French

Les autorités congolaises prennent des mesures de plus en plus agressives pour étouffer l'opposition politique, notamment en bloquant les signaux radio et en faisant encercler le domicile du chef de l'opposition comme elles l'ont fait à l'approche de manifestations prévues le weekend dernier.

Tôt samedi matin, avant des réunions publiques prévues dans de nombreuses villes à travers la République démocratique du Congo, les autorités ont coupé le signal émetteur de Radio France Internationale (RFI) à Kinshasa et à Lubumbashi, dans le sud du pays, et ont brouillé la réception du signal de Radio Okapi, qui est soutenue par les Nations Unies. RFI a été autorisée à émettre de nouveau à Lubumbashi samedi, mais est toujours occultée à Kinshasa et Radio Okapi est également toujours brouillée dans certains quartiers de Kinshasa – pour la quatrième journée consécutive.

En interférant avec les émissions des deux principales stations de radio de RD Congo, les responsables bloquent l'accès de millions de personnes à des informations crédibles et indépendantes.

Le ministre des Communications du gouvernement, Lambert Mende, a justifié cette décision en affirmant que RFI s'était « transformée en un attaché de presse de l'opposition. ». Mais le véritable objectif semble avoir été d'essayer d'empêcher le public d'être informé de la tenue de la réunion de l'opposition et des mesures répressives prises par le gouvernement pour empêcher cette réunion d'avoir lieu. 

Des policiers en tenue anti-émeutes et des véhicules blindés ont encerclé le domicile du dirigeant de l'opposition Étienne Tshisekedi, qui devait prendre la parole lors de la réunion de samedi, ainsi que la zone située à proximité du Stade des Martyrs, où la réunion devait se tenir. Ils ont empêché Tshisekedi de quitter son domicile et ont tiré des cartouches de gaz lacrymogènes pour disperser ses partisans. Selon des témoins, des matches de football organisés – dans lesquels des policiers et des militaires jouaient en civil – se sont déroulés toute la journée à proximité du Stade des Martyrs, apparemment dans le but de barrer l'accès aux zones de rassemblement prévues pour la réunion. Les forces de sécurité ont recruté et payé des membres des ligues de jeunesse pour qu'ils s'infiltrent et créent des désordres lors de la réunion de l'opposition, si celle-ci avait lieu, selon le témoignage d'une de ces recrues.

La nuit précédant la réunion, la police a arrêté un membre du parti d'opposition UPDS, Héritier Bokopo Lifula, pour avoir prétendument organisé un vol d'armes et de munitions dans des postes de police lors de manifestations à Kinshasa les 19 et 20 septembre. Selon son avocat, les forces de sécurité ont pillé la maison de Lifula pendant son arrestation et il n'a pas encore été autorisé à voir son client qui est en garde à vue au poste de police.

Simultanément, à Goma, dans l'est du pays, la police a empêché des membres du Rassemblement, une coalition d'opposition, de tenir une réunion à l'hôtel Bungwe. L'un des responsables de la police a déclaré par la suite à Human Rights Watch: « Je ne pouvais pas autoriser cette réunion. Si je l'avais fait, j'aurais été sanctionné par mes supérieurs et alors, comment aurais-je fait pour nourrir mes enfants? »

Plus au sud, lundi, des agents des services de renseignement ont arrêté le directeur général de la station de radio et télévision Manika et un de ses collègues à Kolwezi, dans la province de Lualaba, après qu'il eut diffusé un entretien avec le dirigeant d'opposition, candidat présidentiel et ancien gouverneur Moïse Katumbi, dont l'équipe de football, le Tout Puissant Mazembe, a gagné un match dimanche. Plus tôt dans l'année, Katumbi a été condamné par défaut, à l'issue d'un procès engagé pour des motifs politiques, à trois ans de prison et 1 million de dollars d'amende. Les deux journalistes ont été remis en liberté aujourd'hui.

Ces événements surviennent à moins de six semaines de la date butoir du 19 décembre, à laquelle le président congolais Joseph Kabila est tenu de quitter ses fonctions à l'expiration de son second et dernier mandat autorisé par la constitution.

Au cours des deux dernières années, les autorités congolaises ont à plusieurs reprises restreint les activités des journalistes et des médias. Les autorités ont brouillé les émissions de RFI plusieurs fois lors de périodes politiquement sensibles et le gouvernement a fermé un certain nombre de médias proches de l'opposition, dont au moins sept demeurent bloqués. Selon Reporters Sans Frontières, les autorités ont agressé ou persécuté au moins 63 journalistes depuis janvier 2016. Dans une tentative apparente d'empêcher des observateurs indépendants de documenter la répression gouvernementale lors de manifestations à Kinshasa le 19 septembre, les forces de sécurité ont interpellé au moins huit journalistes congolais et internationaux – dont Sonia Rolley de RFI, un photographe de l'Agence France-Presse et deux journalistes de TV5. Ils ont tous été remis en liberté le soir même. En janvier 2015, les autorités ont coupé toutes les communications par internet et par message texto à Kinshasa et dans d'autres lieux, lorsque des manifestations politiques ont éclaté à travers le pays, dans lesquelles au moins 43 personnes ont été tuées.

Dans des déclarations diffusées au cours des derniers jours, l'organisation congolaise de défense des droits humains La Voix des Sans Voix (VSV) et la Coalition pour le Respect de la Constitution, composée de 33 organisations, ont dénoncé l'abus de pouvoir du gouvernement et appelé au rétablissement immédiat des émissions de RFI et de Radio Okapi. Le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie a qualifié d'« inacceptable » la coupure de ces émissions, tandis que le ministre français des Affaires étrangères la définissait comme une « décision incompréhensible dans le monde d'aujourd'hui. » L'ambassade des États-Unis s'est déclarée « profondément troublée par l'apparent brouillage » des émissions de RFI et de Radio Okapi.

Lorsqu'ils se rendront en visite en RD Congo plus tard cette semaine, les représentants du Conseil de sécurité des Nations Unies devraient prononcer à l'adresse des autorités congolaises des messages publics très fermes, dénonçant ces récentes mesures, ainsi que toute autre forme de répression politique, et appelant au respect des libertés fondamentales.

Author