés de réunion, d'opinion et d'expression sont exposés à de graves risques. De nombreux médias et journalistes ont été pris pour cibles et ont subi des abus de la part d'agents du gouvernement, tandis que les opposants politiques étaient poursuivis en justice, dans des procès intentés pour des motifs politiques. Le gouvernement a également failli à sa responsabilité d'ouvrir des enquêtes crédibles sur les violations des droits humains qui étaient documentées, selon le rapport.

Bien que la majorité (66%) des violations des droits humains documentées aient été commises dans l’est du pays, une augmentation sensible des violations documentées a aussi été observée dans les provinces du sud et de l'ouest, due notamment à la répression politique exercée dans tout le pays, à la résurgence des combats inter-ethniques entre les communautés Twa et Luba dans la province du Tanganyika, ainsi qu'à des combats entre les forces de sécurité et la milice Kamuina Nsapu dans les provinces du Kasaï.

Des doutes pèsent sur la mise en œuvre de l'accord de la Saint-Sylvestre

Près de deux semaines après la conclusion d'un accord politique majeur en République démocratique du Congo, les questions excèdent les réponses quant à comment l’accord sera mis en œuvre, s’il existe une véritable volonté politique de la part du président Joseph Kabila et d'autres dirigeants politiques, et si l’on verra un réel renversement du climat de répression.

Le mouvement citoyen Filimbi tient une conférence de presse à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 9 janvier 2017.

© 2016 Timo Mueller/Human Rights Watch

Peu de temps après sa signature, de hauts responsables de la Majorité présidentielle ont déclaré qu’ils avaient signé l’accord « sous réserve », particulièrement s’agissant de la nécessité d’être plus inclusif. Certains ont également affirmé que l’accord serait inconstitutionnel, car il interdit explicitement l’organisation d’un référendum pour modifier la Constitution. Ces déclarations ont soulevé des inquiétudes quant à l’engagement réel de Kabila à céder le pouvoir, qui est l’enjeu central au cœur de la crise politique actuelle. Bien qu’il aurait assuré les évêques catholiques de son engagement à mettre en œuvre ledit accord, Kabila n’a pas encore fait de déclaration publique en ce sens ou signé l’accord lui-même.

Le nouveau Premier ministre, Samy Badibanga, et plusieurs autres membres du nouveau gouvernement nommé le 18 décembre dernier, n’ont également pas signé cet accord, de même que le parti d'opposition Mouvement de libération du Congo (MLC).

Un nouveau Premier ministre issu de la coalition d’opposition Rassemblement, comme le prévoit l’accord, n’a toujours pas été nommé, et il semble que peu de progrès aient été accompli jusqu’à présent pour fixer le calendrier de mise en œuvre de l’accord et les modalités de fonctionnement du Conseil de suivi.

Entre-temps, il n’y a eu que peu de progrès en vue de mettre fin à la répression gouvernementale des voix dissidentes. Comme l'a déploré le coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi, « le partage du pouvoir semble avoir pris le dessus sur la décrispation politique ».

Sept médias congolais proches de l'opposition, ainsi que Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa restent bloqués.

L’activiste de LUCHA Justin Mutabesha a été libéré lundi, après 32 jours de détention à Goma. Le militant de Filimbi Carbone Beni a été libéré mercredi, après 29 jours de détention secrète à Kinshasa, d’abord dans un camp militaire puis dans un centre de détention de l’agence de renseignements. Cependant, au moins neuf autres jeunes activistes pro-démocratie sont toujours en détention, dont les activistes de LUCHA suivants : Jean-Paul Mualaba Biaya et Nicolas Mbiya Kabeya à Mbuji-Mayi ; Fabrice Mutsirwa, Jacques Muhindo, Faustin Dunia et Glody Ntambwe à Goma ; et les activistes de Compte à rebours Chris Shematsi, John Ngandu et Samuel Bosasele à Kinshasa.

Lors d’une conférence de presse lundi, à laquelle Human Rights Watch à assisté, le mouvement citoyen Filimbi a accusé des responsables gouvernementaux de tenter de coopter leur mouvement en organisant une conférence de presse en leur nom. LUCHA a aussi dénoncé des mesures similaires. Certains des activistes maintenus en détention auraient subi des pressions, été menacés ou se seraient vus offert de l’argent pour travailler pour les services de renseignement ou la coalition au pouvoir comme condition de leur libération.

Un certain nombre de dirigeants politiques se trouvent toujours en détention ou doivent encore être officiellement acquittés des chefs d’inculpation pesant contre eux, y compris pour les sept cas « emblématiques » examinés au cours du dialogue.

Lundi, la police est intervenue à deux reprises, avant et pendant une conférence de presse à Kinshasa organisée par des avocats du leader d’opposition Franck Diongo, condamné à cinq ans de prison le 28 décembre au terme d’un procès expéditif. Plusieurs policiers armés ont arrêté deux membres du parti, battu plusieurs autres partisans de Diongo et détruit des affiches et des photos. Le porte-parole de la police affirme qu'un policier a été blessé au cours de l’incident.

Le 5 janvier, le leader d’opposition Gabriel Kyungu a été convoqué devant le parquet pour vérifier l’authenticité d’une transcription vidéo d’une réunion au cours de laquelle il aurait insulté le président. Deux jours plus tard, il aurait été empêché de quitter Lubumbashi et de prendre un vol vers Kinshasa. Le parlement provincial du Haut-Katanga avait voté le 27 décembre la levée de son immunité parlementaire. Kyungu a été harcelé à plusieurs reprises depuis qu'il a quitté la Majorité présidentielle en septembre 2015.

Les responsables gouvernementaux et les forces de sécurité devraient abandonner les poursuites et libérer les activistes et les autres individus arrêtés pour leurs opinions politiques ou des activités pacifiques, rouvrir les médias interdits et mettre fin à tout harcèlement des activistes pro-démocratie et de l'opposition politique. Rendre justice pour la répression passée est également crucial.

Kabila pourrait contribuer à dissiper les doutes et les soupçons subsistant autour de l’accord de la Saint-Sylvestre en le signant lui-même et en s'engageant publiquement à respecter ses dispositions.

Un accord met la RD Congo sur la voie d'une première transition démocratique, mais d'énormes défis subsistent

Un accord met la RD Congo sur la voie d'une première transition démocratique, mais d'énormes défis subsistent

 

Après des semaines de négociations intenses et beaucoup d'effusion de sang, les participants à des pourparlers organisés sous la médiation de l'Église catholique ont conclu un accord juste avant minuit à la veille du Nouvel An. Cet accord – signé par des représentants de la coalition au pouvoir, de l'opposition politique et d'organisations de la société civile – contient des dispositions claires selon lesquelles une élection présidentielle se tiendra avant la fin de 2017, le président Joseph Kabila ne briguera pas un troisième mandat et il n'y aura ni référendum ni modification de la constitution.

Il s'agit là d'un événement significatif, faisant suite à des mois de spéculations selon lesquelles Kabila ne quitterait pas le pouvoir et d'appels de la part de certains de ses partisans pour qu'il ignore la limite de deux mandats imposée par la constitution et reste en fonction indéfiniment.

Cependant, d'énormes défis subsistent.

​Le ministre congolais de la justice Alexis Thambwe Mwamba (droite) - aux côtés de l'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO - signe l'accord entre l'opposition et la coalition au pouvoir au Centre interdiocésain de Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 31 décembre 2016.

© 2016 Reuters

L'accord prévoit qu'un conseil national de suivi supervise la mise en œuvre de ses dispositions, notamment l'organisation dans le courant de 2017 d'élections présidentielle, législatives et provinciales. Il stipule également qu'un nouveau Premier ministre sera nommé, au choix du Rassemblement, une coalition d'opposition, et que le gouvernement national et les gouvernements provinciaux seront composés conjointement de membres de la majorité et de l'opposition. Mais il n'établit pas de calendrier détaillé. Il ne précise pas clairement comment le conseil de suivi sera structuré, ni quand le nouveau Premier ministre et les gouvernements national et provinciaux seront nommés. De nombreux observateurs doutent également que le pays soit en mesure d'organiser trois élections en 2017 et estiment qu'il serait plus réaliste de mettre l'accent sur les élections présidentielle et législatives avant d'organiser des élections provinciales.

Kabila n'a pas encore signé l'accord et bien que l'avis selon lequel il suffit que ses représentants l'aient signé en son nom soit largement répandu, l'accord aurait probablement beaucoup plus de crédibilité aux yeux de la population s'il portait la signature de Kabila.

Les formations d'opposition Mouvement pour la libération du Congo (MLC) et Front pour le respect de la Constitution ont émis des réserves sur l’accord concernant le fait que Kabila puisse rester au pouvoir pendant la transition. De nombreux activistes des mouvements de jeunes Congolais affirment que la meilleure garantie d'élections crédibles serait que Kabila abandonne ses fonctions immédiatement. 

Félix Tshisekedi, de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), signe l'accord entre l'opposition et la coalition au pouvoir au siège de la CENCO, à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 31 décembre 2016.

© 2016 Reuters

Peut-être encore plus important est le fait que des « mesures de décrispation politique » n'aient pas encore été mises en œuvre et qu'il n'y ait pas de garanties claires qu'il sera remédié à deux ans de répression. Des membres de haut rang des services de renseignement et des forces de sécurité, responsables d'une large part de la répression, sont restés en poste. L'accord affirme que quatre des sept cas « emblématiques » de prisonniers politiques ou d'activistes en exil ont été réglés, concernant Antipas Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala, Moïse Moni Della et Floribert Anzuluni. Mais ces quatre hommes n'avaient pas encore été libérés ou acquittés de tout chef d'accusation au moment de la rédaction de cet article. L'accord affirme que les trois autres cas – Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi Ndongala – ainsi que ceux d'autres prisonniers politiques ou de personnes en exil, seront réglés par une commission de magistrats ou à travers la médiation des évêques de la CENCO.

Katumbi a appelé l'opposition à signer l'accord, affirmant qu'il ne voulait pas qu'il soit bloqué à cause de son cas personnel et ajoutant que les évêques s'étaient engagés à s'occuper ultérieurement de son dossier.

Par ailleurs, alors que l'accord était en cours de finalisation, la répression contre l'opposition politique, les activistes pro-démocratie, les médias et les manifestants pacifiques semble s'être poursuivie à un rythme soutenu.

Il n'y a eu aucune tentative de rendre justice pour les meurtres d'au moins 40 personnes par les forces de sécurité lors de manifestations à Kinshasa et dans d'autres villes du pays le 20 décembre 2016, au lendemain de l'expiration du second mandat de Kabila.

Un dirigeant d'opposition, Franck Diongo, a été arrêté le 19 décembre, puis déclaré coupable et condamné à cinq ans de prison le 28 décembre, à la suite d'un procès expéditif lors duquel il a comparu en fauteuil roulant et sous perfusion à la suite de mauvais traitements endurés lors de son arrestation. Et le parlement provincial du Haut Katanga a voté le 27 décembre la levée de l'immunité parlementaire d'un autre dirigeant d'opposition, Gabriel Kyungu, accusé d'avoir insulté Kabila.

Au moins 10 activistes des mouvements de jeunes pro-démocratie LUCHA, Filimbi et Compte à Rembours sont toujours en détention, après avoir été arrêtés au cours de ces dernières semaines pour avoir participé à des manifestations pacifiques appelant Kabila à respecter la constitution et à quitter le pouvoir. Certains d'entre eux ont été détenus au secret sans accès à leur famille ou à leurs avocats. Le représentant à Kinshasa de Filimbi, Carbone Beni, par exemple, a été arrêté le 13 décembre, en même temps que d'autres activistes, devant l'immeuble à Kinshasa où se déroulaient les pourparlers. Sa famille n'a eu aucune nouvelle de lui jusqu'à ce que sa femme reçoive un message écrit de Beni le 26 décembre, l'informant qu'il était détenu au camp militaire Tshatshi et lui demandant de rester forte, de bien s'occuper des enfants et de dire à sa mère qu'il l'aimait. Un mois plus tôt, des assaillants non identifiés avaient enlevé Beni et l'avaient violemment passé à tabac, avant de le remettre en liberté.

D'autres activistes libérés nous ont décrit dans quelles conditions ils avaient été détenus. Gloria Sengha, une activiste de LUCHA, a été arrêtée le 16 décembre alors qu'elle se promenait à Kinshasa. Elle a été jetée dans une voiture, on lui a bandé les yeux, on l'a passée à tabac et ses affaires lui ont été volées. Détenue au secret tout d'abord au camp Tshatshi, puis au centre de détention 3Z géré par les services de renseignement, elle a été interrogée au sujet de LUCHA et de ses partisans. Elle n'a reçu que peu de nourriture et d'eau jusqu'à sa remise en liberté le 27 décembre.

Une femme congolaise tient une pancarte « Les femmes exigent une paix durable », lors d'un sit-in devant le siège de la CENCO à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 31 décembre 2016. 

© 2016 Reuters

Constant Mutamba, un activiste du mouvement citoyen Nouvelle Génération pour l'Émergence du Congo (NOGEC), a été arrêté dans le quartier de Ngiri-Ngiri à Kinshasa aux premières heures du 20 décembre, alors qu'il observait une manifestation lors de laquelle des Congolais sont sortis dans les rues, se servant de sifflets et tapant sur des casseroles ou des poêles pour signifier à Kabila que son époque était révolue. Plusieurs hommes armés l'ont empoigné, l'ont battu, lui ont mis un masque de ski sur le visage et l'ont jeté dans une voiture. Il a raconté avoir été détenu dans un lieu inconnu, attaché à une chaise et frappé à l'aide d'objets contondants. Les assaillants l'ont menacé de ne plus jamais revoir sa femme et ses deux enfants et ont exigé qu'il leur révèle l'identité des partisans de son groupe. On lui a maintenu un bandeau sur les yeux jusqu'à ce qu'on le dépose dans une rue le lendemain.

Le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI), la plus importante source internationale d'informations en RD Congo, est maintenant coupé à Kinshasa depuis près de deux mois. Au moins six médias congolais sont également toujours suspendus.

Par conséquent, même si l'accord du Nouvel An peut s'avérer un grand pas vers une transition démocratique, le chemin est encore long pour y parvenir. Les parties devraient maintenant s'efforcer d'assurer une stricte mise en œuvre de l'accord. Des mesures concrètes sont nécessaires pour mettre fin à l'actuel climat de répression. Des élections crédibles ne peuvent être organisées lorsque des dirigeants de l'opposition et des activistes sont jetés en prison et brutalisés, et condamnés sur la base d'accusations fallacieuses, quand des médias indépendants sont fermés ou empêchés d'émettre, et quand les forces de sécurité tirent à balles réelles sur des manifestants pacifiques.

Les partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo – dont les pressions semblent avoir amené Kabila à faire d'importantes concessions – devraient rester engagés. Ils devraient soutenir l'organisation au moment approprié d'élections crédibles et signaler qu'ils se tiennent prêts à imposer de nouvelles sanctions ciblées, ainsi que d'autres mesures punitives, si la répression se poursuit, si les responsables d'abus commis dans le passé ne sont pas amenés à en répondre devant la justice, ou si des efforts sont déployés pour empêcher ou retarder l'organisation des élections. 

Le bilan des morts en RD Congo s’alourdit, des arrestations massives après les manifestations

Le bilan des morts en RD Congo s’alourdit, des arrestations massives après les manifestations

Des policiers congolais roulent à côte d'une barricade en feu lors de manifestations dans les rue de Kinshasa, la capitale de la RD Congo, le 20 décembre 2016. (© 2016 Reuters)

Les rues de Kinshasa et d'autres villes de la République démocratique du Congo étaient plus calmes hier, après les manifestations meurtrières de mardi, alors que de nombreuses familles essayaient en vain de retrouver leurs proches arrêtés ou tués. D'autres sont restés chez eux, craignant une recrudescence de la violence et de la répression. Aujourd'hui, ils étaient nombreux à avoir repris le chemin du travail et de l'école, mais la situation reste précaire.

Human Rights Watch a confirmé que les forces de sécurité congolaises ont tué au moins 34 personnes lors des manifestations de mardi, dont 19 à Kinshasa, 5 à Lubumbashi, 6 à Boma et 4 à Matadi. Nous avons reçu un certain nombre d’informations supplémentaires que nous continuons de vérifier.

Une famille de Kinshasa nous a parlé de Jacob, un chauffeur de la commune de Masina qui est sorti de chez lui vers une heure du matin pour prendre un appel téléphonique, une heure après le terme des deux mandats constitutionnels du président Joseph Kabila, alors que beaucoup se trouvaient déjà descendus dans les rues pour clamer que le règne de Kabila était révolu, à l’aide de sifflets et en tambourinant sur des pots et des casseroles. Rapidement, des militaires sont apparus, accusant Jacob de « parler aux rebelles qui planifiaient une attaque contre Kinshasa », avant de l’arrêter. Plus tard, la famille de Jacob s’est rendue à la base militaire se trouvant près de son domicile pour tenter de négocier sa remise en liberté. Mais les militaires leur ont conseillé de rentrer chez eux et de « pleurer sa mort ».  Peu de temps après, les voisins ont trouvé le corps de Jacob dans un trou au bord de la route, à environ 200 mètres de son domicile.

Le bureau des Nations Unies aux droits de l'homme a également signalé qu’au moins 19 personnes ont été tuées mardi à Kinshasa, alors que le porte-parole de la police soutient que le nombre de morts s’élève à 9 personnes à Kinshasa, fauchées selon lui par des balles perdues. Dans l’ensemble du pays, a-t-il déclaré, 22 personnes avaient été tuées lors de manifestations entre le 18 et le 21 décembre, dont 3 à Matadi, 2 à Boma et 8 à Lubumbashi. Le porte-parole a également affirmé que plus de 270 personnes avaient été arrêtées.

