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Zimbabwe : Violences et intimidation visant les opposants à la prolongation du mandat présidentiel

Les autorités devraient enquêter sur les agressions, et protéger les droits aux libertés d'expression et de réunion

Le directeur de l’ONG zimbabwéenne SAPES Trust, Ibbo Mandaza (à gauche), Jacob Ngarivhume, leader du parti d'opposition Transform Zimbabwe (au centre) et Tendai Biti, directeur du Constitutional Defenders Forum (à droite) s'adressaient aux médias à Harare, au Zimbabwe, le 28 octobre 2025.  © 2025 Jekesai Njikizana/AFP via Getty Images

(Johannesburg) - Les autorités zimbabwéennes ont intensifié leur répression contre les personnes ayant critiqué un projet d’amendement constitutionnel présenté par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (ZANU-PF), a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cet amendement viserait à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa. Ce projet d'amendement a suscité une opposition considérable de la part de personnes qui le considèrent comme une atteinte à la démocratie du pays.

En vertu de la Constitution, le président Mnangagwa devrait quitter ses fonctions en 2028 après avoir accompli deux mandats de cinq ans. Cependant, le 16 février, à la suite d'une résolution controversée du ZANU-PF, le gouvernement a publié au Journal officiel l'amendement constitutionnel n° 3. Cet amendement prolongerait le mandat du président et du parlement de cinq à sept ans, reportant ainsi les élections de 2028 à 2030. 

« Les dirigeants du Zimbabwe devraient démontrer leur attachement à l'état de droit en respectant la Constitution du pays, ainsi que ses obligations internationales en matière de droits humains relatives à la liberté d'expression et de réunion », a déclaré Idriss Ali Nassah, chercheur senior auprès de la division à Afrique à Human Rights Watch. « La société civile, les experts juridiques et les citoyens ordinaires devraient être autorisés à exprimer pacifiquement leurs opinions, sans crainte de représailles. »

Au cours des derniers mois, des policiers et des hommes armés non identifiés ont menacé, harcelé et passé à tabac plusieurs personnes opposées au projet d'amendement constitutionnel.

Le 1er mars, à Harare, environ 5 à 10 hommes armés portant des cagoules ont fait irruption dans les bureaux de l'Assemblée constitutionnelle nationale (National Constitutional Assembly, NCA), un parti politique d'opposition. Selon Lovemore Madhuku, éminent avocat et dirigeant de la NCA, certains de ces hommes ont agressé des membres qui s'étaient réunis pour une réunion, dont Lovemore Madhuku qui a été blessé. Il avait précédemment saisi la Cour constitutionnelle afin de faire suspendre le processus de révision constitutionnelle.

Lovemore Madhuku a déclaré à Human Rights Watch que les hommes l'avaient accusé de « vouloir créer des problèmes dans le pays » et lui avaient demandé pourquoi il s'opposait au projet d’amendement. Il a expliqué que les hommes s'étaient identifiés comme des policiers et avaient accusé son parti d'organiser une « réunion non autorisée ».

Lovemore Madhuku a ajouté que ces hommes avaient utilisé les longues matraques couramment utilisées par la police, pour le frapper dans le dos et à la tête et lui asséner des coups au visage. Il a également déclaré que des agents en uniforme étaient restés postés à l'extérieur dans leurs véhicules banalisés. Après l'attaque, a déclaré Madhuku, les hommes sont partis dans deux véhicules banalisés, suivis par deux véhicules de la police de la République du Zimbabwe. Dans un communiqué publié sur X, la police a déclaré que ses agents « n'étaient pas impliqués dans l'incident présumé » et qu'elle « souhaitait savoir ce qui s'était réellement passé ».

Un autre groupe de la société civile, le Constitutional Defenders Forum, a déclaré que le 27 février, la police lui avait remis une lettre lui ordonnant d'annuler sa réunion d'ouverture prévue le lendemain, car elle n'était pas conforme à la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre. Le Forum est une initiative citoyenne qui s'engage à défendre la Constitution, le constitutionnalisme et l'état de droit au Zimbabwe. 

En vertu de la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre, les organisations qui prévoient de tenir une réunion doivent en informer la police par écrit sept jours à l'avance pour les défilés et les manifestations, et cinq jours à l'avance pour les réunions publiques. Le Forum affirme avoir respecté cette obligation. La police a fréquemment et sélectivement utilisé cette exigence pour refuser à la société civile et à l'opposition l'autorisation d'organiser des réunions et de se mobiliser.

Le 5 mars, le Forum a publié sur les réseaux sociaux une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch, montrant des policiers armés dans plusieurs véhicules devant le cabinet d'avocats de Tendai Biti, le dirigeant du Forum, à Harare. Dans un message publié sur X, le Forum a rapporté que des hommes armés avaient assiégé les locaux de Biti, agressé des personnes qui s'y trouvaient et proféré des menaces de mort à son encontre.

La police a admis avoir déployé des agents dans les bureaux de Tenda Biti « pour maintenir l'ordre public », mais a nié les allégations d'agression. Biti a déclaré à Human Rights Watch que les autorités avaient décidé de « déclencher la violence et de placer le pays en état de siège » afin de faire taire les voix dissidentes. 

Le 28 octobre 2025, les bureaux du Southern African Political Economy Series (SAPES) Trust à Harare ont été gravement endommagés lors d'un incendie criminel présumé. Les assaillants auraient enlevé le gardien de nuit et verrouillé les portes de la propriété avec de nouveaux cadenas avant de s'enfuir. L'attaque a eu lieu quelques heures avant que le SAPES n'accueille un dialogue entre la société civile et les dirigeants de l'opposition en réponse à la tentative du ZANU-PF de prolonger le mandat du président Mnangagwa.

Quelques heures plus tard, la police et des partisans présumés du ZANU-PF auraient interrompu un événement similaire intitulé « Carrefour constitutionnel : les citoyens réagissent à la crise constitutionnelle au Zimbabwe » à Bulawayo.

Les autorités devraient mener une enquête appropriée sur toutes ces attaques présumées et poursuivre les responsables d'abus, y compris les membres des forces de sécurité, a déclaré Human Rights Watch. De manière plus générale, le Zimbabwe devrait réformer les responsabilités et les procédures de ses forces de sécurité afin de garantir qu'elles agissent de manière professionnelle et conformément à la loi.

Le Zimbabwe devrait respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion, tels que prévus par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, instruments qu'il a ratifiés.

« Les membres de la société civile et de l'opposition politique devraient être autorisés à agir librement et à se mobiliser contre les propositions du gouvernement », a conclu Idriss Ali Nassah. « Les amendements constitutionnels devraient faire l'objet d'un débat équitable et ouvert, sans crainte de répression. »

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