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Le sommet de l’OTAN se tiendra à Ankara alors qu'Erdogan réprime l'opposition

Les droits, la démocratie et l'état de droit sont menacés en Turquie

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’exprimait durant une conférence de presse tenue lors du sommet de l'OTAN à La Haye, aux Pays-Bas, le 25 juin 2025.  © 2025 Markus Schreiber/AP Photo

La Turquie s’apprête à accueillir le sommet de l’OTAN les 7-8 juillet, alors que cette alliance occidentale compte résolument sur le soutien de ce pays, situé le plus à l’est parmi ses États membres. Le capital géopolitique accru dont bénéficie la Turquie depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et les bouleversements au Moyen-Orient s’avère être un prétexte commode pour le président Recep Tayyip Erdoğan afin d’emprisonner et d’écarter ses rivaux politiques et ses détracteurs a l’intérieur du pays. Moins de deux semaines avant la tenue du sommet, la police d’Ankara a interpellé plus de 200 personnes en vue de leur arrestation, juste après que les autorités eurent annoncé des interdictions draconiennes de toute manifestation et de tout rassemblement public. Erdoğan peut compter sur le silence quasi total de ses partenaires européens. 

Alors que les chefs d’État se réuniront à Ankara, Ekrem İmamoğlu, le maire d’Istanbul et candidat du Parti républicain du peuple (CHP, principal parti d'opposition), à l'élection présidentielle, demeure emprisonné dans la prison de haute sécurité où il est détenu depuis mars 2025 ; il y prépare sa défense, avant la tenue de son procès. 

Les procureurs affirment qu’Ekrem Imamoğlu aurait transformé la municipalité d’Istanbul qu’il dirigeait en une organisation criminelle – une « pieuvre aux nombreux tentacules », selon l’acte d’accusation, ayant repris une formule utilisée par Erdoğan lui-même. Les procureurs ont accumulé de nombreux chefs d’accusation de corruption contre Imamoğlu et plus de 400 coaccusés, ce qui pourrait valoir des centaines d’années de prison au maire s’il est reconnu coupable, et, dans l’intervalle, l’écarter de la vie politique.  

Les semaines d’audience qui se sont écoulées jusqu’à présent n’ont démontré qu’une seule chose : les preuves reposent en grande partie sur des témoignages de ouï-dire, sans éléments concrets attestant qu’il y ait eu un véritable transfert d’argent à des fins d’enrichissement illicite. Et un nombre croissant de prévenus se plaignent que les procureurs ont utilisé des méthodes coercitives, en leur promettant une libération en échange d’informations non fondées contre le maire et d’autres personnes, allant même dans certains cas jusqu’à menacer de placer leurs proches en détention s’ils ne se pliaient pas à leurs exigences.  

La motivation politique derrière ce procès est tout à fait évidente : Erdoğan et son parti veulent s’assurer qu’Imamoğlu ne puisse pas se présenter comme candidat de l’opposition à la prochaine élection présidentielle. 

La volonté d’Erdoğan de contrecarrer les ambitions politiques de son principal rival s’étend à l’ensemble du parti d’opposition. Chaque jour voit de nouvelles arrestations de maires du parti CHP à travers le pays. Le 21 mai, un tribunal régional d’Ankara a rendu une ordonnance sans précédent visant à destituer le chef du parti, Özgür Özel, ainsi que l’ensemble de sa direction nationale, en invoquant des plaintes non prouvées émanant de membres mécontents selon lesquelles des délégués auraient été soudoyés pour voter en faveur d’Özel lors d’un congrès du parti en 2023. Il a été réélu à trois reprises, ce qui ne laisse guère de doute sur le fait qu’il était le candidat de leur choix. 

Des images largement diffusées trois jours plus tard montraient la police faisant irruption au siège du parti, équipée de gaz lacrymogènes et de matériel anti-émeute, pour expulser Özel et d’autres personnes du bâtiment où ils étaient restés afin de manifester leur refus de reconnaître l’ordonnance du tribunal. 

C’est le ministre de la Justice, Akın Gürlek, que Erdoğan a promu à ce poste en février alors qu’il occupait auparavant la fonction de procureur général d’Istanbul chargé de mettre en accusation İmamoğlu, qui supervise l’ensemble du processus. 

La destitution d’Özel et l’incarcération d’İmamoğlu constituent ensemble le type d’atteinte à la démocratie turque orchestrée par le gouvernement qui rappelle l’époque des coups d’État militaires. 

L’ancien président de la Cour constitutionnelle turque a déclaré que la destitution, par un tribunal régional, des dirigeants élus d’un parti constituait une mainmise sur le pouvoir plus grave encore que les nombreux cas où la plus haute juridiction du pays a dissous des partis politiques, et qu’il s’agissait d’un moment très triste pour la démocratie turque. 

Les participants au sommet de l’OTAN pourraient, à juste titre, voir des aspects positifs dans le processus de paix avec le groupe armé kurde, le PKK. Mais en matière de participation démocratique et de droits de l’homme pour les Kurdes de Turquie, la situation est bien moins réjouissante. Les Kurdes ont subi pendant des années des gouvernements qui emprisonnaient leurs dirigeants de parti élus, leurs députés et leurs maires.

En 2018, Selahattin Demirtaş, un dirigeant politique kurde réputé pour son charisme, s’est présenté à l’élection présidentielle alors qu’il se trouvait toujours en prison, suite à son arrestation en 2016. Erdoğan a défié les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme ordonnant la libération de Demirtaş ; les arrêts de la CEDH concluaient que sa détention servait l’objectif politique de le réduire au silence, tout comme c’est le cas aujourd’hui avec İmamoğlu. 

L’adhésion d’un État à l’OTAN est censée impliquer le respect de la démocratie, des droits humains et de l'état de droit. La Turquie a accueilli pour la dernière fois un sommet de l’OTAN en 2004, lors d’intenses négociations sur son éventuelle adhésion à l’UE. À l’époque, un certain optimisme régnait quant à la convergence de la trajectoire turque avec les valeurs et les obligations de l’OTAN. 

En 2026, les États membres seront accueillis par un président qui a consolidé son pouvoir au sein de sa propre institution sous le régime d’une super-présidence et qui utilise les tribunaux pour écraser le principal parti d’opposition, lequel a battu son propre parti lors des élections locales de 2024, dans le but d’éviter toute future défaite aux urnes.

Alors que les dirigeants des États membres de l’OTAN s’apprêtent à arriver à Ankara, ils devraient réaliser que les questions des droits humains, de l’état de droit et de la démocratie en Turquie sont des sujets qui importent pour l’alliance.

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