À Goma, hier matin, la police a arrêté 19 activistes du mouvement de jeunes pro-démocratie LUCHA, alors qu'ils tentaient de faire un sit-in pacifique devant le bureau du gouverneur. Un journaliste étranger observant la manifestation a été détenu plusieurs heures durant. Au moins cinq journalistes internationaux ont été détenus, puis remis en liberté, à Kinshasa et à Goma.

Sept activistes de LUCHA et un passant ont également été arrêtés hier à Mbuji-Mayi alors qu’ils discutaient de leurs prochaines activités. Deux d’entre eux ont été présentés aujourd’hui au bureau du procureur, les six autres libérés cet après-midi. Ce matin, au moins 14 activistes des mouvements de jeunes LUCHA, Filimbi et Réveil des Indignés ont été arrêtés lors d'un sit-in devant l'assemblée provinciale de Bukavu. Ils ont été ensuite remis en liberté.

À Oicha, dans l'est de la RD Congo, plusieurs dizaines de personnes, pour la plupart des jeunes, ont été arrêtées lundi soir après avoir appelé Kabila, usant de sifflets et de casseroles, à quitter ses fonctions. Des activistes locaux de la société civile ont indiqué que beaucoup d'entre eux avaient été maltraités en détention. Ils ont été remis en liberté mardi.

En outre, le mardi 20 décembre, un tribunal de Kinshasa a rejeté l'appel à la libération provisoire d'un prisonnier politique, Jean-Claude Muyambo, détenu depuis les manifestations politiques dans la capitale de janvier 2015. Le même jour, un tribunal a autorisé le transfert de Franck Diongo, un leader de l'opposition arrêté lundi, dans un hôpital. Les avocats de Diongo affirment qu’il a été gravement maltraité lors de son arrestation.

Certains habitants de la commune de Ngaba, à Kinshasa, ont tenté de manifester hier matin, mais ont été rapidement dispersés par la police. Dans la commune de Matete, des fouilles porte à porte par des militaires ont été signalées, de même que de nombreuses arrestations en l’absence de mandat. Des arrestations ont également été signalées dans de nombreuses parties de Kinshasa hier soir et aujourd’hui.

Des manifestations plus petites et des coups de feu sporadiques ont été signalés hier à Lubumbashi. Mardi, des manifestants ont saccagé ou brûlé un certain nombre de locaux gouvernementaux, notamment des établissements de santé et de l’environnement, un tribunal, des postes de police, et un bureau de l'administration locale. Des stations-service, le « Stade Joseph Kabila » et des véhicules privés ont également été visés. La nuit dernière, Human Rights Watch a été alertée de nombreuses arrestations de jeunes dans les quartiers de Gécamines et de Katuba. La situation est plus calme aujourd'hui, mais la peur est palpable dans cette ville du sud, assurent les activistes locaux.

Depuis mardi, dans plusieurs régions du pays, des tensions récurrentes ont éclaté, sans que leurs liens avec la crise politique nationale soient clairement établis. De violents combats entre les forces de sécurité locales et un groupe religieux ont été signalés à Lisala, dans le nord-ouest. Les premières informations d'activistes locaux évoquent au moins 17 morts. Dans la capitale provinciale de Kananga, au centre du Congo, les combats se sont poursuivis jusqu'à jeudi. Human Rights Watch n'a pas encore reçu d’information faisant état de victimes. Au cours des derniers mois cependant, des dizaines de personnes auraient été tuées sur place et dans la ville voisine de Tshikapa lors d’affrontements opposant une milice locale à l'armée congolaise. Dans le sud-est du pays, à Manono, les affrontements entre milices Batwa et Luba se sont à nouveau intensifiés, ce qui aurait fait des dizaines de blessés et au moins 11 morts, d’après un témoin. D'autres évoquent un bilan bien plus lourd.

Dans l'est de la RD Congo, des factions rivales des milices Mai Mai s’affrontaient hier et encore ce matin à Bwalanda, un territoire à l’ouest de Rutshuru. Selon les premières informations fournies par des organisations civiles locales, au moins 17 civils et un officier de police ont été tués. Human Rights Watch a documenté la manière, depuis novembre 2015, dont les luttes interethniques entre milices de la région ont coûté la vie à 170 civils.

Parallèlement, le dialogue entre la coalition au pouvoir et l’opposition a repris hier après-midi sous les auspices de l’Église catholique, les évêques étant de retour à Kinshasa. Ceux-ci ont appelé à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les meurtres commis mardi et la nécessité de conclure un accord avant Noël. Certains dirigeants de l'opposition affirment vouloir donner au dialogue une chance avant d'appeler à une autre série de manifestations, mais beaucoup dans la rue disent qu'il est trop tard : « Le temps de Kabila est écoulé et il doit partir ». Il reste à voir à quel point ils seront disposés à se mobiliser face aux tactiques létales et répressives employées par le gouvernement.

Plusieurs gouvernements ont fait des déclarations fortes ces derniers jours, notamment les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, le Canada et l'Union européenne, qui ont condamné les violences récentes et apporté leur soutien à la médiation de l’Église catholique pour parvenir à un accord inclusif. Certains ont expressément averti qu'ils étaient prêts à imposer des sanctions ciblées supplémentaires, et que leurs relations et la coopération au développement avec la RD Congo changeront à présent, compte tenu de la légitimité diminuée de Kabila après le 19 décembre.

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Yahoo Actualités / Reuters   FranceTVInfo

Les forces de sécurité de la RD Congo répriment des manifestants utilisant des sifflets

Mise à jour : En fin de journée le mardi 20 décembre, Human Rights Watch a confirmé qu’au moins 26 personnes ont été tuées lors de manifestations tenues ce jour-là à Kinshasa, Lubumbashi et dans d'autres villes de la RD Congo.

La République démocratique du Congo est devenue une poudrière, où des manifestants équipés de sifflets font face aux forces de sécurité, et des groupes armés se mobilisent alors que le mandat du président Joseph Kabila est arrivé à échéance. Human Rights Watch a confirmé que les forces de sécurité ont tué au moins trois personnes mardi matin dans la capitale, Kinshasa, et des dizaines de personnes ont été arrêtées depuis lundi matin, dernier jour des deux mandats consécutifs du président Kabila autorisés par la Constitution.

À partir de 22 heures environ lundi, le « son des sifflets » a retenti dans de nombreux quartiers de Kinshasa. Des groupes ont investi les rues, sifflant pour signifier à Kabila que son temps au pouvoir se terminerait à minuit. Un « concert de sifflets » a également été entendu dans plusieurs parties de la ville de Lubumbashi, dans le sud du pays.

Dans les deux villes, militaires et forces de police ont été largement déployés et ont tiré des coups de feu dans certains quartiers pour disperser les manifestants qui utilisaient des sifflets. Le nombre réel de victimes est difficile à déterminer et les signalements sont toujours en cours de vérification. Beaucoup de témoins nous ont parlé de recherches maison par maison menées par les soldats de la Garde républicaine, des jeunes étant arrêtés à leur domicile, et de points de contrôle inhabituels où les forces de sécurité arrêtent des personnes sur les routes, les interrogent sur de possibles liens avec l’opposition politique, confisquant argent et téléphones portables. Les manifestations au son des sifflets – et la répression – ont été très soutenues dans les quartiers de Selembao, Mont Ngafula, Kimbangu, Ngiri-Ngiri, Ndjili, Masina, Matete et Lemba à Kinshasa et dans le quartier de Kenya à Lubumbashi.

Tôt mardi matin, le leader de l’opposition de longue date et président du parti de l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS) et de la coalition Rassemblement, Étienne Tshisekedi, a transmis un message vidéo posté sur YouTube, dans lequel il lance « un appel solennel au peuple congolais à ne pas reconnaître [...] l’autorité illégale et illégitime de Joseph Kabila et à résister pacifiquement [à son] coup d’État ».

D’autres manifestations ont éclaté depuis dans de nombreuses parties de Kinshasa et de Lubumbashi. Les forces de sécurité ont répondu dans de nombreux secteurs en tirant à balles réelles et en lançant des gaz lacrymogènes. Nous avons reçu de nombreux signalements de personnes tuées et blessées mardi matin par les forces de sécurité, et nous travaillons encore à en vérifier l’exactitude. Et les signalements d’arrestations se poursuivent.

À Kinshasa, des manifestants ont brûlé le siège du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) au pouvoir. Et certaines informations indiquent que des manifestants ont frappé des agents de police à Lubumbashi.

Les « villes mortes » de lundi

Les manifestations qui ont commencé lundi soir sont intervenues après ce qui s’est avéré être une « ville morte » ou grève générale largement suivie à Kinshasa et dans d’autres villes le dernier jour du mandat de Kabila. Militaires, policiers et agents des services de renseignements ont été largement déployés dans les villes du pays – notamment Kinshasa, Goma, Lubumbashi, Bunia, Beni, Walikale, Kindu, Uvira, Kalemie, Mbuji-Mayi, Mbandaka et Lisala – dans une tentative manifeste de réprimer les manifestations. De nombreux résidents n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école et sont restés chez eux, alors que les magasins et les bureaux étaient fermés.

Certaines personnes ont tout de même tenté de manifester. Dans la ville de Beni, dans l’est du pays, les forces de sécurité ont tiré en l’air pour disperser les manifestants, mais un manifestant a été blessé par une balle perdue. Human Rights Watch a reçu des rapports dignes de foi selon lesquels plus de 100 personnes auraient été arrêtées lundi, dont 41 à Goma, 28 à Kinshasa, 19 à Bunyakiri, 5 à Bukavu et une à Kalemie. La plupart des personnes ont été arrêtées alors qu’elles manifestaient, organisaient des manifestations, étaient simplement rassemblées dehors, ou simplement parce qu’elles portaient du rouge – symbolisant la « carte rouge » adressée à Kabila.

Onze membres de la coalition de partis d’opposition Rassemblement ont été arrêtés tandis qu’ils marchaient pacifiquement dans la rue dans le centre de Goma. Il s’agissait notamment de représentants de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), du Mouvement social pour le Renouveau (MSR), du Parti national pour la Démocratie et le Développement (PND) et de l’UDPS. Ils ont été arrêtés en présence d’une équipe d’observateurs des droits humains des Nations Unies et ont été transférés à la prison des services de renseignements de la police. Plus tard, les observateurs des droits humains se sont vu refuser l’accès aux personnes arrêtées.

L’activiste de LUCHA Fabrice Mutsiirwa a été arrêté à Goma lundi à 9 heures environ. Il est actuellement détenu dans le bureau du maire. Un autre activiste de LUCHA, Adolf Miruho, a été arrêté mardi matin, alors qu’il rendait visite à Fabrice. Un troisième activiste de LUCHA, Bienfait Katalanwa, a été enlevé dimanche par quatre hommes habillés en civil et relâché lundi soir.

À Kinshasa, les forces de sécurité ont été déployées en grand nombre à l’extérieur de l’université de Kinshasa, empêchant les étudiants de manifester pendant un affrontement qui a duré plusieurs heures lundi matin. Dans l’après-midi, les autorités à Kinshasa ont arrêté Franck Diongo, président du parti d’opposition Mouvement Lumumbiste Progressiste (MLP) et membre du Rassemblement, après qu’il ait, avec ses collègues, appréhendé trois hommes qui, selon Diongo, étaient des soldats de la Garde républicaine portant des vêtements civils. Diongo a expliqué qu’il craignait qu’ils n’aient été envoyés pour l’attaquer.

Tôt le lundi matin dans la ville de Butembo, dans l’est du pays, des combattants de milices ont affronté les forces de sécurité, faisant 13 morts selon les informations, dont un Casque bleu. À Manono dans l’ancienne province de Katanga, au moins 40 personnes ont été blessées lors d’une attaque présumément menée par une milice batwa lundi dans la nuit, d’après l’ONU. Des combats ont été rapportés le mardi entre une milice et l’armée congolaise dans la ville de Kananga, dans le sud du pays. Il est trop tôt pour connaître les circonstances exactes de ces attaques, mais la mobilisation accrue des groupes armés dans le contexte politique instable du pays est très évidente.

Dans le cadre d’une répression plus large des médias, les autorités ont coupé, lundi matin, les signaux de deux médias d’information congolais proches de l’opposition, Canal Congo TV (CCTV) et Radio Liberté Kinshasa. Le signal de Radio France Internationale (RFI), le média d’information international le plus important en RD Congo, est coupé à Kinshasa depuis le 5 novembre dernier. Le signal de RFI dans la ville voisine de Brazzaville est brouillé depuis le 18 novembre.

Au milieu de tout cela, à 23 h 45 lundi – alors que le bruit des sifflets, le tintamarre à coups de casseroles et ustensiles de cuisine et les slogans scandés pour le retrait de Kabila s’intensifiaient – la présentatrice des actualités d’une chaîne de la télévision nationale publique en RD Congo a annoncé que Kabila avait signé un décret, nommant près de 60 nouveaux ministres pour former un gouvernement dirigé par le Premier ministre Sami Badibanga. Le nouveau gouvernement inclut uniquement des membres de la coalition au pouvoir de Kabila et des partis de l’opposition qui ont participé au dialogue national soumis à la médiation de l’Union africaine. Les membres de la coalition Rassemblement et d’autres partis de l’opposition qui ont seulement pris part au dialogue en cours encadré par l’Église catholique n’ont obtenu aucun poste.

L’annonce faite à minuit a peut-être eu pour but de détourner l’attention des appels croissants au retrait de Kabila, tout en montrant aussi que le pays est toujours gouverné. Certains l’ont également considéré comme un affront, voire un rejet, vis-à-vis du Rassemblement et des pourparlers sous médiation de l’Église catholique.

Dans une autre tentative évidente de préserver l’impression que tout est sous contrôle, le conseiller diplomatique de Kabila, Kikaya Bin Karubi, a tenu une conférence de presse à Kinshasa lundi après-midi, lors de laquelle il a déclaré que « le président Kabila sera encore au pouvoir demain ». Il a indiqué que « seule la population peut faire pression sur Joseph Kabila » et qu’« à ce [qu’il] sache, elle ne le fait pas ».                                                  

De même, lundi, trois experts de l’ONU ont appelé les autorités à lever les restrictions « abusives » sur les manifestants, notamment une interdiction contraire à la loi et une répression sur les réseaux sociaux. « La répression ciblée des voix dissidentes de la société civile et des défenseurs des droits humains est contraire aux principes démocratiques », ont déclaré les experts. « Si la société civile n’est pas autorisée à exercer les droits à la liberté d’expression, à la liberté d’association et à la réunion pacifique, les manifestants vont inévitablement recourir à la violence, pour laquelle seules les autorités devront être blâmées. » Le gouvernement de France a aussi exprimé son inquiétude lundi face à la détérioration de la situation des droits humains dans le pays.

Hautes tensions en ce dernier jour du mandat de Joseph Kabila

Aujourd’hui aurait dû être le dernier jour au pouvoir du Président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, celui où il tendrait les rênes à un nouveau président élu, inscrivant le premier passage de pouvoir pacifique du pays d’un dirigeant démocratique à un autre.

Au lieu de cela, il ne montre aucun signe de départ.

Le dialogue organisé à la dernière minute entre les partis politiques de l’opposition et la coalition au pouvoir, avec le concours de l’Église catholique, n’a pas permis de trouver un accord. Les évêques ont quitté le pays samedi pour leur rassemblement de fin d’année au Vatican avec le Pape, en promettant que le dialogue reprendrait à leur retour le 21 décembre. Le principal obstacle : le refus de Joseph Kabila de s’engager à quitter ses fonctions à la fin de son second mandat conformément à la Constitution. Les innombrables requêtes émises par des acteurs congolais et internationaux pour l’y inviter ne sont pas non plus parvenues à le faire changer d’avis.

79 groupes de femmes issus de la RD Congo et du monde entier ont envoyé ensemble une lettre publique au Président Kabila le 15 décembre, l’appelant à faire ceci pour « arrêter la violence » et mener le pays « sur le chemin de la paix ».

Le directeur exécutif de Human Rights Watch Kenneth Roth a abondé dans leur sens en déclarant dans un rapport du 16 décembre que le Président Kabila est « la seule personne » à pouvoir empêcher « une violence généralisée et dans le chaos au cours des prochains jours... en prenant l’engagement public clair de quitter ses fonctions et en mettant fin à la répression brutale exercée par les personnes sous son commandement. » Le rapport décrit en détail la répression exercée par le gouvernement depuis septembre et comporte des recommandations visant à éviter une violence à grande échelle dans les jours à venir.

Toutefois, le gouvernement et les forces de sécurité semblent prendre des mesures drastiques et se préparer à intensifier la répression dans un avenir proche. Les forces de sécurité étaient déjà déployées en grand nombre ce week-end à Kinshasa, la capitale, ainsi qu’à Goma et dans d’autres villes. En outre, le gouvernement a ordonné aux compagnies de télécommunications de bloquer les sites de réseaux sociaux, mesure entrée en vigueur sur la plupart des réseaux de la RD Congo peu après minuit, la nuit dernière.

À Kinshasa, deux membres de ligues de jeunes pro-gouvernement ont dit à Human Rights Watch qu’ils avaient été convoqués hier à une réunion avec de hauts responsables de la sécurité, des renseignements et du gouvernement qui leur ont intimé d’infiltrer les manifestations prévues dans les jours à venir et de provoquer des pillages et des accès de violence afin de pousser les forces de sécurité à tirer sur les manifestants. Ils ont expliqué qu’ils étaient répartis en plusieurs groupes pour viser quatre quartiers de Kinshasa : Limete, Tshangu, le rond-point Ngaba et Kintambo-Magasin. On a promis à chacun 120 000 francs congolais (100 dollars US environ). Les recruteurs ont indiqué que quelques soldats étaient mêlés aux membres des ligues de jeunes, et qu’un revolver avait été remis à la personne responsable de chacun des quatre groupes.

