Le 2 avril, le gouvernement cubain a annoncé la libération de 2 010 prisonniers, qualifiant cette mesure de « geste humanitaire ». Cette annonce a au début suscité l’espoir chez de nombreuses familles de prisonniers politiques ; mais ni Human Rights Watch ni d’autres organisations de la société civile, notamment Prisoners Defenders et Justicia 11J, n’ont identifié de prisonniers politiques parmi les personnes libérées.
Dans son communiqué, le gouvernement cubain a déclaré qu’il exclurait, entre autres, les personnes condamnées pour des « crimes contre l’autorité ». En vertu de la législation cubaine, cela inclut des délits tels qu’« outrage », « propagande » ou « agression », que le gouvernement utilise depuis des décennies pour cibler et poursuivre arbitrairement des détracteurs.
Plus de 700 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux à Cuba, selon des ONG dont Justicia 11J et Prisoners Defenders ; des centaines d’autres sont soumis à l’assignation à résidence et à d’autres restrictions. Parmi eux figure Luis Manuel Otero Alcántara, un artiste condamné à cinq ans de prison pour « outrage aux symboles nationaux », entre autres crimes, après avoir recouvert ses épaules d’un drapeau cubain, en signe de protestation contre une nouvelle loi sur l’utilisation des symboles nationaux. Il a été arrêté en juillet 2021, après avoir publié une vidéo dans laquelle il annonçait qu’il se joindrait a une importante manifestation.
En mars 2026, Leonard Richard González Alfonso, un autre artiste, a été condamné à sept ans de prison pour « propagande contre l’ordre constitutionnel », après avoir peint les phrases « Jusqu’à quand ? Ils sont en train de nous tuer » (« ¿Hasta cuándo? Nos están matando ») sur un mur.
Des anciens détenus, précédemment libérés à la suite de négociations menées par le Vatican en janvier 2025, décrit des mauvais traitements infligés dans les prisons cubaines ; ils ont évoqué des coups, l'isolement cellulaire, des conditions d'hygiène déplorables et un manque d'accès à la nourriture et à l'eau potable. Plusieurs ex-détenus ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils restaient sous surveillance constante et soumis à des conditions restrictives, et qu'ils craignaient d'être à nouveau arrêtés. Au moins sept prisonniers politiques ont depuis été renvoyés en prison, pour des actes tels que la publication en ligne de contenus critiques a l’égard du gouvernement, ou le fait de ne pas s'être présentés devant les autorités.
Le gouvernement devrait libérer immédiatement et sans condition tous les prisonniers politiques. Les Cubains devraient pouvoir s’exprimer librement, sans crainte. L’embargo américain et son blocus pétrolier brutal ne constituent pas une excuse pour maintenir en prison les personnes qui critiquent le gouvernement.
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