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Un procès historique pour les crimes coloniaux belges va avoir lieu

La décision d’un tribunal belge ouvre de nouvelles perspectives pour la justice

(De gauche à droite) Les proches de Patrice Lumumba, figure emblématique de l'indépendance congolaise assassinée, Yema Lumumba, et Mehdi Lumumba, accompagnés de leurs avocats belges et allemands, tiennent une conférence de presse à Bruxelles, le 19 janvier 2026, à l'issue d'une audience devant un tribunal belge concernant d'éventuelles poursuites judiciaires liées à cet assassinat commis en 1961. © 2026 John Thys/AFP via Getty Images

Une décision rendue le 17 mars par un tribunal belge va permettre la mise en accusation pénale d’Étienne Davignon, le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie, pour son implication présumée dans l’assassinat de Patrice Émery Lumumba, le premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, ainsi que de deux autres hauts responsables. Ces assassinats ont eu lieu en 1961, après l’indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.

Le procès devrait débuter en 2027.

La décision du tribunal belge d’ordonner le renvoi de Davignon devant les tribunaux offre une occasion historique de rendre justice pour les crimes de guerre présumés commis par des responsables belges pendant la décolonisation. Cette décision affirme implicitement que les crimes internationaux graves ne sont pas soumis à des délais de prescription en vertu du droit international et que le temps écoulé ne devrait pas soustraire les anciens acteurs coloniaux à leur responsabilité juridique.

Lors d’une conférence de presse virtuelle qui a suivi la décision du tribunal, la famille de Lumumba a souligné que, même si la justice a tardé à se faire, il n’est pas trop tard pour établir la vérité. Dans une déclaration, elle a déclaré : « Ce qui change aujourd’hui, c’est que le système judiciaire belge commence enfin à assumer ses propres responsabilités pour les actes commis au nom de la colonisation. Pour notre famille, ce n’est pas la fin d’un long combat, c’est le début d’un processus de reconnaissance que l’histoire exige depuis longtemps. »

Cette étape vers la justice soulève des questions importantes concernant le droit des victimes à un recours effectif et à des réparations en vertu du droit international, notamment la restitution, l’indemnisation, la réhabilitation, la satisfaction et les garanties de non-répétition.

En janvier 2026, le tribunal a entendu les arguments de la défense et de l’équipe juridique soutenant la famille de Lumumba, qui avait engagé une procédure pénale en 2011 contre onze citoyens belges, dont dix sont décédés depuis. L'affaire porte sur trois chefs d'accusation de crimes de guerre : le transfert illégal de Lumumba et de ses associés, le « traitement humiliant et dégradant » infligé à ces hommes, et la privation d'un procès équitable. De telles procédures contribuent à la « satisfaction » en tant que forme de réparation.

L'importance potentielle de cette décision dépasse largement le cadre de cette affaire. Lumumba reste une figure emblématique de l’indépendance africaine et des mouvements décoloniaux mondiaux. La persévérance de sa famille souligne le droit inaliénable de rechercher une justice réparatrice et pourrait inspirer des initiatives similaires dans d’autres contextes coloniaux.

Les gouvernements devraient prendre note de la décision de la cour et prendre des mesures concrètes pour remédier aux préjudices durables, aux pertes et aux traumatismes intergénérationnels causés par les injustices coloniales, notamment par le biais de réparations incluant la restitution de la dignité, des excuses officielles et la commémoration.

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