Gloria Sengha, activiste de la LUCHA, est portée disparue à Kinshasa depuis le vendredi 16 décembre 2016.

© 2016 Privé

Les membres des ligues de jeunes avaient reçu des instructions similaires pour infiltrer les manifestations en septembre.

En attendant, davantage d’activistes et de membres de l’opposition ont été arrêtés ou sont portés disparus. Les activistes de la LUCHA Gloria Sengha et Musasa Tshibanda sont portés disparus à Kinshasa depuis vendredi ; puis samedi soir, Christian Badose et Andre Bismwa, deux membres de L’ECiDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement), parti politique de l’opposition, ont été arrêtés par des hommes en uniforme à Goma et emmenés vers une destination inconnue. Vendredi, cinq journalistes belges ont été expulsés et les autorités ont obligé un avion de transport du gouvernement belge à quitter Kinshasa.

Les déclarations ont déferlé ces derniers jours. Le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a appelé « le gouvernement [congolais], et en particulier ses forces de sécurité, à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir les droits à la liberté d’association et de rassemblement pacifique. » Le Pape a invité le peuple à prier pour la réussite des pourparlers, et la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD Congo (MONUSCO) a appelé au calme et toutes les parties à respecter les droits humains. La Haute-représentante de l’ Union européenne a déclaré qu’« en ce moment, plus que jamais », l’Union européenne appelle les autorités congolaises à assurer « le strict respect des libertés fondamentales, à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de tout usage disproportionné de la force dans leur réaction aux manifestations » et les acteurs de la société civile et de l’opposition à veiller au caractère pacifique de leurs actions.

En dépit des tensions croissantes, les représentants du gouvernement congolais ont affirmé que le 19 et le 20 décembre seront des jours normaux et que la « vie continue », alors que la police annonce que tout groupe de 10 personnes ou plus rassemblées sera dispersé. Les dirigeants de l’opposition ont appelé la population à « s’assumer » et aux forces de sécurité de ne pas tirer sur la population.

La LUCHA, mouvement de jeunes pro-démocratie, a appelé la population congolaise à « descendre massivement » dans les rues et à « user de tous les moyens légitimes » pour « récupérer sa souveraineté des mains de Kabila ». Elle exhorte la population à s’abstenir de tout acte de violence et les forces de sécurité à montrer qu’elles sont « du côté du peuple ». Elle précise que les manifestations débuteront lundi et se poursuivront « jusqu’au départ effectif de Kabila, quel que soit le temps que cela prendra. » La LUCHA a également fait son « dernier appel » au Président Kabila pour qu’il annonce sa démission avant lundi minuit et qu’il quitte la présidence « honorablement ».

Joseph Kabila devrait respecter la Constitution et écouter cet appel, et toutes les parties devraient observer les appels à la non-violence.

La fortune familiale, et pourquoi Kabila pourrait s’accrocher au pouvoir en RD Congo

Lors d’une enquête novatrice publiée jeudi par Bloomberg News, des journalistes ont pour la première fois inventorié le réseau d’affaires tentaculaire amassé par le Président Joseph Kabila et sa famille en République démocratique du Congo et au-delà.

Le Président Joseph Kabila au siège de l'Union africaine à Addis Abeba, en Éthiopie, le 24 février 2013. 

© 2013 Reuters

Au cours de l’année écoulée, les journalistes Michael Kavanagh, Thomas Wilson et Franz Wild, avec l’appui du Pulitzer Center on Crisis Reporting et du Groupe d’Étude sur le Congo, ont analysé des milliers de documents d’entreprises et de dossiers de tribunaux et interviewé des dizaines de parties prenantes. Ils ont constaté que la famille Kabila, notamment le Président, son épouse, ses deux enfants et huit de ses frères et sœurs, est impliquée dans au moins 70 entreprises qui ont rapporté des millions de dollars à la famille. Deux des entreprises familiales possèdent des permis de prospection de diamants sur une étendue de 725 km le long de la frontière sud-ouest avec l’Angola.

« Ensemble, les Kabila ont établi un réseau d’affaires qui s’étend à tous les volets de l’économie du Congo » a souligné le rapport. « Le réseau tentaculaire peut en partie expliquer pourquoi le Président reste sourd aux appels des États-Unis, de l’Union européenne et d’une majorité du peuple congolais de céder le pouvoir la semaine prochaine, fait contesté par ses conseillers. » (Le mandat de Kabila prend fin le 19 décembre, comme l’impose la constitution).

Selon Francis Kalombo, l’un des proches alliés de Kabila jusqu’à ce qu’il joigne les rangs de l’opposition l’an dernier, Kabila a déclaré en privé qu’il restait à la présidence. « Il ne va pas se donner autant de mal, faire tous ces efforts pour juste un an de plus » a déclaré Kalombo aux journalistes. « Pour lui, c’est pour la vie ».

L’étude a aussi découvert la manière dont la famille s’est appuyée sur la Garde républicaine, unité de forces d’élite composée de quelques 12 000 soldats, essentiellement chargée de protéger le président, pour garantir ses intérêts commerciaux et ses propriétés foncières, souvent par l’intimidation et la peur. Les journalistes de Bloomberg ont décrit que, dans l’une des concessions de diamants, ils ont vu des mineurs remettre des « seaux de graviers potentiellement remplis de gemmes, taxe informelle » lorsque passaient les soldats de la Garde républicaine. Dans un gisement de cobalt du nom de Wisky où les mineurs disent qu’ils « travaillaient pour la famille présidentielle sous la supervision des soldats de la Garde républicaine », plus de 100 mineurs sont morts dans des éboulements au cours d’une période de six semaines à la fin de 2015 selon le magazine belge Moustique. Un mineur interviewé par Bloomberg a déclaré que le nombre total de morts était sensiblement supérieur à cela.

Le rapport de Bloomberg indiquait aussi comment les soldats de la Garde républicaine accompagnaient l’épouse du Président, Olive Lembe, alors qu’elle exigeait des agriculteurs de « retirer leurs abris de fortune ou assister à leur destruction par les soldats » après son achat d’une ferme d’élevage à Kilolirwe (Nord-Kivu).

Human Rights a aussi documenté la manière dont la première dame s’est appuyée sur la Garde républicaine pour évincer les familles de leurs habitations après avoir acquis les terres sur lesquelles elles vivaient. Plus de 20 témoins ont déclaré que les soldats de la Garde républicaine avaient incendié plusieurs dizaines d’habitations à Kilolirwe en juillet 2014, en disant aux habitants, « partez, déguerpissez ». Un mois auparavant, le chef du village avait dit à la population de partir : « Olive Lembe m’a demandé de vous dire qu’elle a déjà acheté les terres ». La première dame est apparue ultérieurement à un rassemblement public pour ordonner à la population de quitter les lieux, faute de quoi, ils seraient expulsés.

Le rapport de Bloomberg se termine par une réflexion de l’ancien chef du crédit d’une banque en RD Congo dominée par la famille du président : « Ceux qui maintiennent réellement Kabila au pouvoir » dit-il, sont « le réseau de personnes qui gèrent les entreprises privées de la famille. …Si vous voulez que Kabila prête attention, il faut viser les financiers ». 

Des activistes congolais arrêtés devant la CENCO

Les forces de sécurité congolaises ont arrêté une dizaine de jeunes activistes mardi à Kinshasa, devant l’immeuble où les évêques catholiques assurent la médiation du dialogue entre la coalition au pouvoir et l’opposition, destiné à résoudre l’impasse politique dans laquelle se trouve la RD Congo. Au moins six d’entre eux sont toujours en détention. Le second et dernier mandat du Président Joseph Kabila autorisé par la constitution prend fin le 19 décembre.

Des activistes pro-démocratie ont organisé un sit-in devant le siège de la CENCO à Kinshasa, appelant tous les participants au dialogue à respecter la constitution, le 13 décembre 2016.

© 2016 Privé

Filimbi et d’autres mouvements de jeunes avaient organisé un sit-in pacifique pour appeler tous les participants au dialogue à respecter la constitution, notamment pour appeler Joseph Kabila à quitter ses fonctions à la fin de son mandat lundi prochain.

Carbone Beni, représentant de Filimbi pour Kinshasa, faisait partie des personnes arrêtées. Le 19 novembre, des assaillants inconnus l’avaient enlevé et violemment passé à tabac avant de le relâcher le lendemain matin. 

Le 11 décembre, la police a mis fin à un concert prévu par Filimbi à Masina, quartier de Kinshasa : elle a démonté le podium, saisi les instruments de musique et arrêté au moins six musiciens, toujours en détention à ce jour. Le concert était organisé pour sensibiliser à la campagne « Bye Bye Kabila » lancée par des mouvements de jeunes le 26 novembre.

Dans l’est de la RD Congo, neuf membres du mouvement de jeunes LUCHA arrêtés à Goma et à Bunia fin octobre sont toujours en détention.

L’UE et les États-Unis imposent des sanctions contre de hauts responsables de RD Congo

Une semaine avant la fin du second mandat du président Joseph Kabila, le 19 décembre, date à laquelle la constitution lui impose de quitter ses fonctions, les États-Unis et l'Union européenne (UE) ont annoncé l'imposition de sanctions ciblées à l'encontre de hauts responsables de la République démocratique du Congo.

Ces sanctions - qui consistent en des interdictions de voyager à l'étranger et un gel des avoirs financiers - envoient un message sans ambiguïté selon lequel les personnes responsables d'avoir planifié, ordonné et exécuté la violente répression de l'opposition devront en subir des conséquences – quel que soit leur grade ou leur poste.

Kalev Mutondo (deuxième en partant de la gauche), le directeur de l’Agence nationale de renseignements (ANR) en RD Congo, en compagnie de Marie Olive Lembe, la Première dame, et du président Joseph Kabila lors des célébrations pour l’anniversaire de l’indépendance du pays à Kindu, capitale de la province du Maniema, le 30 juin 2016.

© 2016 Reuters

Dans une décision qui étaient attendue par de nombreux Congolais, les États-Unis sont allés plus haut dans la chaîne de commandement qu'avec leurs sanctions annoncées en juin et en septembre, ciblant Kalev Mutondo, directeur de l'Agence nationale de renseignements congolaise, et Évariste Boshab, vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur. Ces deux hommes ont été pour l'essentiel les chevilles ouvrières de la répression exercée à l'encontre d'activistes pro-démocratie, de l'opposition politique, de manifestants pacifiques et des médias au cours des deux dernières années, alors que Kabila cherchait à se maintenir au pouvoir au-delà de l'expiration de son mandat.

Le Département du Trésor américain a affirmé, dans une déclaration, que le gouvernement congolais « continuait de réprimer l'opposition politique et de retarder les progrès politiques dans le pays, souvent par des moyens violents », et que Mutondo et Boshab avaient été désignés pour « s'être livrés à des actes ou avoir mené des politiques de nature à affaiblir les processus ou les institutions démocratiques » en RD Congo.

Plus tôt dans la journée, le Conseil des ministres des affaires étrangères de l'UE avait par ailleurs annoncé des sanctions ciblées contre sept responsables de haut rang du secteur de la sécurité en RD Congo. Parmi eux figurent quatre individus qui selon l’UE ont « contribué en les planifiant, dirigeant ou commettant, à des actes constituant de graves violations des droits de l'homme en RDC »: Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine; Gabriel Amisi Kumba, commandant de l'armée congolaise (FARDC) dans la région occidentale du pays; Ferdinand Ilunga Luyolo, commandant de la Légion nationale d'intervention (LENI) de la Police nationale congolaise, une unité anti-émeutes; et Célestin Kanyama, commissaire de la Police nationale congolaise (PNC) à Kinshasa.

L'UE a imposé des sanctions à trois autres personnalités de haut rang « faisant obstacle à une sortie de crise consensuelle et pacifique en vue de la tenue d'élections en RDC, notamment par des actes de violence, de répression ou d'incitation à la violence, ou des actions portant atteinte à l'état de droit »: John Numbi, ancien inspecteur général de la PNC ; Roger Kibelisa, chef du département de la sécurité intérieure de l'agence nationale de renseignements (ANR); et Delphin Kahimbi, chef du service du renseignement militaire.

Les mesures fortes prises par l'UE et les États-Unis reflètent une vive préoccupation au sujet de la direction dans laquelle la RD Congo se dirige, et du risque réel que le pays puisse sombrer dans des violences à grande échelle dans les semaines à venir.

Le 1er décembre, le Parlement de l'Union européenne a exhorté l'UE à adopter des sanctions ciblées à l'encontre de responsables de haut rang du gouvernement congolais et des forces de sécurité, après que l'UE eut annoncé en octobre qu'elle utiliserait « tous les moyens à sa disposition » contre les individus responsables de graves violations des droits humains, ou qui font la promotion de la violence « ou qui feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique et respectueuse de l'aspiration du peuple congolais à élire ses représentants ». Le 9 décembre, 72 organisations de défense des droits humains congolaises et 15 organisations internationales ont émis une déclaration, dans laquelle elles appelaient les États-Unis et l'UE à élargir les sanctions ciblées.

Le président Kabila et les autres hauts représentants du gouvernement devraient maintenant agir pour mettre fin aux mesures de répression, y compris en autorisant les manifestations pacifiques et en donnant l’ordre aux forces de sécurité de ne pas faire un usage excessif de la force, en libérant les prisonniers politiques et en abandonnant les poursuites injustes contre les dirigeants politiques et les activistes pro-démocratie, et en rouvrant les médias qui ont été fermés.

Le point le plus crucial est que le président Kabila s’engage publiquement à respecter la constitution et qu’il annonce qu’il quittera ses fonctions.
 

Des groupes de défense des droits humains appellent l’UE et les États-Unis à sanctionner de hauts responsables congolais

En vue d’endiguer la violence au cours des semaines à venir, 72 organisations congolaises et 15 organisations internationales de défense des droits humains ont publié, aujourd’hui une déclaration engageant les États-Unis et l’Union européenne à étendre les sanctions ciblées imposées à l’encontre des hauts responsables de la République démocratique du Congo mis en cause dans de graves violations des droits humains. Le Conseil des affaires étrangères de l’UE doit débattre de la situation en RD Congo lundi.

Pendant ce temps, la cérémonie d’ouverture qui s’est tenue hier pour marquer le début des pourparlers entre les groupes d’opposition politique et les membres de la coalition au pouvoir devant se dérouler grâce à la médiation de l’Église catholique, donne une lueur d’espoir de voir les parties parvenir à une solution négociée avant la date butoir du 19 décembre (date à laquelle se termine le deuxième mandat du Président Joseph Kabila conformément à la limite imposée par la constitution). Les pourparlers ont été suspendus jusqu’à mardi tandis que les débats sur les listes de participants se poursuivaient aujourd’hui.

Tout accord devrait impérativement comporter des mesures concrètes visant à mettre fin aux mesures de répression orchestrées par le gouvernement, sur la liberté d’expression et de réunion pacifique. La répression du gouvernement s’est poursuivie cette semaine, la police de la ville orientale de Bunia ayant empêché une douzaine de membres du mouvement de jeunesse Filimbi d’organiser un sit-in, mercredi matin. Les activistes voulaient remettre une lettre appelant les députés provinciaux et autres administrateurs à se démettre de leurs fonctions le 19 décembre.

Le maire de Bunia a déclaré avoir interdit la manifestation pour se conformer aux ordres reçus dans une lettre du ministre de l’intérieur Évariste Boshab en date du 3 novembre, adressée à tous les gouverneurs, lettre disant que Filimbi et le mouvement de jeunesse LUCHA ne sont pas des groupes légalement enregistrés et donc pas autorisés à de quelconques activités. Cela va à l’encontre de la législation congolaise, qui n’exige pas des citoyens d’enregistrer leur organisation pour tenir une réunion pacifique.

La journaliste de la radio-télévision Adèle Uvon a été relâchée lundi après son arrestation en même temps que celle de cinq activistes de LUCHA la semaine dernière à Bunia. Elle n’a pas été inculpée. Les activistes de LUCHA – Franck Bahati, Deogratias Kiza, Lombo Bahati, Célestin Tambwe, et Luc Malembe – ont été transférés à la prison centrale de Bunia mercredi après avoir été inculpés « d’incitation à la désobéissance », chef d’accusation apparemment à motifs politiques.

À Goma, les agents du renseignement militaire ont arrêté jeudi l’activiste de LUCHA Justin Mutabesha, juste après la confiscation par des agents d’immigration d’un carton de T-shirts LUCHA et ont détenu le jeune homme qui s’était rendu en Ouganda pour les imprimer et les livrer. Selon les activistes de LUCHA, les T-shirts disaient « LUCHA – Lutte pour le Changement » sur le devant et « #FreeLUCHA » au dos. Mutabesha reste détenu à la prison du renseignement militaire T2, sans accès à son avocat, tandis que l’on ignore où se trouve le jeune homme qui a livré les T-shirts.

Trois autres activistes de LUCHA, Jacques Muhindo, Fiston Dunia, and Glody Ntambwe arrêtés à Goma le 24 octobre après avoir dénoncé le « dialogue national », restent en détention à la prison centrale.

À Bukavu, la suppression de la liberté de réunion et l’inquiétude apparente des autorités concernant toute mobilisation des jeunes s’est étendue aux manifestations d’étudiants débutées vendredi dernier pour protester contre une augmentation de 25 % des droits d’inscription à l’Institut supérieur pédagogique (ISP). Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les nombreux manifestants, blessant au moins deux étudiants et peut-être d’autres.

Le Conseil de sécurité de l'ONU lance un cri d'alarme au sujet d'éventuelles violences en RD Congo

Le Conseil de sécurité de l'ONU mène des consultations à New York au sujet de l'escalade de la crise politique en RD Congo, le 5 décembre 2016.

© 2016 Timo Mueller/Human Rights Watch

Après une visite en République démocratique du Congo le mois dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a mené des consultations lundi à New York au sujet de l'escalade de la crise politique dans le pays.

Les 15 membres du Conseil, le chef de la mission de maintien de la paix de l'ONU en RD Congo (MONUSCO), Maman Sidikou, et le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, Tayé-Brook Zerihoun, partageaient le même profond sentiment d'appréhension. Il reste maintenant moins de deux semaines avant la fin du deuxième mandat du président Joseph Kabila le 19 décembre.

Dans une déclaration ferme, le Président du Conseil a insisté sur les préoccupations concernant « le risque de déstabilisation que l’absence de règlement rapide et consensuel de la crise politique actuelle fait peser sur le pays et la région dans son ensemble ».

Pour reprendre les propos de l'ambassadeur de Nouvelle-Zélande, « les avertissements adressés au Conseil de sécurité n'ont pas fait défaut quant au risque de conflit en RD Congo ».

L'Angola a évoqué la menace pour « la paix et la sécurité dans la région », appelant tous les protagonistes de la crise à éviter la violence « à tout prix ». L'ambassadeur d'Ukraine a mis en garde sur le fait que « si la situation s'enfonce dans la violence, il n'y aura pas de gagnants, mais uniquement des perdants » rappelant aux membres du Conseil que la « mort des manifestants [en septembre] est encore vive dans nos mémoires. » Il a appelé à « la plus grande retenue. »

Partageant le sentiment d'urgence, la France a averti qu'en cas de « spirale de la violence, personne ne peut dire ni où ni quand elle prendra fin ». Faisant preuve de davantage de modération malgré son inquiétude, l'ambassadeur de Chine a fait remarquer que le « processus politique est à un stade critique » et que la situation en matière de sécurité « demeure fragile ».

L'ambassadeur du Royaume-Uni a prévenu que « nous connaissons tous la suite s'il [le président Kabila] prend la mauvaise décision. Elle s'est illustrée dans les rues ensanglantées de Kinshasa en septembre dernier. Nous ne pouvons permettre la répétition d'une telle barbarie dans quinze jours. » Il a appelé le Conseil à envoyer un message sans équivoque à Joseph Kabila lui demandant de prendre l'engagement de ne pas se présenter pour un troisième mandat présidentiel. « La limite de deux mandats ne peut pas être modifiée », a-t-il déclaré, « et certainement pas uniquement pour cadrer avec les desseins politiques d'un seul homme ». L'ambassadeur a ajouté qu'il devrait y avoir des « conséquences » pour Joseph Kabila s’il en décidait autrement. Il a également appelé le Conseil de sécurité à s'inspirer de l'Union européenne, qui a menacé d'imposer des sanctions aux membres des forces de sécurité congolaises responsable de graves abus.

« Joseph Kabila doit déclarer clairement, en public, qu'il ne sollicitera pas un troisième mandat », a déclaré l'ambassadrice américaine. Elle a souligné que des « élections pouvaient se tenir en 2017 », car il ne s'agit pas d'un « problème technique », mais d'un « problème de volonté politique ».

Presque tous les ambassadeurs ont appelé l'ensemble des acteurs politiques en RD Congo à reprendre le dialogue afin de trouver un compromis acceptable. À cet égard, l'ambassadrice américaine a mentionné les efforts de l'Église catholique qui « représentent le meilleur espoir », selon elle, tandis que le Japon en a appelé au « dialogue direct » entre le président Kabila et le chef d'opposition Étienne Tshisekedi.

En ce qui concerne le rôle de la MONUSCO, l'ambassadeur du Royaume-Uni a insisté sur le fait que « la plus importante mission de maintien de la paix déployée dans le monde dotée d'un mandat clair de protection vigoureuse des civils ne peut pas demeurer les bras croisés si des civils sont menacés ». Le chef de la MONUSCO, Maman Sidikou, a explicité les mesures prises par la mission pour affiner ses plans d'urgence en vue de désamorcer le risque de violence et protéger les civils. Toutefois, il a souligné que ces efforts « ne sont peut-être pas suffisants pour atténuer ou répondre de manière adéquate à toute flambée de violence à caractère politique ». Il a en outre précisé que la force militaire et policière de la mission onusienne à Kinshasa « est mise à rude épreuve ».

Cédant peut-être aux pressions, le président Kabila a rencontré lundi la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l'assemblée des évêques catholiques de la RD Congo. La présidence a publié ultérieurement une déclaration selon laquelle le président avait exhorté les évêques à poursuivre leurs efforts de médiation, ce qui s'apparente à un retournement par rapport à la déclaration publiée vendredi par sa coalition au pouvoir aux termes de laquelle les efforts de médiation des évêques catholiques étaient qualifiés d'échec.

Le président Kabila devrait maintenant franchir l'étape suivante et passer aux actes avant le 19 décembre, y compris, – et surtout, – s'engager publiquement à quitter ses fonctions et à ne pas chercher à modifier la Constitution ou à se présenter pour un troisième mandat.

La MONUSCO devrait également tenir compte de l'appel lancé par les membres du Conseil de sécurité et s'assurer que la mission est prête à tout mettre en œuvre afin de protéger la population dans un contexte d'éventuelles violences politiques le ou aux alentours du 19 décembre. Enfin, les États membres de l'ONU, notamment les fournisseurs de contingents policier et militaire de la MONUSCO, devraient garantir à la mission les ressources et la volonté de s'acquitter efficacement de son mandat.

Les efforts de médiation par l’Église catholique en RD Congo peinent à porter leurs fruits

Après un mois de diplomatie de l'Église catholique afin de surmonter l'impasse politique en République démocratique du Congo, la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila a écarté aujourd’hui cet effort en le qualifiant d’« échec ». Cela pourrait bloquer toute chance d'un accord inclusif avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la Constitution prend fin.

Des archevêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 2 décembre 2016.

© 2016 Human Rights Watch

Lors d'une conférence de presse aujourd'hui à Kinshasa, à laquelle Human Rights Watch a assisté, les archevêques de la Conférence épiscopale nationale de l'Église catholique du Congo (CENCO) ont noté que plusieurs des questions les plus controversées restaient sans solution. Les archevêques ont également appelé à des échanges directs entre les parties prenantes. Ils ont déclaré que les divergences concernaient la Constitution et comment elle doit être respectée ; les séquences, le calendrier et le financement des élections ; l'indépendance de la commission électorale ; le fonctionnement des institutions pendant la période de la transition ; et les mesures de décrispation politique.

Les archevêques ont déclaré que si les parties prenantes « s’y engagent et font preuve de bonne volonté », un compromis politique est toujours à portée de main. Avertissant que « l'heure est grave », la CENCO a appelé toutes les parties à agir de manière responsable pour « éviter à notre pays de sombrer dans une situation incontrôlable ». 

Quelques heures après la conférence de presse, la majorité présidentielle a publié une déclaration qualifiant les efforts de la CENCO d’« échec ». La coalition au pouvoir a accusé l'opposition de « contradictions flagrantes » et de certaines « exigences attentatoires à l'esprit et à la lettre de la Constitution », regrettant « le temps ainsi inutilement perdu ». Ses délégués alors demandé au président de mettre en œuvre l'accord du « dialogue national », qui permettrait à Kabila de rester au pouvoir au moins jusqu'en avril 2018, et que la plupart des principaux partis d'opposition n'ont pas signé.

La coalition d'opposition « Rassemblement » « a noté avec satisfaction » l’implication continue des archevêques « dans la recherche d’une solution appropriée » à la crise qui « frappe » la RD Congo « et peut l’entraîner dans le chaos ». Elle a réitéré son engagement et sa volonté de participer à un « dialogue réellement inclusif » et a appuyé l'appel à des négociations directes entre les parties pour trouver une solution pacifique à la crise avant la fin du second mandat de Kabila.

À la demande du président Kabila, les évêques catholiques avaient entamé des consultations début novembre avec l'opposition et des organisations de la société civile, recherchant, comme nous l'a confié un des évêques, un consensus qui empêcherait le pays de sombrer dans la violence après le 19 décembre.

D'autre part, Rodrigue Bintene Mimbo, chercheur à l'institut de sondage congolais Bureau d'Étude de Recherche et de Consulting International, a été libéré de détention hier. Des agents du renseignement l'ont arrêté le 26 juin 2016, après qu’il avait passé deux semaines à mener des recherches dans la province centrale de Sankuru, en RD Congo, pour un sondage  d'opinion publique, qui a révélé que les trois quarts des personnes interrogées souhaitaient que le président Kabila quitte ses fonctions le 19 décembre. Mimbo n’a jamais été accusé d’aucun crime.

Arrestation de cinq jeunes activistes congolais qui demandaient le respect des droits

Jeudi dernier, à Bunia, une ville dans l’est de la République démocratique du Congo, les forces de sécurité ont arrêté cinq membres du mouvement de jeunes prodémocratie Lutte pour le changement (LUCHA), tandis qu’un représentant de l’ONU mettait en garde contre le danger du « bâillonnement des voix critiques » dans ce pays.

Banderole déployée lors du lancement de la campagne « Bye Bye Kabila » à Bunia, en RD Congo.

© 2016 Privé

Les arrestations se sont produites alors que les activistes essayaient de tenir une conférence de presse afin d’exhorter le Président Joseph Kabila à quitter ses fonctions à la fin de son second et dernier mandat autorisé par la constitution le 19 décembre. Un journaliste a également été arrêté. Ils étaient toujours en détention à l’heure de la rédaction de ce blog.

Samedi, la LUCHA, le mouvement de jeunes Filimbi, les branches jeunesse du Rassemblement, une coalition d’opposition, et du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), un parti d’opposition, ont lancé une campagne intitulée « Bye Kabila » à Kinshasa, la capitale. Les autorités ont interdit le rassemblement prévu et ont détenu brièvement un activiste et journaliste. Deux jours auparavant, le 24 novembre, un activiste de Filimbi, Jeef Mabika, a été arrêté par les forces de sécurité congolaises. Jeudi, il a été relâché provisoirement après avoir payé une caution. Totoro Mukenge, président de l’Union des jeunes Congolais pour le changement (UJCC), a également été libéré vendredi après avoir été détenu au secret par l’agence de renseignements depuis le 16 septembre, sans chef d’inculpation ni accès à sa famille ou à un avocat. 

Dans une déclaration à la presse, David Kaye, Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression, a déclaré que « le bâillonnement des voix critiques par des arrestations, la censure et d’autres formes de contrôle gouvernemental posent d’importants risques pour la stabilité du pays déjà gravement fragile ». Il a ajouté que « la liberté d’expression en RDC est de plus en plus menacée par la pénalisation des critiques et de l’opposition, notamment par l’imposition de peines sévères. »

Jeudi également, le Parlement européen a dénoncé l’espace politique de plus en plus restreint, a demandé la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques et a exhorté l’Union européenne à adopter des sanctions ciblées contre les hauts fonctionnaires du gouvernement congolais et des forces de sécurité « responsables de la répression violente des manifestations et de l’impasse politique qui empêche une transition de pouvoir pacifique et respectueuse de la Constitution », notamment Kalev Mutond, le général-major John Numbi, le général Ilunga Kampete, le général-major Gabriel Amisi Kumba et le général Célestin Kanyama.

Attaque contre la maison d'un dirigeant de l'opposition en RD Congo

Tôt dans la matinée d'aujourd'hui, des assaillants non identifiés ont incendié le portail d'entrée de la maison du dirigeant d'opposition Gabriel Kyungu dans la ville de Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo. Depuis qu'il a quitté le parti au pouvoir en septembre 2015 pour rejoindre la coalition d'opposition G7, Gabriel Kyungu, âgé de 78 ans et fondateur de l'Union nationale des fédéralistes du Congo (UNAFEC), a été soumis à un harcèlement continu de la part des autorités.

Le portail d'entrée de la maison du dirigeant congolais d'opposition Gabriel Kyungu (située à Lubumbashi dans le sud du pays), qui a été partiellement incendié tôt dans la matinée du 30 novembre 2016.

© 2016 Privé
 

Le 25 novembre, une commission parlementaire a été créée pour déterminer s'il convenait de priver Gabriel Kyungu de son immunité politique sur la base d'allégations selon lesquelles il aurait insulté le président Joseph Kabila en avril.

Le 19 novembre, des dizaines d'assaillants non identifiés ont saccagé les maisons de Mwando Simba, un des dirigeants de la coalition d'opposition G7, et de son fils, le parlementaire Christian Mwando, également à Lubumbashi. Le même jour, la police a encerclé la résidence de Gabriel Kyungu, ce qui correspond à une tactique d'intimidation communément utilisée contre des dirigeants d'opposition.

Cette semaine également, les autorités ont remis mardi en liberté provisoire Bruno Tshibala, secrétaire général adjoint d'un des principaux partis d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UPDS), et porte-parole du Rassemblement, une coalition d'opposition. Les responsables de l'immigration l'avaient arrêté le 9 octobre à l'aéroport international de Kinshasa alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion en direction de Bruxelles. Il demeure accusé de complot en vue de commettre un massacre et des actes de pillage et de destruction, accusations qui apparaissent motivées par des considérations politiques.

Sombres mises en garde sur la crise en RD Congo devant le Congrès américain

L'un après l'autre, les orateurs ont évoqué la même inquiétude : si une solution ne peut pas être rapidement trouvée à la crise politique en République démocratique du Congo, le pays pourrait sombrer dans la violence.

Participants à une séance d’auditions tenue par la Commission des droits de l'homme Tom Lantos au Congrès des États-Unis le 29 novembre 2016 sur la crise en RD Congo. En haut (de g, à d.) : Fred Bauma, Mvemba Phezo Dizolele, Ida Sawyer. En bas (de g, à d.) : Sasha Lezhnev, Tom Malinowski, Tom Perriello.

© 2016 Timo Mueller/Human Rights Watch

« Si ce problème se règle dans la rue, ce sera un désastre pour le peuple congolais », a déclaré Tom Perriello, Représentant spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs d'Afrique. « Tout est possible. »

Tom Perriello était l'un des orateurs aujourd'hui, lors d'une séance d'auditions au Congrès sur la situation en matière de droits humains et de démocratie en RD Congo.

Tous les orateurs, deux représentant le gouvernement américain et quatre parlant au nom d'organisations non gouvernementales et du monde universitaire, ont exprimé des inquiétudes au sujet de l'existence d'un gros potentiel de violence et de nouvelles répressions à l'approche de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président Joseph Kabila devrait, selon la constitution, quitter ses fonctions à l'expiration de son second mandat.

Dans sa dépositionIda Sawyer, chercheuse senior sur la RD Congo à Human Rights Watch, a déclaré vouloir « exposer devant le Congrès la gravité de la situation et le rôle important que le gouvernement américain peut jouer pour aider à éloigner la RD Congo du bord du précipice ».

Tom Perriello a souligné l'existence d'un « profond réservoir de défiance des deux côtés » de la classe politique. Bien « qu'il soit encore temps d'organiser une transition pacifique », il a déclaré craindre que la violente répression de manifestations en septembre « soit un aperçu de tactiques qui sont prêtes à être utilisées, et que la situation puisse devenir très rapidement incontrôlable. »

Tom Malinowski, Secrétaire d'État adjoint chargé de la démocratie, des droits humains et du travail, a également fait part de ses inquiétudes quant à la possibilité d'une répression sanglante, affirmant : « la mauvaise nouvelle, c'est que ce qui s'est passé au Burundi peut très bien se produire en RDC ». Mais, a-t-il ajouté, « la porte est encore ouverte » pour aider à éviter la crise. Le Représentant James P. McGovern, qui présidait la réunion, est convenu qu'une crise était « évitable. »

De nombreux orateurs se sont exprimés fermement en faveur de sanctions ciblées contre les responsables de haut rang qui sont responsables de graves abus en RD Congo. Tom Perriello a affirmé que les sanctions déjà en place contre trois hauts responsables de la sécurité ont été « extrêmement importantes et remarquées ».

« Je peux vous assurer que les sanctions ciblées ont eu un effet dissuasif notable et ont ébranlé les personnes impliquées dans des abus », a déclaré Ida Sawyer, qui s'est vu interdire de continuer à travailler dans le pays depuis août. Tom Malinowski a déclaré au Congrès que le gouvernement américain avait concentré ses efforts le mois dernier sur une « multilatéralisation » des sanctions ciblées, encourageant l'Union européenne à imposer son propre paquet de sanctions ciblées.

Tom Perriello a confirmé que le gouvernement américain allait « continuer à envisager de nouvelles cibles » pour les sanctions, soulignant que « l'objectif est braqué sur les individus responsables [d'abus] ». 

Ida Sawyer a invité l'administration américaine à entendre cet appel et à sanctionner le directeur de l'agence congolaise de renseignement, Kalev Mutond ; le vice-Premier ministre Évariste Boshab ; et le commandant de la Garde républicaine, le général Ilunga Kampete. 

Fred Bauma, un activiste congolais membre du mouvement de jeunesse Lutte pour le changement (LUCHA), qui en compagnie d'Yves Makwambala a passé 17 mois en prison pour des chefs d'accusation fabriqués de toutes pièces comme beaucoup d'autres prisonniers politiques, a appelé le gouvernement (américain) à appliquer davantage de sanctions financières aux individus impliqués dans des « malversations et des scandales. » Sasha Lezhnev, Directeur adjoint chargé de la politique à l'ONG Enough Project, a exposé les détails techniques des sanctions financières.

De nombreux orateurs sont convenus que soutenir les efforts de médiation de l'Église catholique demeurait l'une des voies les plus prometteuses vers une résolution pacifique de la crise.  

Mvemba Phezo Dizolele, chargé de conférences à la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, a appelé le Congrès à ne pas perdre de vue que la responsabilité de la crise est principalement celle des dirigeants politiques et qu'il est important de dialoguer avec le président Kabila, « l'homme qui détient la clé » de la résolution de la crise. Se faisant l'écho de cette déclaration, Ida Sawyer a souligné la « nécessité de montrer à Kabila qu'il existe une porte de sortie honorable. » Précédemment, Tom Perriello avait estimé que Kabila – qui a « surpassé les attentes » en tant que dirigeant – pouvait encore partir en « héros ».

