La semaine dernière, le gouvernement français a annoncé un nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine. Malheureusement, ce plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France.
Adopté le 6 juillet et couvrant la période de 2026 à 2029, ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation afin de renforcer la mémoire liée au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de discrimination, tout en abordant le problème de la recrudescence des crimes de haine en France.
Cependant, ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. La société civile et des représentants des territoires d’outre-mer français ont évoqué auprès du gouvernement français les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial de la France, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.
Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes de population touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine.
Le plan mentionne des « lieux de mémoire » destinés à sensibiliser les élèves et les fonctionnaires, y compris les policiers, afin de les aider à mieux appréhender l’histoire et « pour mieux appréhender les mécanismes qui conduisent aux préjugés et aux discriminations ». Le plan indique que de nouvelles ressources pédagogiques seront créées pour enseigner « l’histoire de l’esclavage [en France] et de ses traites ».
Si la mémoire et l’éducation sont importantes pour faire évoluer les mentalités, ce plan ne saisit pas une occasion cruciale de les relier à des efforts plus larges visant à lutter contre le racisme structurel et la discrimination par l’État.
Le plan s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Les Nations Unies ont pourtant fourni des orientations sur la collecte de données fondées sur les droits humains, soulignant son importance pour la protection des personnes racialisées.
En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel.
Disposer d’un plan d’action antiracisme ne suffit pas. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques.