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Après un mois de diplomatie de l'Église catholique afin de surmonter l'impasse politique en République démocratique du Congo, la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila a écarté aujourd’hui cet effort en le qualifiant d’« échec ». Cela pourrait bloquer toute chance d'un accord inclusif avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la Constitution prend fin.

Des archevêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 2 décembre 2016. © 2016 Human Rights Watch


Lors d'une conférence de presse aujourd'hui à Kinshasa, à laquelle Human Rights Watch a assisté, les archevêques de la Conférence épiscopale nationale de l'Église catholique du Congo (CENCO) ont noté que plusieurs des questions les plus controversées restaient sans solution. Les archevêques ont également appelé à des échanges directs entre les parties prenantes. Ils ont déclaré que les divergences concernaient la Constitution et comment elle doit être respectée ; les séquences, le calendrier et le financement des élections ; l'indépendance de la commission électorale ; le fonctionnement des institutions pendant la période de la transition ; et les mesures de décrispation politique.

Les archevêques ont déclaré que si les parties prenantes « s’y engagent et font preuve de bonne volonté », un compromis politique est toujours à portée de main. Avertissant que « l'heure est grave », la CENCO a appelé toutes les parties à agir de manière responsable pour « éviter à notre pays de sombrer dans une situation incontrôlable ». 

Quelques heures après la conférence de presse, la majorité présidentielle a publié une déclaration qualifiant les efforts de la CENCO d’« échec ». La coalition au pouvoir a accusé l'opposition de « contradictions flagrantes » et de certaines « exigences attentatoires à l'esprit et à la lettre de la Constitution », regrettant « le temps ainsi inutilement perdu ». Ses délégués alors demandé au président de mettre en œuvre l'accord du « dialogue national », qui permettrait à Kabila de rester au pouvoir au moins jusqu'en avril 2018, et que la plupart des principaux partis d'opposition n'ont pas signé.

La coalition d'opposition « Rassemblement » « a noté avec satisfaction » l’implication continue des archevêques « dans la recherche d’une solution appropriée » à la crise qui « frappe » la RD Congo « et peut l’entraîner dans le chaos ». Elle a réitéré son engagement et sa volonté de participer à un « dialogue réellement inclusif » et a appuyé l'appel à des négociations directes entre les parties pour trouver une solution pacifique à la crise avant la fin du second mandat de Kabila.

À la demande du président Kabila, les évêques catholiques avaient entamé des consultations début novembre avec l'opposition et des organisations de la société civile, recherchant, comme nous l'a confié un des évêques, un consensus qui empêcherait le pays de sombrer dans la violence après le 19 décembre.

D'autre part, Rodrigue Bintene Mimbo, chercheur à l'institut de sondage congolais Bureau d'Étude de Recherche et de Consulting International, a été libéré de détention hier. Des agents du renseignement l'ont arrêté le 26 juin 2016, après qu’il avait passé deux semaines à mener des recherches dans la province centrale de Sankuru, en RD Congo, pour un sondage  d'opinion publique, qui a révélé que les trois quarts des personnes interrogées souhaitaient que le président Kabila quitte ses fonctions le 19 décembre. Mimbo n’a jamais été accusé d’aucun crime.

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Après un mois de diplomatie de l'Église catholique afin de surmonter l'impasse politique en République démocratique du Congo, la coalition au pouvoir du président Joseph Kabila a écarté aujourd’hui cet effort en le qualifiant d’« échec ». Cela pourrait bloquer toute chance d'un accord inclusif avant la date butoir du 19 décembre, à laquelle le deuxième et dernier mandat de Kabila autorisé par la Constitution prend fin.