Du fait que la classe politique au pouvoir en RD Congo semble fermement convaincue que le président-élu américain Donald Trump sera plus laxiste dans son approche de la crise, Dizolele et Lezhnev ont appelé le Congrès à faire valoir auprès de Donald Trump l'importance qu'il y a à nommer un nouveau Représentant spécial en RD Congo, ce que le représentant James McGovern n'a pas exclu.

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À lire aussi :

RadioOkapi.net

Des organisations de jeunesse congolaises lancent une campagne « Bye bye Kabila »

Des organisations de jeunesse congolaises multiplient les appels pour que le président Joseph Kabila abandonne le pouvoir le 19 décembre à la fin de son second mandat, comme le prévoit la constitution.

Jeef Mabika, un activiste du mouvement pro-démocratie Filimbi arrêté par les forces de sécurité congolaises le 24 novembre 2016.

© 2016 Privé

Samedi, les mouvements de jeunesse pro-démocratie Lutte pour le changement (LUCHA) et Filimbi, en coordination avec les branches jeunesse du Rassemblement, une coalition d'opposition, et du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), un parti d'opposition, ont lancé une campagne intitulée « Bye Bye Kabila » et entamé un compte à rebours du temps qui reste jusqu'au dernier jour du second mandat de Joseph Kabila.

La police a tenté d'intimider et d'arrêter les organisateurs avant le déclenchement de cette opération, dans ce qui représente le dernier en date des efforts oppressifs de la police pour étouffer les manifestations publiques de protestation. Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, a appelé les organisateurs à annuler leurs activités car leurs organisations ne sont pas légalement agréées, alors qu'il n'y a pas de nécessité juridique d'être homologué en tant qu'organisation agréée pour tenir une réunion politique pacifique en RD Congo. Les forces de sécurité ont arrêté un activiste de Filimbi, Jeef Mabika, jeudi matin à son domicile. Son sort demeure inconnu à ce jour.

Samedi, un membre de la branche jeunesse du Rassemblement, Bony Mputu Dikasa, a décidé de ne pas participer à la campagne de sensibilisation après avoir repéré des hommes d'allure suspecte qui observaient les activistes. Il a quitté les lieux mais a alors été suivi par trois hommes armés en civil. Ceux-ci l'ont ensuite interpellé, l'ont menacé avec un revolver, l'ont questionné sur son rôle dans la campagne, et l'ont gardé à vue pendant plusieurs heures. Un capitaine de la police lui a déclaré par la suite que les autorités surveillaient de près les mouvements de son organisation. Un membre de sa famille a été obligé de payer pour sa remise en liberté. Un autre activiste de Filimbi aurait été lui aussi arrêté le même jour, mais les détails de son arrestation et le lieu où il se trouve actuellement ne sont pas connus.

Un cameraman congolais, qui tentait de filmer des images de la campagne, a été arrêté et gardé à vue pendant deux heures par des hommes habillés en civils.

En dépit de ces arrestations, une vingtaine d'activistes des mouvements de jeunesse ont réussi à distribuer des tracts dans le quartier de Kasavubu, à Kinshasa, samedi, annonçant le lancement de la campagne « Bye bye Kabila ».

Imposer des sanctions ciblées à la RD Congo avant qu’il ne soit trop tard

De gauche à droite: le général Célestin Kanyama (© 2013 Privé); le général Gabriel Amisi (© 2016 Privé); Évariste Boshab (© 2015 Radio Okapi/Ph. John Bompengo).

Moins d’un mois avant la date butoir du 19 décembre marquant la fin de la limite des deux mandats du président Joseph Kabila autorisés par la constitution, celui-ci n’a toujours pas clairement déclaré si et quand il quittera ses fonctions. Parallèlement, la répression du gouvernement contre les activistes pro-démocratie, l’opposition, les manifestants et les médias s’est intensifiée à une vitesse alarmante. Le soi-disant « dialogue national » – qui a reporté les élections au moins jusqu’en avril 2018 – et la nomination de Samy Badibanga, issu de l’opposition, comme Premier ministre n’ont pas permis d’apaiser les tensions. L’Église catholique poursuit ses efforts de médiation pour atteindre un accord politique plus inclusif, mais le temps commence à manquer.

Si le président Kabila reste au pouvoir après le 19 décembre sans annonce publique claire d’une date pour son retrait du pouvoir et sans un large consensus sur l’organisation d’une période de transition jusqu’aux élections, il existe un risque que des manifestations éclatent et que les forces de sécurité répondent avec une force excessive. Le pays pourrait s’enfoncer dans une violence généralisée et dans le chaos.

Les partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo devraient être mobilisés aux plus hauts niveaux pour éviter ce scénario. Ils devraient mettre en place des sanctions ciblées contre les responsables impliqués dans les abus pour montrer que la répression a des conséquences réelles et pour dissuader de nouvelles violences.

Les sanctions ciblées imposées par les États-Unis à l’encontre de plusieurs fonctionnaires impliqués au premier plan dans les violences contre les manifestants ont eu un effet dissuasif et ont secoué les personnes concernées. Mais l’impact pourrait être bien plus important s’ils ciblaient davantage de hauts responsables du gouvernement et des services de renseignements – et si l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU prenaient également des mesures.

En octobre, l’UE a annoncé qu’elle « utilisera[it] tous les moyens à sa disposition » contre les personnes responsables de graves violations des droits humains, qui incitent à la violence ou qui « [font] obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique ». L’UE devrait maintenant passer des menaces à l’action et imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, à l’encontre des hauts fonctionnaires congolais responsables de la répression violente.

Dans une résolution adoptée le 15 novembre avec un large soutien des deux partis, la Chambre des représentants américaine a appelé l’administration Obama à imposer des sanctions supplémentaires à l’encontre des responsables en RD Congo qui « empêchent d’avancer vers une transition démocratique pacifique par des élections crédibles qui respectent la volonté du peuple ». Dans un courrier datant de lundi dernier, Human Rights Watch a également appelé le président Barack Obama à prendre cette mesure avant de quitter ses fonctions.

Nos recherches ont permis d’établir que les personnes suivantes ont joué des rôles primordiaux dans la répression, et devraient faire l’objet de sanctions : Kalev Mutond, directeur de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Évariste Boshab, vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, le général Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine, le général Gabriel Amisi (surnommé « Tango Four »), commandant de l’armée dans la région occidentale du pays, et le général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la police à Kinshasa.

L’UE, les États-Unis et les Nations Unies devraient signifier clairement à Kabila que la violation des droits du peuple congolais a un prix élevé – avant qu’il n’y ait d’autres effusions de sang et qu’il ne soit trop tard pour changer de cap.

Arrestations, passages à tabac, résidences de leaders d’opposition vandalisées

Les autorités congolaises ne sont pas intervenues lorsque des assaillants ont vandalisé les résidences de deux leaders d’opposition samedi. Au moins 24 personnes ont été détenues à Kinshasa, Lubumbashi et Bunia, après des arrestations apparemment motivées par des raisons politiques.

Peu de manifestants ont répondu à l’appel à une manifestation à l’échelle nationale samedi dernier, lancé par la coalition d’opposition Rassemblement, en partie à cause de la répression continue de la part des autorités.

Dans la ville de Lubumbashi, dans le sud de la RD Congo, les forces de sécurité ont encerclé la maison du leader d’opposition Gabriel Kyungu. Des dizaines d’assaillants non identifiés ont vandalisé les résidences de Mwando Nsimba, un des leaders de la coalition d’opposition G7, et de son fils, Christian Mwando, membre du Parlement.

Les forces de sécurité ont arrêté au moins 16 personnes à Lubumbashi, apparemment parce qu’elles portaient des chemises jaunes – symbolisant un dernier carton jaune, ou avertissement, pour le président Joseph Kabila avant le 19 décembre, date à laquelle il est censé quitter ses fonctions.

Le représentant de Filimbi pour Kinshasa, Carbone Beni, a été enlevé tard le soir du 19 novembre, et violement passé à tabac par des assaillants inconnus. Ils l’ont laissé partir le lendemain matin.

© 2016 Privé

Dans la ville de Bunia, dans l’est du pays, la police a arrêté un activiste du mouvement de jeunes Filimbi, Joseph Ubegiu, à la mi-journée, alors qu’il se rendait à une manifestation. Plus tard ce jour-là, les autorités ont arrêté deux autres manifestants à Bunia parce qu’ils portaient des chemises jaunes et brandissaient des cartons jaunes. Ils sont toujours en détention.

À Kinshasa, les autorités ont arrêté au moins quatre membres du parti d’opposition Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) samedi dernier et ont empêché l’opposition d’organiser une réunion publique. La police a encerclé le domicile du leader de l’opposition Etienne Tshisekedi pour l’empêcher de sortir, comme elle l’avait fait précédemment avant un rassemblement de l’opposition planifié le 5 novembre. Les autorités ont aussi organisé des matchs de football pendant la journée sur le site prévu pour la manifestation, visiblement pour bloquer l’accès aux zones où les personnes étaient censées se rassembler pour la réunion.

Des assaillants inconnus ont enlevé le représentant de Filimbi pour Kinshasa, Carbone Beni, samedi soir tard, et l’ont violemment frappé. Ils l’ont laissé partir le lendemain matin.

Suite à l’interdiction contraire à la loi des réunions publiques par le gouvernement, les partis d’opposition ont tenu des réunions privées à Beni et Uvira. À Bukavu, l’opposition a réussi à organiser le seul rassemblement public avec plusieurs dizaines de manifestants, et aucun incident de sécurité n’a été rapporté.

Jeudi et vendredi, les autorités congolaises ont arrêté plus d’une dizaine de membres de l’opposition pour des raisons inconnues. Ils sont toujours en détention sans chef d’inculpation. Des policiers ont frappé un autre membre du parti UDPS, Fabrice Bakalufu, mais il n’a pas été arrêté.

Pendant ce temps, le signal de Radio France Internationale (RFI) reste coupé à Kinshasa, pour le seizième jour consécutif. 

Vague d’arrestations et répression contre les médias avant les manifestations

Les autorités congolaises ont poursuivi leurs mesures de répression de la dissidence politique, arrêtant plus d’une dizaine de membres de l’opposition avant les manifestations prévues pour demain.

Parmi les personnes arrêtées jeudi soir figurent quatre membres du « Rassemblement » de l’opposition à Kinshasa et une dizaine d’autres, dont certains membres du parti d’opposition Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), à Lubumbashi. Deux autres membres de l’UDPS ont été arrêtés cet après-midi par des militaires dans la commune de Limete à Kinshasa.

Plus tôt jeudi, la police à tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des sympathisants de l’UDPS, alors que ces derniers distribuaient des tracts afin de mobiliser les gens pour la manifestation.

Le Rassemblement a appelé à manifester demain pour signifier au président Joseph Kabila un « carton jaune final », référence à l'avertissement utilisé en football, exactement un mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution.

À Kinshasa, les représentants du gouvernement affirment que l’interdiction de toute manifestation politique – annoncée après les manifestations de septembre – est toujours en vigueur, et les autorités de Lubumbashi ont aussi annoncé qu’il n’est pas autorisé d’y manifester.

Après le brouillage temporaire de Radio Okapi, qui est soutenue par les Nations Unies, et la coupure totale du signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa depuis maintenant 13 jours, les signaux radio de RFI depuis Brazzaville – voisine de Kinshasa – (que de nombreuses personnes de l’autre côté du fleuve parviennent à écouter) et de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) sont aussi brouillés depuis ce matin.

Ces dernières mesures interviennent après la nomination surprise hier de Samy Badibanga, président du groupe parlementaire « UDPS et alliés », composé de membres dissidents du parti UDPS, au poste de Premier ministre du nouveau gouvernement, dont la composition complète devrait être annoncée dans les jours à venir.

Lignes directrices sur la liberté d’expression et de réunion en RD Congo

Des policiers dégagent une route après que des manifestants aient dressé des barricades, le 19 septembre 2016 à Kinshasa.

© 2016 Radio Okapi/Ph. John Bompengo

La coalition d’opposition congolaise « Rassemblement » a appelé à manifester samedi dans tout le pays pour signifier au président Joseph Kabila un « carton jaune final », référence à l'avertissement utilisé en football, exactement un mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution.

Compte tenu de la répression brutale et de la violence qui ont caractérisé les manifestations précédentes, en particulier en septembre dernier, nous avons pensé qu’il serait utile de proposer une vue d’ensemble des droits et des responsabilités des manifestants, des dirigeants de parti politique, des représentants du gouvernement et des forces de sécurité, conformément aux lois congolaises et internationales :

  1. Les personnes en République démocratique du Congo ont le droit d’exprimer leurs opinions de manière pacifique sans avoir à craindre une répression par les autorités. Les forces de sécurité ont l’obligation de rester apolitiques et ne doivent pas empiéter sur le droit fondamental des personnes au rassemblement pacifique.

La RD Congo a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1976. L'article 19 du Pacte spécifie que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d'expression. » L’article 21 indique que « le droit de réunion pacifique est reconnu » tandis que l’article 22 stipule que « toute personne a le droit de s'associer librement avec d'autres. »

Les libertés d’expression et de réunion sont également inscrites dans les articles 23 et 26 de la Constitution congolaise. L'article 23 déclare que « toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit implique la liberté d'exprimer ses opinions ou ses convictions, notamment par la parole, l'écrit et l'image, sous réserve du respect de la loi, de l'ordre public et des bonnes mœurs. » L’article 26, quant à lui, stipule que « la liberté de manifestation est garantie. »

L'article 11 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le gouvernement congolais en 1987, spécifie aussi que « toute personne a le droit de se réunir librement avec d'autres. Ce droit s'exerce sous la seule réserve des restrictions nécessaires édictées par les lois et règlements, notamment dans l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté d'autrui, de la santé, de la morale ou des droits et libertés des personnes. »

  1. Les manifestants ont l’obligation d’informer les autorités avant une réunion publique ou une manifestation. Une autorisation préalable n’est pas requise. L’enregistrement en tant qu’association n’est pas nécessaire.

Selon l'article 26 de la Constitution, « toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d'informer par écrit l'autorité administrative compétente. » L’article 29 de la loi électorale en cours dit plus précisément que « déclaration écrite [de la manifestation] est faite au moins vingt-quatre heures à l’avance à l’autorité locale compétente qui en prend acte. » Cette clause abroge la loi précédente de 1999, qui obligeait les manifestants à demander la permission avant toute manifestation.

Aucune mention de la loi congolaise n’interdit aux personnes de manifester pacifiquement sans avoir été enregistrées en tant qu’association. En décembre 2015, le maire de Goma a injustement appelé le mouvement de jeunes La lutte pour le changement (LUCHA) à cesser toute activité pour manque de documents administratifs légaux.

Selon l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « l'exercice de ce droit [de réunion pacifique] ne peut faire l'objet que des seules restrictions imposées conformément à la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l'ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d'autrui. »

  1. La police nationale est principalement chargée de veiller à l’ordre public et à la conduite pacifique des manifestations, notamment à la sécurité des manifestants. L'armée ne peut intervenir que dans des circonstances exceptionnelles. La garde républicaine n’a aucun rôle à jouer dans le maintien de l’ordre public pendant des manifestations.

L'article 2 de la loi de 2011 sur l’organisation et le fonctionnement de la police attribue aux forces de police nationale la responsabilité principale de veiller à l’ordre public et à la conduite pacifique des manifestations, notamment à la sécurité des manifestants.

L’armée congolaise (FARDC) ne peut intervenir dans le but de protéger les personnes et les biens que dans des circonstances exceptionnelles, par exemple en renfort de la police si celle-ci est débordée par une situation de sécurité soudaine. La loi de 2009 portant sur le fonctionnement et l’administration des FARDC spécifie que l’armée ne peut intervenir pendant des manifestations que sur demande écrite de la police.    

Quant à la garde républicaine chargée de la sécurité présidentielle, sa principale responsabilité est d’assurer la sécurité du président et de ses biens officiels conformément à l’article 153 de la loi de 2011 sur les forces armées. Elle n’est pas autorisée à maintenir l’ordre public pendant des manifestations ou des élections.

4.     Restrictions sur l’utilisation de la force

L’utilisation de la force létale ou non doit être légale, nécessaire et proportionnelle à la menace et survenir une fois que toutes les autres précautions ont été épuisées. Les forces de sécurité ne peuvent recourir à la force létale qu’en cas de nécessité absolue dans le but de protéger des vies humaines, en vertu des articles 8 et 9 de la loi de 2011 sur la police. Pour que des policiers puissent recourir à la force, ils doivent en recevoir l’ordre de leurs supérieurs et ne doivent pas agir à leur propre initiative, conformément à l’article 75 de la loi de 2011 sur la police. Aucun agent de sécurité n’a le droit de donner des ordres visant à troubler l’ordre public ni de tirer sur des manifestants pacifiques.

  1. Responsabilités des meneurs de manifestations

Les dirigeants des partis politiques et des organisations militantes devraient prendre les mesures nécessaires pour empêcher ou arrêter leurs membres et partisans de s’engager dans des actes de violence ou de susciter de la violence au cours des manifestations et d’autres activités. Ils devraient sanctionner de façon adéquate ceux qui s’engagent dans des actes de violence. 

Les autorités congolaises devraient libérer tous les prisonniers politiques

Au cours des deux dernières années, les autorités de la République démocratique du Congo ont procédé à l’arrestation arbitraire de dizaines d’activistes et de dirigeants et partisans de l'opposition politique qui se sont opposés aux tentatives du président Joseph Kabila de prolonger son mandat au-delà de la limite de deux mandats imposée par la Constitution. Beaucoup ont été détenus pendant des semaines, voire des mois, par l’Agence nationale de renseignements (ANR) en l’absence de chef d’inculpation ou d’accès à leurs familles ou leurs avocats. D'autres ont été jugés sur la base d’accusations montées de toutes pièces.

