1. Le Conseil de sécurité de l'ONU lance un cri d'alarme au sujet d'éventuelles violences en RD Congo
  2. Les efforts de médiation par l’Église catholique en RD Congo peinent à porter leurs fruits
  3. Arrestation de cinq jeunes activistes congolais qui demandaient le respect des droits
  4. Attaque contre la maison d'un dirigeant de l'opposition en RD Congo
  5. Sombres mises en garde sur la crise en RD Congo devant le Congrès américain
  6. Des organisations de jeunesse congolaises lancent une campagne « Bye bye Kabila »
  7. Imposer des sanctions ciblées à la RD Congo avant qu’il ne soit trop tard
  8. Arrestations, passages à tabac, résidences de leaders d’opposition vandalisées
  9. Vague d’arrestations et répression contre les médias avant les manifestations
  10. Lignes directrices sur la liberté d’expression et de réunion en RD Congo
  11. Les autorités congolaises devraient libérer tous les prisonniers politiques
  12. Le gouvernement congolais étend sa répression aux médias étrangers
  13. Réactions des dirigeants et activistes congolais à la victoire de Donald Trump
  14. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait mettre à profit sa visite en RD Congo pour éviter une crise de grande envergure
  15. Manifestations interdites et médias muselés en RD Congo
  16. Libertés d’expression et d’association menacées en RD Congo
  17. La médiation par l’Église catholique apporte une lueur d’espoir face à la répression en RD Congo
  18. Nouvelles arrestations d'activistes pacifiques en RD Congo
  19. Des sondeurs ciblés, alors qu'une étude montre que les Congolais veulent des élections
  20. Nouvelles arrestations d’activistes en RD Congo alors que les dirigeants africains se réunissaient pour discuter de la crise
  21. Nouvelles arrestations d'activistes à la veille de manifestations en RD Congo
  22. L'ONU fait état d'un usage excessif de la force lors de manifestations en RD Congo
  23. Une coalition propose une feuille de route pour mettre fin à la crise politique en RD Congo
  24. Manifestations et « villes mortes » à travers la RD Congo
  25. Le dialogue national de la RD Congo ne parvient pas à surmonter l’impasse politique
  26. Une délégation de la CPI en RD Congo
  27. L'UE s'apprête à prendre des sanctions ciblées contre de hauts responsables de la RD Congo

La RD Congo en crise

 

La République démocratique du Congo se trouve à un moment crucial: l’échéance du 19 décembre ­– à laquelle le président Joseph Kabila est censé se retirer au terme de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution – approchant rapidement, les autorités ont délibérément retardé les projets d’organisation d’élections, le président Kabila a refusé à maintes reprises de déclarer en public s’il quittera ses fonctions, et ceux qui lui sont loyaux ont systématiquement cherché à faire taire, réprimer, ou intimider la coalition grandissante de voix appelant au respect de la constitution.

L’équipe RD Congo de Human Rights Watch fera usage de ce blog pour fournir des mises à jour en temps réel, des rapports de terrain, ainsi que d’autres analyses et commentaires pour aider à informer le public sur la crise actuelle et pour exhorter les décideurs politiques à agir maintenant pour aider à empêcher une escalade de la violence et des violations des droits humains en RD Congo – avec de possibles répercussions volatiles dans toute la région.

Veuillez également nous suivre sur Facebook : www.facebook.com/hrw.rdc.

Le Conseil de sécurité de l'ONU lance un cri d'alarme au sujet d'éventuelles violences en RD Congo

Le Conseil de sécurité de l'ONU mène des consultations à New York au sujet de l'escalade de la crise politique en RD Congo, le 5 décembre 2016.

Après une visite en République démocratique du Congo le mois dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a mené des consultations lundi à New York au sujet de l'escalade de la crise politique dans le pays.

Les 15 membres du Conseil, le chef de la mission de maintien de la paix de l'ONU en RD Congo (MONUSCO), Maman Sidikou, et le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, Tayé-Brook Zerihoun, partageaient le même profond sentiment d'appréhension. Il reste maintenant moins de deux semaines avant la fin du deuxième mandat du président Joseph Kabila le 19 décembre.

Dans une déclaration ferme, le Président du Conseil a insisté sur les préoccupations concernant « le risque de déstabilisation que l’absence de règlement rapide et consensuel de la crise politique actuelle fait peser sur le pays et la région dans son ensemble ».

Pour reprendre les propos de l'ambassadeur de Nouvelle-Zélande, « les avertissements adressés au Conseil de sécurité n'ont pas fait défaut quant au risque de conflit en RD Congo ».

L'Angola a évoqué la menace pour « la paix et la sécurité dans la région », appelant tous les protagonistes de la crise à éviter la violence « à tout prix ». L'ambassadeur d'Ukraine a mis en garde sur le fait que « si la situation s'enfonce dans la violence, il n'y aura pas de gagnants, mais uniquement des perdants » rappelant aux membres du Conseil que la « mort des manifestants [en septembre] est encore vive dans nos mémoires. » Il a appelé à « la plus grande retenue. »

Partageant le sentiment d'urgence, la France a averti qu'en cas de « spirale de la violence, personne ne peut dire ni où ni quand elle prendra fin ». Faisant preuve de davantage de modération malgré son inquiétude, l'ambassadeur de Chine a fait remarquer que le « processus politique est à un stade critique » et que la situation en matière de sécurité « demeure fragile ».

L'ambassadeur du Royaume-Uni a prévenu que « nous connaissons tous la suite s'il [le président Kabila] prend la mauvaise décision. Elle s'est illustrée dans les rues ensanglantées de Kinshasa en septembre dernier. Nous ne pouvons permettre la répétition d'une telle barbarie dans quinze jours. » Il a appelé le Conseil à envoyer un message sans équivoque à Joseph Kabila lui demandant de prendre l'engagement de ne pas se présenter pour un troisième mandat présidentiel. « La limite de deux mandats ne peut pas être modifiée », a-t-il déclaré, « et certainement pas uniquement pour cadrer avec les desseins politiques d'un seul homme ». L'ambassadeur a ajouté qu'il devrait y avoir des « conséquences » pour Joseph Kabila s’il en décidait autrement. Il a également appelé le Conseil de sécurité à s'inspirer de l'Union européenne, qui a menacé d'imposer des sanctions aux membres des forces de sécurité congolaises responsable de graves abus.

« Joseph Kabila doit déclarer clairement, en public, qu'il ne sollicitera pas un troisième mandat », a déclaré l'ambassadrice américaine. Elle a souligné que des « élections pouvaient se tenir en 2017 », car il ne s'agit pas d'un « problème technique », mais d'un « problème de volonté politique ».

Presque tous les ambassadeurs ont appelé l'ensemble des acteurs politiques en RD Congo à reprendre le dialogue afin de trouver un compromis acceptable. À cet égard, l'ambassadrice américaine a mentionné les efforts de l'Église catholique qui « représentent le meilleur espoir », selon elle, tandis que le Japon en a appelé au « dialogue direct » entre le président Kabila et le chef d'opposition Étienne Tshisekedi.

En ce qui concerne le rôle de la MONUSCO, l'ambassadeur du Royaume-Uni a insisté sur le fait que « la plus importante mission de maintien de la paix déployée dans le monde dotée d'un mandat clair de protection vigoureuse des civils ne peut pas demeurer les bras croisés si des civils sont menacés ». Le chef de la MONUSCO, Maman Sidikou, a explicité les mesures prises par la mission pour affiner ses plans d'urgence en vue de désamorcer le risque de violence et protéger les civils. Toutefois, il a souligné que ces efforts « ne sont peut-être pas suffisants pour atténuer ou répondre de manière adéquate à toute flambée de violence à caractère politique ». Il a en outre précisé que la force militaire et policière de la mission onusienne à Kinshasa « est mise à rude épreuve ».

Cédant peut-être aux pressions, le président Kabila a rencontré lundi la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l'assemblée des évêques catholiques de la RD Congo. La présidence a publié ultérieurement une déclaration selon laquelle le président avait exhorté les évêques à poursuivre leurs efforts de médiation, ce qui s'apparente à un retournement par rapport à la déclaration publiée vendredi par sa coalition au pouvoir aux termes de laquelle les efforts de médiation des évêques catholiques étaient qualifiés d'échec.

Le président Kabila devrait maintenant franchir l'étape suivante et passer aux actes avant le 19 décembre, y compris, – et surtout, – s'engager publiquement à quitter ses fonctions et à ne pas chercher à modifier la Constitution ou à se présenter pour un troisième mandat.

La MONUSCO devrait également tenir compte de l'appel lancé par les membres du Conseil de sécurité et s'assurer que la mission est prête à tout mettre en œuvre afin de protéger la population dans un contexte d'éventuelles violences politiques le ou aux alentours du 19 décembre. Enfin, les États membres de l'ONU, notamment les fournisseurs de contingents policier et militaire de la MONUSCO, devraient garantir à la mission les ressources et la volonté de s'acquitter efficacement de son mandat.

Les efforts de médiation par l’Église catholique en RD Congo peinent à porter leurs fruits

Après un mois de diplomatie de l'Église catholique afin de surmonter l'impasse politique en République démocratique du Congo, la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila a écarté aujourd’hui cet effort en le qualifiant d’« échec ». Cela pourrait bloquer toute chance d'un accord inclusif avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la Constitution prend fin.

Des archevêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 2 décembre 2016.

Lors d'une conférence de presse aujourd'hui à Kinshasa, à laquelle Human Rights Watch a assisté, les archevêques de la Conférence épiscopale nationale de l'Église catholique du Congo (CENCO) ont noté que plusieurs des questions les plus controversées restaient sans solution. Les archevêques ont également appelé à des échanges directs entre les parties prenantes. Ils ont déclaré que les divergences concernaient la Constitution et comment elle doit être respectée ; les séquences, le calendrier et le financement des élections ; l'indépendance de la commission électorale ; le fonctionnement des institutions pendant la période de la transition ; et les mesures de décrispation politique.

Les archevêques ont déclaré que si les parties prenantes « s’y engagent et font preuve de bonne volonté », un compromis politique est toujours à portée de main. Avertissant que « l'heure est grave », la CENCO a appelé toutes les parties à agir de manière responsable pour « éviter à notre pays de sombrer dans une situation incontrôlable ». 

Quelques heures après la conférence de presse, la majorité présidentielle a publié une déclaration qualifiant les efforts de la CENCO d’« échec ». La coalition au pouvoir a accusé l'opposition de « contradictions flagrantes » et de certaines « exigences attentatoires à l'esprit et à la lettre de la Constitution », regrettant « le temps ainsi inutilement perdu ». Ses délégués alors demandé au président de mettre en œuvre l'accord du « dialogue national », qui permettrait à Kabila de rester au pouvoir au moins jusqu'en avril 2018, et que la plupart des principaux partis d'opposition n'ont pas signé.

La coalition d'opposition « Rassemblement » « a noté avec satisfaction » l’implication continue des archevêques « dans la recherche d’une solution appropriée » à la crise qui « frappe » la RD Congo « et peut l’entraîner dans le chaos ». Elle a réitéré son engagement et sa volonté de participer à un « dialogue réellement inclusif » et a appuyé l'appel à des négociations directes entre les parties pour trouver une solution pacifique à la crise avant la fin du second mandat de Kabila.

À la demande du président Kabila, les évêques catholiques avaient entamé des consultations début novembre avec l'opposition et des organisations de la société civile, recherchant, comme nous l'a confié un des évêques, un consensus qui empêcherait le pays de sombrer dans la violence après le 19 décembre.

