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Aujourd’hui aurait dû être le dernier jour au pouvoir du Président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, celui où il tendrait les rênes à un nouveau président élu, inscrivant le premier passage de pouvoir pacifique du pays d’un dirigeant démocratique à un autre.

Au lieu de cela, il ne montre aucun signe de départ.

Le dialogue organisé à la dernière minute entre les partis politiques de l’opposition et la coalition au pouvoir, avec le concours de l’Église catholique, n’a pas permis de trouver un accord. Les évêques ont quitté le pays samedi pour leur rassemblement de fin d’année au Vatican avec le Pape, en promettant que le dialogue reprendrait à leur retour le 21 décembre. Le principal obstacle : le refus de Joseph Kabila de s’engager à quitter ses fonctions à la fin de son second mandat conformément à la Constitution. Les innombrables requêtes émises par des acteurs congolais et internationaux pour l’y inviter ne sont pas non plus parvenues à le faire changer d’avis.

79 groupes de femmes issus de la RD Congo et du monde entier ont envoyé ensemble une lettre publique au Président Kabila le 15 décembre, l’appelant à faire ceci pour « arrêter la violence » et mener le pays « sur le chemin de la paix ».

Le directeur exécutif de Human Rights Watch Kenneth Roth a abondé dans leur sens en déclarant dans un rapport du 16 décembre que le Président Kabila est « la seule personne » à pouvoir empêcher « une violence généralisée et dans le chaos au cours des prochains jours... en prenant l’engagement public clair de quitter ses fonctions et en mettant fin à la répression brutale exercée par les personnes sous son commandement. » Le rapport décrit en détail la répression exercée par le gouvernement depuis septembre et comporte des recommandations visant à éviter une violence à grande échelle dans les jours à venir.

Toutefois, le gouvernement et les forces de sécurité semblent prendre des mesures drastiques et se préparer à intensifier la répression dans un avenir proche. Les forces de sécurité étaient déjà déployées en grand nombre ce week-end à Kinshasa, la capitale, ainsi qu’à Goma et dans d’autres villes. En outre, le gouvernement a ordonné aux compagnies de télécommunications de bloquer les sites de réseaux sociaux, mesure entrée en vigueur sur la plupart des réseaux de la RD Congo peu après minuit, la nuit dernière.

À Kinshasa, deux membres de ligues de jeunes pro-gouvernement ont dit à Human Rights Watch qu’ils avaient été convoqués hier à une réunion avec de hauts responsables de la sécurité, des renseignements et du gouvernement qui leur ont intimé d’infiltrer les manifestations prévues dans les jours à venir et de provoquer des pillages et des accès de violence afin de pousser les forces de sécurité à tirer sur les manifestants. Ils ont expliqué qu’ils étaient répartis en plusieurs groupes pour viser quatre quartiers de Kinshasa : Limete, Tshangu, le rond-point Ngaba et Kintambo-Magasin. On a promis à chacun 120 000 francs congolais (100 dollars US environ). Les recruteurs ont indiqué que quelques soldats étaient mêlés aux membres des ligues de jeunes, et qu’un revolver avait été remis à la personne responsable de chacun des quatre groupes.

Gloria Sengha, activiste de la LUCHA, est portée disparue à Kinshasa depuis le vendredi 16 décembre 2016. © 2016 Privé

Les membres des ligues de jeunes avaient reçu des instructions similaires pour infiltrer les manifestations en septembre.

En attendant, davantage d’activistes et de membres de l’opposition ont été arrêtés ou sont portés disparus. Les activistes de la LUCHA Gloria Sengha et Musasa Tshibanda sont portés disparus à Kinshasa depuis vendredi ; puis samedi soir, Christian Badose et Andre Bismwa, deux membres de L’ECiDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement), parti politique de l’opposition, ont été arrêtés par des hommes en uniforme à Goma et emmenés vers une destination inconnue. Vendredi, cinq journalistes belges ont été expulsés et les autorités ont obligé un avion de transport du gouvernement belge à quitter Kinshasa.

Les déclarations ont déferlé ces derniers jours. Le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a appelé « le gouvernement [congolais], et en particulier ses forces de sécurité, à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir les droits à la liberté d’association et de rassemblement pacifique. » Le Pape a invité le peuple à prier pour la réussite des pourparlers, et la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RD Congo (MONUSCO) a appelé au calme et toutes les parties à respecter les droits humains. La Haute-représentante de l’ Union européenne a déclaré qu’« en ce moment, plus que jamais », l’Union européenne appelle les autorités congolaises à assurer « le strict respect des libertés fondamentales, à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de tout usage disproportionné de la force dans leur réaction aux manifestations » et les acteurs de la société civile et de l’opposition à veiller au caractère pacifique de leurs actions.

En dépit des tensions croissantes, les représentants du gouvernement congolais ont affirmé que le 19 et le 20 décembre seront des jours normaux et que la « vie continue », alors que la police annonce que tout groupe de 10 personnes ou plus rassemblées sera dispersé. Les dirigeants de l’opposition ont appelé la population à « s’assumer » et aux forces de sécurité de ne pas tirer sur la population.

La LUCHA, mouvement de jeunes pro-démocratie, a appelé la population congolaise à « descendre massivement » dans les rues et à « user de tous les moyens légitimes » pour « récupérer sa souveraineté des mains de Kabila ». Elle exhorte la population à s’abstenir de tout acte de violence et les forces de sécurité à montrer qu’elles sont « du côté du peuple ». Elle précise que les manifestations débuteront lundi et se poursuivront « jusqu’au départ effectif de Kabila, quel que soit le temps que cela prendra. » La LUCHA a également fait son « dernier appel » au Président Kabila pour qu’il annonce sa démission avant lundi minuit et qu’il quitte la présidence « honorablement ».

Joseph Kabila devrait respecter la Constitution et écouter cet appel, et toutes les parties devraient observer les appels à la non-violence.

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Aujourd’hui aurait dû être le dernier jour au pouvoir du Président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, celui où il tendrait les rênes à un nouveau président élu, inscrivant le premier passage de pouvoir pacifique du pays d’un dirigeant démocratique à un autre. Au lieu de cela, il ne montre aucun signe de départ.