Totoro Mukenge

© Private

Human Rights Watch a établi une liste de 29 prisonniers toujours détenus à Kinshasa, à Lubumbashi ou à Goma. Ils ont été arrêtés à partir de 2015, après avoir dénoncé les tentatives de prorogation du mandat de Kabila ou pour leur participation à des manifestations pacifiques ou d'autres activités politiques. D'autres sont soupçonnés de liens avec des personnalités de l'opposition.

L'un des prisonniers, Totoro Mukenge, président de l’Union des jeunes Congolais pour le Changement (UJCC), est détenu au secret par l’ANR depuis le 16 septembre, après avoir participé à Kinshasa à une campagne de sensibilisation à la non-violence, à la paix et au respect de la constitution.

Norbert Luyeye, président de l’Union des Républicains (UR), parti politique d’opposition, est détenu par les services de renseignements depuis le 7 août, avec six autres membres et partisans de ce parti ayant pris part à un réunion à la résidence de Luyeye le 4 août. Jean-Claude Muyambo, le président d'un autre parti d’opposition, est quant à lui en prison depuis janvier 2015, après avoir mobilisé des participants aux manifestations à l’échelle nationale contre les modifications proposées de la loi électorale dans le pays.

Jean-Claude Muyambo

© Private

D'autres ont été arrêtés pour leurs liens présumés avec Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga et dirigeant d’opposition. Les autorités ont d'abord enquêté sur Katumbi au motif qu’il aurait recruté des mercenaires. Il a été ensuite jugé et condamné par défaut pour faux et usage de faux dans le cadre d'une transaction immobilière et condamné à trois ans de prison et à une amende d’un million de dollars US. L'une des juges a décrit dans une lettre publique et dans un entretien à Human Rights Watch comment elle avait été menacée par le directeur de l'ANR, Kalev Mutond, et contrainte de rendre le jugement – un exemple flagrant de l’ingérence de du service de renseignements dans le secteur de la justice.

Il faut que le gouvernement congolais s’engage sérieusement à apaiser les tensions politiques. Une des premières mesures qu’il devrait prendre est de libérer tous les prisonniers politiques et de mettre fin aux poursuites motivées politiquement contre les dirigeants d'opposition et les militants politiques.

La liste peut être consultée en suivant le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2016/11/16/rd-congo-prisonniers-politiques-en-detention

(Beaucoup d'autres individus ont fait l’objet d’arrestations arbitraires en RD Congo au fil des ans et demeurent en détention. Cette liste ne comprend que les cas documentés par Human Rights Watch dans le contexte de la répression politique à partir de 2015).

Le gouvernement congolais étend sa répression aux médias étrangers

Le gouvernement congolais menace la continuité des activités des stations de radio et de télévision étrangères, dernière en date de ses tentatives de limiter la liberté d'expression dans le pays.

Samedi, le ministre de la Communication, Lambert Mende, a publié un arrêté ministériel proclamant que les stations de radio et de télévision étrangères devraient désormais avoir une majorité d'actionnaires congolais, sous peine d'être fermées dans les 30 jours. Les radios étrangères n'ayant pas de présence physique dans le pays doivent émettre par l'intermédiaire d'un partenaire congolais agréé par le ministre. Elles auront 45 jours pour se plier à ces nouvelles conditions, sans quoi elles se verront interdire de diffuser des informations.

Il y a neuf jours, les autorités ont coupé le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa à l'approche de manifestations. La station est toujours occultée, ce qui prive de nombreux Congolais d'une source essentielle d'informations. 

Ces nouvelles mesures restrictives ont été annoncées lors d'une rare visite en RD Congo d'une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies. Lors de rencontres avec le président Joseph Kabila et avec d'autres responsables congolais, les membres du Conseil de sécurité ont exprimé leurs inquiétudes au sujet de l'interdiction des réunions politiques publiques dans plusieurs villes du pays, de la décision des autorités de suspendre les émissions de RFI, et du maintien en détention de prisonniers politiques.

Ces rencontres n'ont pas permis d'éclaircir la question de savoir si le président Kabila a l'intention de rester en fonction au-delà de la limite de son second mandat, qui se termine le 19 décembre. Quand les membres du Conseil ont demandé à Kabila comment il entendait quitter la présidence, il s'est contenté de remarquer que la constitution n'autorisait actuellement que deux mandats mais qu'elle pouvait être amendée.

Dimanche, la police a continué de réprimer l'exercice du droit à la liberté de réunion pacifique en dispersant des membres d'un parti d'opposition, le Mouvement de libération du Congo (MLC), qui se rassemblaient pacifiquement dans une église dans le district de Mont-Amba à Kinshasa.

Pendant ce temps, les autorités semblent aller de l'avant avec l'accord du « dialogue national », qui a été rejeté par la plupart des principaux dirigeants de l'opposition et des activistes de la société civile. Augustin Matata Ponyo a annoncé sa démission du poste de Premier ministre lundi matin, ouvrant la voie à la mise en place d'un prétendu « gouvernement d'unité nationale. » Kabila doit aborder cette question dans un discours au parlement mardi. 

Réactions des dirigeants et activistes congolais à la victoire de Donald Trump

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis a suscité des réactions diverses en République démocratique du Congo.

Certains dirigeants politiques issus du parti au pouvoir comme de l’opposition ont félicité le Président élu sur Twitter. Le directeur du cabinet du Président Joseph Kabila a écrit une lettre à Donald Trump pour le féliciter pour sa « brillante élection » et exprimer « sa disponibilité à œuvrer avec le Président élu à l’affermissement des relations d’amitié » qui existent entre les deux pays.

Le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a été un peu plus direct en déclarant qu’il espérait que la nouvelle administration serait « plus saine et décontractée » que celle de Barack Obama, qu’il a dénoncée pour avoir « bafoué » la souveraineté de la RD Congo et pour ses « sanctions unilatérales injustifiables ». Lambert Mende faisait certainement référence aux sanctions ciblées imposées par le gouvernement américain à l’encontre de trois agents des forces de sécurité ces derniers mois, en réponse à la répression continue. Il a exprimé l’espoir qu’avec l’élection de Donald Trump, la RD Congo « voit désormais la fin de ce travers ».

Certains activistes congolais ont fait part de leurs craintes que la présidence de Donald Trump mette fin à l’engagement des États-Unis en faveur des droits humains et de la démocratie en RD Congo. Toutefois, bien que ces inquiétudes puissent être fondées, le Congrès américain a fait preuve d’un soutien bipartite fort à l’égard des sanctions ciblées et des autres réponses fermes aux politiques répressives de Joseph Kabila et à ses tentatives de rester au pouvoir au-delà de son second mandat.

Alors que la RD Congo se prépare à ses propres élections, toujours sans aucune certitude quant à la date à laquelle le vote se tiendra et quand le Président Kabila quittera ses fonctions, les dirigeants politiques, toutes tendances confondues, devraient prêter attention au discours de Hillary Clinton reconnaissant sa défaite électorale, dans lequel elle a rappelé aux Américains que « notre démocratie constitutionnelle entérine le transfert pacifique du pouvoir. Nous ne faisons pas que respecter ce principe, nous le chérissons ». Ces dirigeants devraient aussi prêter attention au discours prononcé peu après par le Président Obama, qui s’est engagé à assurer à son successeur une transition harmonieuse, en dépit d’un résultat qu’il n’avait pas souhaité, en décrivant la « passation pacifique du pouvoir » comme « l’une des marques de fabrique de notre démocratie ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait mettre à profit sa visite en RD Congo pour éviter une crise de grande envergure

En réponse à l’aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en RD Congo, le Conseil de sécurité des Nations Unies y effectuera une visite rare plus tard cette semaine. Les membres du Conseil doivent se rendre à Kinshasa, la capitale, et dans la ville de Beni, dans l’est du pays. Ils se rendront aussi à Luanda, la capitale de l’Angola, pays voisin et acteur important dans les efforts visant à faire face à l’impasse politique en RD Congo. Moins de six semaines avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président Joseph Kabila est censé quitter ses fonctions, à la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, la visite offre à la communauté internationale une occasion de dernière minute pour aider à empêcher de nouvelles effusions de sang et à ouvrir un espace politique afin de permettre une transition pacifique du pouvoir.

Human Rights Watch a envoyé la lettre suivante aux délégations du Conseil de sécurité avant leur visite, avec nos recommandations principales : https://www.hrw.org/fr/news/2016/11/09/lettre-de-hrw-au-conseil-de-securite-des-nations-unies-concernant-sa-visite-en-rd

Manifestations interdites et médias muselés en RD Congo

Les autorités congolaises prennent des mesures de plus en plus agressives pour étouffer l'opposition politique, notamment en bloquant les signaux radio et en faisant encercler le domicile du chef de l'opposition comme elles l'ont fait à l'approche de manifestations prévues le weekend dernier.

Tôt samedi matin, avant des réunions publiques prévues dans de nombreuses villes à travers la République démocratique du Congo, les autorités ont coupé le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa et à Lubumbashi, dans le sud du pays, et ont brouillé la réception du signal de Radio Okapi, qui est soutenue par les Nations Unies. RFI a été autorisée à émettre de nouveau à Lubumbashi samedi, mais est toujours occultée à Kinshasa et Radio Okapi est également toujours brouillée dans certains quartiers de Kinshasa – pour la quatrième journée consécutive.

© 2008 Anthony de Bibo/Human Rights Watch

En interférant avec les émissions des deux principales stations de radio de RD Congo, les responsables bloquent l'accès de millions de personnes à des informations crédibles et indépendantes.

Le ministre des Communications du gouvernement, Lambert Mende, a justifié cette décision en affirmant que RFI s'était « transformée en un attaché de presse de l'opposition. ». Mais le véritable objectif semble avoir été d'essayer d'empêcher le public d'être informé de la tenue de la réunion de l'opposition et des mesures répressives prises par le gouvernement pour empêcher cette réunion d'avoir lieu. 

Des policiers en tenue anti-émeutes et des véhicules blindés ont encerclé le domicile du dirigeant de l'opposition Étienne Tshisekedi, qui devait prendre la parole lors de la réunion de samedi, ainsi que la zone située à proximité du Stade des Martyrs, où la réunion devait se tenir. Ils ont empêché Tshisekedi de quitter son domicile et ont tiré des cartouches de gaz lacrymogènes pour disperser ses partisans. Selon des témoins, des matches de football organisés – dans lesquels des policiers et des militaires jouaient en civil – se sont déroulés toute la journée à proximité du Stade des Martyrs, apparemment dans le but de barrer l'accès aux zones de rassemblement prévues pour la réunion. Les forces de sécurité ont recruté et payé des membres des ligues de jeunesse pour qu'ils s'infiltrent et créent des désordres lors de la réunion de l'opposition, si celle-ci avait lieu, selon le témoignage d'une de ces recrues.

La nuit précédant la réunion, la police a arrêté un membre du parti d'opposition UPDS, Héritier Bokopo Lifula, pour avoir prétendument organisé un vol d'armes et de munitions dans des postes de police lors de manifestations à Kinshasa les 19 et 20 septembre. Selon son avocat, les forces de sécurité ont pillé la maison de Lifula pendant son arrestation et il n'a pas encore été autorisé à voir son client qui est en garde à vue au poste de police.

Simultanément, à Goma, dans l'est du pays, la police a empêché des membres du Rassemblement, une coalition d'opposition, de tenir une réunion à l'hôtel Bungwe. L'un des responsables de la police a déclaré par la suite à Human Rights Watch: « Je ne pouvais pas autoriser cette réunion. Si je l'avais fait, j'aurais été sanctionné par mes supérieurs et alors, comment aurais-je fait pour nourrir mes enfants? »

Plus au sud, lundi, des agents des services de renseignement ont arrêté le directeur général de la station de radio et télévision Manika et un de ses collègues à Kolwezi, dans la province de Lualaba, après qu'il eut diffusé un entretien avec le dirigeant d'opposition, candidat présidentiel et ancien gouverneur Moïse Katumbi, dont l'équipe de football, le Tout Puissant Mazembe, a gagné un match dimanche. Plus tôt dans l'année, Katumbi a été condamné par défaut, à l'issue d'un procès engagé pour des motifs politiques, à trois ans de prison et 1 million de dollars d'amende. Les deux journalistes ont été remis en liberté aujourd'hui.

Ces événements surviennent à moins de six semaines de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président congolais Joseph Kabila est tenu de quitter ses fonctions à l'expiration de son second et dernier mandat autorisé par la constitution.

Au cours des deux dernières années, les autorités congolaises ont à plusieurs reprises restreint les activités des journalistes et des médias. Les autorités ont brouillé les émissions de RFI plusieurs fois lors de périodes politiquement sensibles et le gouvernement a fermé un certain nombre de médias proches de l'opposition, dont au moins sept demeurent bloqués. Selon Reporters Sans Frontières, les autorités ont agressé ou persécuté au moins 63 journalistes depuis janvier 2016. Dans une tentative apparente d'empêcher des observateurs indépendants de documenter la répression gouvernementale lors de manifestations à Kinshasa le 19 septembre, les forces de sécurité ont interpellé au moins huit journalistes congolais et internationaux – dont Sonia Rolley de RFI, un photographe de l'Agence France-Presse et deux journalistes de TV5. Ils ont tous été remis en liberté le soir même. En janvier 2015, les autorités ont coupé toutes les communications par internet et par message texto à Kinshasa et dans d'autres lieux, lorsque des manifestations politiques ont éclaté à travers le pays, dans lesquelles au moins 43 personnes ont été tuées.

Dans des déclarations diffusées au cours des derniers jours, l'organisation congolaise de défense des droits humains La Voix des Sans Voix (VSV) et la Coalition pour le Respect de la Constitution, composée de 33 organisations, ont dénoncé l'abus de pouvoir du gouvernement et appelé au rétablissement immédiat des émissions de RFI et de Radio Okapi. Le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie a qualifié d'« inacceptable » la coupure de ces émissions, tandis que le ministre français des Affaires étrangères la définissait comme une « décision incompréhensible dans le monde d'aujourd'hui. » L'ambassade des États-Unis s'est déclarée « profondément troublée par l'apparent brouillage » des émissions de RFI et de Radio Okapi.

Lorsqu'ils se rendront en visite en RD Congo plus tard cette semaine, les représentants du Conseil de sécurité des Nations Unies devraient prononcer à l'adresse des autorités congolaises des messages publics très fermes, dénonçant ces récentes mesures, ainsi que toute autre forme de répression politique, et appelant au respect des libertés fondamentales.

Libertés d’expression et d’association menacées en RD Congo

Une équipe d’experts des droits de l’homme des Nations Unies appellent les autorités de la République démocratique du Congo à lever l’interdiction des rassemblements politiques publics dans la capitale, Kinshasa.

Cette interdiction « injustifiée » est le signe que « l’espace démocratique se dissipe rapidement en République démocratique du Congo, les organisations de défense des droits de l’homme et les partis d’opposition étant les plus touchés par la répression », ont souligné aujourd’hui ces experts dans une déclaration.

Depuis le début de l’année 2015, les autorités congolaises répriment systématiquement la coalition croissante qui appelle à une passation de pouvoir pacifique. L’interdiction de rassemblements politiques à Kinshasa a été prononcée juste après que les forces de sécurité ont répondu aux manifestations dans la capitale avec une force létale, tuant au moins 56 personnes pendant la semaine du 19 septembre, date à laquelle l’organisation de l’élection présidentielle devait être annoncée. Depuis lors, au moins quatre manifestations prévues ont été annulées après que les autorités ont décrété leur interdiction. Des interdictions similaires ont été décrétées à Kalemie et Lubumbashi, villes où résident plusieurs des principales figures d’opposition.

Les experts de l’ONU ont déclaré qu’une manifestation pacifique ne peut être restreinte que dans « des circonstances très précises et étroitement définies », conditions qui n’ont pas été remplies en RD Congo. « Étant donné que le pays se trouve dans une période électorale hautement contestée, les citoyens devraient avoir davantage d’espace pour exprimer leurs libertés fondamentales. »

Les experts ont fait part de leurs inquiétudes quant à l’accord du « dialogue national » conclu récemment :

« L’interdiction de manifester et le ton restrictif de l’accord de Dialogue National sont des signes d’autant plus inquiétants que l’espace démocratique se dissipe rapidement en République démocratique du Congo, les organisations de défense des droits de l’homme et les partis d’opposition étant les plus touchés par la répression. »

La déclaration des experts intervient deux jours avant la date prévue d’une réunion publique organisée à Kinshasa par la coalition d’opposition appelée le « Rassemblement ». « Dans la perspective des manifestations à venir, en particulier celles prévues pour le 5 novembre, nous exhortons les autorités congolaises à révoquer leur décision d’interdire les manifestations », ont déclaré les experts.

Ces appels font écho aux déclarations publiées par de nombreuses organisations de défense des droits humains congolaises, y compris l’Association africaine de Droits de l’Homme (ASADHO), la Voix des sans-voix (VSV) et une coalition d’organisations de la société civile et de partis politiques, qui ont toutes dénoncé cette interdiction comme étant une mesure illégale allant à l’encontre des lois et de la constitution du pays.

La médiation par l’Église catholique apporte une lueur d’espoir face à la répression en RD Congo

Les évêques de l’Église catholique romaine de la RD Congo parviendront-ils à trouver une issue à la dangereuse impasse politique dans laquelle se trouve le pays ?

À la demande du président Joseph Kabila, les évêques catholiques ont entrepris, cette semaine, des consultations avec les groupes de l’opposition et de la société civile visant, comme nous l’a indiqué un des évêques, à trouver un consensus qui éviterait les violences après le 19 décembre, date à laquelle le président Kabila sera obligé, selon la constitution, de quitter ses fonctions.