D'autre part, Rodrigue Bintene Mimbo, chercheur à l'institut de sondage congolais Bureau d'Étude de Recherche et de Consulting International, a été libéré de détention hier. Des agents du renseignement l'ont arrêté le 26 juin 2016, après qu’il avait passé deux semaines à mener des recherches dans la province centrale de Sankuru, en RD Congo, pour un sondage  d'opinion publique, qui a révélé que les trois quarts des personnes interrogées souhaitaient que le président Kabila quitte ses fonctions le 19 décembre. Mimbo n’a jamais été accusé d’aucun crime.

Arrestation de cinq jeunes activistes congolais qui demandaient le respect des droits

Jeudi dernier, à Bunia, une ville dans l’est de la République démocratique du Congo, les forces de sécurité ont arrêté cinq membres du mouvement de jeunes prodémocratie Lutte pour le changement (LUCHA), tandis qu’un représentant de l’ONU mettait en garde contre le danger du « bâillonnement des voix critiques » dans ce pays.

Banderole déployée lors du lancement de la campagne « Bye Bye Kabila » à Bunia, en RD Congo.

Les arrestations se sont produites alors que les activistes essayaient de tenir une conférence de presse afin d’exhorter le Président Joseph Kabila à quitter ses fonctions à la fin de son second et dernier mandat autorisé par la constitution le 19 décembre. Un journaliste a également été arrêté. Ils étaient toujours en détention à l’heure de la rédaction de ce blog.

Samedi, la LUCHA, le mouvement de jeunes Filimbi, les branches jeunesse du Rassemblement, une coalition d’opposition, et du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), un parti d’opposition, ont lancé une campagne intitulée « Bye Kabila » à Kinshasa, la capitale. Les autorités ont interdit le rassemblement prévu et ont détenu brièvement un activiste et journaliste. Deux jours auparavant, le 24 novembre, un activiste de Filimbi, Jeef Mabika, a été arrêté par les forces de sécurité congolaises. Jeudi, il a été relâché provisoirement après avoir payé une caution. Totoro Mukenge, président de l’Union des jeunes Congolais pour le changement (UJCC), a également été libéré vendredi après avoir été détenu au secret par l’agence de renseignements depuis le 16 septembre, sans chef d’inculpation ni accès à sa famille ou à un avocat. 

Dans une déclaration à la presse, David Kaye, Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression, a déclaré que « le bâillonnement des voix critiques par des arrestations, la censure et d’autres formes de contrôle gouvernemental posent d’importants risques pour la stabilité du pays déjà gravement fragile ». Il a ajouté que « la liberté d’expression en RDC est de plus en plus menacée par la pénalisation des critiques et de l’opposition, notamment par l’imposition de peines sévères. »

Jeudi également, le Parlement européen a dénoncé l’espace politique de plus en plus restreint, a demandé la libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques et a exhorté l’Union européenne à adopter des sanctions ciblées contre les hauts fonctionnaires du gouvernement congolais et des forces de sécurité « responsables de la répression violente des manifestations et de l’impasse politique qui empêche une transition de pouvoir pacifique et respectueuse de la Constitution », notamment Kalev Mutond, le général-major John Numbi, le général Ilunga Kampete, le général-major Gabriel Amisi Kumba et le général Célestin Kanyama.

Attaque contre la maison d'un dirigeant de l'opposition en RD Congo

Tôt dans la matinée d'aujourd'hui, des assaillants non identifiés ont incendié le portail d'entrée de la maison du dirigeant d'opposition Gabriel Kyungu dans la ville de Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo. Depuis qu'il a quitté le parti au pouvoir en septembre 2015 pour rejoindre la coalition d'opposition G7, Gabriel Kyungu, âgé de 78 ans et fondateur de l'Union nationale des fédéralistes du Congo (UNAFEC), a été soumis à un harcèlement continu de la part des autorités.

Le portail d'entrée de la maison du dirigeant congolais d'opposition Gabriel Kyungu (située à Lubumbashi dans le sud du pays), qui a été partiellement incendié tôt dans la matinée du 30 novembre 2016.

 

Le 25 novembre, une commission parlementaire a été créée pour déterminer s'il convenait de priver Gabriel Kyungu de son immunité politique sur la base d'allégations selon lesquelles il aurait insulté le président Joseph Kabila en avril.

Le 19 novembre, des dizaines d'assaillants non identifiés ont saccagé les maisons de Mwando Simba, un des dirigeants de la coalition d'opposition G7, et de son fils, le parlementaire Christian Mwando, également à Lubumbashi. Le même jour, la police a encerclé la résidence de Gabriel Kyungu, ce qui correspond à une tactique d'intimidation communément utilisée contre des dirigeants d'opposition.

Cette semaine également, les autorités ont remis mardi en liberté provisoire Bruno Tshibala, secrétaire général adjoint d'un des principaux partis d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UPDS), et porte-parole du Rassemblement, une coalition d'opposition. Les responsables de l'immigration l'avaient arrêté le 9 octobre à l'aéroport international de Kinshasa alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion en direction de Bruxelles. Il demeure accusé de complot en vue de commettre un massacre et des actes de pillage et de destruction, accusations qui apparaissent motivées par des considérations politiques..

Sombres mises en garde sur la crise en RD Congo devant le Congrès américain

L'un après l'autre, les orateurs ont évoqué la même inquiétude : si une solution ne peut pas être rapidement trouvée à la crise politique en République démocratique du Congo, le pays pourrait sombrer dans la violence.

Participants à une séance d’auditions tenue par la Commission des droits de l'homme Tom Lantos au Congrès des États-Unis le 29 novembre 2016 sur la crise en RD Congo. En haut (de g, à d.) : Fred Bauma, Mvemba Phezo Dizolele, Ida Sawyer. En bas (de g, à d.) : Sasha Lezhnev, Tom Malinowski, Tom Perriello.

« Si ce problème se règle dans la rue, ce sera un désastre pour le peuple congolais », a déclaré Tom Perriello, Représentant spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs d'Afrique. « Tout est possible. »

Tom Perriello était l'un des orateurs aujourd'hui, lors d'une séance d'auditions au Congrès sur la situation en matière de droits humains et de démocratie en RD Congo.

Tous les orateurs, deux représentant le gouvernement américain et quatre parlant au nom d'organisations non gouvernementales et du monde universitaire, ont exprimé des inquiétudes au sujet de l'existence d'un gros potentiel de violence et de nouvelles répressions à l'approche de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président Joseph Kabila devrait, selon la constitution, quitter ses fonctions à l'expiration de son second mandat.

Dans sa dépositionIda Sawyer, chercheuse senior sur la RD Congo à Human Rights Watch, a déclaré vouloir « exposer devant le Congrès la gravité de la situation et le rôle important que le gouvernement américain peut jouer pour aider à éloigner la RD Congo du bord du précipice ».

Tom Perriello a souligné l'existence d'un « profond réservoir de défiance des deux côtés » de la classe politique. Bien « qu'il soit encore temps d'organiser une transition pacifique », il a déclaré craindre que la violente répression de manifestations en septembre « soit un aperçu de tactiques qui sont prêtes à être utilisées, et que la situation puisse devenir très rapidement incontrôlable. »

Tom Malinowski, Secrétaire d'État adjoint chargé de la démocratie, des droits humains et du travail, a également fait part de ses inquiétudes quant à la possibilité d'une répression sanglante, affirmant : « la mauvaise nouvelle, c'est que ce qui s'est passé au Burundi peut très bien se produire en RDC ». Mais, a-t-il ajouté, « la porte est encore ouverte » pour aider à éviter la crise. Le Représentant James P. McGovern, qui présidait la réunion, est convenu qu'une crise était « évitable. »

De nombreux orateurs se sont exprimés fermement en faveur de sanctions ciblées contre les responsables de haut rang qui sont responsables de graves abus en RD Congo. Tom Perriello a affirmé que les sanctions déjà en place contre trois hauts responsables de la sécurité ont été « extrêmement importantes et remarquées ».

« Je peux vous assurer que les sanctions ciblées ont eu un effet dissuasif notable et ont ébranlé les personnes impliquées dans des abus », a déclaré Ida Sawyer, qui s'est vu interdire de continuer à travailler dans le pays depuis août. Tom Malinowski a déclaré au Congrès que le gouvernement américain avait concentré ses efforts le mois dernier sur une « multilatéralisation » des sanctions ciblées, encourageant l'Union européenne à imposer son propre paquet de sanctions ciblées.

Tom Perriello a confirmé que le gouvernement américain allait « continuer à envisager de nouvelles cibles » pour les sanctions, soulignant que « l'objectif est braqué sur les individus responsables [d'abus] ». 

Ida Sawyer a invité l'administration américaine à entendre cet appel et à sanctionner le directeur de l'agence congolaise de renseignement, Kalev Mutond ; le vice-Premier ministre Évariste Boshab ; et le commandant de la Garde républicaine, le général Ilunga Kampete. 

Fred Bauma, un activiste congolais membre du mouvement de jeunesse Lutte pour le changement (LUCHA), qui en compagnie d'Yves Makwambala a passé 17 mois en prison pour des chefs d'accusation fabriqués de toutes pièces comme beaucoup d'autres prisonniers politiques, a appelé le gouvernement (américain) à appliquer davantage de sanctions financières aux individus impliqués dans des « malversations et des scandales. » Sasha Lezhnev, Directeur adjoint chargé de la politique à l'ONG Enough Project, a exposé les détails techniques des sanctions financières.

De nombreux orateurs sont convenus que soutenir les efforts de médiation de l'Église catholique demeurait l'une des voies les plus prometteuses vers une résolution pacifique de la crise.  

Mvemba Phezo Dizolele, chargé de conférences à la Johns Hopkins School of Advanced International Studies, a appelé le Congrès à ne pas perdre de vue que la responsabilité de la crise est principalement celle des dirigeants politiques et qu'il est important de dialoguer avec le président Kabila, « l'homme qui détient la clé » de la résolution de la crise. Se faisant l'écho de cette déclaration, Ida Sawyer a souligné la « nécessité de montrer à Kabila qu'il existe une porte de sortie honorable. » Précédemment, Tom Perriello avait estimé que Kabila – qui a « surpassé les attentes » en tant que dirigeant – pouvait encore partir en « héros ».

Du fait que la classe politique au pouvoir en RD Congo semble fermement convaincue que le président-élu américain Donald Trump sera plus laxiste dans son approche de la crise, Dizolele et Lezhnev ont appelé le Congrès à faire valoir auprès de Donald Trump l'importance qu'il y a à nommer un nouveau Représentant spécial en RD Congo, ce que le représentant James McGovern n'a pas exclu.

----------

À lire aussi :

RadioOkapi.net

Des organisations de jeunesse congolaises lancent une campagne « Bye bye Kabila »

Des organisations de jeunesse congolaises multiplient les appels pour que le président Joseph Kabila abandonne le pouvoir le 19 décembre à la fin de son second mandat, comme le prévoit la constitution.

Jeef Mabika, un activiste du mouvement pro-démocratie Filimbi arrêté par les forces de sécurité congolaises le 24 novembre 2016.

Samedi, les mouvements de jeunesse pro-démocratie Lutte pour le changement (LUCHA) et Filimbi, en coordination avec les branches jeunesse du Rassemblement, une coalition d'opposition, et du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), un parti d'opposition, ont lancé une campagne intitulée « Bye Bye Kabila » et entamé un compte à rebours du temps qui reste jusqu'au dernier jour du second mandat de Joseph Kabila.

