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Tchad : Des opposants politiques ont été libérés

Les condamnations de l’ex-Premier ministre Succès Masra et d’autres opposants politiques devraient aussi être annulées

Une pancarte appelant à la libération de l’opposant tchadien Succès Masra, ainsi que d’autres prisonniers politiques détenus au Tchad, était visible lors d’un rassemblement tenu à Paris le 31 mai 2025.  © 2025 Umit Donmez / Anadolu via AFP

(New York) – Les autorités tchadiennes devraient annuler ou infirmer la condamnation de Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien et principal chef de l’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Succès Masra a été libéré de prison le 15 août, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.

Cette grâce, également accordée à huit autres opposants politiques, a conduit à leur libération de prison. Cependant, leurs condamnations pour des actes constituant une expression politique légitime sont toujours en vigueur, et devraient être infirmées afin qu’ils puissent continuer à participer à la vie politique. 

« La libération de Succès Masra et d’autres opposants politiques est une bonne nouvelle », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Mais soyons clairs, Succès Masra a été arrêté sur la base d’accusations forgées de toutes pièces dans une tentative de le réduire au silence. Les autorités tchadiennes devraient aller au-delà de la grâce présidentielle, et veiller à ce que sa condamnation soit annulée. »

Premier ministre du Tchad de janvier à mai 2024, Succès Masra a été arrêté le 16 mai 2025, après qu’il s’est présenté contre le président de la transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, lors de l’élection présidentielle de 2024. Les procureurs l’ont accusé d’incitation à la haine et à la violence après la mort de 42 personnes au cours d’affrontements intercommunautaires le 14 mai à Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, dans le sud-ouest du pays.

Alors que les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents dans le sud du Tchad, les violences intercommunautaires se sont aggravées ces dernières années, faisant des dizaines de morts. Succès Masra a été accusé d’incitation à la haine et à la violence par le biais de publications sur les réseaux sociaux. À la suite des violences qui ont eu lieu dans le Logone-Occidental, Succès Masra avait exprimé ses condoléances aux victimes, déclarant en mai 2025 : « La vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».

Succès Masra, qui avait plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de 74 autres prévenus, tous accusés de collaboration dans les décès survenus à Mandakao. Au moins 9 des prévenus ont été libérés à l’issue du procès, mais les autres ont été condamnés à 20 ans de prison. Les 65 coprévenus condamnés aux côtés de Succès Masra qui sont toujours en prison devraient également être libérés et leurs condamnations devraient être annulées, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a été informé du décès possible de certains coprévenus en détention, mais n’a pas été en mesure de confirmer ces informations.

Huit dirigeants de la principale coalition d’opposition du Tchad, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été graciés en même temps que Succès Masra. Les dirigeants du GCAP purgeaient des peines de huit ans de prison à la suite de leurs condamnations pour rébellion alors qu’ils avaient organisé une marche de protestation. Deux des huit dirigeants du GCAP avaient déjà été libérés pour des raisons de santé. La Cour suprême a dissous le GCAP en avril 2026, alléguant qu’il était impliqué dans des activités illégales.

Succès Masra avait fait appel de sa condamnation auprès de la Cour suprême, mais en mai, le tribunal a confirmé sa condamnation et sa peine de 20 ans d’emprisonnement. Alors que les grâces présidentielles accordées à Succès Masra et aux dirigeants du GCAP ont conduit à leur libération, leurs condamnations et leurs sanctions financières demeurent.

Succès Masra et ses coprévenus font toujours l’objet d’une amende impayée d’un total de 1 milliard de francs centrafricains (environ 1,8 million d’USD), infligée en même temps que leurs peines de prison. Leurs condamnations toujours en vigueur signifient également qu’ils conservent leur casier judiciaire et qu’ils restent inéligibles à toute élection. Les condamnations devraient donc être infirmées ou révisées conformément à la loi tchadienne, a déclaré Human Rights Watch.

L’affaire de Succès Masra a été marquante. Lui et ses partisans du parti d’opposition Les Transformateurs avaient subi des menaces avant les élections de mai 2024, lors desquelles Succès Masra s’était présenté contre le président de la transition de l’époque, le général Mahamat Idriss Déby. Après que ce dernier a été déclaré vainqueur, sa présidence a mis fin à la période de transition qui avait commencé en 2021, à la suite du décès de son père, le président Idriss Déby Itno, qui avait été tué lors de combats contre un groupe armé un jour après sa réélection à un sixième mandat.

La répression par le gouvernement de la liberté d’expression et d’association a parfois été très violente. Après la mort d’Idriss Déby Itno, les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive, notamment en tirant à balles réelles sans discernement, pour disperser les manifestations conduites par l’opposition dans le pays. Plusieurs manifestants ont été tués. Les autorités ont arrêté des activistes et des membres de partis d’opposition, et les forces de sécurité ont battu des journalistes qui couvraient les manifestations.

Le 20 octobre 2022, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant et blessant des dizaines d’entre eux, et ont passé à tabac et poursuivi des personnes jusque dans leurs maisons. Des centaines d’hommes et de garçons ont été arrêtés, et beaucoup ont été conduits à Koro Toro, une prison de haute sécurité située à 600 kilomètres de N’Djamena. Plusieurs détenus sont morts en route vers la prison, certains à cause du manque d’eau. À Koro Toro, les manifestants ont subi d’autres violences, y compris des mauvais traitements sévères infligés par d’autres détenus.

En octobre 2023, des dizaines de membres des Transformateurs ont été arrêtés à l’approche d’un référendum constitutionnel visant à permettre à Mahamat Déby de se porter candidat après la transition.

Alors que le décret de grâce présidentielle présentait les libérations de Succès Masra et des huit dirigeants du GCAP comme un geste en faveur de l’unité et de la réconciliation nationales, les autorités ont fait preuve d’intolérance au débat ou à la critique, y compris aux discussions ouvertes sur le passé du Tchad. Bien que les dirigeants aient été graciés, leurs arrestations s’inscrivaient dans le cadre d’une répression gouvernementale plus large contre les détracteurs et les opposants présumés, a déclaré Human Rights Watch.

« Les accusations portées contre Succès Masra manquaient de crédibilité et de preuves, et il n’aurait jamais dû être arrêté et détenu en premier lieu », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités tchadiennes devraient mettre fin à cette affaire, annuler sa condamnation et le laisser exercer ses droits et se réengager en politique. »

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