Les gouvernements qui commettent des abus s'opposent toujours aux organisations de défense des droits humains. Il s'agit bien sûr d'un combat inégal. Les gouvernements ont le pouvoir. Les défenseurs des droits humains sont des outsiders, armés uniquement de leurs recherches, de la loi et, parfois, d'un mégaphone.
Mais parfois, nous gagnons.
Pour en arriver à l'histoire d'aujourd'hui, il faut toutefois commencer par le début, en Érythrée.
L'Érythrée a l'un des pires bilans au monde en matière de droits humains. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Érythrée a présenté un rapport détaillé au Conseil des droits de l'Homme de l’ONU le mois dernier. Ce rapport décrit de graves violations qui se poursuivent.
Les détentions arbitraires et les disparitions forcées sont généralisées et systématiques. La liberté de religion est sévèrement restreinte. Le gouvernement a également mis en place une politique de service national à durée indéterminée, incluant la conscription militaire obligatoire. Cela signifie que la plupart des Érythréens passent leur vie au service du gouvernement.
Il y a dix ans, la Commission d'enquête des Nations unies sur l'Érythrée a conclu que « les violations systématiques, généralisées et graves des droits humains [...] commises en Érythrée sous l'autorité du gouvernement [...] pourraient constituer des crimes contre l'humanité ».
Dans son rapport publié le mois dernier, le rapporteur spécial des Nations unies a souligné l'absence de progrès en matière de responsabilité dix ans après cette conclusion. En bref, le gouvernement continue ses violations et personne n'est tenu responsable de ces crimes effroyables.
En lieu et place, le gouvernement érythréen s'en est pris aux messagers. Ces derniers mois en particulier, il a mené une offensive diplomatique agressive pour se débarrasser du rapporteur spécial des Nations unies. Ces attaques du gouvernement ont abouti vendredi à un vote du Conseil des droits de l'homme de l’ONU à Genève visant à mettre fin au mandat du rapporteur.
Les organisations de défense des droits humains ont exhorté les gouvernements concernés à défendre le maintien d'une surveillance internationale de la situation désespérée des droits humains en Érythrée. Nous avons collaboré avec des organisations de défense des droits humains érythréennes et internationales pour faire pression sur le Conseil afin qu'il maintienne ce mandat.
Au final, les défenseurs des droits humains ont gagné. Les membres du Conseil ont rejeté à une large majorité la résolution du gouvernement érythréen et ont renouvelé le mandat du rapporteur spécial de l'ONU pour une année supplémentaire.
En fait, le vote de vendredi au Conseil des droits de l'homme a été une victoire retentissante. Seuls quatre États – la Chine, Cuba, la Bolivie et le Soudan – ont soutenu le gouvernement érythréen. Vingt-cinq États ont voté contre.
Le travail du rapporteur spécial va se poursuivre.
Bien sûr, cette victoire n'améliorera pas du jour au lendemain la situation de quiconque en Érythrée. La répression extrême ne prendra pas fin avec la défaite diplomatique embarrassante du gouvernement à Genève.
Mais elle maintient la pression internationale sur le gouvernement érythréen. Et surtout, elle témoigne de la préoccupation mondiale et de la solidarité envers les nombreuses victimes de ce gouvernement.