La police a tenté d'intimider et d'arrêter les organisateurs avant le déclenchement de cette opération, dans ce qui représente le dernier en date des efforts oppressifs de la police pour étouffer les manifestations publiques de protestation. Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, a appelé les organisateurs à annuler leurs activités car leurs organisations ne sont pas légalement agréées, alors qu'il n'y a pas de nécessité juridique d'être homologué en tant qu'organisation agréée pour tenir une réunion politique pacifique en RD Congo. Les forces de sécurité ont arrêté un activiste de Filimbi, Jeef Mabika, jeudi matin à son domicile. Son sort demeure inconnu à ce jour.

Samedi, un membre de la branche jeunesse du Rassemblement, Bony Mputu Dikasa, a décidé de ne pas participer à la campagne de sensibilisation après avoir repéré des hommes d'allure suspecte qui observaient les activistes. Il a quitté les lieux mais a alors été suivi par trois hommes armés en civil. Ceux-ci l'ont ensuite interpellé, l'ont menacé avec un revolver, l'ont questionné sur son rôle dans la campagne, et l'ont gardé à vue pendant plusieurs heures. Un capitaine de la police lui a déclaré par la suite que les autorités surveillaient de près les mouvements de son organisation. Un membre de sa famille a été obligé de payer pour sa remise en liberté. Un autre activiste de Filimbi aurait été lui aussi arrêté le même jour, mais les détails de son arrestation et le lieu où il se trouve actuellement ne sont pas connus.

Un cameraman congolais, qui tentait de filmer des images de la campagne, a été arrêté et gardé à vue pendant deux heures par des hommes habillés en civils.

En dépit de ces arrestations, une vingtaine d'activistes des mouvements de jeunesse ont réussi à distribuer des tracts dans le quartier de Kasavubu, à Kinshasa, samedi, annonçant le lancement de la campagne « Bye bye Kabila ».

Imposer des sanctions ciblées à la RD Congo avant qu’il ne soit trop tard

De gauche à droite: le général Célestin Kanyama (© 2013 Privé); le général Gabriel Amisi (© 2016 Privé); Évariste Boshab (© 2015 Radio Okapi/Ph. John Bompengo).

Moins d’un mois avant la date butoir du 19 décembre marquant la fin de la limite des deux mandats du président Joseph Kabila autorisés par la constitution, celui-ci n’a toujours pas clairement déclaré si et quand il quittera ses fonctions. Parallèlement, la répression du gouvernement contre les activistes pro-démocratie, l’opposition, les manifestants et les médias s’est intensifiée à une vitesse alarmante. Le soi-disant « dialogue national » – qui a reporté les élections au moins jusqu’en avril 2018 – et la nomination de Samy Badibanga, issu de l’opposition, comme Premier ministre n’ont pas permis d’apaiser les tensions. L’Église catholique poursuit ses efforts de médiation pour atteindre un accord politique plus inclusif, mais le temps commence à manquer.

Si le président Kabila reste au pouvoir après le 19 décembre sans annonce publique claire d’une date pour son retrait du pouvoir et sans un large consensus sur l’organisation d’une période de transition jusqu’aux élections, il existe un risque que des manifestations éclatent et que les forces de sécurité répondent avec une force excessive. Le pays pourrait s’enfoncer dans une violence généralisée et dans le chaos.

Les partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo devraient être mobilisés aux plus hauts niveaux pour éviter ce scénario. Ils devraient mettre en place des sanctions ciblées contre les responsables impliqués dans les abus pour montrer que la répression a des conséquences réelles et pour dissuader de nouvelles violences.

Les sanctions ciblées imposées par les États-Unis à l’encontre de plusieurs fonctionnaires impliqués au premier plan dans les violences contre les manifestants ont eu un effet dissuasif et ont secoué les personnes concernées. Mais l’impact pourrait être bien plus important s’ils ciblaient davantage de hauts responsables du gouvernement et des services de renseignements – et si l’Union européenne et le Conseil de sécurité de l’ONU prenaient également des mesures.

En octobre, l’UE a annoncé qu’elle « utilisera[it] tous les moyens à sa disposition » contre les personnes responsables de graves violations des droits humains, qui incitent à la violence ou qui « [font] obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique ». L’UE devrait maintenant passer des menaces à l’action et imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, à l’encontre des hauts fonctionnaires congolais responsables de la répression violente.

Dans une résolution adoptée le 15 novembre avec un large soutien des deux partis, la Chambre des représentants américaine a appelé l’administration Obama à imposer des sanctions supplémentaires à l’encontre des responsables en RD Congo qui « empêchent d’avancer vers une transition démocratique pacifique par des élections crédibles qui respectent la volonté du peuple ». Dans un courrier datant de lundi dernier, Human Rights Watch a également appelé le président Barack Obama à prendre cette mesure avant de quitter ses fonctions.

Nos recherches ont permis d’établir que les personnes suivantes ont joué des rôles primordiaux dans la répression, et devraient faire l’objet de sanctions : Kalev Mutond, directeur de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Évariste Boshab, vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, le général Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine, le général Gabriel Amisi (surnommé « Tango Four »), commandant de l’armée dans la région occidentale du pays, et le général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la police à Kinshasa.

L’UE, les États-Unis et les Nations Unies devraient signifier clairement à Kabila que la violation des droits du peuple congolais a un prix élevé – avant qu’il n’y ait d’autres effusions de sang et qu’il ne soit trop tard pour changer de cap.

Arrestations, passages à tabac, résidences de leaders d’opposition vandalisées

Les autorités congolaises ne sont pas intervenues lorsque des assaillants ont vandalisé les résidences de deux leaders d’opposition samedi. Au moins 24 personnes ont été détenues à Kinshasa, Lubumbashi et Bunia, après des arrestations apparemment motivées par des raisons politiques.

Peu de manifestants ont répondu à l’appel à une manifestation à l’échelle nationale samedi dernier, lancé par la coalition d’opposition Rassemblement, en partie à cause de la répression continue de la part des autorités.

Dans la ville de Lubumbashi, dans le sud de la RD Congo, les forces de sécurité ont encerclé la maison du leader d’opposition Gabriel Kyungu. Des dizaines d’assaillants non identifiés ont vandalisé les résidences de Mwando Nsimba, un des leaders de la coalition d’opposition G7, et de son fils, Christian Mwando, membre du Parlement.

Les forces de sécurité ont arrêté au moins 16 personnes à Lubumbashi, apparemment parce qu’elles portaient des chemises jaunes – symbolisant un dernier carton jaune, ou avertissement, pour le président Joseph Kabila avant le 19 décembre, date à laquelle il est censé quitter ses fonctions.

Le représentant de Filimbi pour Kinshasa, Carbone Beni, a été enlevé tard le soir du 19 novembre, et violement passé à tabac par des assaillants inconnus. Ils l’ont laissé partir le lendemain matin.

Dans la ville de Bunia, dans l’est du pays, la police a arrêté un activiste du mouvement de jeunes Filimbi, Joseph Ubegiu, à la mi-journée, alors qu’il se rendait à une manifestation. Plus tard ce jour-là, les autorités ont arrêté deux autres manifestants à Bunia parce qu’ils portaient des chemises jaunes et brandissaient des cartons jaunes. Ils sont toujours en détention.

À Kinshasa, les autorités ont arrêté au moins quatre membres du parti d’opposition Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) samedi dernier et ont empêché l’opposition d’organiser une réunion publique. La police a encerclé le domicile du leader de l’opposition Etienne Tshisekedi pour l’empêcher de sortir, comme elle l’avait fait précédemment avant un rassemblement de l’opposition planifié le 5 novembre. Les autorités ont aussi organisé des matchs de football pendant la journée sur le site prévu pour la manifestation, visiblement pour bloquer l’accès aux zones où les personnes étaient censées se rassembler pour la réunion.

Des assaillants inconnus ont enlevé le représentant de Filimbi pour Kinshasa, Carbone Beni, samedi soir tard, et l’ont violemment frappé. Ils l’ont laissé partir le lendemain matin.

Suite à l’interdiction contraire à la loi des réunions publiques par le gouvernement, les partis d’opposition ont tenu des réunions privées à Beni et Uvira. À Bukavu, l’opposition a réussi à organiser le seul rassemblement public avec plusieurs dizaines de manifestants, et aucun incident de sécurité n’a été rapporté.

Jeudi et vendredi, les autorités congolaises ont arrêté plus d’une dizaine de membres de l’opposition pour des raisons inconnues. Ils sont toujours en détention sans chef d’inculpation. Des policiers ont frappé un autre membre du parti UDPS, Fabrice Bakalufu, mais il n’a pas été arrêté.

Pendant ce temps, le signal de Radio France Internationale (RFI) reste coupé à Kinshasa, pour le seizième jour consécutif. 

Vague d’arrestations et répression contre les médias avant les manifestations

Les autorités congolaises ont poursuivi leurs mesures de répression de la dissidence politique, arrêtant plus d’une dizaine de membres de l’opposition avant les manifestations prévues pour demain.

Parmi les personnes arrêtées jeudi soir figurent quatre membres du « Rassemblement » de l’opposition à Kinshasa et une dizaine d’autres, dont certains membres du parti d’opposition Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), à Lubumbashi. Deux autres membres de l’UDPS ont été arrêtés cet après-midi par des militaires dans la commune de Limete à Kinshasa.

Plus tôt jeudi, la police à tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des sympathisants de l’UDPS, alors que ces derniers distribuaient des tracts afin de mobiliser les gens pour la manifestation.

Le Rassemblement a appelé à manifester demain pour signifier au président Joseph Kabila un « carton jaune final », référence à l'avertissement utilisé en football, exactement un mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution.

À Kinshasa, les représentants du gouvernement affirment que l’interdiction de toute manifestation politique – annoncée après les manifestations de septembre – est toujours en vigueur, et les autorités de Lubumbashi ont aussi annoncé qu’il n’est pas autorisé d’y manifester.

Après le brouillage temporaire de Radio Okapi, qui est soutenue par les Nations Unies, et la coupure totale du signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa depuis maintenant 13 jours, les signaux radio de RFI depuis Brazzaville – voisine de Kinshasa – (que de nombreuses personnes de l’autre côté du fleuve parviennent à écouter) et de la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF) sont aussi brouillés depuis ce matin.

Ces dernières mesures interviennent après la nomination surprise hier de Samy Badibanga, président du groupe parlementaire « UDPS et alliés », composé de membres dissidents du parti UDPS, au poste de Premier ministre du nouveau gouvernement, dont la composition complète devrait être annoncée dans les jours à venir.

Lignes directrices sur la liberté d’expression et de réunion en RD Congo

Des policiers dégagent une route après que des manifestants aient dressé des barricades, le 19 septembre 2016 à Kinshasa.

La coalition d’opposition congolaise « Rassemblement » a appelé à manifester samedi dans tout le pays pour signifier au président Joseph Kabila un « carton jaune final », référence à l'avertissement utilisé en football, exactement un mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution.

Compte tenu de la répression brutale et de la violence qui ont caractérisé les manifestations précédentes, en particulier en septembre dernier, nous avons pensé qu’il serait utile de proposer une vue d’ensemble des droits et des responsabilités des manifestants, des dirigeants de parti politique, des représentants du gouvernement et des forces de sécurité, conformément aux lois congolaises et internationales :

  1. Les personnes en République démocratique du Congo ont le droit d’exprimer leurs opinions de manière pacifique sans avoir à craindre une répression par les autorités. Les forces de sécurité ont l’obligation de rester apolitiques et ne doivent pas empiéter sur le droit fondamental des personnes au rassemblement pacifique.