Les discussions ont inclus des groupes qui ont refusé de participer au « dialogue national » ou qui ont rejeté ses conclusions récentes, car il permettrait à Kabila de rester au pouvoir au moins jusqu’en avril 2018.

Précédemment, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exhorté les hommes politiques à renégocier les conclusions du dialogue national et à garantir que des élections présidentielles auront bien lieu en 2017. « Il est impérieux qu’il soit clairement mentionné dans le consensus... que l’actuel Président de la République ne se représentera pas pour un troisième mandat », a indiqué la déclaration.

Étant donné son soutien permanent et populaire, la navette diplomatique de l’Église peut contribuer à éviter une crise à grande échelle dans les semaines à venir. Le fait que Kabila ait demandé l’implication de la CENCO est un signe positif et s’avère cohérent avec l’appel lancé, la semaine dernière, par les dirigeants de la région pour inciter tous les camps à renforcer les mesures propres à rétablir la confiance.

Mais pour que tout geste de bonne volonté soit crédible, il doit s’accompagner de mesures pour mettre un terme à la répression des activistes et des partisans de l’opposition et pour autoriser les manifestations pacifiques.

Et ce n’est pas le cas. Environ 15 membres du parti d’opposition UDPS ont été arrêtés mardi – les dernières d’une série d’arrestations arbitraires – peu après que plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés pour les funérailles de six membres du parti UDPS. Ces derniers ont été tués au cours de manifestations à Kinshasa entre le 19 et le 21 septembre, lorsque les forces de sécurité ont répondu avec une force excessive, tuant au moins 56 personnes. Les membres de l’UDPS ont été arrêtés alors qu’ils circulaient à bord d’un bus public vers leur domicile après la cérémonie funéraire et ont été détenus toute la nuit avant d’être libérés plus tôt aujourd’hui. Les autorités ont affirmé qu’ils ont été arrêtés parce qu’ils n’ont pas payé leur place dans le bus.

Entre-temps, les six membres du mouvement de la jeunesse pro-démocratique Filimbi qui avaient été arrêtés ont été libérés aujourd’hui après avoir payé des amendes significatives. Les cinq personnes arrêtées samedi ont été accusées de rébellion et de participation à un mouvement insurrectionnel, et tous ont été inculpés d’organisation d’un sit-in pacifique regroupant environ 30 personnes. Un collègue, arrêté lundi après avoir apporté de la nourriture à ses amis et avoir pris des photos pendant leur transfert au bureau du Procureur, a été accusé d’incitation à la désobéissance civile.

À Goma, les trois activistes du mouvement de la jeunesse Lutte pour le Changement (LUCHA), arrêtés le 24 octobre, sont toujours enfermés à la prison centrale. Ils ont été arrêtés après avoir tenté de mobiliser des étudiants pour qu’ils participent à une manifestation pacifique en soutien à une feuille de route pour surmonter la crise politique du pays, qui invite Kabila à quitter ses fonctions d’ici le 19 décembre.

La coalition d’opposition appelée « le Rassemblement » a annoncé qu’elle organisera une réunion publique ce samedi malgré l’interdiction de tout rassemblement politique public décrétée par le gouvernement provincial de Kinshasa. Les organisations de défense des droits humains, y compris l’Association africaine des Droits de l’Homme (ASADHO) et la Voix des sans-voix (VSV), ont dénoncé cette interdiction comme étant une mesure illégale violant les lois et la constitution du pays.

Nouvelles arrestations d'activistes pacifiques en RD Congo

Les autorités congolaises ont de nouveau procédé à des arrestations parmi les membres d'un groupe de jeunes activistes pro-démocratie au cours du weekend, dans ce qui apparaît comme un effort continu de la part du gouvernement pour réduire ses détracteurs au silence.

Des policiers congolais procèdent à l’arrestation de membres du mouvement jeunesse Filimbi participant à un sit-in pacifique devant le bureau de l'Union africaine à Kinshasa, le 29 octobre 2016.

© Privé

La police a arrêté samedi huit membres du mouvement de jeunesse Filimbi, à la suite d'une manifestation assise pacifique devant les bureaux de l'Union africaine (UA) à Kinshasa. Trois d'entre eux ont été remis en liberté plus tard dans la journée, mais les cinq autres sont toujours en détention, sous l'accusation de « trouble à l'ordre public » et d'« incitation à  la révolte ». Un autre activiste a été arrêté aujourd'hui, après avoir apporté de la nourriture à ses camarades détenus et pris une photo d'eux alors qu'ils étaient transférés d'une maison d'arrêt de la police au bureau du procureur.

Les activistes entendaient protester contre le soutien apporté par l'UA à l'accord de « dialogue national » congolais récemment conclu, qui a été rejeté par la majeure partie de l'opposition et qui autoriserait le président Joseph Kabila à rester au pouvoir, au-delà de la limite de deux mandats consécutifs imposée par la constitution, au moins jusqu'à avril 2018, voire plus longtemps encore.

Lors de la manifestation assise, observée par des membres de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la police a menacé les activistes de recourir aux gaz lacrymogènes s'ils ne quittaient pas les lieux. Les activistes ont accepté de partir et un groupe de 34 d'entre eux est monté dans un bus municipal. « Deux agents de police à moto ont barré la route devant nous tandis qu'une jeep de la police se garait derrière nous », nous a dit l'un des activistes. « Ils nous ont dit de rester dans le bus. Certains d'entre nous ont réussi à sortir par la porte arrière, mais huit sont restés. Un des agents de police nous a dit: ‘Ne bougez pas ou je tire.’ » Les huit ont été emmenés à une maison d'arrêt de la police.

Trois activistes du mouvement de jeunesse Lutte pour le changement (LUCHA), qui avaient été arrêtés à Goma la semaine dernière, ont été remis en liberté samedi, mais trois autres ont été transférés à la prison centrale de Goma. Lors d'une conférence de presse dimanche, un porte-parole de la police a déclaré qu'ils avaient « porté atteinte à l'ordre public et incité à l'insurrection. »

Au total, 26 activistes des mouvements de jeunesse Filimbi et LUCHA ont été arrêtés à Goma et à Kinshasa au cours de la semaine écoulée, dont neuf sont toujours en détention.

Pendant ce temps, dans la ville de Lubumbashi, dans le sud du pays, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une réunion du « Rassemblement », une coalition d'opposition, qui se tenait samedi à la résidence du dirigeant d'opposition Kyungu wa Kumwanza. Des membres de l'opposition auraient été blessés et arrêtés. Samedi également, un parti d'opposition, le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), a créé une nouvelle plateforme politique dénommée Front pour le respect de la constitution, et a appelé Kabila à abandonner ses fonctions le 19 décembre comme prévu par la constitution. Le MLC est l'un des nombreux partis qui avaient refusé de participer au « dialogue national ».

Des sondeurs ciblés, alors qu'une étude montre que les Congolais veulent des élections

Une étude d’opinion nationale comme on en voit rarement en République démocratique du Congo, publiée cette semaine, montre que les trois quarts des personnes interrogées veulent que le président Joseph Kabila quitte le pouvoir à la fin de son mandat le 19 décembre.

Joseph Kabila, le président de la RD Congo, arrive à une réunion de dirigeants d'Afrique australe et centrale pour discuter de la crise en RD Congo, à Luanda, en Angola.

© 2016 Reuters

Depuis la publication de cette étude d'opinion, les responsables de l'institut congolais de sondage qui a aidé à la réaliser affirment que leur bureau a été visité et surveillé par des membres présumés des services de renseignement, ce qui les a contraints à le fermer temporairement pour des raisons de sécurité.

L'étude a été dirigée par le Groupe d’Étude sur le Congo de l'Université de New York et par un institut de sondage congolais, le Bureau d’Études, de Recherches et Consulting International (BERCI). Entre mai et septembre, leurs chercheurs ont effectué 7 545 entretiens en tête-à-tête dans des zones sélectionnées au hasard et réparties dans tout le pays.

Des agents des services de renseignement ont arrêté l'un des chercheurs du BERCI, Rodrigue Bintene Mimbo, le 26 juin, alors qu'il effectuait des recherches depuis deux semaines dans la province de Sankuru, dans le centre du pays. Il a été détenu jusqu'au 9 juillet dans un centre de détention de l'agence nationale de renseignements (ANR) à Lodja, la capitale de la province de Sankuru, puis transféré dans un autre centre de détention de l'ANR, à Kinshasa. Mimbo est toujours en détention, sans inculpation, et est privé d'accès à sa famille ou à un avocat. Les autorités devraient immédiatement remettre Mimbo en liberté et cesser de harceler les personnes ayant pris part à l'étude d'opinion.

Voici quelques-uns des éléments d'information les plus remarquables recueillis lors du sondage:

  • 81,4% des sondés rejettent l'idée d'un amendement de la constitution pour permettre au président Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. 
  • 74,3% ont déclaré que Kabila devrait abandonner ses fonctions à l'expiration de son second mandat, le 19 décembre 2016, comme le prévoit la constitution. 
  • La plupart des sondés souhaitent que des élections se tiennent dans le courant de l'année prochaine. Si les élections doivent être reportées, 41% ont déclaré qu'elles devraient avoir lieu en 2017, tandis que 13,7% se prononçaient pour 2018 ou pour une date ultérieure.
  • 7,6% ont déclaré qu'ils avaient participé à un défilé de protestation, à une grève ou à une manifestation au cours des cinq dernières années. 48,5% ont affirmé qu'ils participeraient à une manifestation si les élections sont soit truquées, soit retardées, soit les deux à la fois. 
  • 57% ont déclaré que des membres d'organisations de jeunes, qui ont été arrêtés à Kinshasa et à Goma pour avoir organisé ou pris part à des actes de protestation, à des manifestations ou à des opérations « villes mortes » contre le gouvernement, n'avaient fait qu'« exercer leur droit aux libertés d'expression et de réunion. » 16% ont estimé que ce genre d'activité devrait cesser. 
  • 19,9% des personnes interrogées ont estimé que le système judiciaire de la RD Congo est indépendant et 27,2% ont affirmé qu'eux-mêmes ou un membre de leur famille avaient été victimes d'une arrestation arbitraire.
  • 76,4% se sont déclarés en faveur de la création d'un tribunal congolais qui serait chargé de juger les auteurs de crimes de guerre. Parmi eux, 71,4% se sont dits favorables à ce que des juges étrangers siègent au sein de ce tribunal.

Nouvelles arrestations d’activistes en RD Congo alors que les dirigeants africains se réunissaient pour discuter de la crise

Des activistes de la République démocratique du Congo ont appelé les dirigeants de la région réunis en Angola mercredi à faire pression sur le président Joseph Kabila pour qu’il se retire de ses fonctions à la fin de son mandat en décembre, ou à assumer une part de responsabilité si le pays s’enfonce dans le chaos.

Des activistes manifestent devant les bureaux de la MONUSCO à Bunia, en République démocratique du Congo.

© Private

Entre-temps, huit autres activistes ont été arrêtés en RD Congo, dans le cadre de la tentative des autorités d’endiguer les protestations face à l’impasse politique actuelle.

À Goma, huit activistes de la LUCHA ont été arrêtés alors qu’ils mobilisaient des personnes pour organiser un sit-in devant le siège provincial de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUSCO, ce qui amène à 17 le nombre d’activistes de la LUCHA arrêtés à Goma cette semaine. Les personnes arrêtées mardi et mercredi ont été libérées, mais six activistes arrêtés lundi sont toujours en détention.

À Kinshasa, Bunia, Butembo, Goma, Bukavu, Mbuji-Mayi et Kananga, des délégations d’activistes des mouvements citoyens Filimbi et la LUCHA se sont rendues dans les bureaux de la MONUSCO, pour remettre des exemplaires d’une feuille de route de la société civile visant à résoudre la crise de manière pacifique et conformément à la constitution.

Les activistes ont annulé une manifestation prévue à Kinshasa après que les autorités aient annoncé son interdiction, citant un décret de septembre qui interdit pour une durée indéterminée toutes les manifestations politiques dans la capitale. Au lieu de cela, les activistes ont remis leur proposition à la MONUSCO et ont tenu une conférence de presse pendant laquelle ils ont demandé instamment aux dirigeants régionaux et aux envoyés spéciaux réunis à Luanda, capitale de l’Angola, d’appeler le président Kabila à quitter ses fonctions à la fin de son mandat le 19 décembre. Les activistes ont aussi rejeté les conclusions du « dialogue national » de la semaine dernière, qui permettraient à Kabila de rester en fonction au moins jusqu’en avril 2018, et peut-être au-delà.

Dans une déclaration publiée à la fin du sommet de Luanda, les dirigeants régionaux ont appelé toutes les parties en RD Congo à respecter « les principes, idéaux et aspirations du peuple congolais, qui sont consacrés dans la Constitution [congolaise] ». Ils ont aussi félicité Kabila et ceux qui ont participé au dialogue national, tout en engageant les parties prenantes à renforcer les mesures propres à rétablir la confiance.

La déclaration finale n’a pas inclus de recommandations détaillées pour les prochaines étapes, laissant la porte ouverte à d’autres approches pour résoudre l’impasse politique ­­– mais le temps presse, l’échéance du 19 décembre approchant à grands pas.

Il faudrait que le gouvernement congolais réponde à l’appel des dirigeants africains par des actions concrètes, en commençant par libérer les activistes et les autres prisonniers politiques, et en prenant des mesures claires pour garantir le respect des droits fondamentaux de liberté d’expression et de réunion.

Nouvelles arrestations d'activistes à la veille de manifestations en RD Congo

Les autorités congolaises s'affairent de nouveau à réprimer les activistes pro-démocratie dans le but apparent de décourager des manifestations de protestation prévues pour cette semaine, tout en semant la peur et l'intimidation.

Manifestation de la LUCHA, le 18 octobre 2016.

© Privé

La police a arrêté lundi six activistes du mouvement de jeunes Lutte pour le changement (LUCHA), alors qu'ils mobilisaient des étudiants d'une université de Goma pour qu'ils participent à des manifestations et à des opérations villes mortes - équivalant à des grèves générales - prévues pour mercredi et jeudi. Trois autres activistes de LUCHA ont été arrêtés à Goma mardi matin.

Dimanche, un activiste de la LUCHA, Victor Tesongo, a été arrêté à son domicile à Kinshasa. Des agents des services de renseignement l'ont détenu pendant plusieurs heures et l'ont menacé, avant de le libérer sans inculpation. Victor Tesongo avait été précédemment emprisonné, du 16 février au 31 août, sur la base de chefs d'accusation fallacieux.

Un autre activiste, Jean-Claude Ekosa, du mouvement citoyen Quatrième Voix, a été enlevé dimanche à Kinshasa à la suite d'une réunion avec des collègues. Alors qu'il venait de monter dans un taxi collectif, un passager a sorti un revolver, l'a pointé sur Ekosa et lui a intimé l'ordre de ne pas crier. « Si tu cries », a-t-il dit, « on va te tuer  comme un chien et ta famille ne va pas te retrouver. » On lui a alors placé un bandeau sur les yeux et il a été emmené vers une destination inconnue. Ekosa a été placé dans une cellule avec cinq autres personnes, interrogé dans la soirée et le lendemain au sujet de ses liens avec l'opposition et accusé d'être « parmi ceux qui troublent l'ordre public. » Par la suite, Ekosa a entendu ses ravisseurs dire qu'il « n'était pas la cible qu'ils recherchaient. » Tôt ce matin, ils ont remis Ekosa dans la voiture et l'ont abandonné sur le bord de la route près de Kinkole, dans les faubourgs de Kinshasa, toujours les yeux bandés et les mains liées. 

L'appel aux manifestations prévues pour les deux prochains jours a été lancé par une coalition de 173 mouvements citoyens et organisations de défense des droits humains répartis sur tout le territoire de la RD Congo, qui a publié une feuille de route la semaine dernière sur les moyens de surmonter la crise politique que traverse le pays. Cette coalition a également appelé le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions le 19 décembre, à la fin de son second mandat présidentiel comme le prévoit la constitution.

Les manifestations prévues coïncident avec un Sommet de dirigeants régionaux et d’envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs à Luanda, en Angola, qui doit discuter de la crise politique en RD Congo. 

L'ONU fait état d'un usage excessif de la force lors de manifestations en RD Congo

Dans un nouveau rapport, les Nations Unies dressent un sombre tableau des violences de septembre dernier en République démocratique du Congo : plus de 50 meurtres, des cadavres emmenés par les autorités, ainsi que des arrestations et mises en détention arbitraires.

Des citoyens congolais participent à une manifestation visant à presser le président Joseph Kabila de démissionner à l’échéance de son mandat, dans la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, le 19 septembre 2016.

© 2016 Reuters

Le rapport préliminaire du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme en RDC (BCNUDH) documente des violations des droits humains commises dans la capitale, Kinshasa, entre le 19 et le 21 septembre, lors de manifestations de protestation contre le report des élections. Le Bureau a constaté que ces violations témoignaient d’un « usage disproportionné et excessif de la force, y compris létale, par les autorités congolaises ».  

