Le 20 janvier, un tribunal belge a tenu une audience à huis clos afin de déterminer s'il y avait lieu d'engager des poursuites pénales contre le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie pour son implication présumée dans l'assassinat, en 1961, du premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, Patrice Émery Lumumba, après l'indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.
Cette affaire historique a été portée devant les tribunaux par la famille de Lumumba, dont la persévérance pourrait désormais conduire à la première affaire dans laquelle un tribunal européen poursuivrait une personne pour sa responsabilité pénale dans un crime lié à la domination coloniale européenne. Les anciennes puissances coloniales européennes considéraient Lumumba comme une menace pour leurs intérêts politiques et économiques, car il symbolisait l'autodétermination et la décolonisation de l'Afrique.
Lors d'une conférence de presse qui a suivi l'audience de cette semaine, la famille de Lumumba a décrit cette affaire comme un pas vers « la justice et la vérité ». La décision est attendue pour le 17 mars.
L'importance de cette affaire ne saurait être surestimée, car les anciennes puissances coloniales européennes restent réticentes à assumer la responsabilité juridique de leurs crimes et abus coloniaux. Les dirigeants démocratiques devraient au contraire reconnaître sincèrement les injustices historiques et prendre des mesures conformes au droit international des droits humains et aux normes en matière de justice, de dignité et de responsabilité.
Les gouvernements devraient poursuivre sur la lancée des réparations envisagées en 2025 par les Nations unies, l'Union africaine (UA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et au niveau national afin de remédier aux injustices raciales et économiques systémiques mondiales persistantes, enracinées dans l'héritage du colonialisme, de l'esclavage et de la traite des esclaves.
L'année dernière, les gouvernements réunis à l'ONU se sont engagés à lancer une deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. Parallèlement, l'UA a consacré l'année à la justice réparatrice, avant de l'étendre à une décennie. L'UA s'est également associée aux efforts de réparation de la CARICOM.
Le droit international et les normes internationales en matière de droits humains imposent aux États l'obligation de fournir des recours et des réparations efficaces pour les violations flagrantes des droits humains, dont beaucoup ont été commises pendant la colonisation. Mais le manque de volonté politique continue de priver les communautés touchées de justice.
Si l'on ne s'attaque pas aux injustices historiques, les cycles d'inégalité, d'exclusion et de violence persisteront. Les réparations ne sont donc pas symboliques, mais constituent une obligation légale et un fondement nécessaire pour un avenir juste et équitable.