La RD Congo a ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1976. L'article 19 du Pacte spécifie que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d'expression. » L’article 21 indique que « le droit de réunion pacifique est reconnu » tandis que l’article 22 stipule que « toute personne a le droit de s'associer librement avec d'autres. »

Les libertés d’expression et de réunion sont également inscrites dans les articles 23 et 26 de la Constitution congolaise. L'article 23 déclare que « toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit implique la liberté d'exprimer ses opinions ou ses convictions, notamment par la parole, l'écrit et l'image, sous réserve du respect de la loi, de l'ordre public et des bonnes mœurs. » L’article 26, quant à lui, stipule que « la liberté de manifestation est garantie. »

L'article 11 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le gouvernement congolais en 1987, spécifie aussi que « toute personne a le droit de se réunir librement avec d'autres. Ce droit s'exerce sous la seule réserve des restrictions nécessaires édictées par les lois et règlements, notamment dans l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté d'autrui, de la santé, de la morale ou des droits et libertés des personnes. »

  1. Les manifestants ont l’obligation d’informer les autorités avant une réunion publique ou une manifestation. Une autorisation préalable n’est pas requise. L’enregistrement en tant qu’association n’est pas nécessaire.

Selon l'article 26 de la Constitution, « toute manifestation sur les voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d'informer par écrit l'autorité administrative compétente. » L’article 29 de la loi électorale en cours dit plus précisément que « déclaration écrite [de la manifestation] est faite au moins vingt-quatre heures à l’avance à l’autorité locale compétente qui en prend acte. » Cette clause abroge la loi précédente de 1999, qui obligeait les manifestants à demander la permission avant toute manifestation.

Aucune mention de la loi congolaise n’interdit aux personnes de manifester pacifiquement sans avoir été enregistrées en tant qu’association. En décembre 2015, le maire de Goma a injustement appelé le mouvement de jeunes La lutte pour le changement (LUCHA) à cesser toute activité pour manque de documents administratifs légaux.

Selon l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « l'exercice de ce droit [de réunion pacifique] ne peut faire l'objet que des seules restrictions imposées conformément à la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l'ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d'autrui. »

  1. La police nationale est principalement chargée de veiller à l’ordre public et à la conduite pacifique des manifestations, notamment à la sécurité des manifestants. L'armée ne peut intervenir que dans des circonstances exceptionnelles. La garde républicaine n’a aucun rôle à jouer dans le maintien de l’ordre public pendant des manifestations.

L'article 2 de la loi de 2011 sur l’organisation et le fonctionnement de la police attribue aux forces de police nationale la responsabilité principale de veiller à l’ordre public et à la conduite pacifique des manifestations, notamment à la sécurité des manifestants.

L’armée congolaise (FARDC) ne peut intervenir dans le but de protéger les personnes et les biens que dans des circonstances exceptionnelles, par exemple en renfort de la police si celle-ci est débordée par une situation de sécurité soudaine. La loi de 2009 portant sur le fonctionnement et l’administration des FARDC spécifie que l’armée ne peut intervenir pendant des manifestations que sur demande écrite de la police.    

Quant à la garde républicaine chargée de la sécurité présidentielle, sa principale responsabilité est d’assurer la sécurité du président et de ses biens officiels conformément à l’article 153 de la loi de 2011 sur les forces armées. Elle n’est pas autorisée à maintenir l’ordre public pendant des manifestations ou des élections.

4.     Restrictions sur l’utilisation de la force

L’utilisation de la force létale ou non doit être légale, nécessaire et proportionnelle à la menace et survenir une fois que toutes les autres précautions ont été épuisées. Les forces de sécurité ne peuvent recourir à la force létale qu’en cas de nécessité absolue dans le but de protéger des vies humaines, en vertu des articles 8 et 9 de la loi de 2011 sur la police. Pour que des policiers puissent recourir à la force, ils doivent en recevoir l’ordre de leurs supérieurs et ne doivent pas agir à leur propre initiative, conformément à l’article 75 de la loi de 2011 sur la police. Aucun agent de sécurité n’a le droit de donner des ordres visant à troubler l’ordre public ni de tirer sur des manifestants pacifiques.

  1. Responsabilités des meneurs de manifestations

Les dirigeants des partis politiques et des organisations militantes devraient prendre les mesures nécessaires pour empêcher ou arrêter leurs membres et partisans de s’engager dans des actes de violence ou de susciter de la violence au cours des manifestations et d’autres activités. Ils devraient sanctionner de façon adéquate ceux qui s’engagent dans des actes de violence. 

Les autorités congolaises devraient libérer tous les prisonniers politiques

Au cours des deux dernières années, les autorités de la République démocratique du Congo ont procédé à l’arrestation arbitraire de dizaines d’activistes et de dirigeants et partisans de l'opposition politique qui se sont opposés aux tentatives du président Joseph Kabila de prolonger son mandat au-delà de la limite de deux mandats imposée par la Constitution. Beaucoup ont été détenus pendant des semaines, voire des mois, par l’Agence nationale de renseignements (ANR) en l’absence de chef d’inculpation ou d’accès à leurs familles ou leurs avocats. D'autres ont été jugés sur la base d’accusations montées de toutes pièces.

Totoro Mukenge

Human Rights Watch a établi une liste de 29 prisonniers toujours détenus à Kinshasa, à Lubumbashi ou à Goma. Ils ont été arrêtés à partir de 2015, après avoir dénoncé les tentatives de prorogation du mandat de Kabila ou pour leur participation à des manifestations pacifiques ou d'autres activités politiques. D'autres sont soupçonnés de liens avec des personnalités de l'opposition.

L'un des prisonniers, Totoro Mukenge, président de l’Union des jeunes Congolais pour le Changement (UJCC), est détenu au secret par l’ANR depuis le 16 septembre, après avoir participé à Kinshasa à une campagne de sensibilisation à la non-violence, à la paix et au respect de la constitution.

Norbert Luyeye, président de l’Union des Républicains (UR), parti politique d’opposition, est détenu par les services de renseignements depuis le 7 août, avec six autres membres et partisans de ce parti ayant pris part à un réunion à la résidence de Luyeye le 4 août. Jean-Claude Muyambo, le président d'un autre parti d’opposition, est quant à lui en prison depuis janvier 2015, après avoir mobilisé des participants aux manifestations à l’échelle nationale contre les modifications proposées de la loi électorale dans le pays.

Jean-Claude Muyambo

D'autres ont été arrêtés pour leurs liens présumés avec Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga et dirigeant d’opposition. Les autorités ont d'abord enquêté sur Katumbi au motif qu’il aurait recruté des mercenaires. Il a été ensuite jugé et condamné par contumace pour faux et usage de faux dans le cadre d'une transaction immobilière et condamné à trois ans de prison et à une amende d’un million de dollars US. L'une des juges a décrit dans une lettre publique et dans un entretien à Human Rights Watch comment elle avait été menacée par le directeur de l'ANR, Kalev Mutond, et contrainte de rendre le jugement – un exemple flagrant de l’ingérence de du service de renseignements dans le secteur de la justice.

Il faut que le gouvernement congolais s’engage sérieusement à apaiser les tensions politiques. Une des premières mesures qu’il devrait prendre est de libérer tous les prisonniers politiques et de mettre fin aux poursuites motivées politiquement contre les dirigeants d'opposition et les militants politiques.

La liste peut être consultée en suivant le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2016/11/16/rd-congo-prisonniers-politiques-en-detention

(Beaucoup d'autres individus ont fait l’objet d’arrestations arbitraires en RD Congo au fil des ans et demeurent en détention. Cette liste ne comprend que les cas documentés par Human Rights Watch dans le contexte de la répression politique à partir de 2015).

Le gouvernement congolais étend sa répression aux médias étrangers

Le gouvernement congolais menace la continuité des activités des stations de radio et de télévision étrangères, dernière en date de ses tentatives de limiter la liberté d'expression dans le pays.

Samedi, le ministre de la Communication, Lambert Mende, a publié un arrêté ministériel proclamant que les stations de radio et de télévision étrangères devraient désormais avoir une majorité d'actionnaires congolais, sous peine d'être fermées dans les 30 jours. Les radios étrangères n'ayant pas de présence physique dans le pays doivent émettre par l'intermédiaire d'un partenaire congolais agréé par le ministre. Elles auront 45 jours pour se plier à ces nouvelles conditions, sans quoi elles se verront interdire de diffuser des informations.

Il y a neuf jours, les autorités ont coupé le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa à l'approche de manifestations. La station est toujours occultée, ce qui prive de nombreux Congolais d'une source essentielle d'informations. 

Ces nouvelles mesures restrictives ont été annoncées lors d'une rare visite en RD Congo d'une délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies. Lors de rencontres avec le président Joseph Kabila et avec d'autres responsables congolais, les membres du Conseil de sécurité ont exprimé leurs inquiétudes au sujet de l'interdiction des réunions politiques publiques dans plusieurs villes du pays, de la décision des autorités de suspendre les émissions de RFI, et du maintien en détention de prisonniers politiques.

Ces rencontres n'ont pas permis d'éclaircir la question de savoir si le président Kabila a l'intention de rester en fonction au-delà de la limite de son second mandat, qui se termine le 19 décembre. Quand les membres du Conseil ont demandé à Kabila comment il entendait quitter la présidence, il s'est contenté de remarquer que la constitution n'autorisait actuellement que deux mandats mais qu'elle pouvait être amendée.

Dimanche, la police a continué de réprimer l'exercice du droit à la liberté de réunion pacifique en dispersant des membres d'un parti d'opposition, le Mouvement de libération du Congo (MLC), qui se rassemblaient pacifiquement dans une église dans le district de Mont-Amba à Kinshasa.

Pendant ce temps, les autorités semblent aller de l'avant avec l'accord du « dialogue national », qui a été rejeté par la plupart des principaux dirigeants de l'opposition et des activistes de la société civile. Augustin Matata Ponyo a annoncé sa démission du poste de Premier ministre lundi matin, ouvrant la voie à la mise en place d'un prétendu « gouvernement d'unité nationale. » Kabila doit aborder cette question dans un discours au parlement mardi. 

Réactions des dirigeants et activistes congolais à la victoire de Donald Trump

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis a suscité des réactions diverses en République démocratique du Congo.

Certains dirigeants politiques issus du parti au pouvoir comme de l’opposition ont félicité le Président élu sur Twitter. Le directeur du cabinet du Président Joseph Kabila a écrit une lettre à Donald Trump pour le féliciter pour sa « brillante élection » et exprimer « sa disponibilité à œuvrer avec le Président élu à l’affermissement des relations d’amitié » qui existent entre les deux pays.

Le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a été un peu plus direct en déclarant qu’il espérait que la nouvelle administration serait « plus saine et décontractée » que celle de Barack Obama, qu’il a dénoncée pour avoir « bafoué » la souveraineté de la RD Congo et pour ses « sanctions unilatérales injustifiables ». Lambert Mende faisait certainement référence aux sanctions ciblées imposées par le gouvernement américain à l’encontre de trois agents des forces de sécurité ces derniers mois, en réponse à la répression continue. Il a exprimé l’espoir qu’avec l’élection de Donald Trump, la RD Congo « voit désormais la fin de ce travers ».

Certains activistes congolais ont fait part de leurs craintes que la présidence de Donald Trump mette fin à l’engagement des États-Unis en faveur des droits humains et de la démocratie en RD Congo. Toutefois, bien que ces inquiétudes puissent être fondées, le Congrès américain a fait preuve d’un soutien bipartite fort à l’égard des sanctions ciblées et des autres réponses fermes aux politiques répressives de Joseph Kabila et à ses tentatives de rester au pouvoir au-delà de son second mandat.

