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Liban : L'attaque israélienne contre un pont est un crime de guerre potentiel

La destruction du pont de Qasmieh, qui était le dernier pont opérationnel du fleuve Litani, met des dizaines de milliers de personnes en danger

Le pont de Qasmieh, dans le sud du Liban, photographié le 9 avril 2026 après avoir été endommagé la veille par une frappe aérienne israélienne. Une semaine plus tard, le 16 avril, l’armée israélienne a mené une nouvelle frappe contre ce pont du fleuve Litani, le détruisant. Il s’agissait du dernier point de passage majeur entre le sud du Liban et le nord du pays. © 2026 Kawnat Haju/AFP via Getty Images

(Beyrouth, 17 avril 2026) – La destruction par l’armée israélienne du pont de Qasmieh dans le sud du Liban le 16 avril, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu, menace de couper le territoire libanais situé au sud du fleuve Litani du reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette attaque délibérée a détruit le dernier point de passage opérationnel pour les civils et l’aide humanitaire, avec la perspective de causer d’immenses souffrances à la population civile ; elle devrait faire l’objet d’une enquête en tant qu’attaque potentiellement disproportionnée contre des civils, ce qui constituerait un crime de guerre. 

Des dizaines de milliers de civils se trouvent toujours dans les zones du Liban situées au sud du fleuve Litani, ont indiqué des responsables locaux à Human Rights Watch. Les pays donateurs devraient prendre immédiatement des mesures, notamment en soutenant la mise en place de points de passage temporaires pendant le cessez-le-feu, afin d’essayer de garantir aux civils l’accès aux produits essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Si des points de passage temporaires devaient être mis en place, les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays respecte le droit international humanitaire et garantisse aux civils un passage en toute sécurité par ces points de passage.

« Les attaques systématiques et répétées de l’armée israélienne contre les ponts, qui menacent d’isoler les civils du sud du Liban et de les priver de l’accès aux moyens de survie, témoignent d’un mépris cruel pour le bien-être des dizaines de milliers de personnes qui y vivent encore », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les autres pays devraient faire pression de toute urgence sur l’armée israélienne pour que ce pays cesse de mettre en danger le bien-être des civils. »

Avant le 16 avril, l’armée israélienne avait systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage opérationnel à usage civil, bien qu’il ait lui aussi été endommagé lors d’une attaque le 8 avril. 

Les frappes précédentes avaient déjà considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à prodiguer des soins médicaux. D’autres points de passage plus petits sont peut-être encore intacts, mais ils se trouvent sur un terrain difficile, sont de taille réduite et, dans certains cas, ne sont pas reliés au réseau routier, ce qui rendrait difficile pour les civils d’atteindre des zones plus sûres au nord du Litani ou pour l’aide humanitaire d’être acheminée en toute sécurité.

Human Rights Watch a vérifié des photos et des vidéos partagées par des journalistes et publiées en ligne, montrant le moment de l’attaque et ses conséquences. Une vidéo vérifiée montre au moins deux larges munitions frappant le pont, suivis de panaches de fumée et de débris s’élevant dans le ciel. On peut voir des véhicules s’approcher du pont dans les deux sens. Les vidéos et les photos montraient un grand cratère sur le côté sud du pont, qui a complètement détruit le passage.

Des dizaines de milliers de personnes vivant au sud du fleuve Litani dépendaient du pont de Qasmieh pour accéder à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux fournitures médicales, ont déclaré à Human Rights Watch des responsables locaux, des professionnels de santé et un responsable hospitalier de Tyr quelques semaines avant que le pont ne soit touché.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et le porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ont précédemment averti que les frappes israéliennes sur les ponts isolaient les habitants du sud du Liban, coupaient les liaisons entre différentes zones, entravaient l’acheminement des fournitures essentielles et limitaient considérablement l’accès humanitaire.

L’armée israélienne a accusé le Hezbollah d’utiliser les ponts sur le Litani à des fins militaires, notamment pour acheminer du matériel de combat et des combattants vers la zone située au sud du fleuve. L’armée israélienne n’a pas publié de communiqué immédiatement après la frappe du 16 avril, afin de la justifié ; mais elle avait précédemment déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le mouvement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban.

Cependant, même si les ponts ont un double usage et deviennent des cibles militaires – c’est-à-dire s’ils contribuent efficacement à l’action militaire –, toute attaque contre eux reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s’attendre à ce qu’elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.

Étant donné que le pont de Qasmieh était le dernier point de passage opérationnel majeur du fleuve Litani, Israël aurait dû prévoir que les dommages potentiels causés à des dizaines de milliers de civils soient considérables. En revanche, il est difficile de concevoir l’avantage militaire concret et direct que Israël aurait pu anticiper de manière crédible, pour justifier de tels dommages aux civils.

Cette attaque devrait faire l’objet d’une enquête afin de déterminer si le pont de Qasmieh constituait réellement un objectif militaire et, dans l’affirmative, s’il s’agissait d’une attaque disproportionnée, ce qui constituerait un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch. Si le pont n’était pas un objectif militaire, la frappe équivaudrait à une attaque délibérément dirigée contre un objectif civil, ce qui constitue également un crime de guerre.

Les attaques israéliennes ont tué plus de 2 196 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 172 enfants, 260 femmes et 93 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux civils en Israël, a rapporté la BBC.

Les États donateurs devraient collaborer avec le gouvernement libanais pour rétablir des points de passage temporaires vers les zones situées au sud du Litani, et s’engager à garantir un accès durable et prévisible à l’aide humanitaire pour les habitants du sud du Liban. Toutes les parties au conflit devraient veiller à ce que les civils aient accès aux produits essentiels à leur survie, ainsi qu’à un passage en toute sécurité pour ceux qui choisissent de partir.

Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes et livraisons d’armes à Israël, ainsi que l’aide militaire à ce pays, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris pour les faits survenus depuis au moins le 7 octobre 2023.

« Seules des actions concrètes permettront aux autres pays de signaler clairement à Israël que les crimes de guerre ne seront pas tolérés », a conclu Ramzi Kaiss. « Ils devraient commencer par suspendre les ventes d’armes et sanctionner les responsables qui commettent des abus. » 

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