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Après six semaines de manœuvres politiques, le soi-disant « dialogue national » – visant à sortir d’une impasse politique avant les élections présidentielles en République démocratique du Congo prévues initialement en novembre – s’est conclu hier avec de maigres espoirs d’apaiser les tensions dans le pays.

Une vingtaine de membres de la LUCHA a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections, le 18 octobre 2016. © 2016 Private

Au titre de l’accord signé, le président Joseph Kabila restera en fonction au-delà du 19 décembre – date à laquelle son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution prend fin – et ce, jusqu’à ce que des élections présidentielles soient tenues. Le pacte établit un processus électoral fin avril 2018 au plus tard – mais n’indique pas de jour de vote précis et expose de nombreux défis qui pourraient retarder encore le vote. L’accord prévoit également la désignation d’un nouveau « gouvernement d’unité nationale » dans les 21 jours – au plus tard le 8 novembre – et l’attribution du poste de Premier ministre à une personnalité de l’opposition.

La plupart des principaux partis d’opposition de la RD Congo ont soit refusé de participer, soit seulement assisté au dialogue en tant qu’observateur, craignant qu’il ne s’agisse que d’un stratagème du président Kabila pour rester au pouvoir au-delà de son mandat et pour gagner du temps afin de tenter de modifier la constitution pour autoriser un troisième mandat.

De nombreuses figures d’opposition ont déjà rejeté l’accord, plaidant plutôt en la faveur d’un dirigeant de transition, qui ne pourrait pas être candidat à la présidence, pour diriger le pays le temps que des élections soient organisées. Ils ont également appelé Joseph Kabila à se retirer le 19 décembre afin d’éviter d’autres retards et toute instabilité potentielle. Certains soutiennent que le président du Sénat devrait diriger le pays pendant la période de transition, en vertu de la disposition constitutionnelle stipulant qu’en cas de « vacance », le président du Sénat doit provisoirement exercer les fonctions de Président de la République.

Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a rejeté l’accord en exigeant un « véritable dialogue ». L’Institut de recherche en droits humains (IRDH), groupe congolais de défense des droits humains, a également dénoncé l’accord et déclaré qu’il ne ferait qu’intensifier la crise politique du pays. L’organisation de défense des droits humains Héritiers de la Justice, basée à Bukavu, a qualifié l’accord de « violation criante » de la constitution du pays.

Pour protester contre les conclusions du dialogue, une vingtaine de membres de la Lutte pour le changement (LUCHA), mouvement de jeune pro-démocratie, a mené une marche vers le bureau de la commission électorale dans la ville de Goma, dans l’est du pays, et a fourni une liste de jeunes volontaires disponibles pour aider à organiser les élections.

Des dirigeants d’opposition et d’autres ont appelé à des manifestations et à une journée « villes mortes » (grèves générales) le 19 octobre.

Lundi, le Conseil affaires étrangères de l’Union européenne a appelé à « une nouvelle phase d’un processus politique plus inclusif au cours des semaines à venir » avec la participation de toutes les grandes familles politiques et de la société civile. Contrairement à l’accord d’hier, le Conseil a exhorté les parties prenantes congolaises à mener un dialogue qui « [devra] déboucher sur l’organisation d’élections présidentielles et législatives dans le délai le plus court possible au cours de l’année 2017 ».

La conclusion du dialogue national n’a pas réussi à apaiser les tensions et laisse le pays dans une impasse politique. La porte reste ainsi ouverte à de nouvelles manifestations, et davantage de violence et répression dans les semaines à venir.

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Après six semaines de manœuvres politiques, le soi-disant « dialogue national » – visant à sortir d’une impasse politique avant les élections présidentielles en République démocratique du Congo prévues initialement en novembre – s’est conclu hier avec de maigres espoirs d’apaiser les tensions dans le pays.