Alors que la RD Congo se prépare à ses propres élections, toujours sans aucune certitude quant à la date à laquelle le vote se tiendra et quand le Président Kabila quittera ses fonctions, les dirigeants politiques, toutes tendances confondues, devraient prêter attention au discours de Hillary Clinton reconnaissant sa défaite électorale, dans lequel elle a rappelé aux Américains que « notre démocratie constitutionnelle entérine le transfert pacifique du pouvoir. Nous ne faisons pas que respecter ce principe, nous le chérissons ». Ces dirigeants devraient aussi prêter attention au discours prononcé peu après par le Président Obama, qui s’est engagé à assurer à son successeur une transition harmonieuse, en dépit d’un résultat qu’il n’avait pas souhaité, en décrivant la « passation pacifique du pouvoir » comme « l’une des marques de fabrique de notre démocratie ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait mettre à profit sa visite en RD Congo pour éviter une crise de grande envergure

En réponse à l’aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en RD Congo, le Conseil de sécurité des Nations Unies y effectuera une visite rare plus tard cette semaine. Les membres du Conseil doivent se rendre à Kinshasa, la capitale, et dans la ville de Beni, dans l’est du pays. Ils se rendront aussi à Luanda, la capitale de l’Angola, pays voisin et acteur important dans les efforts visant à faire face à l’impasse politique en RD Congo. Moins de six semaines avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président Joseph Kabila est censé quitter ses fonctions, à la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, la visite offre à la communauté internationale une occasion de dernière minute pour aider à empêcher de nouvelles effusions de sang et à ouvrir un espace politique afin de permettre une transition pacifique du pouvoir.

Human Rights Watch a envoyé la lettre suivante aux délégations du Conseil de sécurité avant leur visite, avec nos recommandations principales : https://www.hrw.org/fr/news/2016/11/09/lettre-de-hrw-au-conseil-de-securite-des-nations-unies-concernant-sa-visite-en-rd

Manifestations interdites et médias muselés en RD Congo

Les autorités congolaises prennent des mesures de plus en plus agressives pour étouffer l'opposition politique, notamment en bloquant les signaux radio et en faisant encercler le domicile du chef de l'opposition comme elles l'ont fait à l'approche de manifestations prévues le weekend dernier.

Tôt samedi matin, avant des réunions publiques prévues dans de nombreuses villes à travers la République démocratique du Congo, les autorités ont coupé le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa et à Lubumbashi, dans le sud du pays, et ont brouillé la réception du signal de Radio Okapi, qui est soutenue par les Nations Unies. RFI a été autorisée à émettre de nouveau à Lubumbashi samedi, mais est toujours occultée à Kinshasa et Radio Okapi est également toujours brouillée dans certains quartiers de Kinshasa – pour la quatrième journée consécutive.

En interférant avec les émissions des deux principales stations de radio de RD Congo, les responsables bloquent l'accès de millions de personnes à des informations crédibles et indépendantes.

Le ministre des Communications du gouvernement, Lambert Mende, a justifié cette décision en affirmant que RFI s'était « transformée en un attaché de presse de l'opposition. ». Mais le véritable objectif semble avoir été d'essayer d'empêcher le public d'être informé de la tenue de la réunion de l'opposition et des mesures répressives prises par le gouvernement pour empêcher cette réunion d'avoir lieu. 

Des policiers en tenue anti-émeutes et des véhicules blindés ont encerclé le domicile du dirigeant de l'opposition Étienne Tshisekedi, qui devait prendre la parole lors de la réunion de samedi, ainsi que la zone située à proximité du Stade des Martyrs, où la réunion devait se tenir. Ils ont empêché Tshisekedi de quitter son domicile et ont tiré des cartouches de gaz lacrymogènes pour disperser ses partisans. Selon des témoins, des matches de football organisés – dans lesquels des policiers et des militaires jouaient en civil – se sont déroulés toute la journée à proximité du Stade des Martyrs, apparemment dans le but de barrer l'accès aux zones de rassemblement prévues pour la réunion. Les forces de sécurité ont recruté et payé des membres des ligues de jeunesse pour qu'ils s'infiltrent et créent des désordres lors de la réunion de l'opposition, si celle-ci avait lieu, selon le témoignage d'une de ces recrues.

La nuit précédant la réunion, la police a arrêté un membre du parti d'opposition UPDS, Héritier Bokopo Lifula, pour avoir prétendument organisé un vol d'armes et de munitions dans des postes de police lors de manifestations à Kinshasa les 19 et 20 septembre. Selon son avocat, les forces de sécurité ont pillé la maison de Lifula pendant son arrestation et il n'a pas encore été autorisé à voir son client qui est en garde à vue au poste de police.

Simultanément, à Goma, dans l'est du pays, la police a empêché des membres du Rassemblement, une coalition d'opposition, de tenir une réunion à l'hôtel Bungwe. L'un des responsables de la police a déclaré par la suite à Human Rights Watch: « Je ne pouvais pas autoriser cette réunion. Si je l'avais fait, j'aurais été sanctionné par mes supérieurs et alors, comment aurais-je fait pour nourrir mes enfants? »

Plus au sud, lundi, des agents des services de renseignement ont arrêté le directeur général de la station de radio et télévision Manika et un de ses collègues à Kolwezi, dans la province de Lualaba, après qu'il eut diffusé un entretien avec le dirigeant d'opposition, candidat présidentiel et ancien gouverneur Moïse Katumbi, dont l'équipe de football, le Tout Puissant Mazembe, a gagné un match dimanche. Plus tôt dans l'année, Katumbi a été condamné par contumace, à l'issue d'un procès engagé pour des motifs politiques, à trois ans de prison et 1 million de dollars d'amende. Les deux journalistes ont été remis en liberté aujourd'hui.

Ces événements surviennent à moins de six semaines de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président congolais Joseph Kabila est tenu de quitter ses fonctions à l'expiration de son second et dernier mandat autorisé par la constitution.

Au cours des deux dernières années, les autorités congolaises ont à plusieurs reprises restreint les activités des journalistes et des médias. Les autorités ont brouillé les émissions de RFI plusieurs fois lors de périodes politiquement sensibles et le gouvernement a fermé un certain nombre de médias proches de l'opposition, dont au moins sept demeurent bloqués. Selon Reporters Sans Frontières, les autorités ont agressé ou persécuté au moins 63 journalistes depuis janvier 2016. Dans une tentative apparente d'empêcher des observateurs indépendants de documenter la répression gouvernementale lors de manifestations à Kinshasa le 19 septembre, les forces de sécurité ont interpellé au moins huit journalistes congolais et internationaux – dont Sonia Rolley de RFI, un photographe de l'Agence France-Presse et deux journalistes de TV5. Ils ont tous été remis en liberté le soir même. En janvier 2015, les autorités ont coupé toutes les communications par internet et par message texto à Kinshasa et dans d'autres lieux, lorsque des manifestations politiques ont éclaté à travers le pays, dans lesquelles au moins 43 personnes ont été tuées.

Dans des déclarations diffusées au cours des derniers jours, l'organisation congolaise de défense des droits humains La Voix des Sans Voix (VSV) et la Coalition pour le Respect de la Constitution, composée de 33 organisations, ont dénoncé l'abus de pouvoir du gouvernement et appelé au rétablissement immédiat des émissions de RFI et de Radio Okapi. Le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie a qualifié d'« inacceptable » la coupure de ces émissions, tandis que le ministre français des Affaires étrangères la définissait comme une « décision incompréhensible dans le monde d'aujourd'hui. » L'ambassade des États-Unis s'est déclarée « profondément troublée par l'apparent brouillage » des émissions de RFI et de Radio Okapi.

Lorsqu'ils se rendront en visite en RD Congo plus tard cette semaine, les représentants du Conseil de sécurité des Nations Unies devraient prononcer à l'adresse des autorités congolaises des messages publics très fermes, dénonçant ces récentes mesures, ainsi que toute autre forme de répression politique, et appelant au respect des libertés fondamentales.

Libertés d’expression et d’association menacées en RD Congo

Une équipe d’experts des droits de l’homme des Nations Unies appellent les autorités de la République démocratique du Congo à lever l’interdiction des rassemblements politiques publics dans la capitale, Kinshasa.

Cette interdiction « injustifiée » est le signe que « l’espace démocratique se dissipe rapidement en République démocratique du Congo, les organisations de défense des droits de l’homme et les partis d’opposition étant les plus touchés par la répression », ont souligné aujourd’hui ces experts dans une déclaration.

Depuis le début de l’année 2015, les autorités congolaises répriment systématiquement la coalition croissante qui appelle à une passation de pouvoir pacifique. L’interdiction de rassemblements politiques à Kinshasa a été prononcée juste après que les forces de sécurité ont répondu aux manifestations dans la capitale avec une force létale, tuant au moins 56 personnes pendant la semaine du 19 septembre, date à laquelle l’organisation de l’élection présidentielle devait être annoncée. Depuis lors, au moins quatre manifestations prévues ont été annulées après que les autorités ont décrété leur interdiction. Des interdictions similaires ont été décrétées à Kalemie et Lubumbashi, villes où résident plusieurs des principales figures d’opposition.

Les experts de l’ONU ont déclaré qu’une manifestation pacifique ne peut être restreinte que dans « des circonstances très précises et étroitement définies », conditions qui n’ont pas été remplies en RD Congo. « Étant donné que le pays se trouve dans une période électorale hautement contestée, les citoyens devraient avoir davantage d’espace pour exprimer leurs libertés fondamentales. »

Les experts ont fait part de leurs inquiétudes quant à l’accord du « dialogue national » conclu récemment :

« L’interdiction de manifester et le ton restrictif de l’accord de Dialogue National sont des signes d’autant plus inquiétants que l’espace démocratique se dissipe rapidement en République démocratique du Congo, les organisations de défense des droits de l’homme et les partis d’opposition étant les plus touchés par la répression. »

La déclaration des experts intervient deux jours avant la date prévue d’une réunion publique organisée à Kinshasa par la coalition d’opposition appelée le « Rassemblement ». « Dans la perspective des manifestations à venir, en particulier celles prévues pour le 5 novembre, nous exhortons les autorités congolaises à révoquer leur décision d’interdire les manifestations », ont déclaré les experts.

Ces appels font écho aux déclarations publiées par de nombreuses organisations de défense des droits humains congolaises, y compris l’Association africaine de Droits de l’Homme (ASADHO), la Voix des sans-voix (VSV) et une coalition d’organisations de la société civile et de partis politiques, qui ont toutes dénoncé cette interdiction comme étant une mesure illégale allant à l’encontre des lois et de la constitution du pays.

La médiation par l’Église catholique apporte une lueur d’espoir face à la répression en RD Congo

Les évêques de l’Église catholique romaine de la RD Congo parviendront-ils à trouver une issue à la dangereuse impasse politique dans laquelle se trouve le pays ?

À la demande du président Joseph Kabila, les évêques catholiques ont entrepris, cette semaine, des consultations avec les groupes de l’opposition et de la société civile visant, comme nous l’a indiqué un des évêques, à trouver un consensus qui éviterait les violences après le 19 décembre, date à laquelle le président Kabila sera obligé, selon la constitution, de quitter ses fonctions.

Les discussions ont inclus des groupes qui ont refusé de participer au « dialogue national » ou qui ont rejeté ses conclusions récentes, car il permettrait à Kabila de rester au pouvoir au moins jusqu’en avril 2018.

Précédemment, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exhorté les hommes politiques à renégocier les conclusions du dialogue national et à garantir que des élections présidentielles auront bien lieu en 2017. « Il est impérieux qu’il soit clairement mentionné dans le consensus... que l’actuel Président de la République ne se représentera pas pour un troisième mandat », a indiqué la déclaration.

Étant donné son soutien permanent et populaire, la navette diplomatique de l’Église peut contribuer à éviter une crise à grande échelle dans les semaines à venir. Le fait que Kabila ait demandé l’implication de la CENCO est un signe positif et s’avère cohérent avec l’appel lancé, la semaine dernière, par les dirigeants de la région pour inciter tous les camps à renforcer les mesures propres à rétablir la confiance.