Voici quelques-unes de ses principales constatations:

  • Plus de 422 victimes de violations des droits humains à Kinshasa de la part d'agents de l'État. 
  • Au moins 53 personnes tuées, dont sept femmes, deux enfants et quatre policiers – parmi lesquelles 48 ont été tuées par des agents de l'État; les auteurs restants n'ont pas été identifiés. Parmi les personnes tuées par des agents de l'État, 38 l'ont été par balles. Sept personnes, dont les corps ont été brûlés, ont été tuées par des militaires de la Garde républicaine (principalement lors d'une attaque contre le siège du parti d'opposition UDPS), une femme a été tuée à coups de machette par des militaires de la Garde républicaine, et des policiers ont frappé un homme à mort et en ont mortellement poignardé un autre.
  • Les corps des victimes décédées, ainsi que plusieurs personnes blessées, auraient été emmenés par les autorités, souvent rapidement et parfois de force et contre la volonté des familles des victimes.
  • 143 personnes ont été blessées, dont 13 femmes et 11 enfants. Le BCNUDH a reçu des rapports selon lesquels certaines victimes blessées par balles auraient été jetées dans la rivière Ndjili par les forces de sécurité.
  • Au moins 299 personnes ont été arrêtées et détenues illégalement. 
  • Huit journalistes qui couvraient les événements ont été harcelés, dépouillés, battus et détenus par les autorités pendant plusieurs heures avant d'être libérés.
  • Des équipes du BCNUDH se sont vu refuser l'accès aux lieux de détention sur instruction de hauts fonctionnaires du ministère de la Défense, et elles ont eu des difficultés à accéder aux morgues. Les forces de sécurité ont empêché deux véhicules de l'ONU d’accéder aux lieux d’incidents. Un agent de police a tiré des gaz lacrymogènes sur un véhicule de l'ONU et un tireur, posté sur le toit d'un camion anti-émeute de la police, a tiré deux fois sur un véhicule de l'ONU mais a manqué sa cible.
  • Les autorités ont distribué des machettes et de l'argent à une centaine de jeunes hommes, afin qu'ils perturbent les manifestations.
  • Les sièges de cinq partis d'opposition ont été attaqués et incendiés. Ces attaques ont été perpétrées soit directement par des agents de l'État, soit par d'autres personnes alors que des agents de l'État étaient présents sur les lieux des faits sans intervenir.
  • Le Centre national des opérations qui supervisait la réponse des forces de sécurité aux manifestations aurait autorisé le recours à la force, y compris l’utilisation d’armes à feu, contre les manifestants. Des témoins ont raconté avoir entendu l'ordre suivant, donné en langue lingala par radio VHF: « Ils sont déterminés, tirez! »
  • Plusieurs cas de violences de la part des manifestants ont également été rapportés, notamment le meurtre de quatre agents de police. Des manifestants auraient dressé des barricades et lancé des pierres lors d’affrontements avec les forces de sécurité. Des manifestants auraient également détruit et pillé les sièges de trois partis politiques proches de la majorité présidentielle, ainsi que des bâtiments publics et d'autres installations.

Les constats initiaux effectués par Human Rights Watch concernant les violences commises pendant la semaine du 19 septembre à Kinshasa sont semblables à ceux de l'ONU. Un résumé peut être consulté en suivant le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2016/10/13/ue-appel-imposer-des-sanctions-ciblees-lencontre-de-hauts-responsables-en-republique .

Un rapport plus détaillé de Human Rights Watch sur ces événements est en préparation.

 

Une coalition propose une feuille de route pour mettre fin à la crise politique en RD Congo

Une coalition de 173 mouvements citoyens et groupes de défense des droits humains, répartis sur tout le territoire de la République démocratique du Congo, a présenté aujourd'hui sa feuille de route pour surmonter la crise politique qui secoue le pays et a appelé le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions le 19 décembre, à l'expiration de son second mandat conformément à la limite fixée par la constitution.

Une coalition de 173 mouvements citoyens et groupes de défense des droits humains de la RD Congo présente sa feuille de route pour surmonter la crise politique qui secoue le pays, lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 21 octobre 2016. 

© Privé

Cette marche à suivre, ont déclaré les membres de cette coalition, est la plus conforme à la constitution congolaise et la plus susceptible d'éviter de nouvelles violences et une instabilité accrue au cours des semaines et des mois à venir.

Les membres de la société civile ont déclaré que M. Kabila et ses proches devraient alors voir assurer leur sécurité ainsi que d'autres garanties, dans le respect des traités internationaux, de la constitution et de la législation nationale. Le président du Sénat assurerait alors l'intérim de la présidence, en conformité avec les articles 75 et 76 de la constitution congolaise.

Ces groupes, parmi lesquels figurent les mouvements de jeunes pro-démocratie Filimbi et LUCHA, l'Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ, une organisation de défense des droits humains), et la coalition connue sous le nom de Chemin de la Paix et menée par Denis Mukwege, ont également appelé à la création d'un forum inclusif qui chercherait à dégager un consensus sur un nouveau calendrier électoral, prévoyant la tenue d'élections présidentielle et législatives avant la fin de l'année 2017. Les élections devaient initialement se tenir en novembre 2016. Ce forum serait également chargé de la réorganisation de la commission électorale nationale et de déterminer comment serait gérée la période précédant les élections présidentielles et législatives.

La coalition a appelé les acteurs politiques et les dirigeants religieux congolais, le Conseil de sécurité des Nations Unies, et les autorités régionales et sous-régionales d'Afrique à soutenir cette feuille de route, afin d'éviter que la RD Congo ne « dérive dangereusement vers l’anarchie et le chaos » et de « préserver l’ordre constitutionnel ».

La feuille de route est une réponse à l'accord du « dialogue national » conclu mardi, lequel appelait au maintien de Joseph Kabila dans ses fonctions au-delà de l'expiration de son mandat et qui a été rejeté par la plupart des grands partis d'opposition congolais et par de nombreuses autres parties.

Quelques heures seulement avant la conférence d'aujourd'hui, les forces de sécurité ont arrêté une douzaine d'activistes du mouvement de jeunes pro-démocratie LUCHA, alors qu'ils protestaient contre l'accord de mardi devant le bureau de l'Union africaine à Kinshasa. Ils ont été remis en liberté ce soir.

Dans une déclaration diffusée plus tôt dans la journée, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a elle aussi exhorté les politiciens à renégocier les conclusions du dialogue national et à faire en sorte qu'une élection présidentielle ait lieu en 2017. « Il est impérieux qu’il soit clairement mentionné dans le consensus à trouver que l’actuel Président de la République ne se représentera pas pour un troisième mandat », affirme cette structure de l’Église catholique. Les évêques ont également rejeté la décision prise plus tôt dans la semaine par la Cour Constitutionnelle d'autoriser la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à reporter la convocation des élections, décision qui a été prise en dépit d'une apparente violation des règles de la Cour en matière de quorum.

Les dirigeants régionaux et les envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs se réuniront la semaine prochaine à Luanda, en Angola, afin de discuter de la crise en RD Congo. Espérons que leurs discussions aideront à ouvrir la voie vers une solution de nature à éviter davantage de violence, de répression, et d'instabilité dans les semaines et les mois à venir.

Manifestations et « villes mortes » à travers la RD Congo

Hier, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues, et les travailleurs sont restés chez eux pour protester contre la crise politique que traverse la République démocratique du Congo, deux mois jour pour jour avant que le président Joseph Kabila ne doive quitter ses fonctions, comme le prévoit la constitution congolaise.

Ces actions interviennent un jour après qu’un « dialogue national » s’est conclu sans avoir permis de résoudre l’impasse politique que connaît le pays et quelques jours après une décision de la Cour constitutionnelle autorisant la commission électorale à reporter la convocation du scrutin pour les élections, votée malgré une violation apparente des propres règles de quorum de la Cour.

Les rues de la capitale, Kinshasa, étaient bien plus calmes que d’habitude, car de nombreuses personnes sont restées chez elles au lieu de se rendre au travail ou à l’école en réponse à l’appel de l’opposition à une journée « ville morte » ou grève générale. Alors que la police était déployée dans la ville, Human Rights Watch n’a reçu aucun rapport d’incidents graves – un contraste significatif par rapport aux manifestations à Kinshasa la semaine du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont tué au moins 56 manifestants.

Dans la ville de Goma, dans l’est du pays, plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues ; beaucoup arboraient des cartons jaunes comme des arbitres de football en signe d’avertissement au président Kabila. « Joseph Kabila, votre mandat touche à sa fin ; Jour J moins 60 », pouvait-on lire sur de nombreuses pancartes. Pendant la marche pacifique, certaines personnes ont scandé : « Tu dois partir ! Tu dois partir ! » D’autres ont sifflé pour amplifier leur message et leur colère.

Les manifestants ont défilé du centre de la ville jusqu’au bureau du gouverneur de la province, où la police a alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule réunissant 150 à 200 personnes. Certains manifestants ont ensuite dressé des barrages routiers à proximité, entassant de grosses pierres et des troncs d’arbre en travers de la route. Les forces de sécurité ont fait preuve de plus de retenue que lors de manifestations passées à Goma, notamment celles du 26 mai et du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont recouru à une force létale injustifiée contre les manifestants.

Dans la ville de Butembo, dans le nord-est du pays, des manifestants ont porté un cercueil jaune symbolisant la fin de la présidence de Kabila. Des manifestations ou des « villes mortes » de moindre ampleur ont aussi eu lieu à Beni, à Kalemie, à Kindu, à Kananga, à Bandundu et à Mbuji-Mayi.

Alors que dans certaines villes, comme Bukavu et Lubumbashi, la vie semble avoir suivi son cours normal, les actes de protestation observés dans la majeure partie du pays témoignent des frustrations profondes de nombreux citoyens et laissent augurer de nouvelles agitations dans les semaines à venir. 

Des personnes prennent la fuite, après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène sur la route menant au bureau du gouverneur à Goma. © 2016 Human Rights Watch

 

Après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène pour disperser une foule au bureau du gouverneur à Goma, des manifestants barricadent la route. © 2016 Human Rights Watch

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Dans les médias:

RFI 20.10.16 – itw d’Ida Sawyer

Le dialogue national de la RD Congo ne parvient pas à surmonter l’impasse politique

Après six semaines de manœuvres politiques, le soi-disant « dialogue national » – visant à sortir d’une impasse politique avant les élections présidentielles en République démocratique du Congo prévues initialement en novembre – s’est conclu hier avec de maigres espoirs d’apaiser les tensions dans le pays.

Une vingtaine de membres de la LUCHA a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections, le 18 octobre 2016.

© 2016 Private

Au titre de l’accord signé, le président Joseph Kabila restera en fonction au-delà du 19 décembre – date à laquelle son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution prend fin – et ce, jusqu’à ce que des élections présidentielles soient tenues. Le pacte établit un processus électoral fin avril 2018 au plus tard – mais n’indique pas de jour de vote précis et expose de nombreux défis qui pourraient retarder encore le vote. L’accord prévoit également la désignation d’un nouveau « gouvernement d’unité nationale » dans les 21 jours – au plus tard le 8 novembre – et l’attribution du poste de Premier ministre à une personnalité de l’opposition.

La plupart des principaux partis d’opposition de la RD Congo ont soit refusé de participer, soit seulement assisté au dialogue en tant qu’observateur, craignant qu’il ne s’agisse que d’un stratagème du président Kabila pour rester au pouvoir au-delà de son mandat et pour gagner du temps afin de tenter de modifier la constitution pour autoriser un troisième mandat.

De nombreuses figures d’opposition ont déjà rejeté l’accord, plaidant plutôt en la faveur d’un dirigeant de transition, qui ne pourrait pas être candidat à la présidence, pour diriger le pays le temps que des élections soient organisées. Ils ont également appelé Joseph Kabila à se retirer le 19 décembre afin d’éviter d’autres retards et toute instabilité potentielle. Certains soutiennent que le président du Sénat devrait diriger le pays pendant la période de transition, en vertu de la disposition constitutionnelle stipulant qu’en cas de « vacance », le président du Sénat doit provisoirement exercer les fonctions de Président de la République.

Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a rejeté l’accord en exigeant un « véritable dialogue ». L’Institut de recherche en droits humains (IRDH), groupe congolais de défense des droits humains, a également dénoncé l’accord et déclaré qu’il ne ferait qu’intensifier la crise politique du pays. L’organisation de défense des droits humains Héritiers de la Justice, basée à Bukavu, a qualifié l’accord de « violation criante » de la constitution du pays.

Pour protester contre les conclusions du dialogue, une vingtaine de membres de la Lutte pour le changement (LUCHA), mouvement de jeune pro-démocratie, a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections.

Des dirigeants d’opposition et d’autres ont appelé à des manifestations et à une journée « villes mortes » (grèves générales) le 19 octobre.

Lundi, le Conseil affaires étrangères de l’Union européenne a appelé à « une nouvelle phase d’un processus politique plus inclusif au cours des semaines à venir » avec la participation de toutes les grandes familles politiques et de la société civile. Contrairement à l’accord d’hier, le Conseil a exhorté les parties prenantes congolaises à mener un dialogue qui « [devra] déboucher sur l’organisation d’élections présidentielles et législatives dans le délai le plus court possible au cours de l’année 2017 ».

La conclusion du dialogue national n’a pas réussi à apaiser les tensions et laisse le pays dans une impasse politique. La porte reste ainsi ouverte à de nouvelles manifestations, et davantage de violence et répression dans les semaines à venir.

Une délégation de la CPI en RD Congo

La procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI) est « profondément préoccupée » par l'aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en République démocratique du Congo.

Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale

© 2015 Reuters

Dans une déclaration publiée hier, Fatou Bensouda a indiqué que les violences de septembre « pourraient constituer des crimes de la compétence » de la CPI. Elle a envoyé une délégation en RD Congo pour appeler toutes les parties à la retenue, en demandant aux « partisans, sympathisants et agents » de s’abstenir de tout acte de violence.

Fatou Bensouda a aussi déclaré que son bureau « surveille avec une extrême vigilance la situation sur le terrain » en RD Congo et que « toute personne qui commet, ordonne, incite, encourage ou contribue de toute autre manière à la commission de crimes relevant de la compétence de la CPI est passible de poursuites ». La mission de la CPI en RD Congo fait suite à une déclaration forte du bureau de Fatou Bensouda, exprimant sa préoccupation par rapport à la situation dans ce pays, datée du 23 septembre 2016.

Les recherches de Human Rights Watch ont montré que les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive contre les manifestants à Kinshasa en septembre, tuant au moins 56 personnes. Les corps de bon nombre des victimes ont été emportés par les forces de sécurité ; certains ont été abandonnés dans le fleuve Congo et retrouvés plus tard, échoués sur ses rives. Les forces de sécurité ont brûlé trois sièges de partis d’opposition, ont arrêté au moins huit journalistes et deux défenseurs des droits humains, et ont arrêté des dizaines de jeunes, beaucoup d’entre eux semblant avoir été ciblés au hasard.

Certains des manifestants à Kinshasa ont aussi eu recours à la violence, frappant ou brûlant à mort au moins trois agents de police et un civil. Ils ont aussi incendié et pillé des lieux considérés comme étant proches ou représentatifs du président Joseph Kabila et de son gouvernement. Des agents de police et des membres des ligues de jeunes mobilisés par des responsables du parti au pouvoir et par des officiers des forces de sécurité étaient aussi impliqués dans les pillages et les violences.

Outre la surveillance des violences politiques, le bureau de la procureure de la CPI devrait recueillir des informations pour déterminer si une enquête de la CPI sur les crimes présumés dans la région de Beni dans l’est de la RD Congo est justifiée. Des combattants non identifiés ont tué près de 700 civils à Beni dans une série de massacres qui a commencé il y a deux ans.

La CPI a ouvert une enquête sur la RD Congo en juin 2004, et a compétence sur les crimes internationaux graves commis dans ce pays. La CPI peut intervenir lorsque les tribunaux nationaux n’ont pas la volonté ou les moyens de juger des crimes graves en violation du droit international.

L'UE s'apprête à prendre des sanctions ciblées contre de hauts responsables de la RD Congo

La condamnation de la répression en République démocratique du Congo est de plus en plus forte.

Les 28 États membres de l'Union européenne ont annoncé aujourd'hui l'adoption prochaine de mesures fortes afin de faire face à l'aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en RD Congo.

Des policiers tirent des fusées de couleur fuchsia lors d'une manifestation à Goma, en RD Congo.

© 2016 Mustafa Mulopwe/AFP/Getty Images

Le Conseil affaires étrangères de l'UE a déclaré qu'il « utilisera tous les moyens à sa disposition » contre ceux qui sont responsables de graves violations des droits humains, qui « incitent à la violence » ou qui « feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle [et] pacifique. » Le Conseil a appelé la Haute Représentante de l'UE à engager le processus.

Des diplomates ont indiqué à Human Rights Watch que ces mesures comprendraient vraisemblablement des sanctions ciblées, telles que des interdictions de voyager et des gels d'avoirs financiers, à l'encontre de hauts fonctionnaires congolais responsables de la violente répression exercée depuis plusieurs mois contre des activistes, des dirigeants d'opposition, et d'autres personnes qui se sont opposées aux tentatives de prolonger la présence à la tête de l'État du président Joseph Kabila au-delà de la limite de deux mandats consécutifs autorisée par la constitution et qui expire le 19 décembre.

Si elles sont mises en œuvre, ces mesures pourraient aider à éviter de nouvelles violences, à contenir les unités et les commandants les plus abusifs, et à accroître la pression sur le président Kabila pour qu'il quitte le pouvoir à la fin de son mandat. L'UE devrait agir rapidement.

Le Parlement européen a appelé à plusieurs reprises à l'application par l'UE de sanctions ciblées.

Human Rights Watch a écrit au pays membres de l'UE et à la Haute Représentante, Federica Mogherini, exhortant l'UE à adopter des mesures fortes « avant que davantage de cadavres ne jonchent les rues et qu'il ne soit potentiellement trop tard pour convaincre le président Kabila de changer de cap. »

Les sanctions ciblées visent des individus et ne sont pas destinées à punir la population congolaise dans son ensemble.

Le gouvernement des États-Unis a récemment imposé des sanctions ciblées contre trois officiers de haut rang des forces de sécurité de la RD Congo qui ont été longtemps impliqués dans de graves abus.

Pour que les sanctions aient un impact maximal, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait lui aussi adopter d'urgence des mesures similaires.