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Hier, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues, et les travailleurs sont restés chez eux pour protester contre la crise politique que traverse la République démocratique du Congo, deux mois jour pour jour avant que le président Joseph Kabila ne doive quitter ses fonctions, comme le prévoit la constitution congolaise.

Ces actions interviennent un jour après qu’un « dialogue national » s’est conclu sans avoir permis de résoudre l’impasse politique que connaît le pays et quelques jours après une décision de la Cour constitutionnelle autorisant la commission électorale à reporter la convocation du scrutin pour les élections, votée malgré une violation apparente des propres règles de quorum de la Cour.

Les rues de la capitale, Kinshasa, étaient bien plus calmes que d’habitude, car de nombreuses personnes sont restées chez elles au lieu de se rendre au travail ou à l’école en réponse à l’appel de l’opposition à une journée « ville morte » ou grève générale. Alors que la police était déployée dans la ville, Human Rights Watch n’a reçu aucun rapport d’incidents graves – un contraste significatif par rapport aux manifestations à Kinshasa la semaine du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont tué au moins 56 manifestants.

Dans la ville de Goma, dans l’est du pays, plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues ; beaucoup arboraient des cartons jaunes comme des arbitres de football en signe d’avertissement au président Kabila. « Joseph Kabila, votre mandat touche à sa fin ; Jour J moins 60 », pouvait-on lire sur de nombreuses pancartes. Pendant la marche pacifique, certaines personnes ont scandé : « Tu dois partir ! Tu dois partir ! » D’autres ont sifflé pour amplifier leur message et leur colère.

Les manifestants ont défilé du centre de la ville jusqu’au bureau du gouverneur de la province, où la police a alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule réunissant 150 à 200 personnes. Certains manifestants ont ensuite dressé des barrages routiers à proximité, entassant de grosses pierres et des troncs d’arbre en travers de la route. Les forces de sécurité ont fait preuve de plus de retenue que lors de manifestations passées à Goma, notamment celles du 26 mai et du 19 septembre, pendant lesquelles les forces de sécurité ont recouru à une force létale injustifiée contre les manifestants.

Dans la ville de Butembo, dans le nord-est du pays, des manifestants ont porté un cercueil jaune symbolisant la fin de la présidence de Kabila. Des manifestations ou des « villes mortes » de moindre ampleur ont aussi eu lieu à Beni, à Kalemie, à Kindu, à Kananga, à Bandundu et à Mbuji-Mayi.

Alors que dans certaines villes, comme Bukavu et Lubumbashi, la vie semble avoir suivi son cours normal, les actes de protestation observés dans la majeure partie du pays témoignent des frustrations profondes de nombreux citoyens et laissent augurer de nouvelles agitations dans les semaines à venir. 

Des personnes prennent la fuite, après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène sur la route menant au bureau du gouverneur à Goma. © 2016 Human Rights Watch

 

Après que des policiers aient tiré du gaz lacrymogène pour disperser une foule au bureau du gouverneur à Goma, des manifestants barricadent la route. © 2016 Human Rights Watch

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Dans les médias:

RFI 20.10.16 – itw d’Ida Sawyer

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Hier, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues, et les travailleurs sont restés chez eux pour protester contre la crise politique que traverse la République démocratique du Congo, deux mois jour pour jour avant que le président Joseph Kabila ne doive quitter ses fonctions, comme le prévoit la constitution congolaise.