Mais pour que tout geste de bonne volonté soit crédible, il doit s’accompagner de mesures pour mettre un terme à la répression des activistes et des partisans de l’opposition et pour autoriser les manifestations pacifiques.

Et ce n’est pas le cas. Environ 15 membres du parti d’opposition UDPS ont été arrêtés mardi – les dernières d’une série d’arrestations arbitraires – peu après que plusieurs milliers de personnes se sont rassemblés pour les funérailles de six membres du parti UDPS. Ces derniers ont été tués au cours de manifestations à Kinshasa entre le 19 et le 21 septembre, lorsque les forces de sécurité ont répondu avec une force excessive, tuant au moins 56 personnes. Les membres de l’UDPS ont été arrêtés alors qu’ils circulaient à bord d’un bus public vers leur domicile après la cérémonie funéraire et ont été détenus toute la nuit avant d’être libérés plus tôt aujourd’hui. Les autorités ont affirmé qu’ils ont été arrêtés parce qu’ils n’ont pas payé leur place dans le bus.

Entre-temps, les six membres du mouvement de la jeunesse pro-démocratique Filimbi qui avaient été arrêtés ont été libérés aujourd’hui après avoir payé des amendes significatives. Les cinq personnes arrêtées samedi ont été accusées de rébellion et de participation à un mouvement insurrectionnel, et tous ont été inculpés d’organisation d’un sit-in pacifique regroupant environ 30 personnes. Un collègue, arrêté lundi après avoir apporté de la nourriture à ses amis et avoir pris des photos pendant leur transfert au bureau du Procureur, a été accusé d’incitation à la désobéissance civile.

À Goma, les trois activistes du mouvement de la jeunesse Lutte pour le Changement (LUCHA), arrêtés le 24 octobre, sont toujours enfermés à la prison centrale. Ils ont été arrêtés après avoir tenté de mobiliser des étudiants pour qu’ils participent à une manifestation pacifique en soutien à une feuille de route pour surmonter la crise politique du pays, qui invite Kabila à quitter ses fonctions d’ici le 19 décembre.

La coalition d’opposition appelée « le Rassemblement » a annoncé qu’elle organisera une réunion publique ce samedi malgré l’interdiction de tout rassemblement politique public décrétée par le gouvernement provincial de Kinshasa. Les organisations de défense des droits humains, y compris l’Association africaine des Droits de l’Homme (ASADHO) et la Voix des sans-voix (VSV), ont dénoncé cette interdiction comme étant une mesure illégale violant les lois et la constitution du pays.

Nouvelles arrestations d'activistes pacifiques en RD Congo

Les autorités congolaises ont de nouveau procédé à des arrestations parmi les membres d'un groupe de jeunes activistes pro-démocratie au cours du weekend, dans ce qui apparaît comme un effort continu de la part du gouvernement pour réduire ses détracteurs au silence.

Des policiers congolais procèdent à l’arrestation de membres du mouvement jeunesse Filimbi participant à un sit-in pacifique devant le bureau de l'Union africaine à Kinshasa, le 29 octobre 2016.

La police a arrêté samedi huit membres du mouvement de jeunesse Filimbi, à la suite d'une manifestation assise pacifique devant les bureaux de l'Union africaine (UA) à Kinshasa. Trois d'entre eux ont été remis en liberté plus tard dans la journée, mais les cinq autres sont toujours en détention, sous l'accusation de « trouble à l'ordre public » et d'« incitation à  la révolte ». Un autre activiste a été arrêté aujourd'hui, après avoir apporté de la nourriture à ses camarades détenus et pris une photo d'eux alors qu'ils étaient transférés d'une maison d'arrêt de la police au bureau du procureur.

Les activistes entendaient protester contre le soutien apporté par l'UA à l'accord de « dialogue national » congolais récemment conclu, qui a été rejeté par la majeure partie de l'opposition et qui autoriserait le président Joseph Kabila à rester au pouvoir, au-delà de la limite de deux mandats consécutifs imposée par la constitution, au moins jusqu'à avril 2018, voire plus longtemps encore.

Lors de la manifestation assise, observée par des membres de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la police a menacé les activistes de recourir aux gaz lacrymogènes s'ils ne quittaient pas les lieux. Les activistes ont accepté de partir et un groupe de 34 d'entre eux est monté dans un bus municipal. « Deux agents de police à moto ont barré la route devant nous tandis qu'une jeep de la police se garait derrière nous », nous a dit l'un des activistes. « Ils nous ont dit de rester dans le bus. Certains d'entre nous ont réussi à sortir par la porte arrière, mais huit sont restés. Un des agents de police nous a dit: ‘Ne bougez pas ou je tire.’ » Les huit ont été emmenés à une maison d'arrêt de la police.

Trois activistes du mouvement de jeunesse Lutte pour le changement (LUCHA), qui avaient été arrêtés à Goma la semaine dernière, ont été remis en liberté samedi, mais trois autres ont été transférés à la prison centrale de Goma. Lors d'une conférence de presse dimanche, un porte-parole de la police a déclaré qu'ils avaient « porté atteinte à l'ordre public et incité à l'insurrection. »

Au total, 26 activistes des mouvements de jeunesse Filimbi et LUCHA ont été arrêtés à Goma et à Kinshasa au cours de la semaine écoulée, dont neuf sont toujours en détention.

Pendant ce temps, dans la ville de Lubumbashi, dans le sud du pays, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une réunion du « Rassemblement », une coalition d'opposition, qui se tenait samedi à la résidence du dirigeant d'opposition Kyungu wa Kumwanza. Des membres de l'opposition auraient été blessés et arrêtés. Samedi également, un parti d'opposition, le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), a créé une nouvelle plateforme politique dénommée Front pour le respect de la constitution, et a appelé Kabila à abandonner ses fonctions le 19 décembre comme prévu par la constitution. Le MLC est l'un des nombreux partis qui avaient refusé de participer au « dialogue national ».

Des sondeurs ciblés, alors qu'une étude montre que les Congolais veulent des élections

Une étude d’opinion nationale comme on en voit rarement en République démocratique du Congo, publiée cette semaine, montre que les trois quarts des personnes interrogées veulent que le président Joseph Kabila quitte le pouvoir à la fin de son mandat le 19 décembre.

Joseph Kabila, le président de la RD Congo, arrive à une réunion de dirigeants d'Afrique australe et centrale pour discuter de la crise en RD Congo, à Luanda, en Angola.

Depuis la publication de cette étude d'opinion, les responsables de l'institut congolais de sondage qui a aidé à la réaliser affirment que leur bureau a été visité et surveillé par des membres présumés des services de renseignement, ce qui les a contraints à le fermer temporairement pour des raisons de sécurité.

L'étude a été dirigée par le Groupe d’Étude sur le Congo de l'Université de New York et par un institut de sondage congolais, le Bureau d’Études, de Recherches et Consulting International (BERCI). Entre mai et septembre, leurs chercheurs ont effectué 7 545 entretiens en tête-à-tête dans des zones sélectionnées au hasard et réparties dans tout le pays.

Des agents des services de renseignement ont arrêté l'un des chercheurs du BERCI, Rodrigue Bintene Mimbo, le 26 juin, alors qu'il effectuait des recherches depuis deux semaines dans la province de Sankuru, dans le centre du pays. Il a été détenu jusqu'au 9 juillet dans un centre de détention de l'agence nationale de renseignements (ANR) à Lodja, la capitale de la province de Sankuru, puis transféré dans un autre centre de détention de l'ANR, à Kinshasa. Mimbo est toujours en détention, sans inculpation, et est privé d'accès à sa famille ou à un avocat. Les autorités devraient immédiatement remettre Mimbo en liberté et cesser de harceler les personnes ayant pris part à l'étude d'opinion.

Voici quelques-uns des éléments d'information les plus remarquables recueillis lors du sondage:

  • 81,4% des sondés rejettent l'idée d'un amendement de la constitution pour permettre au président Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. 
  • 74,3% ont déclaré que Kabila devrait abandonner ses fonctions à l'expiration de son second mandat, le 19 décembre 2016, comme le prévoit la constitution. 
  • La plupart des sondés souhaitent que des élections se tiennent dans le courant de l'année prochaine. Si les élections doivent être reportées, 41% ont déclaré qu'elles devraient avoir lieu en 2017, tandis que 13,7% se prononçaient pour 2018 ou pour une date ultérieure.
  • 7,6% ont déclaré qu'ils avaient participé à un défilé de protestation, à une grève ou à une manifestation au cours des cinq dernières années. 48,5% ont affirmé qu'ils participeraient à une manifestation si les élections sont soit truquées, soit retardées, soit les deux à la fois. 
  • 57% ont déclaré que des membres d'organisations de jeunes, qui ont été arrêtés à Kinshasa et à Goma pour avoir organisé ou pris part à des actes de protestation, à des manifestations ou à des opérations « villes mortes » contre le gouvernement, n'avaient fait qu'« exercer leur droit aux libertés d'expression et de réunion. » 16% ont estimé que ce genre d'activité devrait cesser. 
  • 19,9% des personnes interrogées ont estimé que le système judiciaire de la RD Congo est indépendant et 27,2% ont affirmé qu'eux-mêmes ou un membre de leur famille avaient été victimes d'une arrestation arbitraire.
  • 76,4% se sont déclarés en faveur de la création d'un tribunal congolais qui serait chargé de juger les auteurs de crimes de guerre. Parmi eux, 71,4% se sont dits favorables à ce que des juges étrangers siègent au sein de ce tribunal.

Nouvelles arrestations d’activistes en RD Congo alors que les dirigeants africains se réunissaient pour discuter de la crise

Des activistes de la République démocratique du Congo ont appelé les dirigeants de la région réunis en Angola mercredi à faire pression sur le président Joseph Kabila pour qu’il se retire de ses fonctions à la fin de son mandat en décembre, ou à assumer une part de responsabilité si le pays s’enfonce dans le chaos.

Des activistes manifestent devant les bureaux de la MONUSCO à Bunia, en République démocratique du Congo.

Entre-temps, huit autres activistes ont été arrêtés en RD Congo, dans le cadre de la tentative des autorités d’endiguer les protestations face à l’impasse politique actuelle.

À Goma, huit activistes de la LUCHA ont été arrêtés alors qu’ils mobilisaient des personnes pour organiser un sit-in devant le siège provincial de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUSCO, ce qui amène à 17 le nombre d’activistes de la LUCHA arrêtés à Goma cette semaine. Les personnes arrêtées mardi et mercredi ont été libérées, mais six activistes arrêtés lundi sont toujours en détention.

À Kinshasa, Bunia, Butembo, Goma, Bukavu, Mbuji-Mayi et Kananga, des délégations d’activistes des mouvements citoyens Filimbi et la LUCHA se sont rendues dans les bureaux de la MONUSCO, pour remettre des exemplaires d’une feuille de route de la société civile visant à résoudre la crise de manière pacifique et conformément à la constitution.

Les activistes ont annulé une manifestation prévue à Kinshasa après que les autorités aient annoncé son interdiction, citant un décret de septembre qui interdit pour une durée indéterminée toutes les manifestations politiques dans la capitale. Au lieu de cela, les activistes ont remis leur proposition à la MONUSCO et ont tenu une conférence de presse pendant laquelle ils ont demandé instamment aux dirigeants régionaux et aux envoyés spéciaux réunis à Luanda, capitale de l’Angola, d’appeler le président Kabila à quitter ses fonctions à la fin de son mandat le 19 décembre. Les activistes ont aussi rejeté les conclusions du « dialogue national » de la semaine dernière, qui permettraient à Kabila de rester en fonction au moins jusqu’en avril 2018, et peut-être au-delà.

Dans une déclaration publiée à la fin du sommet de Luanda, les dirigeants régionaux ont appelé toutes les parties en RD Congo à respecter « les principes, idéaux et aspirations du peuple congolais, qui sont consacrés dans la Constitution [congolaise] ». Ils ont aussi félicité Kabila et ceux qui ont participé au dialogue national, tout en engageant les parties prenantes à renforcer les mesures propres à rétablir la confiance.

La déclaration finale n’a pas inclus de recommandations détaillées pour les prochaines étapes, laissant la porte ouverte à d’autres approches pour résoudre l’impasse politique ­­– mais le temps presse, l’échéance du 19 décembre approchant à grands pas.

Il faudrait que le gouvernement congolais réponde à l’appel des dirigeants africains par des actions concrètes, en commençant par libérer les activistes et les autres prisonniers politiques, et en prenant des mesures claires pour garantir le respect des droits fondamentaux de liberté d’expression et de réunion.

Nouvelles arrestations d'activistes à la veille de manifestations en RD Congo

Les autorités congolaises s'affairent de nouveau à réprimer les activistes pro-démocratie dans le but apparent de décourager des manifestations de protestation prévues pour cette semaine, tout en semant la peur et l'intimidation.

Manifestation de la LUCHA, le 18 octobre 2016.

La police a arrêté lundi six activistes du mouvement de jeunes Lutte pour le changement (LUCHA), alors qu'ils mobilisaient des étudiants d'une université de Goma pour qu'ils participent à des manifestations et à des opérations villes mortes - équivalant à des grèves générales - prévues pour mercredi et jeudi. Trois autres activistes de LUCHA ont été arrêtés à Goma mardi matin.

Dimanche, un activiste de la LUCHA, Victor Tesongo, a été arrêté à son domicile à Kinshasa. Des agents des services de renseignement l'ont détenu pendant plusieurs heures et l'ont menacé, avant de le libérer sans inculpation. Victor Tesongo avait été précédemment emprisonné, du 16 février au 31 août, sur la base de chefs d'accusation fallacieux.

Un autre activiste, Jean-Claude Ekosa, du mouvement citoyen Quatrième Voix, a été enlevé dimanche à Kinshasa à la suite d'une réunion avec des collègues. Alors qu'il venait de monter dans un taxi collectif, un passager a sorti un revolver, l'a pointé sur Ekosa et lui a intimé l'ordre de ne pas crier. « Si tu cries », a-t-il dit, « on va te tuer  comme un chien et ta famille ne va pas te retrouver. » On lui a alors placé un bandeau sur les yeux et il a été emmené vers une destination inconnue. Ekosa a été placé dans une cellule avec cinq autres personnes, interrogé dans la soirée et le lendemain au sujet de ses liens avec l'opposition et accusé d'être « parmi ceux qui troublent l'ordre public. » Par la suite, Ekosa a entendu ses ravisseurs dire qu'il « n'était pas la cible qu'ils recherchaient. » Tôt ce matin, ils ont remis Ekosa dans la voiture et l'ont abandonné sur le bord de la route près de Kinkole, dans les faubourgs de Kinshasa, toujours les yeux bandés et les mains liées. 

L'appel aux manifestations prévues pour les deux prochains jours a été lancé par une coalition de 173 mouvements citoyens et organisations de défense des droits humains répartis sur tout le territoire de la RD Congo, qui a publié une feuille de route la semaine dernière sur les moyens de surmonter la crise politique que traverse le pays. Cette coalition a également appelé le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions le 19 décembre, à la fin de son second mandat présidentiel comme le prévoit la constitution.

Les manifestations prévues coïncident avec un Sommet de dirigeants régionaux et d’envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs à Luanda, en Angola, qui doit discuter de la crise politique en RD Congo. 

L'ONU fait état d'un usage excessif de la force lors de manifestations en RD Congo

Dans un nouveau rapport, les Nations Unies dressent un sombre tableau des violences de septembre dernier en République démocratique du Congo : plus de 50 meurtres, des cadavres emmenés par les autorités, ainsi que des arrestations et mises en détention arbitraires.

Des citoyens congolais participent à une manifestation visant à presser le président Joseph Kabila de démissionner à l’échéance de son mandat, dans la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, le 19 septembre 2016.

Le rapport préliminaire du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme en RDC (BCNUDH) documente des violations des droits humains commises dans la capitale, Kinshasa, entre le 19 et le 21 septembre, lors de manifestations de protestation contre le report des élections. Le Bureau a constaté que ces violations témoignaient d’un « usage disproportionné et excessif de la force, y compris létale, par les autorités congolaises ».  

Voici quelques-unes de ses principales constatations:

  • Plus de 422 victimes de violations des droits humains à Kinshasa de la part d'agents de l'État. 
  • Au moins 53 personnes tuées, dont sept femmes, deux enfants et quatre policiers – parmi lesquelles 48 ont été tuées par des agents de l'État; les auteurs restants n'ont pas été identifiés. Parmi les personnes tuées par des agents de l'État, 38 l'ont été par balles. Sept personnes, dont les corps ont été brûlés, ont été tuées par des militaires de la Garde républicaine (principalement lors d'une attaque contre le siège du parti d'opposition UDPS), une femme a été tuée à coups de machette par des militaires de la Garde républicaine, et des policiers ont frappé un homme à mort et en ont mortellement poignardé un autre.
  • Les corps des victimes décédées, ainsi que plusieurs personnes blessées, auraient été emmenés par les autorités, souvent rapidement et parfois de force et contre la volonté des familles des victimes.
  • 143 personnes ont été blessées, dont 13 femmes et 11 enfants. Le BCNUDH a reçu des rapports selon lesquels certaines victimes blessées par balles auraient été jetées dans la rivière Ndjili par les forces de sécurité.
  • Au moins 299 personnes ont été arrêtées et détenues illégalement. 
  • Huit journalistes qui couvraient les événements ont été harcelés, dépouillés, battus et détenus par les autorités pendant plusieurs heures avant d'être libérés.
  • Des équipes du BCNUDH se sont vu refuser l'accès aux lieux de détention sur instruction de hauts fonctionnaires du ministère de la Défense, et elles ont eu des difficultés à accéder aux morgues. Les forces de sécurité ont empêché deux véhicules de l'ONU d’accéder aux lieux d’incidents. Un agent de police a tiré des gaz lacrymogènes sur un véhicule de l'ONU et un tireur, posté sur le toit d'un camion anti-émeute de la police, a tiré deux fois sur un véhicule de l'ONU mais a manqué sa cible.
  • Les autorités ont distribué des machettes et de l'argent à une centaine de jeunes hommes, afin qu'ils perturbent les manifestations.
  • Les sièges de cinq partis d'opposition ont été attaqués et incendiés. Ces attaques ont été perpétrées soit directement par des agents de l'État, soit par d'autres personnes alors que des agents de l'État étaient présents sur les lieux des faits sans intervenir.
  • Le Centre national des opérations qui supervisait la réponse des forces de sécurité aux manifestations aurait autorisé le recours à la force, y compris l’utilisation d’armes à feu, contre les manifestants. Des témoins ont raconté avoir entendu l'ordre suivant, donné en langue lingala par radio VHF: « Ils sont déterminés, tirez! »
  • Plusieurs cas de violences de la part des manifestants ont également été rapportés, notamment le meurtre de quatre agents de police. Des manifestants auraient dressé des barricades et lancé des pierres lors d’affrontements avec les forces de sécurité. Des manifestants auraient également détruit et pillé les sièges de trois partis politiques proches de la majorité présidentielle, ainsi que des bâtiments publics et d'autres installations.

Les constats initiaux effectués par Human Rights Watch concernant les violences commises pendant la semaine du 19 septembre à Kinshasa sont semblables à ceux de l'ONU. Un résumé peut être consulté en suivant le lien : https://www.hrw.org/fr/news/2016/10/13/ue-appel-imposer-des-sanctions-ciblees-lencontre-de-hauts-responsables-en-republique .

Un rapport plus détaillé de Human Rights Watch sur ces événements est en préparation.

 

Une coalition propose une feuille de route pour mettre fin à la crise politique en RD Congo

Une coalition de 173 mouvements citoyens et groupes de défense des droits humains, répartis sur tout le territoire de la République démocratique du Congo, a présenté aujourd'hui sa feuille de route pour surmonter la crise politique qui secoue le pays et a appelé le président Joseph Kabila à quitter ses fonctions le 19 décembre, à l'expiration de son second mandat conformément à la limite fixée par la constitution.

Une coalition de 173 mouvements citoyens et groupes de défense des droits humains de la RD Congo présente sa feuille de route pour surmonter la crise politique qui secoue le pays, lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 21 octobre 2016. 

Cette marche à suivre, ont déclaré les membres de cette coalition, est la plus conforme à la constitution congolaise et la plus susceptible d'éviter de nouvelles violences et une instabilité accrue au cours des semaines et des mois à venir.

Les membres de la société civile ont déclaré que M. Kabila et ses proches devraient alors voir assurer leur sécurité ainsi que d'autres garanties, dans le respect des traités internationaux, de la constitution et de la législation nationale. Le président du Sénat assurerait alors l'intérim de la présidence, en conformité avec les articles 75 et 76 de la constitution congolaise.

Ces groupes, parmi lesquels figurent les mouvements de jeunes pro-démocratie Filimbi et LUCHA, l'Association Congolaise pour l’Accès à la Justice (ACAJ, une organisation de défense des droits humains), et la coalition connue sous le nom de Chemin de la Paix et menée par Denis Mukwege, ont également appelé à la création d'un forum inclusif qui chercherait à dégager un consensus sur un nouveau calendrier électoral, prévoyant la tenue d'élections présidentielle et législatives avant la fin de l'année 2017. Les élections devaient initialement se tenir en novembre 2016. Ce forum serait également chargé de la réorganisation de la commission électorale nationale et de déterminer comment serait gérée la période précédant les élections présidentielles et législatives.

La coalition a appelé les acteurs politiques et les dirigeants religieux congolais, le Conseil de sécurité des Nations Unies, et les autorités régionales et sous-régionales d'Afrique à soutenir cette feuille de route, afin d'éviter que la RD Congo ne « dérive dangereusement vers l’anarchie et le chaos » et de « préserver l’ordre constitutionnel ».

La feuille de route est une réponse à l'accord du « dialogue national » conclu mardi, lequel appelait au maintien de Joseph Kabila dans ses fonctions au-delà de l'expiration de son mandat et qui a été rejeté par la plupart des grands partis d'opposition congolais et par de nombreuses autres parties.

Quelques heures seulement avant la conférence d'aujourd'hui, les forces de sécurité ont arrêté une douzaine d'activistes du mouvement de jeunes pro-démocratie LUCHA, alors qu'ils protestaient contre l'accord de mardi devant le bureau de l'Union africaine à Kinshasa. Ils ont été remis en liberté ce soir.

Dans une déclaration diffusée plus tôt dans la journée, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a elle aussi exhorté les politiciens à renégocier les conclusions du dialogue national et à faire en sorte qu'une élection présidentielle ait lieu en 2017. « Il est impérieux qu’il soit clairement mentionné dans le consensus à trouver que l’actuel Président de la République ne se représentera pas pour un troisième mandat », affirme cette structure de l’Église catholique. Les évêques ont également rejeté la décision prise plus tôt dans la semaine par la Cour Constitutionnelle d'autoriser la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à reporter la convocation des élections, décision qui a été prise en dépit d'une apparente violation des règles de la Cour en matière de quorum.

Les dirigeants régionaux et les envoyés spéciaux pour la région des Grands Lacs se réuniront la semaine prochaine à Luanda, en Angola, afin de discuter de la crise en RD Congo. Espérons que leurs discussions aideront à ouvrir la voie vers une solution de nature à éviter davantage de violence, de répression, et d'instabilité dans les semaines et les mois à venir.

Manifestations et « villes mortes » à travers la RD Congo

Hier, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues, et les travailleurs sont restés chez eux pour protester contre la crise politique que traverse la République démocratique du Congo, deux mois jour pour jour avant que le président Joseph Kabila ne doive quitter ses fonctions, comme le prévoit la constitution congolaise.

Ces actions interviennent un jour après qu’un « dialogue national » s’est conclu sans avoir permis de résoudre l’impasse politique que connaît le pays et quelques jours après une décision de la Cour constitutionnelle autorisant la commission électorale à reporter la convocation du scrutin pour les élections, votée malgré une violation apparente des propres règles de quorum de la Cour.

Les rues de la capitale, Kinshasa, étaient bien plus calmes que d’habitude, car de nombreuses personnes sont restées chez elles au lieu de se rendre au travail ou à l’école en réponse à l’appel de l’opposition à une journée « ville morte » ou grève générale. Alors que la police était déployée dans la ville, Human Rights Watch n’a reçu aucun rapport d’incidents graves – un contraste significatif par rapport aux manifestations à Kinshasa la semaine du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont tué au moins 56 manifestants.

Dans la ville de Goma, dans l’est du pays, plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues ; beaucoup arboraient des cartons jaunes comme des arbitres de football en signe d’avertissement au président Kabila. « Joseph Kabila, votre mandat touche à sa fin ; Jour J moins 60 », pouvait-on lire sur de nombreuses pancartes. Pendant la marche pacifique, certaines personnes ont scandé : « Tu dois partir ! Tu dois partir ! » D’autres ont sifflé pour amplifier leur message et leur colère.

Les manifestants ont défilé du centre de la ville jusqu’au bureau du gouverneur de la province, où la police a alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule réunissant 150 à 200 personnes. Certains manifestants ont ensuite dressé des barrages routiers à proximité, entassant de grosses pierres et des troncs d’arbre en travers de la route. Les forces de sécurité ont fait preuve de plus de retenue que lors de manifestations passées à Goma, notamment celles du 26 mai et du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont recouru à une force létale injustifiée contre les manifestants.

Dans la ville de Butembo, dans le nord-est du pays, des manifestants ont porté un cercueil jaune symbolisant la fin de la présidence de Kabila. Des manifestations ou des « villes mortes » de moindre ampleur ont aussi eu lieu à Beni, à Kalemie, à Kindu, à Kananga, à Bandundu et à Mbuji-Mayi.

Alors que dans certaines villes, comme Bukavu et Lubumbashi, la vie semble avoir suivi son cours normal, les actes de protestation observés dans la majeure partie du pays témoignent des frustrations profondes de nombreux citoyens et laissent augurer de nouvelles agitations dans les semaines à venir. 

Des personnes prennent la fuite, après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène sur la route menant au bureau du gouverneur à Goma. © 2016 Human Rights Watch

 

Après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène pour disperser une foule au bureau du gouverneur à Goma, des manifestants barricadent la route. © 2016 Human Rights Watch

---------

Dans les médias:

RFI 20.10.16 – itw d’Ida Sawyer

Le dialogue national de la RD Congo ne parvient pas à surmonter l’impasse politique

Après six semaines de manœuvres politiques, le soi-disant « dialogue national » – visant à sortir d’une impasse politique avant les élections présidentielles en République démocratique du Congo prévues initialement en novembre – s’est conclu hier avec de maigres espoirs d’apaiser les tensions dans le pays.

Une vingtaine de membres de la LUCHA a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections, le 18 octobre 2016.

Au titre de l’accord signé, le président Joseph Kabila restera en fonction au-delà du 19 décembre – date à laquelle son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution prend fin – et ce, jusqu’à ce que des élections présidentielles soient tenues. Le pacte établit un processus électoral fin avril 2018 au plus tard – mais n’indique pas de jour de vote précis et expose de nombreux défis qui pourraient retarder encore le vote. L’accord prévoit également la désignation d’un nouveau « gouvernement d’unité nationale » dans les 21 jours – au plus tard le 8 novembre – et l’attribution du poste de Premier ministre à une personnalité de l’opposition.

La plupart des principaux partis d’opposition de la RD Congo ont soit refusé de participer, soit seulement assisté au dialogue en tant qu’observateur, craignant qu’il ne s’agisse que d’un stratagème du président Kabila pour rester au pouvoir au-delà de son mandat et pour gagner du temps afin de tenter de modifier la constitution pour autoriser un troisième mandat.

De nombreuses figures d’opposition ont déjà rejeté l’accord, plaidant plutôt en la faveur d’un dirigeant de transition, qui ne pourrait pas être candidat à la présidence, pour diriger le pays le temps que des élections soient organisées. Ils ont également appelé Joseph Kabila à se retirer le 19 décembre afin d’éviter d’autres retards et toute instabilité potentielle. Certains soutiennent que le président du Sénat devrait diriger le pays pendant la période de transition, en vertu de la disposition constitutionnelle stipulant qu’en cas de « vacance », le président du Sénat doit provisoirement exercer les fonctions de Président de la République.

Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a rejeté l’accord en exigeant un « véritable dialogue ». L’Institut de recherche en droits humains (IRDH), groupe congolais de défense des droits humains, a également dénoncé l’accord et déclaré qu’il ne ferait qu’intensifier la crise politique du pays. L’organisation de défense des droits humains Héritiers de la Justice, basée à Bukavu, a qualifié l’accord de « violation criante » de la constitution du pays.

Pour protester contre les conclusions du dialogue, une vingtaine de membres de la Lutte pour le changement (LUCHA), mouvement de jeune pro-démocratie, a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections.

Des dirigeants d’opposition et d’autres ont appelé à des manifestations et à une journée « villes mortes » (grèves générales) le 19 octobre.

Lundi, le Conseil affaires étrangères de l’Union européenne a appelé à « une nouvelle phase d’un processus politique plus inclusif au cours des semaines à venir » avec la participation de toutes les grandes familles politiques et de la société civile. Contrairement à l’accord d’hier, le Conseil a exhorté les parties prenantes congolaises à mener un dialogue qui « [devra] déboucher sur l’organisation d’élections présidentielles et législatives dans le délai le plus court possible au cours de l’année 2017 ».

La conclusion du dialogue national n’a pas réussi à apaiser les tensions et laisse le pays dans une impasse politique. La porte reste ainsi ouverte à de nouvelles manifestations, et davantage de violence et répression dans les semaines à venir.

Une délégation de la CPI en RD Congo

La procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI) est « profondément préoccupée » par l'aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en République démocratique du Congo.

Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale

Dans une déclaration publiée hier, Fatou Bensouda a indiqué que les violences de septembre « pourraient constituer des crimes de la compétence » de la CPI. Elle a envoyé une délégation en RD Congo pour appeler toutes les parties à la retenue, en demandant aux « partisans, sympathisants et agents » de s’abstenir de tout acte de violence.

Fatou Bensouda a aussi déclaré que son bureau « surveille avec une extrême vigilance la situation sur le terrain » en RD Congo et que « toute personne qui commet, ordonne, incite, encourage ou contribue de toute autre manière à la commission de crimes relevant de la compétence de la CPI est passible de poursuites ». La mission de la CPI en RD Congo fait suite à une déclaration forte du bureau de Fatou Bensouda, exprimant sa préoccupation par rapport à la situation dans ce pays, datée du 23 septembre 2016.

Les recherches de Human Rights Watch ont montré que les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive contre les manifestants à Kinshasa en septembre, tuant au moins 56 personnes. Les corps de bon nombre des victimes ont été emportés par les forces de sécurité ; certains ont été abandonnés dans le fleuve Congo et retrouvés plus tard, échoués sur ses rives. Les forces de sécurité ont brûlé trois sièges de partis d’opposition, ont arrêté au moins huit journalistes et deux défenseurs des droits humains, et ont arrêté des dizaines de jeunes, beaucoup d’entre eux semblant avoir été ciblés au hasard.

Certains des manifestants à Kinshasa ont aussi eu recours à la violence, frappant ou brûlant à mort au moins trois agents de police et un civil. Ils ont aussi incendié et pillé des lieux considérés comme étant proches ou représentatifs du président Joseph Kabila et de son gouvernement. Des agents de police et des membres des ligues de jeunes mobilisés par des responsables du parti au pouvoir et par des officiers des forces de sécurité étaient aussi impliqués dans les pillages et les violences.

Outre la surveillance des violences politiques, le bureau de la procureure de la CPI devrait recueillir des informations pour déterminer si une enquête de la CPI sur les crimes présumés dans la région de Beni dans l’est de la RD Congo est justifiée. Des combattants non identifiés ont tué près de 700 civils à Beni dans une série de massacres qui a commencé il y a deux ans.

La CPI a ouvert une enquête sur la RD Congo en juin 2004, et a compétence sur les crimes internationaux graves commis dans ce pays. La CPI peut intervenir lorsque les tribunaux nationaux n’ont pas la volonté ou les moyens de juger des crimes graves en violation du droit international.

L'UE s'apprête à prendre des sanctions ciblées contre de hauts responsables de la RD Congo

La condamnation de la répression en République démocratique du Congo est de plus en plus forte.

Les 28 États membres de l'Union européenne ont annoncé aujourd'hui l'adoption prochaine de mesures fortes afin de faire face à l'aggravation de la crise politique et des violations des droits humains en RD Congo.

Des policiers tirent des fusées de couleur fuchsia lors d'une manifestation à Goma, en RD Congo.

Le Conseil affaires étrangères de l'UE a déclaré qu'il « utilisera tous les moyens à sa disposition » contre ceux qui sont responsables de graves violations des droits humains, qui « incitent à la violence » ou qui « feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle [et] pacifique. » Le Conseil a appelé la Haute Représentante de l'UE à engager le processus.

Des diplomates ont indiqué à Human Rights Watch que ces mesures comprendraient vraisemblablement des sanctions ciblées, telles que des interdictions de voyager et des gels d'avoirs financiers, à l'encontre de hauts fonctionnaires congolais responsables de la violente répression exercée depuis plusieurs mois contre des activistes, des dirigeants d'opposition, et d'autres personnes qui se sont opposées aux tentatives de prolonger la présence à la tête de l'État du président Joseph Kabila au-delà de la limite de deux mandats consécutifs autorisée par la constitution et qui expire le 19 décembre.

Si elles sont mises en œuvre, ces mesures pourraient aider à éviter de nouvelles violences, à contenir les unités et les commandants les plus abusifs, et à accroître la pression sur le président Kabila pour qu'il quitte le pouvoir à la fin de son mandat. L'UE devrait agir rapidement.

Le Parlement européen a appelé à plusieurs reprises à l'application par l'UE de sanctions ciblées.

Human Rights Watch a écrit au pays membres de l'UE et à la Haute Représentante, Federica Mogherini, exhortant l'UE à adopter des mesures fortes « avant que davantage de cadavres ne jonchent les rues et qu'il ne soit potentiellement trop tard pour convaincre le président Kabila de changer de cap. »

Les sanctions ciblées visent des individus et ne sont pas destinées à punir la population congolaise dans son ensemble.

Le gouvernement des États-Unis a récemment imposé des sanctions ciblées contre trois officiers de haut rang des forces de sécurité de la RD Congo qui ont été longtemps impliqués dans de graves abus.

Pour que les sanctions aient un impact maximal, le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait lui aussi adopter d'urgence des mesures similaires.